LIVRE TROISIÈME
teur de nonnes. C'étoit un homme poli qui avoit de belles manières : d'ailleurs, rien que de commun.
Ce qu'il y avoit d'extraordinaire dans M. de Novion, évéqued'Ëvreux, c'est qu'il ne remuoit ni ne parioit; on l'eût pris pour une statue à le voir de loin ; il n'opinoit que par oui ou non, et prononçoit si bas, qu'on ne l'enteiidoit presque point. Ailleurs que dans l'assemblée, il ne dessenoit pas les dents.
Autant ce prélat étoit silencieux, autant M. de Biscaras, évéque de Béziers, étoit causeur, et causeur agréable. C'étoit un petit homme fort gracieux.
H. d'Estrées, évéque de Lion, étoit encore plus petit, mais il avoit l'âme bien grande. Je n'ai vu guère d'homme qui eût des manières plus nobles ; homme tout cœur, généreux, civil, obligeant, parlant juste, toujours avec respect etn'ofTensant jamais'personne.
Parmi \es prélats qui n'étoient point sacrés, celui qui Gguroit le plus étoit M. de Saint-George, nommé il y avoit un an àl'évëcbédeClermont, et depuis trois à quatre mois à l'archevêché de Tours. Ce H. de Saint-George étoit un homme Tait et d'un âge avancé. On le disoit canoniste et d'une grande expérience '. Les deux fois que je traitai d'a^aïres avec lui, je ne l'y trouvai pas rompu. Devenu dans la suite archevêque de Lyon, il eut un ditTérend avec M. Colbert, archevêque de Rouen. S'étant trouvé dans ta chapelle de Versailles, peu avant que le roi y arrivât, et l'archevêque de Rouen, qui étoit près du prie-Dieu, n'ayant pas voulu faire place â M. de Lyon, celui-ci lui dit : « Vous devriez faire place à votre pri-
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mat. — Jetiuis primat, répondit M. de Rouen, et je n'en reconnois |K)iat d'autre, n A cette occasion, M. de Lyon intenta procès pour étendre sa prïmatic sur la métropole de Normandie, et le perdit avec dépens'.
H. de Poudcux, nommé à Tarbes, paroissoit toujours en colère ; il bondissoit pour peu qu'on lui résistât. Ouelque chose de plus odieux, c'est que rarement disoitil du bien de personne. II avoit quelques saillies assez agréables, mais il s'en falloit de beaucoup qu'elles eussent le sel et le burlesque ingénieux des vivncilés de M. d'.\ix.
Les petits-maîtres de l'assemblée (tels étoient la plupart des députés du second ordre, jeunesse folàti-c qui ne cherchoit qu'à s'égayer) disoient, dans une des diansons qu'ils liront sur plusieurs prélats, que M. de Verjus, nommé à l'évêché de Grasse, avoit une mâchoire à défaire les Philistins. Son principal mérite ctoit d'être frèi'c d'un jésuite, secrétaire du Père de La Chaise.
M. Bochart tic Champigny, éTcque nommé à Valence, éloit un gros garçon qui aimoit la joie, pourvu qu'il ne lui en coûtât rien, et qui, à force de faire des révérences, s'étoit enhn mis en place. Il étoit aussi gai que son parent, M. Bochart de Saron, nommé à l'évéché de Clermont, étoit sombre et rêveur. II y avoit dans celui-ci un fonds de mélancolie qui le rendoit frondeur, mais frondeur sous cape, pour ne point s'attirer d'affaires.
Quand on vient à penser qu'avec le plus grand mérite on a peine à remplir des places aussi importantes que
■ Pirarrùl du conseil du 1! mai l'm. l'arthcv^ue du Houen fut. cii elTel. déclirc exempt de la juridiction de l'ircbeiéque de Lfoo. Cerai-d i\Jnl en paweuion de 1* juKdiclion pmualiale >ur les mélropoles de Tour*, deSena el de Paria, étant prinut dea quatre LpmtMrwi, luivuil U bulle de Qiigoite Vil de 1079.
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LIVUË TRUISIÈUE. 111
sont les ùvéchés, on gémit de ce que les jéEuitea n'ont, pour en dispoBcr, tant qu'ils en ont été le» martres, consulté ({ue leurs intérêts. Aussi, pour les punir. Dieu a-t-il permis qu'ils Tussent déchus de leur crédit, et que les évéques, leurs créatures, eussent été les premiers à leur jeter la pierre.
Je ne dirai qu'un mot des députés du second ordre : ce n'étoit presque que jeunesse et jeunesse qui promettoit peu, hors peut-être quatre ou cinq, dans lesquels on enlrevojoit des dispositions à devenir gens de niérile.
Canisy, déjà grand garçon, avoit de la piété, du bon sens, de la politesse ; après avoir été évécpie de Limoges, il a survécu longtemps, croyant toujours être malade.
Bossuet, aujourd'hui évêquedeTroyes', brilloit dans la conversation et par timidité étoit muet dans l'assemblée. Tel qui s'exprime aisément cpiand il est en particulier se trouve souvent si dérangé quand il faut parler eu public, qu'à peine peut-il dire un mot.
Villars, le premier des anciens agents, pensoit juste et parloît de même ; on n'eût pas cru alors que Phély|>eau>:, son associé, eAt jamais la réputation qu'il a acquise peu à peu aux états de Languedoc.
Des deux nouveaux agents, le premier, nommé Bourlcmonl, n'étoit point encore débourré et ne l'a guère été depuis. Daquin^ son confrère^ fils du premier médecin et arrière-petit-fils d'un rabbin d'Avignon, avoit extrêmement d'esprit, de la facilité à parler, de Térudition à vingt-trois ans et déjà Une grande notion des afTaires, Ce qu'il eût dû ne \>as avoir et qui ne sied ni à cet âge ni
' Kercu àa ftnnd Bossuet.
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