LIVRE QUATRIËHIS. lUS
leur plus illuminée ou, pour parler ]>lus juste, plus fanatique que son maître '. Elle Tait la prophétesse dans ses écrits; elley raconte ses visions; il y en a qu'on ne peut rapporter sans salir l'imaginalion : elle y dit qu'elle étoit choisie pour détruire la raison humaine et pour établir la sagesse de Dieu sur les ruines de celle du monde; qu'étant arrivée à la perTection, elle n'avoit point besoin de prier les saints; que, comme épouse de Dieu, elle étoit quelquefois si remplie de grâces que sa vie en étoil en danger. Dans ces moments de plénitude, il falloit à |>ropos lui délacer son corps de jupes, encore crevoit-il ' par plusieurs endroits ; de sorte qu'un jour elle eu seroit morte si une dame charitablement ne lui eût rendu ce bon oflice. Peu après qu'elle avoilété délacée, il se faisoit ' tout à coup un dégorgement si grand de grâces de toutes les sortes que tes gens qui étoient auprès d'elle en recevoient en abondance, selon leur degré d'oraison.
A (ire ces rêveries, qui n'eût pris cette femme pour une extravagante? On convient cependant qu'elle avoit tout l'espnt du monde. Quoique tous les écrits de cette enthousiaste, à en juger selon la lettre, semblent être le malheureux fruit d'une corruption totale et d'un libertinage outré, on n'a point attaqué ses mœurs. Tant il est vrai qu'en fait de mjsticitéil faut faire moins d'attention aui termes qu'aux choses. Tout extravagante que cette femme paroissoit être dans ses écrits, comme elle parloit mieux que personne des choses de Dieu, elle surprit l'estime d'un très-grand nombre d'hommes et de femmes de piété, qui eurent beaucoup de peine dans la suite à revenir de leurs préventions.
< Hidamc Gu]'aa(Jetiiii&Jtaavieri)G U HoUe], néuenlMS, mùrti! cii
Do,l,.cdtyGoOglc
196 tlËUOlRES DE L'ABBË LE «ENDRE.
Gens de la cour les plus titrés et qui par la dévotion y avoient fait un grand chemin depuis qu'elle y étoil à la mode, sollicitèrent vivement M. l'archevêque de oe point condamner deux traités de cette prophétesse intitulés, l'un : Moyen court de faire oraison; l'autre, CatUùpu des cantiques de Scdomon, interprété selon le sent myttique. M. l'archevêque, qui prévoyoit le mal que cette secte alloil faire si de bonne heure il n'en arréloil le progrès, n'eut garde de se rendre à ces indiscrètes prières. Il lut ces traités et celui du père de La Combe; il les donna à lire a gens qui en pouvoient juger. L'oracle que sur cela on consulta le plus fut le fameux M. Ni- ' cole, autrefois zélé janséniste, et qui avec le temps l'étoit devenu beaucoup moins. Ce savant homme, voulant finir ses jours eu pais, s'étoit retiré, sous la protection de M. l'aris, au faubourg Saint-Victor, où il vivoit sans dogmatiser el sans voir que fort peu de monde. Comme autrefois il avoit fait un ample traité de l'oraison, M. de Paris lui lit dresser le canevas de la censure; elle fut retouchée bien des fois afin qu'on ne pAt y mordre.
Celte censure condamnoil le livre du Père de La Combe et ceux de la dame Guyon, comme contenant une doctrine flétrie par les conciles, nommément par celui de Vienne et par celui de Trente, doctrine pernicieuse, qui donnoit atteinte aux vérités les plus esseutielles de |a religion [tar le mépris qu'elle inspire pour les austérités du corps si recommandées dans rÉcriture, par la persuasion illusoire d'im affranchissement de toutes règles et de tous les exercices de piété, par l'indifTérence qu'elle prescrit pour ce qui est le plus capable de contribuer au salut et par un grand nombre d'autres maxines aussi contraires au bon sens qu'aux principes de la reli-
Do,l,.cdtyGoOglc