LIVRE QUATHIËHE
seroit obligé d'acquiescer, pour avoir la paix, à tout ce qu'on lui demanderoit. Ces espérances furent vaines ; le duc entra en Dauphiné, il y pilla, il y brûla, il y prit deux ou trois bicoques qu'il fiit contraint d'abandonner, ensuite il se retira : grande mystilication pour la cour de Rome. Depuis cet échec, on y fut beaucoup plus docile, on n'y St plus de propositions si hautaines, on parut même y souhaiter l'accommodement, et certes il étoil temps de le conclure, tant on sembloit eu France disposé à se passer du pape, soit en créant un patriarche, soit plutôt en établissant le louable et ancien usage suivant lequel, sans prendre de bulles, l'évéque élu par le chapitre étoit incontinent sacré ou par le métropolitain ou par l'ancien des sulTragants. De ces expédients il pouvoit Daiire de grands troubles, si le pape, de sou côté, en venoit aas extrémités; ce fut grande sagesse de se relâcher de part et d'autre.
Les ministres qui, de notre part, négocioient cette atfaire à Rome étoient le cardinal d'Estrées et le cardinal de Janson, hommes en grande estime, d'Estrées parmi les savants, Janson parmi les politiques ; hommes employés depuis longtemps, Janson avec succès, d'Estrées moins heureusemeot ; hommes d'ailleurs d'un caractère si ditTéreut qu'il paroissoit étrange qu'on les eût associés dans la négociation d'une affaire de cutte importance. D'Estrées, plein de feu et plein de lui-même, sembloit, dans les conférences, moins négocier que commander ; irrité qu'on lui. résistât, il accabloit ses adversaires ou de paroles ou de raisons, et haranguant sans cesse pour faire parade de sa science et de son bel esprit, îi peine leur laismit-il le temps de se reconnoitrc. Il auroJt été un homme illustre, s'il ettt pu retenir sa langue, et traiter
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liornmes el affaires avec un peu moins de hauteur. Janson, plus souple, plus insinuant, taciturne par raison autant 4|ue par inclination, laissoit |)arler les gens pour profiter en habile homme de ce qui pouvoit leur échapper : par là, avec moins d'esprit, moins de science, moins d'éloquence que d'Estrées, mais avec phiH de flegme et plus de manège, il les amenoit peu à peu au point où il les vouloit. L'un songeoit à briller dans ses négociations et l'autre à y réussir. Ces deux ministres, quoique d'humeur si différente, ne laîsiièrent pas d'agir de concert, parce que Janson si à propos savoit ménager son confrère, qu'il le faisoit tdt ou tard tomber dans son gentiment. Avec toute leur habileté, la négociation des bulles ôloit pour traîner longtemps, tant elle paroissoit difficile, si notre empressement ne nous eût fait trancher sur les conditions. Avec un peu de patience on auroit pu eu obtenir de plus avantageuses, c'est-à-dire de moins humiliantes. Madame de Mainlenon avuit si grande envie que M. Godet des Marais, son tlirecteur et confesseur qu'elle avoit fait nommer à l'évéché de Ch 'rtres, eût ses bulles incessamment, qu'il fallut pour la contenter hâter l'accommodement. Ce M. Godet des Marais, quoique homme assez ordinaire, commençoit à devenir oracle par la confiance que cette dame avoit en lui.
(iri93.}0nconvint donc que le pape donneruildes bulles api'ès que les évèques et les abbés nommes qui se trouveroient avoii' été des assemblées du clergé de 1 68i et 1 682 lui auroient écrit une lettre, chacun en particulier, |iar laquelle ils lui marqueroient combien ils étoient fâchés de ce (|ui s'étoit fait à ces assemblées au préjudice du siiint-.-<iége. Voici en l'rauçois la forniulc qui fnt concertée entre les deuxcouis : « Prosternés aux pieds de Votre Sain-
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