LIVRE QUATRIËHE
par M. Perrault, qui te lut à l'Académie en 1687, dans une séance publique, puctne ingénieux d'une belle versification. En entrant dans un grand détail, il montroil que, sons Louis XIV, les sciences, les arts, les belleslettres étoient plus* florissantes en France qu'elles ne l'avoient été à Borne et à Athènes dans les temps les plus renommés. Les admirateurs de l'antiquité frémirent plus d'une fois à la lecture de ce poëœe et se récrièrent contre l'auteur; celui-ci n'en fut pas moins ferme à soutenir son paradoxe, et à cette occasion il fit des dialogues oîi il tounioit en ridicule Homère, Virgile, Piaute et quelques autres héros de l'ancienne littérature, en faisant voir la petitesse, les fautes de jugement cl les expressions basses qui se trouvent en assez grand nombre dans leurs plus célèbres ouvrages. Il n'en fut jamais d'absolumenl parfaits; il en est de la perfection, en quelque genre que ce soit, comme de la pierre |)hilosophale : c'est une belle chimère après laquelle on court el qu'on n'nllrape point; l'esprit de l'homme est si borné, qu'il n'y a point eu d'ouvrages et qu'il n'y en aura jamais où il ne manque quelque chose ; le plus parfait est celui oii il y a le moins à redire. Aussi l'auleur du poème fut-il blâmé d'avoir parlé avec mépris de Ylttade, de VEnéitle et des Dialogues de Platon, parce que, si dans ces ouvrages il y a quelques endroits foibles, il y en a, en récompense, une infinité d'autres qui sont si beaux et si escellenls, qu'ils ont fait l'admiration de toutes les nations et de tous les siècles. Le censeur trop sévère des cbefs-d'œuvrc de l'antiquilé avoit trop d'esprit pour ne jiass'apercevoir qu'il avoit outré; mais malheureusement quand un homme de lettres a une fois avancé une proposition d'éclat, i) n'y a rien qu'il ne risque pour la soutenir.
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Si la dispute fut si vive, ne fut-ce point faute de sVn- (endre? Ce ne seroit pas la première fois que cela scroît arrivi^, même parmi les théologiens et parmi les autres gens qui font profession d'études. Dire que les anciens avoient |>lus d'esprit que les modernes, ou que les modernes en ont plus que les anciens, ce seioit, me semble, mal à propos, car enflii les hommes de jadis étoienl-il^ formés autrement que le sont 1rs hommes d'aujourd'hui 1 Si quelques-uns, dan^ les premiers temps, ont eu plus d'occasions, soit par rapport à leurs usages, sotl par rapport aux conjonctures, de faire paroitre leur esprit, est-ce à dire pour cela qu'ils en eussent plus que les modernes? Ceux-ci ne feroient pas moins bien s'ils se trouvoient dans la situation où se sont trouvés les anciens et s'ils s'appliquoient autant qu'eux ; à force de méditer et d'approfondir, les idées viennent en abondance et les mois s'arrangent d'eux-mêmes. Si, au lien de copier, on creusoit dans son propre fonds, ce qu'on feroit seroit peutêtre d'un aussi grand prix que ce qu'ont fait les anciens. On est si prévenu en leur faveur i{u on croit ne pouvoir mieux faire que se former sur eux, au lieu que rien n'est plus capable de dessécher l'esprit et de le rendre tout à fait stérile que cette imitation.
Prévention à part et tout bien examiné, en quoi les anciens sont-ils préférables aux modernes ? Si les anciens ont invente, les modernes ont perfectionné; faut-il moins d'esprit pour l'un que pour l'autre? Les anciens n'ont point inventé, c'est la nécessité qui est la mère de l'invention. D'ailleurs qu'est-ce que c'étoit que leur invention dans les commencnncnts? Les ébauches de choses informes qui ne se sont perfectionnées que par rinduslrie des modemoJ'. Qu'est-ce que c'étoit qnel'as-
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