LIVRE TROISIÈME
médiocres. Ce prince aïoit sans doute de f^ndea qualités, mais il avoit anaai ses foiblesset; n'en étoit-ce pa» une que de vouloir que l'on crût que c'étoit lui qui fai- 8oit tout? N'en étoil-ce pM une autre de se flatter qu'en mettant des gens dans l'emploi, sa mission leur donnoit le mérite pour s'en acquitter? Une autre foiblesse, c'est que, dans la crainte qu'on ne le crût capable de faire un mauvais choi^t , que les gens qu'il meltoit en place y tissent bien ou mal, ce n'éloit qu'à rextrémité qu'il ponvoit se résoudre à les en 6ter. Pour en exclure les hommes les plus méritant)!, c'étoit quelquefois assez qu'on nuhaïUt de les y voir. Le roi prenoit plaisir à braver le goût du public ; si quelqu'un aspiroit à un bénéfice, c'étoit un malheur pour lui que te bruit en coiirât qu'il l'auroit'. Quand, avec le temps, ce monarque fut formé aui fi^randes affaires par les sages avis du cardinal MazarÎD, de H. Le Tellier el de H. Colbert, il n'eut point de phis grande passion que de tenir lui-même les rênes du gouvernement et de paroitre régner par lui-même; c'est par là qu'il se consola d'avoir perdu ces hommes rares de qui il avoit reçu les premières leçons de l'art de régner ; c'est par là qu'il témoigna peu de regrets de la mort des marquis deLouvois et de SHgnelay, qui avoient tant contribué à illustrer son nom; mais malheureusement c'est par là que dans la suite les choses allèrent moins bien, et que son règne, sur la Bn, fut beaucoup moins glorieux qu'il ne l'avoit été tant qu'il eut d'habiles miaislres.
Au marquis de Louvois succéda son troisième fils dans l'intendance de la guerre ; mais parce que ce troisième
Ce n'ùbit pM hibleife, n»U pctilerae d'eaprtt et peitleue df
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Mb, nommé le marquis de Barbetieux, n'avoit guère que vingt am, d'aîlleura nulle eipérience, il eut ordre de ne rien faire dans l'exercice de sa charge que par l'avis de Chanlay*, qui lui fut donné pour collègue et pour modérateur. Chanlay, fils d'un procureur, étant entré dans )e Bervioe de bonne heure avec de l'esprit et grande envie de briller, s'y étoit si Ibrt appliqué qu'il devint, en quinze ou vingt ans, un des hommes tes mieux instruits de tout ce qui concerne la guerre. « Qu'on me donne, disoit M. de Turenne, Chanlay, Jacquier, Saint^Hilaire et trente mille homme de vieilles troupes, il n'y a point de puissance que je ne force a se soumettre. » Jacquier itoit unique pour les vivres, Saiut>Hilaire pour l'art^uie, Ohanlay pour les campements. Jamais homme n'eut le coup A'fél meilleur pour choisir un lieu propre à birc camper une armée et à la ranger en bataille. On loua fort le roi d'avoir récompensé le mérite de M. de Xouvois en mettant son fils en sa place, et en même temps d'avoir pourvu au bien du service en donnant pour adoint au jeune ministre un homme droit, intelligent et consonnné dans le métier ; mais autant l'on applaudit à cet arrangement, autant fut-tni suipris que pour recruter le cabinet, je veux dire le conseil secret, le roi y appdÂt le duc de Beauvilliers, M. Le Peletier et M. de Pomponne.
M. de Beauvilliers étoit Sis du duc de Saint-Aignan, et pasaoitpour plus sage que lui. Ce n'éttnt pas beaucoup dire, parce que le père n'étoit pas Irop sage : s'il est vrai tout ce qu'on a dit et des combats ima^naires et des autres aventures de ce paladin, personne, avant le < OuClumUy, commB l'fcrJTenl In éditeurs de madime de Sé«igaJ
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duc d« Swi^AiguaD, ne s etott peul-étre avisé de prendre des lettres de rémission ', et de les faire eDlériner, pour Dure croire qu'il avoittué en cwnbat réglé des ehevaliere errants qui avoieot eu la témérité de vouloir éprouver u force. C'est dommage que ce seigneur eût si fort la manie de paroitre bra?e, ' car c'éloit d'ailleurs ua galant h(Mnme, officieux, poli, libéral, qui aimoit les sciences et les arlB autant que les plaisirs, et qui savoit mieux qu'un autre assaisonner et broder des menteries. Il fut UdupedeladéinangaiBon qu'il avoit d'en dire, car tandis que la cour étoit à Fontainebleau, ayant fait mÛ\e plaisantmes sur une abbesse belle et bien faite qui, ne pouvant gagner [dus loin, veooit d'y faire ses couches, il eut la mwtilication d'apprendre que cette abbesse étoit sa fille. M. de fieauviUiers étoit un homme sérieux et réglé dans ses moeurs ; cela joint à la recMnmandation de madame de Hainteoon et aux ressorts secrets de la cid)alc des dévots, l'avoit fait nommer gouverneur des princes enfants du Dauphin. Il étoit propre à cet emploi, mais comme il n' étoit pas cunnu pour avoir plus d'esprit qu'un autre, ni d'expéiîence dans les aflaires, on parut étonné de le voir ministre d'Ëtat. M. de Pomponne l'avoit été même avec distinction, lorsque, au retour de ses ambassades d'Italie, de Suède et de Hollande, il fut fait secrétaire d'État pour les affaires étrangères. U ne se soutint pas pendant les huit ans qu'il le fut; de sorte que sa ré' putatioa étant tout à fait tombée, on lui lit dire de se démettre. La cause ou le [n^texte de sa destitution fut qu'il étoit trop négligent, laissant quelquefois des dépêches
' iMtrtt de rétttiuion, lettres île grice qui s'ahtennienl pour 1m honùoidei îniolonliirei ou comniii dini la uiûisité il'iinii IfEilînie di--
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m MÉMHtfiS K L'AfiBÊ LE GKNURE.
lieux ou trois joura sans les ouvrir. On disoil encore qit'H faisoit part aui jansénistes de tous W secrets de l'É^I, qui étoient son conseil et qu'il ne faisoit rien par luimême ; une autre cause, peut-être fut-ce la principale, c'est que son emploi faisoit envie à M. Colbert, qui étoit bien aise de l'exercer sous le nom de son frère de Croissy, à qui il le fit tomber.
Le rappel de M. de Pomponne à la cour fit peine à bien des gens, nommément aux jésm'tes, tant parce qu'il étoit neveu de M. Amauld le docteur, le fléau de ces Pères, et fils de M. Amauld d'Andilly, qui étoit mort à Port-Royal, que parce que personnellement il avoit témoigné en plusieurs rencontres qu'il n'étoit point de leurs amis. Chagrins de son retour, ils s'en prirent à bien des gens, même à M. de Paris, sur ce que M. de Pomponne, du temps qu'il étoit en place et depuis qu'il n'y eut plus été, alioitasseï souvent à l'archeTéché. Cesvisites depuis son rappel n'ayant pas été moins fréquentes, M. l'archevêque en devint suspect à ces Pères, quoiqu'il vint de leiir rendre un signalé service, en élouffant avec. prudence une affaire d'éclat qui alloit à flétrir uu des plus célèbres entre eux.
Le Père Bouliours, si connu par ses Remarques sur la langue (c'est ce qu'il a fait de mieux) et par quelques vies de saints, le sérieux n'étoit point son fait, étoit en liaison avec madame de Bourdonné, chanoinesse ' de Remiremont, laquelle étoit à Paris i poursuivreun procès
< ClianomOK, • Tille i|ui poisède une iirébends sIlMiée > de* pir U roiiilaliuD, »o» qu'elJe* Mienl aliligéo de renoacer à leur uu lie Uire lucun vteu. Cananica, Virgo camaico. C'est plntM un ■ (ilire el une rdnile honnête de* IHIgs i niirier qu'ui le<ervice<le Dieu.* [Oetimmaire àf Tràmix.)
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i]ue les dames de ce chapitre avoient contre leur abbesse. I« l*ère faisoit les factums de madame de Bourdonné, et pour cela la voyoit souvent, à quoi, parce qu'elle étoit vieille, ou n'eût point trouvé à redire, si elle n'avoit eu avec elle une fille d'un bon âge, belle et bien faite etrqui entendoit raillerie. Le Père, jovial de son naturel, cnusoit souvent avec la fille et gardoit si peu de mesure, qu'un procureur chez qui la dante et la fille demeuroient depuis quelque tompa, dans le cloître Saint-Benoit, voulut, soit par jalousie {on dit qu'il aîmoit la fille), soit par curiosité, s'éclaircir une bonne foie sur les assiduités da Père. Celui-ci ne parloit de la fille que comme d'une vestale ; un procureur n'est pas crédule : plus le père la louoit, plus ac& lûuanges étoient suspectes au procureur. Cet argus se mit à l'affût, et un jour il se posta si bien qu'il crut voir la fille et le Père dans une posture peu convenable à la vestalité de l'une et à la gravité de l'autre.
Le procureur coûta cette histoire à ses amis, et l'un d'eus étant venu la dire au cloître Notre-Dame, dans l'assânblée qui s'y tenoit chez M. Ménage, elle devint bientôt publique. A cette assemblée il s'y trouvoit quelquefois des gens de mérite, mais le plus souvent il n'y avoit que des grimauds, qui rimailloient j et il y eut des chansons sur l'aventure de la vestale. Je veux croire que M. Ménage n'eut point de part à ces chansons ; cependant il ne fut point lâdié d'avoir humilié le Père, parce que celui^i l'avoit maltraité en des ({ucrellcs grammaticales ((u'ils avoient eues auparavant. Ce M. Ménage étoit un savant hérissé de grec et d'hébreu, qui parloit etécrivoit plus gaulois que françois, qui suivolt ses (Hiseroatious sur la langue fran^oise, et ne la parloit pas mieux que ne
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