‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 90 sur 184 · LIVRE CINQUlftlE · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUlftlE

procurations, ce qui est ordinairement la première chose qu'on y fait, il représenta fortement que le roi se trou- Toit en un si grand besoin qu'on ne pouvoit trop tôt lui donner une ample somme. Le clergé ne le pouvant faire sans aliéner ses fonds ni sans emprunter, ce qui revenoit à la même chose, on fut effrayé du bruit qui se répandit que le don scroitde trois millions. Ce fut bien anb-e chose quand on sut qu'il seroit de dis. Le chagrin qu'on en eut rejaillit sur le président qu'on accusoit publiquement d'accorder volontiera plus qu'on ne demandoit. Malheureusement pour lui cette odieuse prévention ne se vérifia que trop t6t.

Li^ fonda de l'Ëtat n'étant point suflîsants, ou ne rapportant point ce qu'on en espéroit, on avoit été obligé, pour fournir aux frais de la guerre, d'imposer une capttation dont personne ne devoit être exempt, et qui seroit levée tant que la guerre dureroit. Le clergé iautilement allégua-t-il ses privilèges, il fallut composer. Toute la grftce qu'on lui fit fîit de lui témoigner que ses offres seraient reçues favorablement. L'abonnement fut fait par M. l'archevêque à quatre millions par au. Quoique la somme fût énorme, l'assemblée ne ae récria que lorsque l'évêque d'Orléans y fut venu dire à ses amis qu'ayant représenté au roi que le cler^^é ne pouvoit porter quatre millions décapitation, le roi avoit répondu qu'il se seroit contenté de deux si M. l'archevêque ne lui eût fait entendre que le clergé, sans s'incommoder, pouvoit aller jusqu'à quatre. M. de Paris eut beau nier, l'évéquc en fut cru, parce qu'un le regardoit comme un homme i^incère, et qui, quoique courtisan, n'étuit point livré à la cour, Celévéqued'Orléanséloit M. deCoJslin, premier aumênier, homme d'uu grand cœur, d'un génie médiocre,

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SOO MÉMOIRES DE L'ABBË LE GENDRE.

de peu de capacité, du reste qui donnoil sî bien à manger que sa table passoit pour la meilleure de la cour. Cett« dépense honorable que Louis XtV aimoit dans ses principaux officiers, le long temps qu'il y avoît que ce prélat étoil aumAnicr, paiMlessus cela son exactitude au service l'avoient rendu si agréable que le roi )e nomma au chapeau de cardinal'.

Depuis ce discours de M. de Coislin, M. l'archeréqne eut inliniment à soudrir. Son antichambre étoit déserte, on ne venoit plus manger chez lui, on receroit froidement les honnêtetés qu'il Taisoit, on le contredisoit en tout, cuisants dégoûts qui continuèrent jusqu'à la fin de l'assemblée. Il en revint le coeur navré, el sans s'arrêter i Paris il se retira dans sa belle maison de Conflans pour y assouinr son chagrin. C'est là que peu de jours après il mourut (6 aoAt 1 695) d'une apoplexie, faute d'avoir été aecouni, L'Ëtat perdit en lui un bon citoyen, le roi un serviteur zélé, le clergé son oracle et son principal ornement. C'étoit nn homme rare ; il faut des siècles entiers

■ Pierre du Cimbout. continal de Coislin, érjque d'Orléans, gnnd aaniADifr de Fnnce, «nnnisndeur de l'ordre du Saint-Etpril. nwrt Ip h rirrier 1706, ^é de aoiiiiitc-iMut im. Il eit un mil de la vie de 11. de CoUliD qui mérite d'être relerél h lauan)te : i Lomjae. «pri-a ii riiocation de l'édit de n»nU«. or mit en tiV au nu de convertir lo buguenots à force de dragoni el de lourmenls. on en enroji un tifi' ment i Orl^ni ixxir y être répandu dani le dioc^. Uc d'OrMins. d» qn'it fut arriié, en Til mettre Iiub Iee cheiaui ddoi sef vcuriei manda le* offiderr el leur dit qu'il ne TOulcHt pas qnlla enwent d'autre table que la sienne, qu'il les priait qu'aucuD dragon ne torllt de li (ille. qu'aucun ne Hl le moindre détordre el que, s ils n'ovoieiit pai wt de snbsiatance, il se dur|!eoit de li leur rournir; surtout qu'ils ne rlis<enl pu un nul aux huguenots el qu^ili ne logeasvent cliei pia an d'eni. Il rouloit £tre obéi el il le Tut. Le iijjour dura un mois el lui coAla bon. an bout duquel il fit en sorte que ce régiment sortit de son diocise el qu'on n'y renrorlt plni de dragons. > [Mémoiret de Saint-Simon.)

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