LIVRE QUATRIÈME
Une des choses dont les nonces sont le plus jaloux est d'élre en quelque manière les évêques de leurs palais et d'y pouvoir administrer ou faire administrer par qui bon leur semble, à eux, à leurs domestiques, à des étran(i;ers, s'il s'y en trouve, le viatique, l'extréme-onclion et tous les autres sacrements. Ils en sont en possession à Madrid, à Vienne, à Lisbonne, à Turin et à Varsovie : à Paris, au contraire, l'usage est que les nonces comme tes autres ambassadeurs, comme les princes, comme les cardinaux, reçoivent de la main du curé les derniers sacrements, el que, s'ils y viennent à mourir, on porte leur corps à In paroisse avant de le transporter au lieu de leur sépulture. Les nonces en différents tomps ont réclamé contre cette coutume, mais sans être écoutés.
Le nonce Varese, dans le fort de nos contestations avec Innocent XI, s'étant fuit donner le viatique et l'cx- Irême-onction par un capurin qu'il avoil pris à son service, le capucin l'ut décrété et mis en prison à l'oflicialité, et quoique le nonce en mourant eût expressément demandé que son corps fût porté directement aux Théatins où il vouloit être enterré, il fut porté à ta paroisse, par ordre, tant du roi quedeVarchevêque, avant d'être transporté au lieu de la sépulture. Cette affaire fit grand bruit à Rome ; en France on en murmura, et il y eut bien des gens qui trouvèrent à redire i\ la vivacité de M. l'arche- \éqne. Il en eut beaucoup moins eu pareil cas, environ quatorze ans après, mais il étoit alors nommé au cardinalat, et quoiqu'on ne fût pas encore dans une pleine paix avec la cour de Rome, du moins on u'étoil plus eu guerre ouverte. Quelle différence, je ne dis pas d'un bomme à un autre, mais du même homme à lui-même, selon le temps où il se trouve I Et quelle pitié que les
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t54 MÉMOIRES DE L'ABBÉ LE GENDRE.
plus sages, au lieu c)(^ n'agir que par principes, nesccon-
duisent, le plus souvent, que par passion et par intérêt !
Le nonce Nicolini, trois mois apn's son entrée, étant tombé malade sur la paroisse do Saint-Sulpice, le curé se présenta sur l'avis que l'on eut que le mal toumoit à la mort. Ce curé étoit M. fîaudrand, docteur sa^^c et habile, qui n'avoit rien ni du pédant ni du séminariste. Sur le refus que le nonce fil de cette visite, j'allai lui dire le lendemain, de la part de l'archevêque, que pour témoigner plus d'estime pour hii et plus de respect pour le saint-siége, le prélat iroit volontiers de son église cathédrale, portant le saint sacrement, pour lui donner le viatique. Le nonce fut frappé de la proposition, et quelques moments après : « Je n'aime point, me dit-il, un si grand fracas. » S'il ne s'accommodoit point de cette pieuse ostentation, du moins dcvoit-il, ce semble, prier l'archevêque de lui administrer les sacrements sans bruit , un nonce plus habile n'auroit eu garde d'y manquer. J'y retournai le lendemain et, après bien des contestations, enlin nous convînmes que, la nuit suivante, il recevroit le viatique à une messe que le curé iroit lui dire dans sa chambre, l.e nonce mort, son corps fut transporté, par dispenï^e de l'archevêque, immédiatement aus Capucins sans être posé à la paroisse.
La conduite sagt; et modérée que M. de Paris avoil tenue en cette occasion à conserver ses droits sans combattre ouvertement les prétentions du nonce plut fort à Innocent XII, et comme on ne pouvoit douter qu'elle n'oàl été concertée avec le roi, on la regarda comme une avanc»qui se faisoil de notre pai't pour terminer à l'amiable les différends qu'il y avoit entre la cour de Rome et la cour de France. Il ne s'agissoit plus que de la fran-
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