‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 57 sur 184 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

égard à ces plaintes, les éluda le mieux qu'il put jusqu'à vc que, fatigués des sots bruits qu'à ce sujet on répandoit dans l'assemblée, il en parla enfin au rui. De quelle manière le fit-il? C'est ce qu'on ne sut point. Il y eut des gens qui supposèrent que M. de Paris, bien loin d'appuyer ces plaintes, avoit opiné le premier à les rejetei'. Quoi qu'il en soit, au retour de Mariy, tl dit assez sèchement qu'elles y avoient été mal reçues, que ceux qui ne seroient pas contents n'avoient qu'à remettre leurs brevets, et que le roi nommerait en leur place gens qui payeraient avec plaisir le tiers affecté aux nouveaux convertis ; réponse despotique qui fit cesser tout à coup le» clameurs indécentes de la plupart des députés. Si depuis quelqu'un s'échappa, ce ne fut qu'en cachette, dans la crainte qu'on ne lui retirât son brevet s'il osoit s'en l^indre en public.

Un autre chagrin aussi cuisant fut d'avoir été refusés au sujet des portions congrues ' . EUes avoient été, sous Charles IX, fixées à quarante écus ; sous Louis XIII à deux cents francs au delà de la Loire, et en deçà à trois cents : sous Louis XIV à deux cents francs dans toute l'étendue du royaume ; mais, depuisla révocation de l'édit de Nantes, le nouveau chancelier, croyant que c'éloit trop peu, les avoit indifféremment mises toutes à cent écus. Ce nouveau Paptnien étoit M. Boucherat, homme en réputation avant qu'il fût chancelier, et si peu depuis qu'il le fut qu'il ne put parvenir à être ministre ; grand discoureur, pointilleux sur le cérémonial, du reste un assez bon homme qui aimoit à faire plaisir. Il devoil son élévation au bonheur de s'étrc trouvé le plus fort et le

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(U HfiHOIRES DE L'ABBÉ LE GE.NURE

plus vigoiireuK de tous les vieillards du conseil. QuanJ on porta les sceaux chez lui, sou épouse se mit à genoux, prenant pour un reliquaire le petit coffre d'argent doré où les sceaux sont enfermés. Cela n'est point un conte '. Moins M. Boucherat étolt un homme supérieur, et plus il étoit attaché à ses sentiments ; quelques raisons qu'on lui piit dire, il ne se rendoit point. La plus forte qu'on pût alléguer contra l'cdit des portions congrues étoit que les évéchés, abbayes, chapitres, prieures, dont le principal consiste en diraes, alloient être ruinés si cet édit s'e.\écutoit. L'archevêque d'Alby y perdoit, à ce qu'on disoit, plus de quatorze mille livres de rente, parce qu'étant gros dccimateur de la plus grande partie des paroisses de son diocèse, il ne donnoit pour les des* ser\'ir, avant cette nouveauté, au plus que quarante écus avec le creux* de l'église. M. de Paris, ami de M. Boucherat, et qui avoit tout pouvoir sur lui, lui parla jusquec à trois fois ; cependant, soit de concert avec le prélat, comme on le crut dans l'assemblée, soit par amour pour un édit dont M. le chancelier se faisoit honneur, le magistrat tint ferme et changea si pou que ce fut contre son avis que le roi lui-même régla qu'où il y auroit des domaines dépendant des cures, ces domaines seroienl estimés et que le prix en seroit précompté sur les cent écus que l'on donnoit aux curés à portions congrues. Un succès si contraire aux espérances des députés en chose aussi intéressante les avoit tellement aigris, que, sous un rè-

' ■ Qui eût Toulu Taire eiprùi un chancelier de cire, l'cAt pris »uc H. Sauebcrat. Jnniait figure n'a £U à rai(e eiprès. ia léiilé cA qu'il n'y tulluil pn trop chercher lutre chose, el il eit ititGciie de compri-O' (tre cotnmenl ce nugistnt soutint les emplois, quoique fort ordinaire», par leiiqueli il pana, t (Saint-Muion, édition Chiirucl. t[, SU1.)

* Ou usuel.

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