LIVRE QUATRl&ME
sagemeDt en proRler pour ramener à son avis les princes qui avoient été les plus ardenta solliciteurs des jéBuUes, imposa silence à ces Pères : chagrin cuisant pour eus ; ils y furent d'autant plus sensibles que la tentative qu'ils veooient de faire le» exposoit plus que jamais aux reproches de leurs ennemis. Lorsque les jansénistes leur avoient reproché leur trop d'attadiement à la probabilité, ces Pères répondirent que ce n'étoient point euï qui avoîent enfanté ce dogme, et qu'il étoit au monde longtemps avant qu'ils y parussent; mais depuis qu'ils avoient tenté de déposer leur général pour avoir «iseigné que de deui opinions probables on ne sauroit en conscience choisir celle qui l'est le moins, et qu'on devoit suivre la plus sûre, ils ne pouvoient nier que si ce n'étoient pas eux qui avoient enfanté la doctrine dangereuse de la probabilité, ils l'avoient du moins adoptée.
(1694.) En ce temps-là parut une lettre en faveur de la comédie, lettre assez bien écrite et ai ample, qu'elle pouvoit passer pour un traité. U y avoit de l'érudition, de l'ordre, de l'arrangement. Tout estimable qu'elle fût, elle seroit tombée dans l'oubli, si malicieusement ou ne l'eût dénoncée à M. de Harlay. On crut que c'étoient les jésuites qui lui avoient tendu ce piège pour se venger de lui en l'eiposant ou aux satires des libertins, s'il condamnoit la comédie, ou aux reproches des dévots, s'il ne la condamnoit pas.
Y a-t-il du nMl à aller à ta comédie? Le oui et le nori ont des raisons si apparentes que je n'ai garde de décider. Je serois même récusable, car d'inclination j'aurois du goût pour y aller si la bienséance le permeltoit à un homme de ma profession, aussi connu que je suis et
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iW MËNOIRES DK L'AUBË LE tibNURE.
dans ia pUee que je liens. Les forces de l'esprit soiA bornées comme celles du corps, et, peur reprendre le travail avec vivadté,. il faut nécessairement se délasser par quelque cboM qui amuse et qui divertisse. Or, est-il un délassement plus utile el plus innocent que celui de la comédie, disent ses défenseurs, puisqu'eUe n'est autre chose, à la regarder eo général, qu'une représentation naïve d'un événement agréable, assaisonné d'une satire Une et douce pour la correction des mœurs? Les ancicBe législateurs qui ont inventé le spectade ont mmns songé à amuser ceux de leurs citoyens qui vivoient dans l'oisiveté qu a instruire le peuple en le portant, par des exemples, à la baine du vice et à l'amour de la vertu : el cITectivement, rien ne peut plus contribuer à guérir l'Iiomme de ses défauts que de les exposer, comme on luit dans la comédie, h la risée et h la censure publique. Ces peintures satiriques font un tout autre effet que les exhortations les plus pathétiques ; tel qui est vicieux ne veut pas être ridicule. Le but de la comédie n'est pas moins de corriger que de divertir.
L'andenne comédie, contre laquelle les conciles et les Pères ont tant fulminé, étoit d'une turpitude à ne le pouvoir ei^rimer. Loin d'y garder les bienséances, la pudeur y étoit offensée par des postures infâmes et par des représentjitions que les gens les plus déréglés, s'ils ne sont pas de la lie du peuple, condamneroient euxmêmes aujourdhui. L'éloquence des saints Pères et la véhémence de leur zèle ne pouvoient être mieux employées qu'à décrier ces infamies ; mais autant celle comédie étoit abominable, autant celle d'aujourd'hui eslelle modeste et retenue. Ce n'est poinl, comme étoil l'ancienne, une école d'impudicilé; on n'y voit ni pos-
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Uircs ni actions iudéceules, les giaroles libres en sont liannies et c'en seroit assez pour faire siffler et choir la pièce la plus excellente, s'il y aroit, même en peUt nombre, des équivoques grossières. Si dans la comédie moderne il ne se trouve ni paroles ni acliMiB4{ui soient uuiitre les bonnes mœurs, ne seroît-ce point être tn^ sévère que de la proscrire absolument? Ainsi parlent des gens qui ne sont point d'ailleurs d'une morale relâchée.
D'autres soutiennent au contraire que la comédie d'aujourd'hui, tout épurée qu'elle est des infamies de l'ancienne, est encore une école Irès-dat^ereuse, et que ce qu'on y voit et ce qu'on n'y entend ne peut que corrompre les mœurs ; et effectivement on y voit et on v entend tout ce qui peut Eosciner les yeux, tout ce qui peut charmer les oreilles, tout ce qui peut séduire le coeur. La magnificence du spectacle, la parure des fern* mes qui s'y trouvent, la parure des comédiennes, la peinture vive des passions qu'on y représente, nommément celle de l'amour, qui règne dans toutes les pièces, sont autant d'objets dangereux qui laissent dans l'esprit et dans le cœur des spectateurs des sentiments de volupté et «les impressions qui les disposent peu à peu d'abonl au relâchement, ensuite au libertinage. La comédie moderne, tout épurée qu'elle est, étant une occasion prochaine et quasi inévitable de péché, comment, disent ces censeur», peut-on permettre d'y aller? Com* ment, au contraire, peut-on ne pas le défendre?
Ces raisons sont fortes; cependant, comme elles ne sont pas sans réplique, M. l'archevêque, aussi fin que les jésuites qui cherchoient à l'embarrasser, ne voulant s'c^iposer ni aux railleries des gens du monde, ni aux
m UÉHOIRES DE L'ABBÉ LK GENDRE,
reproches des dévots, trouva un tempérament qui fut de ne point condamner la lettre, mais de punir le théatin qui en étoit l'auteur. Ce thcatin étoit le Père CaHaro, fîb d'un Sicilien qui avoit fait révolter Messine, en 1675, et qui l'afoit livrée an roi. Les conjonctures, quatre ans après, ayant obligé le roi d'en retirer ses troupes, la famille de CafTaro se réliigia en France, oti die a subsisté des pensions que la cour lui donna. J'ai connu le marquis, le théalin et le chevalier ; c'étoient de fort bonnes gens qui ne manquoient point de mérite^ le religieux étoit celui qui semUoit «n avoir le plus.
Ce Père étoit en liaison avec le poète Boursault. La liaison venoit de ce qu'ils niangeoient souvent ensemble dans une maison de qualité, et de ce que Boursault avoit un fils théatin. C'étoit ce poète qui avoit excite le Père à mettre la main à la plume, pour prouver qu'il n'y a point de mal à aller à la comédie. A parler juste, c'étoit le poète lui-même qui avoit mis la main â la plume; le Vwe fournit les matériaux et le |>oëte les mit en œuvre. La lettre ne fut faîte que pour être à la tète des ouvrages de Boursault. Je ne sache point l'avoir vue imprimée ailleurs. Quelques railleries qu'aient faites de ce poète ses ennemis et ses jaloux, on ne peut nier qu'il n'eût de l'esprit; en lui tout coule de !iOurr«. Quoiqu'il ne sût ni grec ni latin, ij n'avoit pas laissé de (aire des pièces fort estimées; son Ésope à la cour a de grandes beautés.
Le poète et le Père éloienl fort irrités sans savoir de qui se venger, lorscju'ils apprirent que la lettre avoît été lue tout entière à l'Académie, et que, pour les sentiments autant que pour les expressions, on l'y avoît fort critiquée. L'un et l'autre conclurent de là que c'éloicnl