LIVRE QUATRIÈME. 1b
chise du quartier de notre ambansadeur ; \e roi y avort renoncé aussitôt qu'Alexandre VIII fut élu souverain pontife. Il n'étoit plus question de l'affaire de la régale ; le pape n'en dismit plus mot depuis que, par un édit, le roi avoît consenti à n'exercer ce droit que selon les canons et selon tes lois ecclésiastiques qui sont d'usage dans le royaume. De quoi te pape se plaîgnoit, c'est de ce qui .s'était fait contre son autorité dans les assemblées du clergé de 1681 et 1682. Le pontife en dcmandoil réparation, et pour contraindre à la lui faire, il refusoil des bulles aux évëques et abbés nommés ; refus d'autant plus fâcheux qu'il y avoit par là plus de trente évëcbés vacants.
Cl- n'a«t guère les armes à la main que le pape vide les différends qui lui arrivent de temps en temps avec les princes catholiques ; il siéroit mal au pcrc commun des fidèles d'armer contre eui; d'ailleurs la profonde tran-' quillilé dont on jouit dans ses ttats rend ses peuples si peu guerriers qu'on auroit peine à en faire de boimes troupes Les principales armes d'un pape, c'est l'inlrigue et la politique, c'est d'exciter contre le prince qu'il prétend lui avoir fait tort l'envie et la jalousie et de lui susciter tant d'affaires que ce prince soit enfin contraint, selon létat où il se trouve, de faire pliiH ou moins ce que Rume eiige de lui. C'est par là qu'Innocent XI lit plus de mal à Louis XIV que si les armes papales eussent fait irruption en France. Une autre ressource des papes, c'est leur longanimité : quelque ressentiment qu'ils aient, au lieu de rien précipiter, ils attendent avec patience le moment favorable de sortir honorablement ou le moins mal qu'ils peuvent des affaires qu'ils ont sur les bras, sage conduite qui réussit dans la négociation des bulles, la-
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156 H£h01RES DK L'ABBÉ L£ GENDRE.
quelle avoit traîné longtcm|)s sur le flui et reflux des dif-
réreiils événemenla.
Cette négociation, commencée sous Innocent \{, continuée infructueusement soua Alexandre VIII, fut renouée sous Innocent XJl. Le roi étoit victorieux des princes ligués contre lui ; il avoit pris sur eux Mons en tlainuii, Nice en Piémont, Montmélisii en Savoie, le comté d Urgel en Catalogne. Une si grande prospérité intimida la cour de Rome; on commeocoit à s'y radoucir, lorsque malheureusement dans le temps que toutes choses sembloient s'y disposer à un accord, notre flotte qui, trois ans devant, avoit battu plus d'une fois la flotte d'Angle* terre et celle de Hollande jointes ensemble, fut si absolument défaite qu'elle ne put plus tenir la mer ; de quarante-quatre gros vaisseaux dont cette flotte étoit composée, les ennemis en brâlèrent deux, nous-mêmes en brûlâmes douze plutôt que de les voir tomber dans leurs mains ; les trente autres furent si maltraités qu'ils ne purent servir de longtemps (29 mai 1692|.
Une si grande perte encouragea la cour de Rome i demander avec liauleur une pleine réparation, et pour cela le clergé fut assemblé expressément pour désavouer ou rétracter ce qui avoit été arrêté dans les assemblées de 1681 et 1682, dure condition, telle que les papes l'eussent exigée dans les siècles de leur toute-puissance. Quoique le roi nouvellement eût pris Namur, ville et château, place des plus importantes et des mieux fortifiées, quoique son armée de Flandre eût taillé en pièces à Steinkerque l'infanterie des ennemis, le pape tint ferme, sur ce qu'on lui fit entendre que le duc de Savoie, qui s' étoit joint à eux, alloitentrer en France avec leurs meilleures troupes, et y faire de^si grands progrès que le roi
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