‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 13 sur 85 · PAR M. PAILLART · texte numérisé non relu

PAR M. PAILLART

sise Uaus idemque inter diversa.

Sensc. de Const. Sap. 5.

MESSIEURS

Au milieu du mouvement qui nous emporte, en présence de changements étranges, d’agitations sans cesse renouvelées, quand de tels spectacles confondent tous les jugements, il est salutaire de revenir, au moins par l'étude, vers les choses et vers les hommes d'autrefois.

Le pays a compris la valeur des siècles écoulés après l'avoir en quelque sorte pressentie : l'imagination avait devancé l'intelligence. On dirait que, s’effrayant de tant de ruines, il voudrait reconstruire le passé ; il interroge ses chroniques et travaille à consolidar ses monuments, efforts généreux auxquels il a manqué souvent la pensée féconde, le souffle inspirateur. Recherchant dans le même esprit les célébrités locales, trop facilement oubliées ou méconnues, on a peuplé de leurs images les villes qui les ont vu naitre, et des travaux biographiques ont ranimé bien des souvenirs que le temps avait affaiblis ; le temps qui, d’une course inégale, passe toujours si vite dans le calme et dans l'orage. Et nous aussi, Messieurs, nous essaierons de ressusciter, pour ainsi dire, au sein de sa ville natale, un de ces types vigoureux qui savent traverser les révolutions, en apprenantles affaires du pays par les affaires de la cité; M. le Baron Zangiacomi, successivement procureur-syndic de la commune de Nancy, député de la Meurthe à la Convention nationale et au Conseil des Cinq- Cents, membre du Conseil d'Etat, magistrat de la Cour de Cassation pendant quarante-sept ans, appelé en 1832 aux honneurs de la pairie, grand officier de la Légion d'honneur, mort en 1846 à 80 ans, dans la plénitude de l’âge, dans l'intégrité de ses facultés. Il fut honoré de tous durant sa longue carrière, utile au pays jusqu’à sa dernière heure. Affaibli, mais non vaineu par les années, il pouvait embrasser à la fois, dans ses espérances et dans ses travaux, le ciel et la patrie, la justice et la famille.

Joseph Zanciacom naquit à Nancy, sur la paroisse Saint-Sébastien, le 19 mars 1766, un mois à peine après le jour où la mort de Stanislas avait consommé la réunion de la Lorraine à la France. Ce nom, plus d’une fois défiguré sur les registres de l’état civil et dans les actes publics, indique assez l’origine de ses ancêtres; cette origine leyr donnait d’après les traditions de la famille, une lointaine alliance avec les Médicis. Conduits par les événements en Pologne, puis en Lorraine, ils semblent avoir attaché leur fortune aux destinées de Stanislas. Ils s’occupaient de commerce et d'industrie. Le nom de M. Zangiacomi, père, se trouve aussi mélé, vers les temps voisins de la Révolution, à des œuvres de bienfaisance, ensuite à l’administration de la ville, au service gratuit des finances municipales (1). Au surplus, sans parler de documents toujours incertains et livrés aux discussions, celui dont nous racontons la vie a été, comme tout le mondé nouveau, le fils de ses œuvres.

Après des humanités brillantes, commencées au collége de Saint-Claude, à Toul, et continuées au collége de Nancy, après des succès classiques dont son âge mür aimait encore à montrer les humbles trophées, M. Zangiacomi, entrainé vers la carrière judiciaire, fit de bonne heure ses études de droit, comme on les faisait alors : elles comprenaient le droit civil et le droit canonique,

(4) Archives de la ville.

Re — trop négligé en d’autres temps, et qui devint pour lui un travail de prédilection. La Faculté de Nancy comptait de nombreux élèves : plusieurs sont devenus célèbres au barreau et dans la carrière politique. On pouvait déjà reconnaitre, chez le jeune étudiant, cet esprit italien, dont l'aptitude traditionnelle aux choses du droit ne s’est jamais démentie. Îl ne tarda pas à s’apercevoir que l’école prépare seulement les juristes ; il apprit à marcher dans les routes difficiles, mais sûres, du travail et de la persévérance n sans laquelle tous les efforts deviennent inutiles, “ et toutes les vertus demeurent imparfaites (4). n

Recu avocat le 15 novembre 1785, dans le cours de sa vingtième année, M. Zangiacomi plaidait devant le Parlement dès le 3 mars 1787 (2). Il dut à M. Regnier des encouragements, des directions, des exemples. Plus tard, le duc de Massa, au faite des grandeurs, ne perdit point de vue son jeune confrère. Ils étaient dignes l’un de l’autre : le protecteur fut toujours bienveillant; le protégé eut la mémoire du cœur. M. Zangiacomi resta jusqu'en ses derniers jours dévoué aux amitiés de sa jeu-. nesse, attaché aux devoirs de la reconnaissance ; ami constant, même après la chute, et presque courtisan

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(4) Denis Talon, Ve mercuriale.

(2) Pour la veuve Fleury Valton, C. Rosat, appelant (Question de réparations civiles pour un homicide). Archives de la Cour impériale.

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- envers la disgrâce ; fidèle aux sentiments vrais, au culte des souvenirs qui, s’il n’est pas le calcul des gens habiles, est peut-être la seconde religion des âmes honnêtes. Rien n’est resté des débuts de M. Zangiacomi, de sa jeunesse sérieuse et occupée, que ces vagues réminiscences dont l'incertitude même fait penser si tristement ! Sa famille l'avait destiné à une autre carrière ; mais les

vocations vraies triomphent des obstacles. L'ambition |

paternelle, grandissant avec les premiers succès, se portait vers une charge au Parlement, projet vain comme tant d’autres et que les événements devaient emporter !

C'était le temps où la Révolution prenait possession de la France, amenant, pour des besoins nouveaux, une organisation nouvelle. Là se développait avec grandeur un ordre d'idées et de faits qui devait saisir, dominer, entrainer souvent et perdre quelquefois les beaux caractères et les hautes intelligences. La place était marquée d'avance pour M. Zangiacomi, homme d'ordre et de progrès ; avant tout, homme de justice : il l’a prouvé par les premières paroles de sa jeunesse, par tous les actes de sa vie.

Dés le 15 novembre 1791, il est élu, par 311 voix sur 389 votants, substitut du procureur syndic de la com-

mune de Nancy, et l’année suivante, le 9 juillet, procureur syndic à une majorité plus forte encore.

Déjà promis à d’autres destinées, il n'a marqué son rapide passage aux affaires municipales que par son discours, ou, comme dit le procès-verbal, son compliment

d'installation (1). En l’écoutant, rappelons-nous, Messieurs, quil est l'œuvre d’un homme de vingt-cinq ans, au début d’une révolution, dans toute l'importance d’une première dignité. Il commence par exprimer des doutes modestes sur son aptitude à défendre d’aussi grands intérêts » à un âge où la raison n’est pas encore éclairée par * l’expérience, u mais il a réfléchi » que chez un peuple libre, le découragement n'était pas moins un vice que “ Ja présomption u et il continue ainsi :

» Je n’oublierai jamais que je suis l'organe de la loi;. “ que ma mission spéciale est d’en réclamer l’exécution, “ sans dureté comme sans ménagement, sans passion, » mais sans crainte ; que c’est sous l'empire seul de la loi, que les droits de l'homme seront respectés, que la “ constitution s'affermira, que la liberté prendra son “essor, que les arts renaitront, que les malheureux “ seront secourus, que la cité entière sera sage, heureuse » et hbre. n

Soixante ans à peine se sont écoulés ! Combien d'événements, de familles dispersées, de fortunes détruites ! que de noms oubliés! que d’autres, tristement fameux dans l'histoire !.. et combien d'hommes, s'ils pouvaient nous dire le secret de leur faiblesse, appelleraient notre pitié plus que nos rigueurs ! — Ceux-ci, faute de courage, ont failli au premier choc; ceux-là, faute de pa-

(1) Archives municipales.

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tience, sont tombés au milieu du chemin. D’autres, hélas! tristes ouvriers de la dernière heure, ont apporté à l'œuvre du mal le concours de leurs défections, et, par eux, le parti le plus violent est devenu le plus fort; et puis aussi, le nom et le souvenir des hommes publics sont souvent attachés à des choses qu'ils n’ont pas voulues, qu’ils n’ont pas faites. Des actes qu'ils ont désavoués dans leur vie se dressent contre leur mémoire, tantôt, parce que des paroles hostiles leur ont infligé traitreusement la solidarité d'une faute ou d'un revers, tantôt parce que, au jour de l'épreuve, la prudence et les devoirs d’une grande position commandaient le silence, et que le lendemain, la fiction née d'une pensée malveillante et d’une confiance crédule s'est trouvée plus forte que la vérité ; tant il est facile d’accuser sans preuves devant un tribunal qui condamne sans entendre !

Rendons justice, Messieurs, à l'esprit publie du départemcnt de la Meurthe. Si l'opinion a pu, à diverses reprises, fléchir quelques instants, elle s’est relevée toujours avec vigueur.

Le 6 septembre 1792 (1), M. Zangiacomi est élu dé-

(1) L'Assemblée électorale se réunissait à Lunéville.

“..….... Joseph Zangiacomi , appelé dès le commencement des » séances du corps électoral à son poste de procureur de la com- » mune, pour des raisons graves, n’était pas de retour; un mem- » bre a proposé qu’il lui fût expédié un exprès par le président » à l'effet de lui annoncer au nom de l’Assemblée son élection,et de

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puté à la Convention nationale. Son premier mouvement est de refuser encore avec une modestie énergique. Les applaudissements et les instances de l’Assemblée surmontent sa résistance : il accepte ce redoutable mandat, et lorsque, quatre mois plus tard, au mépris de tous les principes et de toutes les lois, la Convention se donne la terrible mission de juger le Roi, dont la condamnation fut un coup de poignard porté au sein du corps social lui-même, l’homme de vingt-six ans, éloigné jusqu'alors des affaires politiques, livré sans expérience aux séductions de la capitale, inhabile aux épreuves d’une tribune bien jeune encore et comme étonnée d'elle-même, cet homme grandira par son courage au milieu de l'immense tempête. Sa précoce maturité n'écoutera pas les bruits

» lui demander son acceptation : l'Assemblée a adopté. — Même » jour, deux heures de relevée : Jos. Zangiacomi, huitième dé- » puté du département à la Convention nationale, après avoir » exprimé les sentiments de sa reconnaissance à l'Assemblée dans » un discours plein d'énergie, a prié le corps électoral d’agréer » et recevoir la résignation qu’il faisait de sa nomination, fondée, » disait-il, sur la crainte qu’il éprouvait de ne pouvoir remplir ce » poste sublime et délicat d’une manière digne de l’Assemblée et » de la nation. — Les applaudissements continuels dont J. Zan- » giacomi a été couvert, les instances que toute l’Assemblée lui a » témoignées (sic) et la joie que la présence de l'honorable mem- » bre lui a causée ont déterminé J, Zangiacomi à accepter.» (Procès-verbal.)

du monde. « Vains souffles du vent, a dit le poëte (1), “ qui changent de nom parce qu'ils changent de côté. n Les partis frappent comme la foudre, mais ils passent aussi comme elle : dans notre France, qui tombe et se relève presque au même instant, où le bon sens et la folie se font la guerre avec de singulières alternatives, si l'espace ne manque pas aux excès, le temps du moins leur manque toujours, ainsi que trop souvent, et par une triste compensation, aux projets honnêtes ‘et utiles (2). Oh! pourquoi le ciel, prodigue envers nous de la bravoure militaire, a-t-il voulu que le courage civil fût si rare! Serait-ce parce qu'un péril obseur et caché rend à la fois le combat plus incertain et la victoire moins éclatante ? En creusant nos annales, on trouve, au fond de trop de choses, le mal de la peur, dont on souffre beaucoup soi-même, et dont on finit souvent par se venger sur les autres. Dans la Convention même, quelques résistances de plus, et les destins du pays et de l'Europe étaient changés. On connait, Messieurs, et on n y pense peut-être pas assez, ces tristes pages de notre histoire (3).

(1) Dante. Purgat. XI.

(2) « Le temps est le grand art de l’homme... la fibre gauloise

» ne se plie pas au grand calcul du temps. »

Lettre de Napoléon à Joseph. Mémoires et correspondance du

roi Joseph. Tome 114, p. 311.

(3) Is habitus animorum fuit, ut pessima facinora auderent pauci, plures vellent, omnes paterentur. (Tacite.) |

= 10 = Au milieu de réflexions douloureuses, sachons admirer les rares caractères qui, selon leurs forces, et, il faut bien le dire, dans la mesure possible des entrainements du sièele, ont défendu alors, non plus la royauté fatalement tombée, mais la justice et l'humanité. Saluons avec respect toutes les nobles pensées, même sous les voiles vulgaires imposés par le malheur des temps. Honneur done, Messieurs , honneur aux votes intrépides de M. Zangiacomi! D'abord, et par de nobles et simples paroles (1) il proteste contre une telle cumulation de pouvoirs; puis, dans ces terribles appels restés comme un monument public, comme un souvenir expiatoire, il ne se lasse jamais, après avoir voté avec l’Assemblée presque entière la culpabilité du roi, de se séparer de la majorité sur toutes les questions pénales (2). Il demande la ratification du peuple; il vote la détention, et le bannissement dès que la sûreté publique le permettra, et quand la fatale sentence est portée à une faible majorité, il vote pour le sursis. -— Nous racontons, Messieurs, et dans les termes que l’histoire officielle a consacrés, et nous pourrions dire avec Bossuet (3) : u Je n'ai pas

(1) « Je ‘n'aurais jamais accepté une cumulation de pouvoirs, » telle que celle que l’on suppose nous avoir été donnée par nos » commettants. »

(2) Moniteur. — Histoire parlementaire de la révolution française. Tome XXII.

(3) Sermon pour la profession de foi de Mademoiselle de La Vallière.

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“ besoin de parler, les choses parlent assez d’elles- " mêmes. 1

M. Zangiacomi gagna du moins, par le respect qu'il inspirait déjà, l'impunité de son courage : il vécut. Nous le retrouvons encore quelquefois, non plus mélé aux luttes ardentes de la Convention, mais occupé de rendre service, d'adoucir pour les individus la rigueur des lois ; devoir obscur, non sans péril, le seul peut-être qui reste possible aux honnêtes gens durant les heures violentes et désespérées d'une révolution (1). Ainsi, sous la terreur, un compatriote, un ami, détenu à la Conciergerie, et fatigué des longueurs de sa captivité, eut la dangereuse idée d'adresser au tribunal révolutionnaire un mémoire justificatif qui eût été sa condamnation. M. Zangiacomi en est informé ; il obtient à force d’instances et d'adresse, que les pièces du procès lui soient remises, et sauve les jours de son ami, en le faisant oublier jusqu'au lendemain du 9 thermidor. Ainsi, plus tard, il s'agissait d'intéresser à de justes réparations les votes de l’Assemblée, quand par la fatigue même de ses efforts elle penchait à l’indulgence, et d'en obtenir une restitution, une indemnité. C’est auprès de lui que viennent réclamer la

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(1; Les révolutions sont des temps où la justice est sans force et la force sans justice ; où l'on court le risque d'être victime, si l’on ne veut pas être bourreau ; où le riche n’est pas sûr de sa fortune, le pauvre de sa probité, l'innocent de sa vie.

JouserT, Pensées.

' — 12 — veuve et les enfants d’un ancien collègue (1), dévoré avec tant d’autres par cette révolution qu'il avait trop ardemment servie. C'est à lui encore qu’un homme bien connu racontait son étrange position : poursuivi, arrêté, détenu, suspect et dès lors condamné d'avance pour un article qu’il n’avait pas fait dans un journal auquel il ne travaillait plus ! Cet homme était l'abbé Sicard, l’instituteur des sourds-muets, et l’on sait à quels dangers il fut exposé. En vérité, il devrait y avoir au moins une chose invio-lable au monde, même en temps de révolution : la charité. Et M. Zangiacomi se montra digne de relever ses autels ; car sa main n'était pas de celles qui avaient tari les sources de l’aumône et fermé les temples de la prière. I! proposa, il fit admettre l'établissement des bureaux de bienfaisance à Paris, l'allocation de subsides considérables pour les départements (2). La misère, cet éternel problème des sociétés humaines, les secours publics, la bienfaisance officielle. c'était alors, plus que jamais, de périlleuses questions : alorsrégnaient, aulieu decroyances, des passions violentes, de creuses théories ; les rêveries philanthropiques, tour à tour caressées ourepoussées avec éclat, animaient la cupidité des uns plus que la générosité des autres. Entre l’opulence et la faim, ne faut-il pas autre chose que les lois de la terre? La richesse s’é-

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(4) Salles. — Moniteur de l'an IL.

(2) Moniteur de l'an 11].

= 49 = tait de loutes parts enfuie ou cachée. Des écrits cireulaient au grand jour, des projets couvaient dans l'ombre pour propager les erreurs, pour caresser les révoltes (1) qui, sous tant de formes, attaquent depuis si longtemps la propriété et l’entament quelquefois sans pouvoir jamais la détruire. — Rétablir dans un tel chaos la vérité des faits, régler la pratique possible du bien, c'était, pour cette époque, un immense mérite. La mémoire de M. Zangiacomi doit le garder tout entier, au milieu du progrès des mœurs publiques, et comme pour prouver une fois de plus, selon la belle pensée de Cicéron, que la bienfaisance tient de près à la justice (2).

A dater de ces temps moins orageux, et pour tout le reste de sa vie politique, qui a fini de bonne heure, M. Zangiacomi ne demeura étranger à aucune des questions d’administration générale, à nul intérêt de localité. Projets de loi sur les officiers de santé, sur les hospices, sur les salines, sur les accensements de terrains domaniaux, régime hypothécaire et papier-monnaie (deux lois que, dans les épanchements d'une correspondance confidentielle (3),

(1) e..... Fraudesque dolique Insidiæque et vis, et amor sceleratus habendi. Ovan. Métam., I, 6.

(2) Justitia in quà virtutis splendor est maximus..…... et huic conjuncta beneficentia, quam eamdem vel benignitatem, vel liberalitatem appellari decet. (Grc. de Of. 1, 7.)

(3) Fragments de lettres autographes de la collection de M. Justin Lamoureux.

er il jugeait avec mesure et sagacité), projet d’établissement à Nancy d'une école d’horlogerie, puis de l’école actuelle de peinture et de sculpture, débat entre Nancy et Lunéville relativement au siége de l'administration centrale (1), question qui semblerait aujourd'hui difficile à comprendre, mais qui alors partageait les conseils de l'Etat comme elle divisait les deux grandes villes du département, dégrèvements d'impôts, embarras pour les subsistances, chaque habitant ayant un peu plus de deux onces de pain par Jour. — Tout venait aboutir à lui comme à un centre de lumières et de justice, comme à une influence supérieure, qui pouvait bien étreméconnue un instant, mais qui devait nécessairement retrouver sa place. — Après tout, puisque les partis l'avaient laissé vivre, ils devaient, tôt ou tard, subir l’ascendant de son mérite. À cette époque, il consignait dans quelques notes, malheureusement trop rares, des pensées de paix et de conciliation. u Il faut être juste, ne rien faire que de juste, n et la justice n'est jamais dans les extrêmes.u Il écrivait à un ami : “ Au milieu d'une grande crise, la plus “ grande qu’ait éprouvée le genre humain, l'indulgence “ n'est pas moins nécessaire que la patience. (2) n Nous devons à l'obligeance d’un de nos confrères la communication précieuse de quelques lettres autographes

(1) Loi du 6 ventôse an IV.

(2) Lettre du 13 prairial an IV.

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datées de cette époque. Trois de ces lettres discutent dans un style singulièrement net et nerveux, des questions dont on s’occupait alors, et qui se rapportent aux points les plus délicats de la haute administration, de l'économie politique : elles expriment les sentiments d'un patriotisme vrai ; son esprit qui semblait se fortifier chaque jour a devancé l'avenir. Le travail que nous avons entrepris est déjà par lui-même d'un aspect tellement sérieux que, sans parler des dangers du parallèle, l'attention se fatiguerait à des citations un peu longues. Il sera mieux peut-être de la reposer quelqdes minutes sur un passage rempli d'enjouement et de grâce : un ami s'était offusqué, à ce qu’il parait, de l'envoi d'un modeste présent, et le grave député lui écrit le 13 prairial an IV :

“ Vous faites, mon cher ami, bien du bruit pour trois “ petits, tout petits volumes que j'ai eu le plaisir de vous “ faire offrir: vous ne gronderiez pas davantage quand “ ce serait la Constitution de 1793 que je vous eusseprié “ d'accepter ; mais vous n'aurez aucun scrupule, je pense, “ quand vous saurez que cet opuscule était acheté, et vous » était destiné plus de dix jours avant que vous ne m'en " parlassiez, et quand je vous aurai dit, puisque je ne puis » me dispenser de vous le dire, qu’il me coûte beaucoup, » beaucoup moins de 600" assignats (prix actuel). Vous “ conviendrez que vous vous êtes fâché à bon marché, “ et que je vous dois seul des remerciments d’avoir bien “ voulu attacher quelque prix, non pas sans doute au “ don, mais au sentiment qui m'a porté à vous lefaire. n

Dans une autre lettre, il regrette son éloignement « et " les beaux jours passés naguère où il réglait avec un “ ami, au coin du feu, les destinées de la République. »

Le 22 vendémiaire an IV, en vertu de la nouvelle constitution, le troisième des onze qui ont successivement régi la France dans l’espace de soixante ans, sans compter les projets, M. Zangiacomi avait été élu, » au milieu des plus vifs applaudissements (1) # député de la Meurthe au Conseil des Cinq-Cents ; on lui donna pour collègue d’abord Lanjuinais, puis Boissy d’Anglas dont le nom était alors un symbole, et dont quarante-deux départements (2) devaient se disputer l'élection.

Dans cette assemblée, M. Zangiacomi se constitua le défenseur des pensionnaires et gagistes de l’ancienne liste civile. Il y avait encore quelque courage à se montrer juste, à protéger tant d'intérêts compromis dans un grand désastre.

Le 3 germinal an V, il fait un rapport sur un projet tendant à accorder des indemnités aux citoyens qui avaient souffert de la guerre. La simplicité et la clarté du style sont remarquables, et forment un double contraste ayec la plupart des œuvres de ee temps. Les années précédentes avaient produit bien des discours

(1) Procès-verbal d'élection.

(2) V. Revue des deux mondes, 15 février 1854, une lettre inédite de Beaumarchais.

exagérés et violents; puis on voyait éclore des productions d'un style vague et affadi, cherchant, à force de prudence et de précaution, à se faire sans danger une petite place dans cette situation nouvelle, où le pays commengçait à jouir de la sécurité en attendant l’ordre, en attendant que bientôt la volonté d’un seul représentât la pensée de tous (1).

M. Zangiacomi sortit du Conseil des Cinq-Cents au mois de prairial an VI, et ne pouvait être réélu. Il se disposait à reprendre les trayaux du barreau, ayant refusé l'ambassade de Suède, et des propositions moins brillantes qui l’auraient attaché, par un emploi lugratif, à l’administration des salines de l’est, quand une place de substitut près le tribunal de cassation devint vacante. Il l’obtint sur sa simple demande ; c'est peut-être la seule place qu'il ait sollicitée. Cette place lui imposa des travaux qui pouvaient fatiguer les forces intellectuelles de l’ho:.me le mieux organisé. Pour en comprendre l'étendue, rappélons-nous que, dans ce laborieux enfantementdenotré jurisprudence, au sein de la France agrandie, le parquet de la Cour fe cassation était de moitié moins nombreux qu'il ne l'est actuellement; etd’ailleurs, avec le mouvement désordonné des choses et le rapide changement des lois, M. Zangiacomi, éloigné depuis plusieurs années des affaires judi-

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(1) Sic volvenda ætas commutat tempora rerum. Lucrer. V.

ciaires, avait besoin de revenir, dans le silence du cabinet, sur les études de sa première jeunesse, de retrouver ses guides, ses maitres, comme il s'est toujours plu à les nommer, Pothier, Domat: il s'était fait leur disciple fidèle ; sa modestie et ses travaux pratiques l'ont seuls empêché de devenir leur émule.

Alors l'habitude du travail, déjà acquise, devint pour lui une loi régulière, et en quelque sorte, une seconde vie. Alors, plus d’une fois, le jour le retrouva assis à son bureau, continuant encore, afin d'être prêt à l'heure, ce qu'il avait commencé la veille.

À cette époque, les fonctions de juge au tribunal de cassation étaient encore électives. La constitution nouvelle avait déféré au sénat le soin d'y pourvoir. C'était une sorte de transaction, le dernier reste d’un système faux qui avait à peine vécu. Nulle théorie sérieuse, nul esprit raisonnable, si avancé qu'il puisse être, ne demandera aux suffrages populaires la nomination des magistrats. L'intervention du sénat, éclairé, dirigé dans son choix par la pensée du Gouvernement, n'était au fond que le retour aux seuls principes vrais. C'est par le sénat, qu'au mois de germinal an VIII, M. Zangiacomi fut appelé au tribunal de cassation. La liste est remarquable (1). A côté de M. Zangiacomi, on peut citer un autre lorrain, M. Henrion de Pansey (2), puis M. Barris, si profon-

(1) Bulletin des lois.

(2) Né à Trevcray près Ligny, le 28 mars 1742, mort à Paris, le 25 avril 1829,

dément versé dans les affaires criminelles. Dès lors commencèrent les habitudes d’une longue et inaltérable amitié entre ces trois hommes qui devaient, jusqu'à leur extrême vieillesse, illustrer la magistrature.

Attaché à la section civile, M. Zangiacomi n'a plus quitté sa toge. Tous les Gouvernements savent apprécier ce que vaut une bonne justice, ce que valent de tels hommes. Trente ans plus tard, la présidence de la chambre des requêtes étant devenue vacante, tout Île monde y pensa pour lui, excepté lui-même, et quand on vint à lui en parler, sa première réponse fut pleine d’hésitations et d'incertitudes. Il avaitles illusions de la modestie. Tant d’autres ont celles de la vanité ! Il remplit ses hautes fonctions pendant près de quinze années, plus disposé à se plaindre de la diminution du travail que des incommodités de l’âge. Dieu ne mesure point la vigueur de notre intelligence au nombre de nos jours, et comme dans un ciel serein le soleil qui décline garde l'éclat de ses rayons, l’homme fatigué par l’âge conserve souvent la plénitude de ses facultés. Parmi les chefs militaires, quand le bras ne peut plus tenir une épée, la tête peut encore gagner des batailles. Les chefs civils, ceux là surtout que les épreuves laborieuses du sacerdoce judiciaire ont blanchi de bonne heure, peuvent garder la mémoire des hommes et des choses, et une grande vigueur morale dans un corps vieilli. Si la main tremble, la volonté n'est pas moins ferme; si la vue s’est fatiguée, l'esprit n'a rien perdu de sa pénétration. Si la voix s’est affaiblie,

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la raison qui commande est demeurée intacte et robuste, et, au milieu d’un silence respectueux, le vieux magistrat, l'expérience vivante, se fait entendre à force de se faire écouter. Ainsi passèrent les dernières années de M. Zangiacomi. Peu de jours avant sa mort, il descendait pour la dernière fois l’escalier du Palais, appuyé au bras de son digne fils. Il parlait doucement du passé, à la veille d’un autre et plus pur avenir. Découvrant avec les yeux de l'âme ces lointaines perspectives qui se rapprochent vers les heures du soir, il pressentait sans découragement, non sans tristesse, la fin prochaine d’une vie si bien employée.

Je ne dirai point, Messieurs, les travaux de M. Zangiacomi à la Cour de Cassation, l'influence qu'il avait acquise, ses rapports si nombreux, les arrêts qui, en signalant sa longue présidence, ont placé bien haut dans l'esprit des magistrats et des jurisconsultes l'autorité de son nom. Telle est au surplus la nature à la fois grave et modeste des services judiciaires, que souvent ils échappent aux éloges. Le pays voit grandir dans son sein par le concours successif des hommes les plus éminents un magnifique monument de jurisprudence, objet de ses respects et garantie de ses droits. Il peut, lui aussi, le montrer avec un juste orgucil à ses amis comme à ses ennerais ; mais ilne trouve point écrits sur chaque pierre de l'édifice les noms des ouvriers qui l'ont élevé.

Ce qu’il faut remarquer d’abord dans ce côté de la vie de M. Zangiacomi, c’est sa persistance au travail et son

Le QT LE infatigable assiduité ; c'est la méinoire exacte et le respect profond des arrêts de la Cour. Il n'aimait pas à voir changer la jurisprudence. Son opinion, d’abord indépendante et large sur les questions nouvelles, s’attachait volontiers aux arrêts rendus, et se prétait difficilement à en ébranler l'autorité par des changements irréfléchis.

Et puis, Méssieurs, même avec la distance des lieux, l'éloignement des temps, la complication des faits, il n'est pas permis d'oublier les qualités qui faisaient aimer l'homme, en mêmé temps que le caractère et le talent faisaient respecter le magistrat. Tous ceux qui l'ont connu se rappellent le bonhomie patriareale de ses mœurs, la douce régularité de ses habitudes, sa politesse, sa bienveillance constante envers ses collègues. Ce sentiment est aussi le caractère primitif de l'institution ellemême : elle porta tout d'abord dans son sein, non pas en vertu des formules de l’époque, mais par les sympathies de ses membres, par l’amour commun du droit et de la justice, un esprit de fraternité qui a survécu. Les choses vraies ne se décrètent pas ; elles naissent, et on les laisse vivre.

M. Zangiacomi a été de plus, à diverses reprises, dans l'espace de dix-huit années, au déclin de l'Empire et sous la monarchie constitutionnelle, depuis 1812 jusqu’en 1830, où fut sagement établie l’incompatibilité des deux fonctions, membre du Conseil d'Etat en service ordinaire ou extraordinaire, tantôt comme maitre des requêtes, tantôt comme conseiller d'Etat, attaché selon

| — 22 — les besoins du service et la diversité des circonstances, soit au comité du contentieux, soit au comité de législation. La volonté ministérielle l'en éloignait dès que le pouvoir supérieur inclinait aux idées exclusives. Sa réintégration était l’un des premiers et des meilleurs symptômes d’une tendance plus libérale.

Nous n’entreprendrons pas davantage de dire ses travaux sans nombre sur les matières contentieuses et législatives. En dehors même du Conseil d'Etat, il n’est peutêtré pas un point de législation sur lequel il n'ait été consulté, et si, dans l'avenir, quelques projets qui n'ont pas subi leur dernière épreuve doivent reparaitre, ils porteront peut-être avec eux la trace inconnue de ses pensées et le témoignage ignoré de ses travaux. Remise aux émigrés des biens non vendus, code militaire, législation coloniale, organisation judiciaire, réforme hypothécaire, et tant d'autres objets dont l'initiative gouvernementale eut à s’occuper,.… pour tous son concours a été réclamé, et ses lumières n'ont manqué à aucun. Partout il a porté une érudition profonde, la science et le respect du droit, la connaissance et la saine apprécation des faits, des vues larges, une rédaction nette et simple. Le nombre des commissions dont il a fait partie s'élève à une trentaine.

M. Zangiacomi eut à traiter au Conseil d'Etat l’une des questions les plus graves qui puissent préoccuper l’attention publique. Elle a reparu plusieurs fois, rencontrant toujours la même solution nécessaire et, pour ainsi dire,

. 01: — fatale, toujours fixée en quelque sorte au point où il l’a placée avec la reetitude de son esprit et la justesse de ses raisonnements :. un malheureux est condamné à mort et subit sa peine; il meurt en protestant de son innocence, et léguant à sa famille le soin de réhabiliter sa mémoire. Plus tard, en effèt, des doutes s’élevent sur sa culpabilité : des témoins ont pu être trompés par une déplorable ressemblance ; d’autres prouveront qu'à l'heure du crime, le prétendu complice ne se trouvait pas, ne pouvait pas absolument se trouver sur le lieu où il était commis. Que faire ? Recommencer un procès, —instruire de nouveau, — chercher le pour et le contre, — poursuivre la mémoire d’un homme qui ne peut plus répondre ! Car, enfin, même sur une tombe, la défense ne parlera pas seule; l'accusation aura le droit, le devoir de se faire entendre. Point de limites de temps, point de prescription possible, une fois le principe admis. et les témoins morts, et les souvenirs faussés ou détruits, et les impressions que rien ne peut faire revivre! Et pour la conscience des témoins vivants, les émotions et les scrupules, le respect de la tombe, le deuil sacré d’une famille, le courage de la vérité affaibli désormais par l'expiation légale, les meilleurs sentiments, les insüncts les plus mystérieux de la nature humaine excités dans le sens de l’indulgence et de l'oubli, la justice ébranlée, le pays désormais inquiet et défiant envers lui-même, la vérité sociale à jàmais obscure et flottante! Voilà, en termes trop rapides peut-être et en phrases inachevées,

les inconvénients et les périls. Voilà ce que contiennent ces terribles questions de révision, et le rapport de M. Zangiacomi restera comme un modèle de discussion calme et sévère (1).

Le 41 octobre 1832, M. Zangiacomi fut nommé membre de la chambre des Pairs. S'il y apporta le concours de sa vieille expérience, il n'en garda pas moins son opiniâtre modestie, et ses habitudes judiciaires qu'il ne lui convenait pas de sacrifier à la politique. Le magistrat, dans sa profonde sagesse, voulait avant tout conserver sans partage les mérites de cette vie labotieuse et cachée.

Il était resté simple chevalier de la Légion d'Honneur depuis la création de l'Ordre. De 1833 à 1843, les trois grades supérieurs Jui furent conférés. |

Ce qui distingue M. Zangiacomi, ce qui a fait de lui mieux qu'un jurisconsulte, un législateur, c’est le calme dans la fermeté, le culte religieux de la justice, la sérénité de l'âme, la rectitude du jugement, unie à une grande puissance de travail et de réflexion : c'est aussi cette parfaite mesure qui est, comme on l’a dit » le signe de la vérité en toutes choses n (2), et l’on pourrait ajouter : le gage du succès dans toutes les affaires. L’austérité qu'il avait montrée dès sa première jeunesse ne se démentit jamais : le monde brillant et frivole du Directoire

(1) Sirey, XXII, 2° partie.

(2) M. Cousin. Revue des deux mondes, 1er février 1854.

l'avait à peine entrevu quelques instants. À vingt-neuf ans, il refusait les honneurs d'une ambassade. Nulle distraction du dehors, pas méie celle de là campagne n'avait d’attrait pour lui. Il se délassait, sans sortir de son cabinet, par la variété de ses études. Ainsi, il aimait à s'occuper de géographie : il avait eu de bonne heure le goût dela botanique; il l’avait toujours conservé, malgré la faiblesse de ses yeux, qu’il aidait d’une loupe, voulant, disait-il, admirér Dieu dans ses œuvres les plus modestes. Ila même donné à ses enfants quelques leçons de cette science aimable, se plaisant à leur parler de sa ville natale, des promenades qu'il faisait dans les environs, et dés plantes qu’il avait eu le bonheur d'y trouver, et des causeries sérieuses où s’instruisait cette jeunesse, enchantée par la science et par le travail, qui n’acceptait rien d’inutile, même dans ses loisirs. L'âge lui apporta la souffrance, l’affaiblissernent ; mais en respectant cette belle intelligence, et sans rien changer à son ardeur pour le travail. n Est-on dans les places, disait-il, pour “ s’occuper de sa santé? n Avec cet amour de l’ordre et de la paix qui domine toujours chez les hommes d’expérience (1), quelques nuages sur l'avenir vinrent assombrir son esprit. Îl en parlait, dans l'intimité des relations de famille, avec un pressentiment douloureux. Le temps, en Jui montrant l'instabilité des pouvoirs, en avait peut-être

(1) Senibus placida omnia et ordinata conveniunt. Puin. suN10R.

— 2% — | révélé à ses. méditations les causes mystérieuses. Il appelait de ses derniers vœux cet accord entre les honnêtes gens désiré toujours, ct trop souvent impossible. Le calme a ses déceptions : le succès même a ses périls. Après les épreuves du combat et les dangers de la résistance, les pouvoirs ont à redouter aussi la plénitude de la victoire et les enivrements du succès. Tels étaient ses entretiens suprêmes,. et déjà sa pensée commengait à se dé- : prendre des choses terrestres. Doué d’une piété éclairée et tolérante, il aimait l'étude approfondie des textes sacrés et des Pères de l'Eglise. H se préparait tranquillement à la mort. Il l'avait prévue pour la paix de son âme ; il avait, pour le repos de sa famille, eaché ses picuses précautions. Dans la nuit du 41 au 12 janvier 1846, il cessa de vivre. — Quand cette perte fut annoncée à la Chambre des Pairs, une sensation profonde vint attester des regrets unanimes (1). Un éloge plus solennel était réservé à sa mémoire dans le sein de la noble assemblée. D’autres temps sont venus, et deux ans plus tard, l’orage a emporté, avec les matériaux déjà prêts, jusqu'au nom de la plus éminente de ses dignités : mais les révolutions passent , et la justice reste. C'est elle

(4) M. le chancelier. « J'ai la douleur de faire part à la Chambre, de la perte qu’elle vient de faire d’un de ses membres les plus estimables et les plus honorés, M. le président Zangiacomi (Séanec du 12 janvier 1846).

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qui, dans un temps rapproché de cette perte, et pour laisser un témoignage à l'avenir , racontait par une voix éloquente à ses collègues de la Cour de eassation, sa vie et ses longs services (1), ce courage sans faste u qui ne calculait pas Le péril, mais le devoir, " …. et N'a jamais connu le trouble et les hésitations “ d’une conscience incertaine. n — Nous n'avons pas aspiré à faire mieux, mais nous avons pu diredavantage. Là, M. le président Zangiacomi était loué dans le récent éclat de sa gloire judiciaire ; chaque parole de l’orateur rencontrait un souvenir au cœur de tous ceux qui l’écoutaient. Ici, en présence de deux générations nouvelles, dans cette ville qui connut ses aïeux et qui fut son berceau, où il était venu chercher la compagne de sa vie, la mère de ses enfants, nous l'avons suivi au point de départ, lorsque, jeune encore, à peine sorti de ses débuts, il devint le mandataire et, pour ainsi dire, la pensée vivante de ses concitoyens. Chaque pas de sa longue carrière a successivement relâché, puis rompu les relations qui l’attachaïient à la Lorraine. Les hommes de son époque ont disparu : pour qui veut écrire sa biographie,

il y a des traditions, il n’y a presque plus de témoignages ; mais cette gloire appartient comme tant d’autres à son pays natal, aucune fleur d’une si belle couronne ne

(1) M. Delangle. Discours de rentrée, à novembre 1846, pages 46 à 30.

doit se flétrir dans l'oubli. C'est l'exemple qui nous con- .

duit lé mieux dans la route du bien, et on n'arrive sûrement à l’avenir que par la contemplation du passé. Qui veut rendre à l'un ses espérances, doit laisser à l’autre ses souvenirs. Oui, pour bien gouverner le monde, il y faut compter la mémoire et les enseignements des hommes qu'il a perdus. Ces études rétrospectives éclairent d’un jour nouveau la vie contemporaine. Présent ou passé, émotions ou réminiscences, nos plus belles pensées sontelles vraiment à nous? Les rayons de notre intelligence sont-ils autre chose que le reflet de quelque lumière inconnue? — Un de nos sages (1) disait, il y a peu d’années : u Ce qui marque le plus de nos jours, c’est le “ respect dans l’ordre moral, l'attention dans l’ordre inn tellectuel. n Personne peut-être n'a mieux montré ces deux qualités que M. Zangiacomi. Il a conquis le succès par le travail, le pouvoir par la sagesse, le respect de tous par le respect de soi-même. À tous ces titres son nom nous a paru digne d'être iriscrit dans, vos Mémoires, comme un dernier souvenir de la vieille patrie, comme un titre d'honneur pour la France nouvelle.

(1) Royer-Collard.

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