‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 74 sur 184 · LIVRE QUATIUÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATIUÈME

tcté, uous lui protestons que nous sommes U'èb-véritablement fàchéH, et au delà tl^ ce qu'on peut dire, de ce qui x'est fait dans ces assemblées au grand déplaisir de Votre Sainteté et de ses prédécesseurs. Ainsi tout ce qui peut être censé y avoir été décidé sur la puissance ecclésiastique et sur l'autorité pontilicale, nous le re;^ardona Mmmenon décidé, et nous déclarons que l'on doit le regarder comme tel ; de plus, nous tenons pour non délibéré ce qui peut être censé y avoir été délibéré au préjudice des droits des Kftiises. » Cette lettre lîl grand bruit, et comment n'efi auroit pas fait une palinodie aussi estraordinaire? En pays étranger, elle l'ut regardée comme une abjuration expresse et comme une satisfaction que le roi, dans le désir de la paix, avoJt bien voulu donner au pape et à la cour de Rome pour lui faire oublier l'aigreur des choses passées. En France, au contraire, on disoit que ce retour, parce qu'il n'éloit fait que par des particuliei-s, ne donnoit point d'atleinle à ce qui avoit été arrêté eu lij82. Ce qtf'il y a de certain, c'est que, depuis l'accommodement, on a soutenu publiquement lesqualrearticles du clergé, et que les parlements continueut de les regarder comme les fondements et la base de nos libertés.

La conclusion de celte alîaire donna une grande joie à Innocent \II; et parce qu'il n'ignoroit pas que M. l'ardievéquc, loin de s'y up|)oser, comme bien des gens i'ap- |)réhetiduient, y avoit beaucoup encouru, il lui en sut bon gré et l'en lit remercier. Après ce qui s'étoit passé et dont le prélat avoit été le premier mobile, qui auroit cru qu'il eut autant contribué à l'accommodement? Un en douta longtemps à Rome, et on ne fut persuadé do aes buimes intentions que lorsque, sur la fin de la né-

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gociation, on le vit condamner avec apparat le priadpal ouvrage du docteur du Pin |1695). Je ne sadie poiut d'homme de nos jours qui ait été,plus odieux au pape et à la cour de Itonie que ce docteur l'étoit ; aussi ne eensoit-il de mordre et de se déchaîner le plus souvent mal à propos, toujours de gaieté de cœur. C'est ce qui lui attira, au moins autant que son mérite, l'affection et l'estime non-seulement des protestants, mais de quantité d'autr«s gens qui ne laissent pas de se dire catholiques, quoique témoignant pour le pape et pour le siège apostolique, qui est le centre et la source de la catholicité, moins de respect et plus d'aversion que n'en ont bien des hérétiques.

Ce docteur ne inanquoit ni d'esprit ni d'érudition ; ce n'étoit pas un génie sublime ni ce qui s'appelle un beau génie, mais dans la sphère du docteur, il étoit homme de mérite et des plus disUngués de la faculié de Paris ; à la vérité, ce n'est pas beaucoup dire, car depuis quarante ans que je connois ceux cjtii la composent, j'en ai vu peu qui se distinguent. De près de deux cents qu'ils sont orflinairement, il y en a plus de cent cinquante qui songent moins à être doctes qu'à être docteurs ; ce nom décore, et c'est ce qu'ils cherchent ; il impose à la multitude, qui s'imagine que tout docteur est un oracle; il n'y a que la bourgeoisie qui soit éblouie de ce titre, et on sait que, pour l'acquérir, il n'en coûte communément c)ue de fréquenter les écoles et d'apprendre par cœur, |)0ur faire ses actes de licence, des réponses et des arguments qui sont presque toujours les mêmes. Uui seroit assidu aux exercices de Sorhonne y verroit souvent de pitoyables scènes. Le talent du docteur du Pin n'étoit |)oint de parler en public, il ne faisoit que piailler dans

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les assemblées ; son talent étoit une grande fécondité, beaucoup de facilité à écrire. Du reste, il avoit peu d'exactitude dans les faits, peu de justesse dans les jugements, encore moins de correction dans le langage, ni d*éi^nce ni de délicatesse de style.

Le principal ouvrage de ce docteur, ennemi de Rome, et celui qu'il lui fit un nom est la Nouvelle Bibliothèque det auleurs ecclésiastiques ', noble et vaste dessein qui demandoit, pour être bien traité, une connoissance profonde de ces écrivains, et le docteur n'en avoit qu'une superficielle ; un grand discernement, il s'en falloit beaucoup que le docteur l'eût excellent ; un cœur et un esprit entièrement impartiaux, c'est ceque le docteur n' avoit pas. Frondeur d'inclination et voulant faire bruit par la singularité de ses sentiments, il ne Jugeoît des hommes et des choses que selon ses préventions, et affectoit de s'écarter des opinions communes. Parle-t-il des hérétiques, il les épargne, il augmente leur mérite, il les représente comme des gens sincères qui ne demandoîent qu'à s'éclairer, et gémit de ce qu'on ne les a pas ménagés. Par!e-l-il, au contraire, des Pères de l'Ëglise, il les critique tous ; selon lui, l'un est un brouillon, l'autre na emporté ; celui-là est un bomme vain, celui-ci un homme inquiet qui a peu de lumières et de jugements ; rapportet-il quelques endroits où les Pères les plus respectables rendent hommage à la grandeur et à la prééminence de l'Église romaine, ce n'est, selon lui, que des compliments.

■ Vwci lo lilrc lia l'uuTrige du docteur du Piu : BibHotlUqut det aulturt eccUttatliquei jiuque» et y comprit Udix-hutUimetiécte. ponîewmtt'hittairede leur tU, te catalogue, la critique, la chronologie île Ituri aavraget. Piri», 16Wci «

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163 • HËHOIRËS UE L'ABUË LE GË.NUKIi;.

Si cette conduite aussi iujuste qu'impudente le rendit célèbre en Hollande parmi les sociniens ' et les déistes ', elle souleva, en France et ailleurs, les catholiques contre lui. De ses confrères leBdocteurs,parzèle ou par Jalousie, étoient préLs de la dénoncer â la Facilité, lorsque M. de Paris, que cette affaire regardoil comme étant dans son diocèse le seul juge de la doctrine, s'en saisit pour en décider. Un ouvrage si vaste et si varié n'étoit point susceptible d'une correction limitée ; aussi prit-on le parti de le supprimer et de le condamner comme contenant des propositions scimdaleuscs, fausses et téméraires, injurieuses au saint-siége et aux Pères del'Ëglise; mais avant que d'en venir là, de peur que pour te venger le docteur ne fit dt!s libelles, ou qu'audacieusemeiil cet homme, que l'un croyoit ferme, ne voulût soutenir ses erreurs, ce qui eût augmenté le scandale, le prélat eut la précaution de le faire venir en particulier, pour conférer à l'amiable.

' SoeinUtu ou unilaim, icele religieuse qui eul pour foodileur l'tDalc Socin, ei qui fleurit longlemps en Pologne el «n Tranfjlranie. Suinnl l'anleur de l'irtiele Unitaire* de \' Eneyctopéâie. toutes les hérésiei ita Unit«ire< d&uulenl de ce» Inns propuailLom que Socin emprunli dns cnlTinislee, t»itm : 1* Li divinilc des Ecritures ne peut tli« [iiouTée que par b niion ; 2° chacun a droit et il lui esl mcmt eip£ditnt de suLtre son esprit particulier dans l'interpréutioa de ce) mOmes Ecritures, sine s'urrtter ni à l'nulorilé de l'ÈKli^c ni à celle de li tradition; 3° loui les jugemenl* Je l'aniiquitf, le confenlemenl de tous lei Pures, tes décision* des anciens coDciles tiR sonl nucuM prcuic de la vérité d uue opinion; (t'où il suit que l'on ne iloil pas te niellre en peine si celles qu'on prupo!e en matière de religion ont eu ou non des Kctaleurs dans I antiquité.

■ t On noniinc délite*, dit l'abliû de La Chanilire. ducleur de Sorlionne, qui écritail ceci en 1731, an nonmie dittttt i«» ceux qui adriicllcnt l'ciislciice d'un ^irc ■uprcDic. auteur el principe de lous le: l'Irea qui composent le nioaile, siai «ouloir reconnoUre autre cImms en t'ait du religion que ce que la raison l-is<ée à elle-même peut dfcoin

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