LIVRE QUATHIËHE
Pères, à qui elles reprochoient de l'avoir commis dans une a^ire qui lui coûta à payer plus de cinquante mille francs.
Sur ces entrefaites, M. Âmauld, qui s'étoit retiré en Flandre il y avoit longtemps, y mourut de vieillesse à quatre-vingt-trois ans (1694). Grande joie pour les jésuites, qu'il ne cesaoit de harceler ; grande douleur pour les jansénistes, qui le regardoient comme leur chef, leur oracle, leur patriarche ; l'estime qu'ils avoient pour lui slloit jusques à l'adoration, c'est-à-dire jusques à la folie. m Ce seroit, dit un de ses panégyristes, un moindre mal pour l'univers que le soleil se fût éteint que d'avoir perdu M. Aroauld. ■ Non contents d'eu avoir fait un saint, même de son vivant, ils l'avoient tellement transformé qu'il n'étoit plus reconnoissuble, car quoique de son na-turel ce fût un homme fort emporté, hautain et de mauvaise humeur, ib le représentoient comme l'humilité, comme la modestie et la douceur même ; pour en juger, jl ne faut que voir l'amertume et l'àcreté qui dominent dans ses écrits et les injures dont il accable les gens qui lui résistoient. Telle est la prévention des hommes de ne représenter ceux qu'ils aiment ou qu'ils haïssent que comme ils voudroient qu'ils fussent.
Où son corps fut- il inhumé? c'est ce qu'on ne dit point. Voici comme en parle un autre de ses panégyristes : « Un ange visible de l'Église a pris soin de sa sépulture et a caché son corps dans la terre des Saints pour le dérober aux mauvais desseins de l'ennemi, comme fit saint Michel a l'éjjard de Moïse, et l'on peut dire de l'un comme l'Ecriture dit de l'autre, que jusqu'à présent les hommes ne connoissent point son tombeau. » Qu'y avoit-il à craindre pour le corps de M. Aroauld de ce
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lus HËHOIRES DE L'ABBË LE GENDKB.
qu'on auroit connu le lieu de sa sépulture, sinon que le peuple jansénien n'y allât en pèlerinage et bientftt n'y criât miracle '?Le cœur de ce nouveau Moïse fut apporté de Flandre à Port-Ro\ al des Champs, et rocuen cérémonie par les reli|^ieuses de cett« abbaye. Les jésuites publièrent que M. l'archevêque en avoit donné la permission ; je le crois comme eux, et n'en suis point surpris : il ne parloit jamais de M. Amauld qu'avec une grande estime. Je lui ai ouï dire bien des fois qu'il n'avoit point connu de plus i^rand philosophe, ni de plus grand théologien.
Quand je rappelle dans ma mémoire certaines époques, je croirois volontiers que si le roi eût été moins vif et moinsfcrme contre le jansénisme, M. deHarlay aurait été, de son c6té, d'un zèle assez tempéré, car d'inclination il n'étoit pas persécuteur, et pendant que M. de Lionne, le principal instigateur de la paix fourrée de l'Église eu 1669, en traîtoit avec Clément IX, ce fut M. de Harlay, alors archevêque de Rouen, qui fut garant de la droiture et de la sincérité des quatre évoques accusés *. J'ai
■ Anuuld tut caterrà dans le dia-ur de l'église Sainto-CaUieriiK' i Bruieile»,
* QuiUt en!<|ue«, HH. l'avillon, fvfque d'Alelh, Ohoarl de Baiennl, éïêque d'Amiem, Caulel, étjque de Pamier», et Ariuuld, écé^ue d'ingen, Trère du docteur, n'avaient atoepté le (bmiubire que raiu U dulinetiofl du fait — le> cinq propotittooi condunnêei acnl-ellei duu Jmi^iua? — eldudrtûi.
Le pape Aleundre TII, inilé, mulut leur Cure faire leur procè» tl nomma de« commiaaîres. Le roi en roulait douu, le pape D'en Tonlait que dix, Celui-d nMurut, et loui son aucceiiEeuT, ClÉmeol II, MU, d'Es- |[éi-«, ■luri'Ëvéque de Laon eldepuit cardinal, de Gondrin, archeiéque lie Sens, el Vialart, êifque de CÛlons, propcKèi^il un accommodecneni dont lei lermes fliienl que Ict quatre îiâqnes doimeraienl cl Teraient donner dans leurs diociîa une Douvetle nignolurc de fonnuUire par laquelle on condamnerait Ib<i proposilioni de Jansénia*. sam aucune nt-
UVftK UiJATBlËHK. ix:.
nnlre lea maiiiK un projet de, lettre dresse par lui en c^ temps-là el écrit de sa main pour prouver, par de bonne» raisons, que la signature du formulaire ' ne devoit être que pour un temps, et, depuis qu'il fut transporté à l'archevÂ^tié de Paris, loin de fuir les cheb du parti, tels qu'étoient UM. Arnauld et Nicole, ils étoient bienvenus ehes lui.
U se fit quantité de vers latins et françois sur la mort de M. Arnauld, entre autres beaucoup d'épitaphes ; nulle contre lui, chose remarquaUe, toutes à son honneur. La plus estimée fut celle que fit en latin le poêle Santeul ; mais malbeurensement les jésuites ayant prétendu que les louanges en étoient outrées et qu'elles n'étoient pas ortbodoxes, tisse mirenti leiàtiguer, et en vinrent jusques à le menacer de lui faire dtcr ses pensions. Il avoit cint] cents francs de rente de l'hôtel de ville pour avoir fait les vers qui sont en lettres d'or au-dessus de chaque fontaine ' ; il en avoit autant pour avoir fait les belles hynunes du nouveau bréviaire de Cluny, et, de plus, le roi lui donnoit huit cents livres sur sa cassette. C'étoit de
IrictîoD, U pronUre ifuit été jugée iniulfUaatc. het quatre évéqure j eonuntirent. CependaDi, dioi les procèi-verbtiu dea sjnodei àioeéttiat ^u'ili tinrail pour celte nourelle lignituTe, on fit II di«tiacliM du fait M du droit, e( l'on inién, la clause du silence respectueux >ur le [ail. VniU ce qu'on a appelé la Pair Oe CUmmt IX.
* Voici II teneur de ce faineut formulaire : Ege N. eeiulitiÊlimi apa- Mtelkm ItuueaU. X dotv die lerlia maij, an. 1655 al cmMiiiwtimi Alex. VII daIxdU texIA eclob. an. tflS6, tummùruvi paniiflcum, me imb}iâo Hqnàuptf prùpotitione* ex Cornelii Jantemi liàrû, eut rinniffl eti Augustinut, exeerpUu, el In teuiu ab eodem autore iiUenta, prtmi illOM perdieUi propoiiiioaet tedet apOëMiea damncvU, lineero anime damno ae re}icio, et ita jura. Sic me Deut adjuM rt hset uncia
■mationB (acteuÎTet du vieui Pani ont fait dieparàUre