LIVRE QUATRIÈME
Traisemhlablement les académiciens qui l'avoient déférée à M. l'arctievéque ; ils s'en prirent à eux. On ignoroit encore que c'étoitut les jésuites qui avoient ourdi cette trame. Lv. Père et le poète éloicnt d'ailleurs aigris ; le poète, contre l'Académie, parce qu'il n'en étoit pas, quoiqu'il eût vivement postule longtemps pour en être; et le Père, contre des académiciens qui, le trouvant en compagnie, l'nvoient raillé sur son langage. Il parloit un jargon mêlé de sicilien et de françois.
Dans ces dispositions le Père et le poète se joignirent à gens qui étoicnt après à critiquer le Dktiotmaire de l'Académie. Il n'y avoit guère qu'un mois ou deux que l'Académie en corps avoit présenté au roi ce fameux dictionnaire oà elle travailloit depuis plus de cinquante ans. La critique en parut sous ce titre : Dictionnaire des halles, comme si l'on eût voulu dire que celui de l'Académie ne pouvoit guère être d'usage que pour les harengères et pour les crocheteurs. C'étoit un reproche qu'on faisoil a l'Académie d'avoir farci son dictionnaire de prov^bes populaires, de quolibets et de rébus. Une autre chose qui a aidé à décrier ce dictionnaire est l'emploi des locutions plates et des définitions louches qu'on y remarque à chaque page. D'ailleurs, étant fait par racines et non par ordre alphabétique, bien des gens ne s'en accommodoient point, parce qu'ils avoient peine à disUnguer les mats primitifs d'avec les mots composés. Pour un livre de cette importance, peut-être n'en fut-il jamais qui ait eu une plus malheureuse destinée. Quoique une compagnie dans laquelle il j a toujours eu des gens de lettres dun grand mérite ait mis cinquante ans à le faire, il est tombé, dès qu'il parut, dans l'oubh et dans le mépris si fort qu'on n'ose le citer; aussi dit-on que les illustres
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IU4 HÉUOIHES DE L'AUBÊ LE GENDRI-.
n'y avoient [iris que peu de part el que c'est l'ouvrage des jetonnieri. Nous avons dit ailleurs qui sont ceui à qui on donne ce sobriquel. Ces jetonniers, ayant su à force de fureter que le Père Caffaro s'étoit vanté à ses amis d'avoir eu part à la critique et que le tiers étoit de lui, accoururent à l'archevêché y demander justice avec UD empressemeut qui fit rire M. l'archevâque. Quoiqu'il fût de l'Académie, loin d'être disposé à venger le dictionnaire, il désapprouvoit fort qu'on l'efll mis au jour, et disoit que c'éloit pitié de croire qu'on pût faire honneur d'un ouvrage si médiocre à un corps d'un aussi grand nom.
(1694.) H. l'archevêque étoit occupé alors d'une aflâirc bien plus sérieuse. Le quiétisme s'ctoit introduit à Paris, on y en débitoit les /ivres, il étoit temps de le Qétrir. Le prélat y étoit d'autant plus porté qu'il ne lui cou ' venoit ni comme archevêque de Paris, qui est le pape d'en deçà des monts, ni comme l'oracle du clergé qu'il étoit depuis si longtemps, de se laisser prévenir par des évéqucs du voisinage qui avoient le même dessein. Le Molinos de France étoit un Père barnnbitc, appelé François de La Combe. C'étott lui principalement qui, par divers petits traités, nommément par son Analyse de toraison mentale^ y avoit répandu la nouvelle spiritualité. Ce Père, du câté du dogme, étoit pleinement molinos; l'étoit-il autaut du cdté des mœurs? On l'eu a soupçonné ; de [)reuves, il n'y en a point ; sur de simples indices il y auroit de l'injustice à croire qu'il s'étoit hvré aux abominations du docteur espagnol.
Le Molinos françois eut bientôt des disciples de l'un et l'autre seie. Sa disciple la plus distinguée fut la fameuse madame Guyon, qui devint auteur dans la suite, et au-
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