AE
qui arrivait et ne renfermait aucune disposition à cct égard. Les états furent convoqués pour désigner la personne à qui la mainbournie serait confiée. La convocation fut faite par Mathieu seigneur de Teintru et Hugues seigneur de Rumigny, oncles de Raoul, par le comte de Vaudémont et les sires de Beaufremont et du Châtelet. L'assemblée se composait non-seulement de tous les membres de l'ancienne chevalerie, mais encore de certains ecclésiastiques, parmi lesquels on remarquait Thomas de Bourlémont, évêque de Toul ; la session, qui ne fut probablement que d’un jour, se tint non pas dans la salle principale du palais des ducs, mais sur les terrains qui s'étendaient entre la ville de Nancy et le château de Saulru, c'est-à-dire sur l'emplacement de la ville neuve. Les gentilshhommes, oubliant les griefs qu'ils avaient eus contre les trois prédécesseurs de Raoul, déférèrent la régence ou mainbournie à la duchesse douairière Isabelle d'Autriche, u comme estoit d'ancienneté us et costume n, et décidèrent qu'elle profiterait des u conseils et bons u avisements n que pourrait u luy parfournir Reverendisu sime Père Evesque Thomas Borlémont de Toul « (1). On voit, par tout ce qui précède, que dans le duché de Lorraine, comme dans l'empire germanique, l'assemblée des états ne fut formée au moyen âge que des nobles, qui d'abord eurent seuls voix délibérative, et des prélats,
(1) V. les fragments du Mémorial de Lonis d'Haraucourt, règne de Raoul, ibid.
qui ne furent admis régulièrement que vers la fin du XIIE siècle et n’eurent que le second rang.
La noblesse, qui occupait le premier, n'admettait à siéger que les gentilshommes appartenant à l’ancienne chevalerie, c’est-à-dire, ceux dont les familles avaient toujours habité la Lorraine, et dont l'origine se perdait dans la nuit des temps. Mais comme ces familles étaient en petit nombre, et que plusieurs d’entre elles s’éteignirent dans le cours des XIIT, XIV° et XV° siècles, on donna entrée dans les états à beaucoup de gentilshommes dont les ancètres s'étaient fixés dans le duché et avaient … épousé des filles de l’ancienne chevalerie. La liste de ces nouveau-venus serait longue et d'ailleurs assez difficile à dresser (1); je me contenterai donc de renvoyer aux éerits dans lesquels cette matière est traitée, et je ne dirai rien non plus, afin de ne pas sortir de mon sujet, relativement aux priviléges dont jouissaient les membres de l’ancienne ‘chevalerie ; je rappellerai seulement qu'ils se regardaient à peu près comme les égaux de leur souverain ; ils gageaient le duc et ses officiers, lorsqu'ils n'en obtenaient pas justice ; ils ne lui fournissaient des contingents que dans les circonstances graves, ou lorsque le duché paraissait courir quelque péril ; souvent ils restaient chez eux, malgré les invitations et les prières du prince, et s'ils prenaient les armes pour son service, et
(4) V. Dissertation historique sur l’ancienne chevalerie et noblesse de Lorraine, par de Bermann, p. #7 et 48.
= AT qu'ils vinssent à tomber au pouvoir de l'ennemi, le duc était contraint de payer leur rançon (1).
Les prélats qui figurent dans les états pendant le XIV° siècle sont peu nombreux ; l’évêque de Toul est même le seul qui soit désigné nominativement ; lesautres étaient les prévôts des collégiales de Saint-Dié et de Saint- Georges et les abbés des principaux monastères, tels que ceux de Clairlieu, de Beaupré, de Chaumousey, de Stulzbronn, etc. |
Les priviléges de l’ancienne chevalerie étaient trop étendus pour ne pas donner d'ombrage au souverain, et les ducs ne cessèrent, à partir de la seconde moitié du XIIF° siècle, de faire des efforts pour asseoir leur autorité sur les ruines du pouvoir de la noblesse. Comme les revenus du domaine suffisaient alors aux dépenses de l'état, et que les ducs n'étaient pas obligés, comme ils le furent plus tard, de solliciter des subsides, il leur fut assez facile de restreindre les privilèges de la chevalerie, et leurs tentatives furent d’abord couronnées d'un plein succès. Ferri IIL, devinant que le meilleur moyen de parvenir à son but était de multiplier les villes et d'accroître les richesses et l'influence de la bourgeoisie, opéra quantité d’affranchissements. Il ne s’en tint pas là ; 1l réforma quelques abus dont profitaient les seigneurs, et on sait : que plusieurs d’entre eux le surprirent à la chasse et le
(4) V. ibid., p. 16, 17, 95-97 et 99; Mémorial de Louis d'Haraucourt, règne de Simon IL.
Te
privèrent momentanément de sa liberté. La non-réussite de ce complot servit beaucoup le prince, qui humilia quelques-unes des premières familles et acquit plus d’autorité sur les autres. Thiébaut Il, fils et successeur de Ferri HE n’abandonna pas l’entreprise commencée par celui-ci. Les exemples, ct peut-être les avis de Philippe-fe-Bel, dont le duc de Lorraine était l'ami, le confirmèrent dans la résolution d'amoindrir une puissance rivale de la sienne ; il était d’ailleurs , » quand estoit “ jeune... fort enclin à suivre conseils que disoient que luy duisoit (convenait) estre le maistre..….. n
IF publia une ordonnance » qui deffendoit à tout chacun “ ndble, ayant chastel et fief, d’armer ost et ferroirie de “ gucrroiement, sous quel titre ou prétexte que ce fust, “ sans qu'il (le duc) l'ait consenti. La susdite ordon- “ nance fut ensuivie d’autres, et fut dict que li jugement “ des sieurs qu'estoient de la chevalerie ne seroit tenu, “ ne gardé, si, comme avoit voulu faire ês reigne d'avant, “ que li jugement ait dü estre mis en la boche (bouche) “ du Duc qui seroit, ni sans qu'à li jugement ait mis son “ scel et vouloir... (4) » Ces innovations opéraient une révolution complète dans la constitution de la Lorraine ; prohiber les guerres privées et n’accorder de valeur aux jugements rendus par le tribunal des assises (2) que s'ils
ee
(1) V. Mémoires de Thierriat, règne de Thiébaut II. (2) On sait que le tribunal des assises, exclusivement composé
de nobles, jngeait en dernier ressort les affaires féodales et civiles.
ER
étaient ratifiés par le duc, c'était enlever aux nobles toute l'influence dont ils avaient joui depuis la création du duché. Aussi Thierriat ajoute-t-il que » les gentilshommes “ furent grandement esbahis et courroucés ; » la plupart se concertèrent, prirent les armes et déclarèrent la guerre à Thiébaut ; mais il avait prévu ce qui devait arriver et se disposait à étouffer la révolte ; avec une armée composée de ses propres vassaux, et de beaucoup de ces mercenaires qui louaient leur courage à ceux qui en avaient besoin, il marcha contre les nobles, les rencontra près de Lunéville, leur livra bataille et remporta la victoire. Son autorité n’éprouva plus alors aucune résistance; il commença par châtier ses adversaires ; les uns furent bannis , d’autres eurent la permission de rester, mais virent démanteler les forteresses où ils avaient cherché un asile. Il profita aussi de sa victoire pour publier de nouvelles ordonnances, qui achevèrent d'abaisser les nobles ; il leur défendit d’assigner le champ pour les duels sans son consentement, et leur interdit de punir de mort ou de bannir leurs vassaux avant d'avoir obtenu son approbation. Pour prévenir les tentatives de révolte, il disposa que le gentilhomme accusé d’avoir ourdi une trame contre la personne ou les prérogatives du prince traiterait avec celui-ci du rachat de sa vie, ou
payerait six mille livres de petits tournois et perdrait son fief (1).
(1) V. les fragments des Coupures de Bournon, règne de Thiébaut II, dans le ms. no 27.
Arrivé au terme de sa carrière, Thiébaut témoigna quelque repentir de la conduite qu’il avait tenue à l'égard de la noblesse ; il ne lui rendit pas cependant tous les priviléges dont il l'avait dépouillée, mais il déclara qu’à l'avenir l'exercice des droits de justice appartenant aux gentilshommes ne serait plus subordonné au bon plaisir du prince, et que leurs jugements n'auraient plus besoin, pour leur validité, d'être revêtus du placet ducal (1). Cette concession, comme :il arrive toujours, rendit plus exigeants ceux qui en avaient profité. L'année même de la mort de Thiébaut Il (1312), le mécontentement de plusieurs seigneurs dégénéra en révolte ouverte. Jean comte de Dachsbourg et Louis comte de Réchicourt, qui occupaient deux des premiers rangs parmi les nobles lorrains, ne voulurent pas reprendre de Ferri IV les fiefs qui relevaient du duché. Ferri résolut de contraindre les deux comtes à remplir ce devoir et leur fit essuyer une défaite complète; il consentit toutefois à ne pas les accabler, mais ils furent obligés de se rendre à Nancy et de prêter foi et hommage au duc de Lorraine, qui, suivant l'exemple de son père, porta de nouvelles atteintes aux droits de la noblesse (2). Il publia une ordonnance qui - avait pour but, en déracinant un abus assez commun, de lui concilier la faveur des habitants des campagnes.
(4) Le testament et le codicille de Thiébaut II sont imprimés dans Vignier, ibid., p. 150-152. | (2) V. Benoît Picart, Origine de la Maison de Lorraine, p. 326.
ns AT u Attendu que les sieurs de la Chevalerie et nobles qu’a- “ voient fiefs, dit Thierriat, estoient en us et coustume “ d'appréhender à corps et nourrir ès prisons leurs... n serfs et cultivateurs, sans qu'aucun püt en entendre n chose quelconque, et dont le paure peuple estoit en » grande clameur et requérance, fut dict et ordonné en n ces termes : Ne devront penre en gagièére ne butins, ne “ engins que sont d'usage en labeur, ne appréhender à “ corps pour quel débit (dette) et fors payement que soit, . n voire tel que soit mien ou por mi, aucun serf que soit » en mestier de faire labeur en terre, voire en vignes (1). n Aussi nous avons vu que l’ancienne chevalerie, réunie près de Nancy, en 1328, pour constituer une régence pendant la minorité de Raoul, donna l’évêque de Toul pour conseil à Isabelle d'Autriche, sans doute dans l’espérance que le prélat s’opposerait à des usurpations semblables. Mais celui-ci n’eut garde de mettre obstacle à des mesures qui avaient pour résultat d'améliorer le sort des serfs, et Raoul, fidèle à la politique de ses prédécesseurs, ne voulut revenir sur aucun des édits qu'ils avaient promulgués, et en publia lui-même quelques-uns qui excitèrent de violents murmures. Après la mort de ce prince arrivée en 1346, les nobles se plaignirent des atteintes qu’il avait portées à leurs privilèges, et la régente Marie de Blois promit d’abolir les dispositions contre lesquelles s'élevaient les gentilshommes (2). Il ne parait pas que
(4) V. Mémoires, règne de Ferri IV.
(2) V. de Bermann, ibid., p. 140.
in AR =
cette promesse ait jamais été réalisée, et Jean I‘, fils de Raoul, gouverna comme son père; en 1392, les nobles reprochèrent à Charles IT d'accorder les droits de bourgeoisie à tous ceux de leurs vassaux qui lui demandaient l'autorisation de s'établir dans les villes faisant partie du domaine ducal, et Charles, s’écartant pour cette fois de la ligne de conduite qu'il avait adoptée, consentit à écouter les doléances de la noblesse (1).
Le règne de ce duc, fils et successeur de Jean [°, fut à la fois fâcheux et favorable pour les gentilshommes ; Charles, qui avait de grands talents, fit respecter son autorité, ne laissa empiéter sur aucun de ses droits, et pour diminuer l'influence que la chevalerie conservait encore, fit entrer dans les états les représentants de la bourgeoisie, qui formérent le troisième ordre. On ne sait pas au juste à quelle date rapporter cette innovation ; néanmoins, comme on voit le tiers-état figurer à côté de la noblesse et du clergé dès le commencement du règne de René I et d'Isabelle, on doit er conclure qu'il prenait déjà séance depuis plusieurs années. Ce qui ajoute encore à la vraisemblance de cette supposition, c’est que dans une déclaration des gentilshommes, laquelle sera mentionnée tout à l'heure, il est dit que la princesse Isabelle ne pourrait, si elle devenait veuve, contracter un nouveau mariage qu après avoir obtenu l'agrément des trois états.
Mais si la bourgeoisie sut profiter pour s'élever de
(4) V. Coupures de Bournon, règne de Charles I.
10 = l'antipathie que Charles Il éprouvait pour la noblesse, celle-ci rencontra, vers la même époque, l’occasion d’ac- * quérir plus de privilèges et de prépondérance que les ducs ne lui en avaient enlevé pendant cent cinquante ans. Charles avait perdu ses deux fils légitimes, et il ne lui restait que des filles, auxquelles le duché revenait de droit. D'un autre côté, Ferri son frère puiné, qui avait épousé l’héritiére du comté de Vaudémont, était mort, mais avait laissé un fils, le comte Antoine, qui était arrivé à l’âge viril; il ne voyait pas sans un secret dépit le duché près de passer dans une maison étrangère, et il se proposait de mettre tout en œuvre pour empêcher cet événement de s’accomplir. Le cardinal Louis, duc de Bar, avait choisi pour son héritier René comte de Guise, son petit-neveu, et voulant procurer au jeune prince un établissement convenable, il demanda pour lui la main de la princesse Isabelle, fille ainée de Charles IL. La proposition sourit au duc, auquel elle offrait un moyen simple et facile de réunir les duchés de Lorraine et de Bar, et de mettre fin de la sorte aux guerres si fréquentes qui avaient épuisé les deux états. Il accueillit favorablement la demande du cardinal; le 20 mars 1419, Charles - et Louis, s'étant rendus dans le château de Foug, arré— térent les articles de ce traité important, et le duc de Lorraine promit de faire prêter u serment à tous les “ nobles, féaux, vassaux, hommes subjects et commu- “ nautez des bonnes villes de tous ses... pays de tenir “ et obéir, après son trespas, à la dicte Demoiselle et à
“ son mary à cause d'elle, comme à leur droicturiers “ seigneur et dame, .…. au cas que n lui Charles u n’au-
. “ roit hoirs masle de son corps, né et procréé en loyal
n mariage n (1).
L’accomplissement de cette promesse fut retardé, pour des motifs inconnus, jusqu’à la fin de l'année 1495. Au mois de décembre, la noblesse lorraine fut réunie à Nancy ; le 13, elle jura de reconnaitre Isabelle pour dame et duchesse aussitôt après le décès de son père, et les gentilshommes ajoutérent, comme je viens de le dire, que, si René venait à mourir, sa veuve ne pourrait se remarier qu'avec le consentement de Charles, ou l’aveu des trois états, après la mort de ce dernier, sous peine de voir refuser l’obéissance à elle et aux enfants nés de la seconde union (2).
Charles cessa de vivre le 25 janvier 1431, et Isabelle fut immédiatement reconnue comme duchesse; quoiqu’elle fût en réalité seule souveraine, René prit le titre de duc de Lorraine et s’achemina vers Nancy. La duchesse douairière et les nobles, qui s'étaient assemblés dans cette ville, allèrent au devant du prince, et celui-ci, ayant été conduit en cérémonie à la collégiale
Saint-Georges, fit serment de respecter les droits des
ne de ee en pme nn ee meme
(4) Ce traité est imprimé dans Calmet, ibid., t. III, preuv., col. clxxxij-clxxxv.
(2) La déclaration de la noblesse et une autre pièce qui s'y rate tache sont imprimées dans Vignier, ibid., p. 485-187.
Hi trois ordres. On dit qu’il abandonna, selon l'usage, son cheval aux chanoines de la collégiale; ce qui semble indiquer que les ducs Jean [°"et Charles II étaient venus, à leur avénement , remercier Dieu dans l’église dont je parle et avaient donné leurs chevaux au chapitre; mais il est bien certain que René esf le premier duc qui ait juré de respecter les privilèges de ses sujets (1), et on verra que ces priviléges devinrent bien plus étendus qu'ils ne l'étaient précédemment. La nécessité où se trouvait Charles II de ménager la noblesse, pour l'empêcher de se déclarer en faveur du comte de Vaudémont, l'avait porté à faire quelques concessions sur la fin de sa vie; toutefois, ces concessions n'étaient rien au prix de celles que René et Isabelle furent obligés de faire pour attacher plus fortement les gentilshommes à leur fortune. La déclaration ducale est trop longue pour être insérée dans le présent mémoire (2), et je remarquerai seulement que le prince ne se borna pas à satisfaire les griefs et les exigences des nobles ; qu’il engagea ses successeurs, et qu'on vit les ducs jusqu'au commencement
(1) C'est ce qui résulte avec évidence de la protestation faite, le 48 mai 1562, par Bertrand Le Hongre, procureur-général de Lorraine. On trouve uve copie de cette pièce à la bibliothèque publique de Nancy, ms. n° 4, p. 1423 et suiv.
(2) Elle est imprimée en entier, mais avec des fautes grossières, dans Rogéville, Dictionnaire historique des ordonnances et des tribunaux de la Lorraine et du Barrois, t. 1, p. 35-35.
du XVII siècle jurer, en montant sur le trône, de se conformer aux lettres-patentes de René [*. La noblesse ne se contentait même pas du serment du souverain, et celui-ci devait donner des lettres expédiées en cinq exemplaires sur parchemin, et revêtues du grand sceau ducal. Une des expéditions était remise au maréchal de Lorraine ; trois aux baillis de Nancy, Vosge et Allemagne, et la cinquième était destinée au duc lui-même, qui la confiait au capitaine de ses gardes (1).
Les états voulurent témoigner à René leur gratitude pour les concessions qu'ils venaient d'obtenir, et lorsqu'il fallut, en 1455, négocier la délivrance de ce prince, qui avait été fait prisonnier à la bataille de Bulgnéville, ils résolurent de se soumettre à tous les sacrifices compatibles avec l'honneur. Les gentilshommes consentirent à payer sa rançon et celles de plusieurs chevaliers qui avaient été pris à Bulgnéville, et qu'il était obligé de racheter; quelques nobles firent des offres très-considérables, et l’on assure même que l'un d'eux mit ses terres en gage et fournit jusqu'à dix-huit mille saluts d'or (2). Du reste, les états ne négligèrent, dans la suite, aucune occasion de faire voir qu'ils se regardaient
em men ee me
(1) V. Mory d'Elvange, Etats, droits, usages en Lorraine, p. 12 et 15.
(2) V. aux archives du département de la Meurthe, l'inventaire du trésor des chartes, layette Elals-Généraux, 1, n° 117; de Bermano, ibid., p. 99, 135 et 136.
Ve D
comme investis d'une partie de l'autorité. Après la mort de Jean Il, fils et successeur d'Isabelle, ils apprirent que le duc Nicolas, qui se trouvait alors à Paris, ne se proposait pas de prendre immédiatement possession de la Lorraine ; ils l'invitèrent à revenir dans son duché; mais u avoit alors li susdict prince à son pouvoir certaine ‘« garce nommée Anne, qu'estoit fille de Robert mar- “ chand d'Amiens, qu'estoit, disoit-on, belle et gentille, “ mais que n'estoit à luy seul. Tant fit la belle par minau- » deries et gentillesses que ne fit Monseigneur aucune n response à Messieurs de la Chevalerie, dont furent en » grand courroux, et fut l'arrière-ban appelé, et M' de “ Salm eut tout pouvoir ; et disoit-on hautement : Mons n de Salm a mérité pour estre duc et Mons Nicolas ne « vaudroit tant seulement que fust comte de Salm (1). n
Malgré le mécontement de Nicolas, les Lorrains poussérent vivement la guerre contre le maréchal de Bourgogne, qui possédait plusieurs domaines au milieu de notre pays, et dans un traité conclu entre le conseil de Lorraine et le gouverneur bourguignon de Châtel-sur- Moselle, on passa le due sous silence, et le conseil et le geuverneur figurèrent seuls dans les préliminaires.
Lorsque ce prince mourut deux années plus tard, sans laisser d’enfants, les gentilshommes s’assemblèrent à Nancy, pour examiner à qui la couronne devait appartenir, et, après avoir déclaré que le droit public de la Lor-
(1) V. Coupures de Bournon, règne de Nicolas.
| — Bi —
raine appelait les femmes à régner, ils énvoyèrent Jean Wisse, bailli d'Allemagne, annoncer à la comtesse de Vaudémont, Yolande, fille de René I‘ et d'Isabelle, qu'elle pouvait venir à Nancy, où l’on s’empresserait de la reconnaitre comme duchesse (1). Trois ans après (le 30 novembre 1475), le duc de Bourgogne, Charles-le- Téméraire, entrait à Nancy en vainqueur, et un de ses premiers soins fut de convoquer les états-généraux pour le 27 du mois suivant; il savait combien cette institution était chère aux Lorrains, et il ne voulait qu'on püt l’accuser d’avoir porté atteinte à leurs priviléges. Il ouvrit lui-même la session par un discours, dont on nous dispensera de reproduire la substance, et dans lequel, après avoir promis de gouverner avec douceur, il s'engageait à respecter scrupuleusement les droits du clergé et de la noblesse, à augmenter l’aisance de la bourgeoisie et à protéger les laboureurs (2).
Dans son discours, il nomma le clergé avant la noblesse, et il paraît, en effet, que dès cette époque les gentilshommes avaient consenti à laisser le premier rang aux ecclésiastiques. À partir du XV° siècle, ou au moins vers le règne de René II, la liste des membres de cet
me me eme ee ee ce ee
(4) V. la chronique de Lorraine, dans Calmet, ibid., col. vi. (2) V. ibid , col. Jxij et Ixiij. En entrant à Nancy, il avait confirmé les franchises, libertés et anciens usages des trois états;
v. trés, des ch., layette Etfats-Générauxz du Duché de Bar, n° 7.
= SN, mn ordre qui eurent entrée aux états fut arrêtée définitivement, et si elle subit plus tard quelques modifications, ces modifications étaient sans importance réelle. La liste comprenait l'évêque de Toul, le primat de Nancy (1), le prévôt de la collégiale Saint-Georges, le grand-prévôt de Saint-Dié, le prévôt de Marienflos, le grand-doyen de la Primatiale (2), le chancelier du chapitre de Remiremont, les abbés d’Autrey, de Beaupré, de Belchamp, de Bonfay , de Bouzonville, de Chaumousey, de Clairlieu, d'Etival, de Freistroff, de Longeville, de Lunéville, de Metloch, de Moyen-Moutier, de Saint-Avold, de Saint- Epvre, de Saint-Mansuy, de Sainte-Marie-aux-Bois, de Saint-Martin (près de Metz), de Saint-Matthias (près de Trèves), de Saint-Sauveur, de Senones, de Stulzbronn, de Tholey et de Wadgass; les prieurs de Breuil, de Châtenoy, de Flavigny, de Lay-Saint-Christophe, d’Insming, de Varangéville, et quelques autres. Les prieurs dont les maisons avaient moins d'importance, les prévôts ou doyens des chapitres secondaires, les prieurs, gardiens ou supérieurs des couvents de moines mendiants et les curés n’eurent jamais le droit de figurer parmi les membres du premier ordre ; la représentation du clergé était donc, si l’on peut employer cette expression, tout à fait aristocratique.
Si l'on jette ensuite les yeux sur le second ordre, on
(1) Seulement à partir du règne de Charles III. (2) Même observation que pour le primat.
observe quelque chose d’analogue; les nobles appartenant à l’ancienne chevalerie entraient tous aux états, mais y entraient d'abord seuls et en fermèrent pendant longtemps les portes à ceux qui étaient venus s'établir en Lorraine, et à ceux dont la noblesse n'avait d'autre source que des lettres émanées du prince. Pour faire parüe de l'ancienne chevalerie, il fallait primitivement descendre par les mâles d’une famille dont l’origine ne füt pas connue; plus tard, on se relâcha de cette excessive rigueur, et on admit le gentilhomme dont la mère était de l’ancienne chevalerie, ct dont le père était noble de nom et d'armes ; il devait de plus jusüfier sa filiation de l’un et de l’autre côté pendant quatre générations, c'est-à-dire, prouver que son père, son aïeul, son bisaïeul et son trisaïeul paternels, sa mère, son aïeul, son bisaïeul et son trisaïieul maternels avaient joui du titre de noble, sans aucune contestation (1). La liste des membres de l’ancienne chevalerie avait, au moyen-âge, compté deux cent quatre-vingt-onze noms différents (2); mais les guerres, les duels, les émigrations et mille causes diverses réduisirent considérablement cette liste, et on finit par assimiler aux chevaliers lorrains les nobles étrangers dont les familles, d'ailleurs illustres, s'étaient
oo nt mn ne
(1) On exigeait cette preuve dans les chapitres de chanoinesses de Remiremont, Epinal, Poussay et Bouxières-aux-Dames. V. de Bermaan, ibid., p. 56.
(2) On peut voir cette liste dans Bermann, ibid., p. 160-175.
OR; ee fixées dans le duché depuis un certain nombre d'années; il y en avait beaucoup, et on les appelait, pour les distinguer des membres de la chevalerie, nobles fiebvés, pairs ou pairs fiebvés. Ils entrèrent alors dans les états, qui virent admettre, versla même époque, les principaux officiers du prince, quelque füt le degré de leur noblesse. Le maréchal de Lorraine, le receveur-général, le grandécuyer et quelques autres y prirent séance parmi les gentilshommes. Le renfort que l'ordre nobiliaire venait de recevoir suffit à peine pour combler les vides que l'exuinction des familles y faisait incessamment, et au commencement du règne de Charles IV, le nombre des maisons et celui des individus qui les composaient se trouvaient extrêmement réduits. On en jugera par la nomenclature suivante, que j'ai jugé à propos de reproduire, malgré son étendue, parce qu'elle est inédite, et qu'elle fournit les renseignements les plus exacts et les plus complets sur l’état de la haute noblesse de Lorraine pendant le premier tiers du XVIF siècle.
w La Maison du Chastelet, qui comprend le Mareschal “ de Lorraine ; le Marquis de Trichasteau son fils, et le ..* Baron du Chastelet son cadet, Capitaine des Gardes du n Duc Charles. |
La Maison de Lignéville, qui comprend le Comte de » Tumejus ; ses deux fils ; le Sieur de Lignéville, Prévost n de l'Eglise de Sainct-Gcorges de Nancy ; le Sieur Comte “ de Tantonville, cy-devant Bailly de Nancy ; le Sieur de .s Lignéville son frère, Grand-Prévost de l'Eglise de “ Sainct-Diey, et le Chevalier de Tantonville.
— DQ
“ La Maison de Haraucourt, qui comprend les deux fils “ du feu Sieur de Haraucourt Marquis de Faulquemont, “ Général de l'artillerie de Lorraine et Colonel entretenu “ par l'Empereur ; le Sieur Baron de Chambley, Bailly de » Nancy, et ses deux fils.
” La Maison de Lénoncort, qui comprend le Sieur “ Anthoine de Lénoncourt Marquis de Blainville, Primat “ de Lorraine; les deux Lénoncourt fils du feu Sieur de n Lénoncourt Bailly de Sainct-Mihiel ; le Sieur de Lé- » noncourt de Serres, et ses deux fils.
“ (Bassompierre) Monsieur le Mareschal de Bassom- “ pierre ; le Sieur de Rémoville, son neveu, présentement “ appelé Bassompierre ; le Baron de Dompmartin, frère “ dudict Rémoville.
1 (Tornielles) Le Comte de Tornielles ; le comte de “ Brionne son fils ; ses deux fils.
" (Nettancourt, Livronville, Lignéville-Dombrot) Le » Sieur de Vaubecourt ; le Sieur de Nettancourt ; le Sieur n de Lémont ; le Sieur de Ville ; le sieur de Ragecourt, n Général de l'artillerie du Duc Charles; le Sieur de “ Ragecourt d'Ancerville, son frère ; le Sieur de Dom- “ brot Comte de Bey ; le Sieur de Fontenoy ; le Sieur de “ Melay ; le Sieur Baron de Menuy (sic) ;.le Sieur Baron ‘“ de Merye, son fils. |
" (Stainville) Le Sieur de Stainville, ins de “ Ja Primatiale ; le Sieur de Stainville, Gentilhomme ordi- “ naire dudict Duc ; le Sieur de Stainville de Sorey ; ses “ deux fils ; le Sieur de Stainville de Versaÿ ; le Sieur de
Sd “ Stainville, cy-devant Gouverneur de Marsal ;' le Cheva- “ lier de Stainville. —
“ (Anglure) Le Sieur de Bonnecourt, à cause de la » Maison d’Anglure; le Chevalier d’Anglure; le Sieur “ Vicomte d'Estoges ; le Sieur de Mitry, Bailly d'Espinal; n le Sieur de Mitry, son fils ; le Sieur de Mitry du Mesnil ; “ le Sieur de Mitry de Brainville.
” (Choiseul) Le Baron d'Ische, fils du deffunct.
» (Gournay) Le Sieur de Gournay, fils du deffunct “ Séneschal de Lorraine ; son frère le Sieur de Marché- “ ville ; le Sieur de Gournay, Evesque de Scythie (1) ; le » Sieur de Gournay de Sécourt ; le Sieur de Gournay de " Friauville (Frôville); le Sieur de Gournay, qui tua en “ duel le feu Sieur de Haraucourt Bailly de Nancy.
" (Florainville) Le Sieur de Florainville ; le Sieur de Florainville de Faims ; le Sieur de Vigneulles de Massey.
n (Savigny) Le Sieur de Savigny, altéré de son esprit ; “ le fils du feu Sieur de Savigny de Ferrière ; le Sieur de » Chérisy, son frère; le Sieur d'Ourse (sic) ; le Sieur " Prieur de Varengéville, son oncle ; le Sieur d’Alamont, “ Abbé de Beaupré.
(Stainville-Couvonge) Le Sieur de Couvonge; le “ Baron de Couvonge, son fils, tous deux de la Maison " de Stainville; le Sieur de Remenécourt; le Sieur de " Bouzey ; le Sieur de Joinville, son fils; le Sieur de » Vidrange.
eo ————
ne ee 2 de en mner S'm m e 4 4.0 ne L
(1} Alors suffragant, et plus tard évêque de Toul.
" (Gironcourt) Le Sieur de Gironcourt ; le Sieur de la n Vaux.
" (Buffegnecourt) Le Sieur de Buffegnecourt ; le Sieur » de Buffegnecourt, Chanoine, son frère ; le Sieur de “ Villeparoy.
“ (Ludres) Le Sieur de Ludres ; le Sieur de Richard- “ mesnil, son fils ; six autres fils.
(Tillon) Le Sieur de Bioncourt ; le Sieur de Tillon ; n le Sieur de Tillon, son fils ; le Sieur de Haubondanges, » son autre fils.
“ (Lisseras-Anderny) Le Sieur d'Anderny, cy-devant “ Capitaine des Gardes dudict Duc.
“ (Des Armoises-Sérocourt) Le Sieur de Tichemont; “ Je Sieur de Malatour (Mars-la-Tour) ; le Sieur de Flin, » son frère ; le Sieur de Sérocourt ; le Sieur des He, “ le Sieur des Armoises de Jauny.
“ (Bilistein) Le Sieur de Bilistein de Magnières ; le “ Sieur son frère.
“ (Salm, Créhanges, Ribaupierre) Les deux fils du feu “ Prince de Salm ; le Sieur Baron de Créhanges ; le Comte “ de Salm, cy-devant Gouverneur de Saverne ; le Sieur n Comte de Ribaupierre; le Comte Jean de Salm; le n Comte Frédéric de Salm.
(Linanges) Le Comte de Linanges ; le Comte de Ber- “ stein; le Comte d'Oberstein le Comte de Grombach.
» (Croy) Le Duc d'Havré; le Prince Ernest de Croy, n Duc de Poméranie; les fils de Monsieur de Luxembourg, “ demeurant à Paris ; le Comte de Hautesollern (sie) ; le » Comte de Soultz.