HÉHOIBES DE L'ABBE LE GENDRE
bisoient nos quadrisaïeub et que dc fonl aujourd'hui les Suisses. Ce qu il y uvoit d'Incommode dans le commerce (le ce savant, c'est qu'il parlott toujours de lui, se citant comme oracle en tout. Un hoanéte homme qui u'cst pas tout à Csit pédant peut-il lâire son panégyrique sans rougir?
Une alTaire d'un si grand éclat mortifia beaucoup les jésuites, et comme ib sont inexorables sur le fait de la galanterie, jusque-là qu'ils ne pardonneroient pas aux [dus illustres de leurs confrères qui en seroient convaincus ou légitimement suspects, ils eussent Tait le procès au Père Bouhours, si ses amis du dehors ne fussent venus à son secours. Son innocence dépendoit du désaveu du procureur ; mais il étoit d'autant moins aisé à se Taire donner ce désaveu que le procureur étoit aimé de lettres qu'il avoit suiprises, dans lesquelles le Pérc s'eipliquoit de manière à donner au moins du soupvon. H Que les autres jésuites aillent aus Indes, disoit-il à la demoiselle, pour moi je ne vous quitterai point, vous êtes ma Chine et mon Japon. nEn vain M. de Lamoignon, un des avocats généraux, ami particulier du Père Bouliours, lit-il ce qu'il put pour le sortir de cette afTaire ; ne pouvant en venir à bout, il pria M. l'archevêque d'exoFciaer le procureur. M. de Uarlay, pour ne se point commettre, fit préparer les voies par le cure de Saint- Benoit. La négociation réussit ; le procureur, amené insensiblement par menaces ou initrement à un point convenable de docilité, vint à l'archevêché et déclara de vive voix, comme il Bt depuis par écrit, qu'il n'avoit nulle part aux mauvais bruits qui avuient couru du Père Bouhours et qu'il reconnoissoit ce Père très-vertueux et trcs-sage. Le public se moqua de ce désaveu extorqué ou
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mendié et n'en crut |>as moins véritable ce que le procureur avoit dit du Père et de la vestale.
(1692.) Quelque reconnoissance que les jésuites dussent avoir d'un service si considérable, ils n'ctoienl point contents de M. l'archeii'êque, parce que, en ce même temps, il venoit à masque levé de tirer l'abbé de la Trappe d'une aRarrc fâcheuse dans laquelle, à ce que l'on disoit, ils avoient eu beaucoup de part. Arniand- , Jean Le Bouthillier, connu dans ses jeunes ans sous le nom d'abbé de Rancé, s'étoit jeté dans la dévotion après avoir été du monde autant que l'on peut en être. Outré dans la pénitence comme il l'avoit été dans les plaisirs du siècle, il avoit établi en son abbaye de ta Trappe, depuis qu'il s'y étoit fait moine, un silence perpétuel etune austérité plus grande qu'elle n' étoit à Cîteaux dans le commencement de l'ordre. Chose admirable, étant chanoine de Paris il avoit l'estomac si foible qu'il ne buvoit que du vin exquis et ne si nourrissoit que de blanc de poulet, et depuis qu'il se fut fait moine, il se trouva heureusement aroir l'estomac si bon qu'il ne buvoit que du petit cidre et ne mangeoit que des légumes cuits à l'eau et au sel.
Ce second saint Bernard devint en fort peu de temps, comme l'avoit été le pronier, le conseil et l'oracle des personnes de qualité qui vouloient entrer dans les voies de Dieu ou s'y aCTermir. Les gens d'une morale austère, ^ntre autres les jansénistes, qui la prêchent pour se faire honneur, souvent sans la pratiquer, firent le panégjrique de ce nouveau réformateur. Plus les jansénistes le louoient, plus on le crut dans leurs sentiments, tiuit parce qu'ils ne louoient que Icui's amis <|ue parce «luc l'abbé, de son cdié, ne niénugeoit point les jésuites, ft:
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faisant gloire de ne pas penser comme eux sur les iiiîitièresde ta grâce, se plaignant d'eux avec aigreur comme de calomniateurs, a Ne poavant attaquer mes mœurs, dit-il dans une lettre au duc de Brancas, ils attaquent ma foi et ma créance ; ils trouvent dans la fausseté de leurs maximes qu'il leur est permis dédire contre moi tout eu que l'envie et la passion peuvent suggérer. Ma conduite n'est point conforme à la leur, mes maximes sont exactes, les leurs sont relâchées, voilà mon crime ; cela suiGt pour m'opprimer et me détruire. » Effectivement les jésuites, le regardant comme leur ennemi et «omme l'ami des jansénistes, ne manquoient point l'occasion de le décrier ou de le desservir, ce qui fit qu'on crut qu'ils trempoient dans l'affaire fâcheuse qu'il eut, et dont il n'y avoit que M. l'archevêque qui osât un peu l'en tirer.
Un jeune récollet', il vit encore, il se nomme Candide de Cbalippe *, il prêche avec succès et vaut bien autant qu'aucun autre qu'il y ait dans la Compagnie ; ce jeune récollet, cnflamrrié.du désir de tendre à la perfection, s'imagina y parvenir se faisant moine de la Trappe, il fut reçu dans cette maison avec d'autant plus de joie que par les lettres édifiantes qu'il avoit écrites à la communauté, tandis qu'il étoit postulant*, on s'étoit figuré que
■ Réa^lett, cua;;réi;atiati de franciscains tilormi», qu'on >p|ielail aiuai ffint mineur» de l'srdre dft Saiot-Franfoia de l'étroite ohier- •aniic. il] fui'enl cUb is v«rs lin 1530. mui le ponUricat de Oimeiil VII. <iui, Toyant que pluaiaurs reliKieui de l'ardre de SaiDl-FrsiM ;oi> ae prapouient d'en pratiquer U règle à l;i leltre el dan* *i pins Ijrunde perfection, leur Gt donner dea nui»>ni où ila recevaient cenxqoi, comme eui, avaienl l'eaprit de récûlteclion : de li le nom de Bieotût*.
' Cbalippe [Louia-Fnncois-CaDdide de), mort en 1751. On a de lui ilva Sermon*, une Oraitan funiàre du cardinal de Maillt, el une Vie de taint Fronçoiâ ifAttiâe.
^ PeilnlaHl, terme ronsacrù |inur dire celui qui BolUcile aon irimii-
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cctoit un vœu d'élection. Il entra au noviciat' et y lit voir, sis jours durant, une ferveur extraordinaire ; au septième il s'évada et revint â Paris dire au gardien de son couvent qu'il ne s'étoit enfui de la Trappe que parce qu'il } avoit vu et entendu des choses affreuses; qu'on y enseignoît et pratïquoit un jaiisénisnie outré sur le dogme et dan» la niorale ; que c'étoit là que se tramoient toutes les intrigues de Paris; que les moines s'y désespéroient, que l'abbé les traitoit avec une dureté et une hauteur insupportables ; que, bien loin d'employer son temps à veiller sur ses religieui, il se mettoit tout entier à écrire sans cesse au dehors et que, pour tout dire en on mot, c'étoit une maison moins à admirer qu'à dé> tniire. Quand le tout auroit été vrai, comment dans le noviciat, oîi l'on ne voit qui que ce soit, ce récollet eût-il pu l'apprendre en fi\ jours ? Cela étoit si peu vraisemblable qu'il y eut bien des gens qui dirent que c'étoit une calomnie préparée, et ce moine un enfant perdu qu'on avoit lâché à la Trappe pour avoir occasion de le faire parler comme on voudroit ; du moins est-il bien certain <}uc, pour sauver les apparences, îl eût dû y demeurer assez pour paroitre avoir eu le temps d'approfondir ce qui en étoit. Le gardien, ennemi de l'abbé de la Trappe et des austérités qu'on pratiquoit dans ce couvent, lit mettre par écrit la déposition du transfuge, et quand elle fut signée il la fit présenter au roi et la rendit publique.
Cette aventure fit grand bruit. Les jésuites et leurs amis, prévenus qu'ils étoient que la maison de h Trappe
' Le tumieial, temps d'é|>reuvG ei d'initruclion, qui gfnéralemenl £t*it d'une aanùe Bt MiiTiîl la futlutalioii. Après le novicitl venait li
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\U UËIIUIRES I)E L'ABBË LB GKNDRL
étoit un nid à jansénisles, deiuandoient qu'on lu ruinai ) c «toit fait de cette maison si l'archevêque, à qui le roi communiqua les accusations, ne lui eût représenté qu'avant de prononcer il falloit s'assurer de ce qui en éloît. Le roi lui ordonna de s'en instruire exactement et de ne lui en rien cacher. Dans les dispositions où Louis XIV étoit alors sur ce qui regarde le jansénisme, il n'y avoit que M. de Paris qui osât et qui pût Nitrqtrendre de le désabuser.
Tandis que l'abbé, averti de ce qui se passoit, préparoit son apologie, H. l'archevêque fit venir plusieurs Tois le moine délateur avec le gardien et quelques autres frères des plus notables de la maison. Le moine, la première fois, ne se déferra point ; à la seconde, il se coup» ; à la troisième, il avoua et désavoua ; à la quatrième, il rougit et reconnut que ce n'étoit que sur des présomptions qu'il avoit accusé l'abbé, et que, de loul ce qu'il avoit dit, il n'y avoit de vrai sinon que, dans le noviciat, on lui avoil donné à lire la Bible de Saci et autres livres de Port-Royal. En même temps que le délateur avouoîl qu'il étoit coupable, arriva une lettre de l'abbé à M. de Paris pour se justifier, lettre excellente; j'ai eu l'original longtemps, et je regrette de l'avoir prêté à un homme des plus re^ectables qui ne me l'a point rendu ; il y avoil de l'élégance dans celle lettre, du feu, de l'imagination, c' étoit le caractère de l'abbé ; avec tout cela on entrevoyoit dans la lettre qu'il avoit des relations avec les chefs du parti. Cependant il étoit si peu janséniste qu'il avoit signé le formulaire purement cl simplement, et qu'il ne ccssoit de dire, quand l'occasion s'en préseiitoit, qu'il falloit sans restriction m soumeltre, eu ce qui regai-de la fui et les mœurs, aux coiistituliou de^ pape».
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