‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 31 sur 85 · AU · texte numérisé non relu

AU

tant bien que mal, par une de ces sortes d’infirmeries domestiques qu'avait fait établir l'intérêt même des maîtres. Restait donc seulement à pourvoir au sort de l'individu tombé malade en route ; or, ce qui subvenait d'ordinaire à ce besoin exceptionnel, c’est l'accueil volontaire, l'accueil gratuit, du premier habitant venu. Une telle as= . sistance, en effet, avait presque toujours lieu, de la part de quelque bonne âme, laquelle, à l’invocation du nom de « Jupiter hospitalier, » se montrait prompte à héberger le voyageur, même dans ce fâcheux état de santé. Plus tard, il rencontra, en pareil cas, les secours d'un æenodochium ou hospice, asyle préparé pour un autre but que la guérison de la fièvre, mais asyle toutefois qui, par destination secondaire, jouait un peu le rôle d'hôpital.

Quant au petit nombre de personnes qui, vraiment malades, partaient néanmoins de chez elles, voulant aller chercher leur cure dans des lieux rendus célèbres par le culte : celles-là comptaient d’abord, pour leurs étapes, sur l'hospitalité particulière, — la quelle, répétons-le, allait bien au-delà de ce que notre époque s’imagine sur le passé; — puis, arrivées au terme de leur route, elles trouvaient ordinairement quelque assistance dans les atria du temple, sur le produit du revenu des biens consacrés.

(5) u Qui sont les quakers de l'Asie.»

Toujours occupés, comme on sait, du soulagement des maux des hommes, les Sâds n’en sont pas plus orgueilleux, et leur usage est de remercier la Divinité du bien mème qu'ils font. Ils regardent en effet comme une aumône céleste, dont ils lui sont redevables, toute bonne pensée qui a pu leur venir. — Cette opinion se manifeste même chez eux par un terme très-heureux, dont ils ont coutume de se servir; car le nom qu'ils donnent le plus souvent à Dieu, est celui de Satcara, qui signifie « auteur de la vertu.»

(6) u Mis en réserve pour les quêteurs, ou portés à leur domicile."

Ces dons, il est vrai, sont d’abord et principalement destinés aux maisons de brahmes. La chose ne pouvait manquer d’être ainsi, puisque, dans la civilisation indoue, on évite d'encourager chez le peuple les habitudes de fainéantise, et qu’on y recommande vivement aux nécessiteux les ressources du travail, fussent-elles modiques, de préférence à celles de la mendicité. (Voir les Courals, livre II, 69.) L'exception à cette morale n’a lieu qu'en faveur de la classe sacerdotale, laquelle, en vertu d'un autre principe, est au contraire réputée pouvoir, et même devoir, — comme les anciens prêtres hébreux, — vivre d'oblations et d'aumônes. Mais la charité n'en reste pas moins de précepte envers les laïcs indigents; et s’il est déconseillé aux Indous de tendre ka main, ïl leur est ordonné de l'ouvrir à ceux qui la tendent. (Courals, I, 23.)

(7) u Mangez après que vous aurez fait l’'aumône.n

C’est la neuvième phrase de l’Attitchoudi : espèce de catéchèse ou d’abécédaire célèbre, en usage sur les bancs des écoles de la côte de Coromandel, et que le peuple, dans son respect, fait re-

monter jusqu'aux âges fabuleux de Sarasvati.

(8) u Sous le règne d'Abou Saïd et moyennant le revenu de ses fondations."

Abou Saïd est le nom officiel que prenait dans ses actes, afin de s'arabiser en qualité de sultan musulman de l'frâk et de la Perse, le puissant Béhadour Khan, fils du prince mogol Khodä- Bendeh.

(9) u Les denrées destinées à la consommation des pauvres.n |

J1 ne faudrait pas croire que les provisions confiées aux chameliers musulmans de la brigade de charité, se bornassent à des vivres, Dans ses bagages, se trouvaient compris, pour l'éventualité des maladies des pauvres, tous les médicaments nécessaires, et jusqu'à des sirops « ef douceurs, » propres à la convalescence. Mais ceci n'appartient point à notre sujet, qui ne roule que sur la question des aliments.

(10) u Maison non gouvernementale.n

Souvent, il est vrai, des monarques employaient une part de leurs richesses à bâtir et à doter des zaouïas ; mais, en cela, ils agissaient comme donateurs particuliers; et les établissements créés par eux, s’administrant comme ceux des autres fondateurs, passaient à l'instant même sous la direction d'un personnel non politique : personnel aussi indépendant, pour le moins, que peuvent l'être, par exemple, nos commissions des hospices.

(11) u La société des Frères jeunes-gens.n

Tel était littéralement leur nom : «les Frères jeunes-gens (El. Akhiyet El-Fityân). Non pas qu’il ne se trouvât parmi eux des hommes d'un âge mûr, mais parce que leur association se recrutait principalement dans la partie jeune de la population honnète dés villes. |

Ce n'est pas ici le lieu d'exposer les curieux détails de cette institution asiatique, ni de montrer en quoi elle différait des institutions européennes qui semblent y correspondre.

(12) u Qui ressemblaient moins à des terres qu'à des provinces. 1

Paulini regna, « les royaumes de Paulin, » disait Ausone en parlant des propriétés abandonnées à l'Église par saint Paulin de Nole. Il n'ya plus guère qu'en Ecosse, — ou en Italie, mais sur une moindre échelle, — que l’on puisse, de nos jours, trouver quelque chose d’analogue. Les domaines du duc d’Argyle donnent encore quelque idée de ce qu'étaient les latifundia des Romains.

(13) u On achetait, pour les donner en aumônes, des bons de soupe, de dix centimes chacun."

Îls étaient imprimés par séries de vingt-cinq, en sorte que l’on avaii coutume de s’en procurer des feuilles collectives, au prix de cinquante sous chacune. Le moyen avait donc été déjà rendu très= populaire ; et toutefois il y a progrès encore dans le système actuel, où les bons, réduits à la valeur de cinq centimes, sont de simples cartes séparées, achetables en aussi petit nombre qu'on veut,

Post-Scriptum (septembre 1854).

Postérieurement à la clôture de ce mémoire, ——- qui, rédigé l'hiver dernier, doit rester ici tel qu'il fut lu dans le sein de l’Académie, -- l'apparition de l'épidémie cholérique a donné lieu à un autre système, en rapport avec la circonstance. Par la nouvelle méthode adoptée, on revient aux errements de 1811 et de 1830, mais seulement pour le prix de la ration (dix centimes), et non pour la nature du secours. Comme, en effet, en temps de choléra, il s’agit moins d’un aliment qui puisse satisfaire pleinement l'appétit, que d’un aliment très-salubre et très-analeptique, on a renoncé, dans ce cas-ci, aux potages épais d'il y a quarante ans. Ce qu'on donne, c'est une soupe simple; c'est du pain trempé d'un excellent bouillon ; accompagné même d'un morceau, petit mais très-acceptable, de bœuf désossé.

Il va sans dire que le prix de revient d’une telle portion dépasse les dix centimes qui forment son coût nominal. Le lecteur devine bien que des dons charitables

viennent couvrir la différence, et parer au déficit de la caisse.

DU

Page 1