‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 77 sur 184 · LIVRE QUATRlKlB. 1A · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRlKlB. 1A

tronomie des anciens et leur géographie en comparaison de la nAtre? Quel avantage la boussole, chose inconnue aux anciens, n'a-t-elle pas apporté à la navigation I Un pilote autrefois craignoit continuellement de prendre une route pour une autre et de donner dans des écueils ; un pilote aujourd'hui, par le secours de la boussole, va sans s'écarter de sa route et surgit à trois mille lieues du port d'où il est parti dans )c port où il veut arriver. Quelle lumière Vanatomie, que l'on n'a pratiquée que dans ces dentiers temps, n'a-t-e)le point donnée pour connaître la constitutiondu corps humain, la source de ses maladies et les remèdes pour les guérir ! Il n'y a ni art ni science qui ne fournisse de nouvelles preuves en faveur des modernes; néanmoins, par respect pour l'antiquité, je m'en tiendrois volontiers à dire que, compensation faite des différentes choses en quoi excellent et les anciens et les modernes, ils me semblent d'un mérite égal ; ce que les hommes sont aujourd'hui, ils l'ont toujours été et le seront toujours.

M. de Paris fit agiter cette question devant lui ; il voulut que je prisse parti ; je m'en défendis, d'autant qu'à demeurer neutre «n juge plus sainement qui a tort ou qui a raison. Le poète Martignac (nous l'avons déjà dit, il avoit été précepteur du marquis de Chanvallon, neveu de H. l'archevêque) fut le tenant des anciens. Il portoit son culte jusqu'à l'idolâtrie, c'est-à-dire jusqu'au ridicule. H y entroit sans doute de la reconnoissance : il avoit pris dans leurs ouvrages ce qu'il y avoit de supportable dans les siens. Le champion des modernes fut l'abbé de Lavau, homme de quelque naissance, qui, ayant fait le mariage d'une des filles de M. Colbert avec le Gis aîné de la maison de Morlomart, ne demanda pour récom-

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pense qu'une place à l'Académie; ce fut à sa confusion : iln'étoit point homme île lettres; il disoit pour se disculper que beaucoup y éloient entrés sans faire preuve de littérature. Ni lui ni Hartignac ne défendit bien sa cause, elleétott en mauvaises mains. Le prélat n'en fut point fâché, il aimoit à briller bu\ dépais d'autrui ; c'étoit assez sa coutume de faire agiter devant lui des pn>> blêmes de toute sorte, afin d'avoir le plaisir de donner à ce qu'on avoit dit, etqu'il ne manquoit point de résumer esactement, un tour si fin, ^ délicat, que l'on aïkniroit dans sa bouche ce qui avoit paru plat dans celle des au. très.

Ces innocents plaisirs, qui servoient à le délasser, ne diminuoient en rien son application aux affaires. Tlne des plus grandes qu'il y eût alors el sur laquelle depuis vingt ans le roi, le clergé et le parlement n'avoient pu s'accorder, étoit la dot et les pensions des religieuses. Le parlement en 1667, sur le réquisitoire de H. l'avocal général Talon, le fléau des moines et moinesses, avoit défendu, sous très-rigoureuses peines, ces dots et ces pensions, comme contraires au bien public, comme sînwniaques * et prohibées par les canons. Il appartient aux magistrats d'interpréter les lois civiles, parce qu'ils sont les dépositaires autant des intentions que de l'autorité du prince ; pour l'explication des canons, qui sent les lois ecclésiastiques, elle n'est point de leur ressort, el die est réservée partiailiérement aux prélats. Qui peut mieux pénétrer l'esprit de ces lois et en développer le sens que ceux à qui est confjéle dépôt de la foi et des mœurs?

' Li ilmenit eil ]« fiit de lnfii]uer dei cboseï cicrées. Ce nrol lient du Simon le li^icien, dont il csl parlj dini te» Aciet des Apftiret, qui Toulut icfaeler itm d« l'irgent le pouToir di Tiire d«a nnclct.

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Cet arrêt 5t beaucoup crier; aussi intéreesoit-il au^ tout tes bonnes familles qnelescouveolsd'honinieaet de Biles. Si ces monastOTes sont des écoles de vertu, di ce flont des aâles contre la comipUan du siéde, ce sont aussi des dédiai^es pour les ramilles. A-t-on un grand nombre d'enfants, on est bien soulagé de pouvoir, i ihi juste pni, en placer bonorablement une partie en des couvents. Pourquoi, disoit-on, s'élever contre les pensions? Elles sont si modiques qu'elles ne peuvent faire ni grand bien à ceuxqui en jouissent, ni grand mal à ceux qui les donnent. D'ailleurs, ces pensions étant viagères, le fonds en demeure à la famille. En quoi sont-elles illicites, en quoi sont-elles simonîaques? La simonie connste dans la tradition de quelque chose de temporel pour une chose spirituelle : qu'y a-t-il d'approchant dans les pensions, puisque elles ne sont destinées qu'à nourrir la religieuse ou qu'à lui fournir ses petites commodités, ce qui soulage le couvent d'autant?

A l'égard des dots il y avoit plus de difficultés, l'esprit de l'Église et son ancienne discipline étant que dans lee eouvenlfi on ne reçoive de religieuses qu'autant qu'on «1 peut nourrir. Les canons leur défendent de prendre de l'argent on de stipuler des conditions dotales pour admettre à la profession. Ceci ne doit s'entendre que des anciennes abbaves, qui sont suffisamment rentées, ou de ces grosses communautés qui, quoique beaucoup plus modernes, disputent avec tes abbayes de faste et d'opulence.

En des maisons aussi puissantes, à quoi peuvent servir des dots, sinon à entretenir le luxe et les plaisirs d'une abbesse mondaine, ou à élever mal à propos des bâtiments superbes, dont la magnificence fait plus de honte

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17(1 HËKOIRES DE L'ABBË I.B GRItDRE.

que d'honneur »iix maÎMms religirasee, où doit régner la modestie, si recommandée par leurs règles? Aujourd'hui l'abus est si grand que plus un couvent a de bien, plus il en faut pour y entrer ; quelque vocation qu'ait une fille, dès qu'elle est pauvre, elle n'est plus censée en avoir. Chose étrange, qu'on ne puisse, sans être ridie, être admis, en aucun couvent, à faire vœu de pauvreté [ . et à renoncer à ses hiens qu'il n'en coûte une partie! A l'égard des maisons qui n'ont pas de bien et qui ont peine à subsister, c'est une nécessité de prendre dei dots, non pour admettre la novice à btre profession, mais enlin de pounoir à sa nourriture et de fournir sa quote-part des frais communs du monastère. Cette coutume, qui insensiblement a passé en loi, paroit d'autant moins odieuse qu'elle est autorisée par des papes, par des saints, et d'ailleurs fondée en raison. Saint Charles Borromée, dont on a une si grande idée, étoit si fort persuadé qu'il est permis dans ces couvents d(! stipuler des dots, que lui-même a dressé un modMe de ces contrats. Quelque différence que l'on mette entre les couvents pauvres et les couvents riches, l'arrêt indistinctement nvoil proscrit toutes les dots, et Louis XIV par un édit avoit confirmé l'arrêt, désirant si fort de le voir bien exécuter, que l'assemblée du clergé de 167o, et, dix ans après, celle de 1685, firent inutilement les remontrances les plus vives pour vaincre cette résistance: ce ne fut même qu'en 4695 que parut la déclaration qui modifioît l'édit. M. de Paris eut grande part à cette déclaraUon et n'en fut point loué ; la raison, r'est que, déférant trop aux sollicitations de dames puissantes qui proléj;eoient les monastères, et trop peu aux représentations que lui lireut les magistrats, il tonmn \os choses de manière

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