LIVRE QUATniÈHE
lui donner le jour de saint Louis. Il n'atlendit pas jusque-là, l'impalience le prit , et quand l'ouvrage fut transcrit et relié comme il le falloit, il me présenta au roi vers la fin de juillet 1695. Le roi reçut le manuscrit avec plaisir ; il m'exhorta de continuer, et me dit fort gracieusement qu'il se souviendroit de moi. Eu eiTet, à la promotion suivante, qui fut le jour de l'Assomption,* il dît au Père de La Chaise qu'il dounoitl'abbayed'Auberive à l'abbé Le Gendre; mais soit que le roi ne se fût pas assez expliqué, soît que le Père voulût uie punir de ne lui avoir point fait ma cour, soit enfin qu'il le lit par mégarde, il adressa l'avis et fit tomber cette abbaye au ûls du maître des requêtes.
Le bruit s'étoit répandu chez M. Bontems, premier valet de chambre, que M. de Harlay, huit jours avant que ce prélat mourût, avoit demandé une abbaye au roi pour moi, et que celle-ci m'étoil destinée. J'en parlai moi-même à M. fiontems ; i! me dit qu'il en étoil persuadé ; j'eus beau le prier et le faire prier de vouloir bien en parler au roi, il s'en dispensa : a Le seul service, me dit-il, que je puisse vous rendre en cette occasion, est de savoir de Sa Majesté ce qu'elle souhaite que vous fassiez de votre manuscrit, n
Le roi ayant nommé M. de Pomponne pour l'examiner, je prévis dès lors que la réponse de ce ministre, qui avoit des liaisons étroites moins d'amitié que de parti avec Bacine et Despréaux, seroit, comme elle fut, en effet, de me dire qUe ces deux hommes de mérite, travaillant par ordreà l'histoire durai, ilneconvenoitpasqu'on les prévînt ni qu'il parût aucune histoire avant la leur. Ils ont touché trente ans durant une pension considérable pour écrire cette histoire, et ils y ont si peu travaillé.
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<204i IIËHOlItËS DE L'AKBÉ LE GENDRE.
qu'à la mort de l'un et de l'autre on n'a trouvé quoi que
ce soit.
La réponse de M. de Pompoane ue fut point une loi pour moi. Irrité de sa partialité, j'en fus plus résolu de me faire honneur de mon travail, j'obtins un privilège et j'imprimai à petit bruit; de sorte que l'on n'en sut rien que quand l'histoire fbt aftichéË. J'en distr^iuai quarante exemplaires à la cour; j'y fus fort loué, c'est tout le fruit que je retirai de cet ouvrage. Comme c'étort l'histoire du temps et qu'on la trouva bien écrite, il s'en débita en quatre ans une édition in-4* et six éditions in-12, sans compter les contrefaçons qui s'en tirent dans les provinces et dans les pays étrangers.
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