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suivent ne possèdent pas ce privilége pour peu que la sécrétion soit active : de telle sorte qu'une demi-heure après le commencement de l'expérience, on n'obtient plus qu'un fluide peu albumineux. Lorsque l'écoulement s'établit seulement un quart d'heure, une demi-heure, une heure même après que la fistule a été faite, les premières quantités sont très-albumineuses, et elles conservent ce caractère tant que la sécrétion est languis- sante. Or, je le demande, est-il logique de considérer comme anormal le suc obtenu une demi-heure après la fistule qui a donné dès le début, et de regarder, au contraire, comme un produit normal celui qu'on recueille au bout d’une demi-heure sur l'animal dont la sécrétion pancréatique s’est établie longtemps après le début de Fexpérience (1)? »
Mais revenons au fait en discussion ici. Je ne comprends pas comment on peut concilier l'importance attribuée à ee suc avec l’exiguité de sa production. Nous avons vu, en effet, que dans les circonstances les plus favorables, et sur des Chiens de forte taille, il ne s’en sécrète pas 18,5 par heure. Si done on porte à trois heures ka durée moyenne de la digestion chez la race canine, qui d’habitude digère très-vite, cela donnerait tout au plus 48,5 pour l'élaboration de toute la matière grasse contenue dans les aliments de chaque. repas. Or, pour qu'une
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(1) Traité de physiologie comparée, t. 1, p. 645.
aussi faible proportion de suc pancréatique produisit un tel résultat, il faudrait lui supposer une activité prodi-gieuse, qu'il est loin de posséder, ainsi qu'on va voir. … Afin de démontrer la propriété émulsive du suc pan- ‘eréatique, M. Bernard s'appuie principalement sur Fexpérience suivante.
: Sur 2 grammes de sue pancréatique fraichement extrait, alcalin, visqueux, possédant, en un mot, tous les caractères du fluide pancréatique considéré comme normal, on ajoute, dans un tube de verre fermé par un bout, { gramme de matière grasse, telle que huile d'olives, beurre, suif où saindoux ; et, après avoir maintenu le mélange à la température de 55 à 38 degrés, pour fondre la graisse, on agite. 1] en résulte aussitôt une émulsion parfaite, et tout se transforme en un liquide semblable à du lait, ou mieux à du chyle (1). : .
À cette expérience assurément fort simple, je me contenterai, pour le moment, de faire deux objections qui ne le sont pas moins. | |
La première, e’est qu'au moment où le suc pancréatique se met en contact avec la matière grasse du chyme, celui-ci est, en quelque sorte, délayé dans la bile et dans le suc gastrique, qui, en l'étendant, font nécessairement perdre au premier une grande partie de sa viscosité, et, par conséquent, de sa vertu; car, d'après
(1) Loc. cit., p. 72.
2 106 — M. Bernard, ces deux propriétés sont corrélatives. Pour éprouver l'action émulsive que le suc pancréatique est appelé à produire dans le tube digestif, il eùt donc fallu le mélanger préalablement avec une certaine quantité de bike et de suc gastrique, qui n'auraient pas manqué d'annihiler plus ou moins ses effets.
La seconde objection n'est pas moins péremptoire à mes yeux. Autant la nature se montre avare de suc pancréatique, autant il faudrait en être prodigue dans l'hypothèse que je combats ici; car, pour émulsionner un gramme de corps gras, on emploie deux grammes de ce fluide; c’est-à-dire, plus qu'il ne s’en produit en une heure, chez un gros Chien, en pleine voie de digestion. Au surplus, le suc pancréatique ne parait pas jouir d’une efficacité plus grande chez les autres espèces animales. u Quand ce fluide est très-albumineux, dit M. Colin, ik suffit de deux à trois parties de sue pour une partie d'huile; mais il en faut quatre, cinq, six et plus, dès que la proportion de ce principe diminue. En outre, l'émulsion ne demeure homogène qu'avec le fluide pancréatique du Bélier et du Bœuf, obtenu dans les premiers moments de l'expérience; elle se sépare, au contraire, du reste du liquide, avec le suc qui a été recueilli sur le Cheval, l’Ane et le Porc, où il semble bien moins albumineux, même au début de l'expérience, que chez les autres espèces (1). n
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(4) Loc. cit., p. 649.
En définitive, de ce qui précède, on est en droit, ce me semble, de tirer les conclusions suivantes : ou bien on considère exclusivement comme normal le fluide visqueux, et alors il est évident qu'il se produit, sous cet état, en proportion trop faible pour émulsionner la totalité des corps gras qui se trouvent communément dans les matières alimentaires; ou bien, on admet comme normal le fluide plus ou moins dépourvu d’albumine qui se produit la plupart du temps; mais, dans ce cas, sa propriété émulsive est tellement faible qu’il n’agit pas sur les graisses autrement que les autres fluides plus ou moins muqueux qui se déversent aussi dans le tube intestinal. Au surplus, füt-elle réelle, cette propriété émulsive n'aurait encore rien de spécial, et serait loin de mériter l'importance qu'on y attache, ainsi que je le démontrerai par la suite. Mais laissons provisoirement ce sujet, pour passer à l’examen d’une autre proposition.
M. Bernard pense que le suc pancréatique ne se bornerait pas à émulsionner les matières adipeuses, mais qu'il les décomposerait. chimiquement. Si, dit-il, on émulsionne 1 gramme de l’un des corps gras ci-dessus énoncés avec 2 grammes de suc pancréatique, et qu’on abandonne le mélange à la température de 35 à 38 degrés, 1l devient évident que la graisse n’avait pas été simplement divisée et émulsionnée. En effet, au moment du mélange, la matière grasse neutre et le suc pancréatique alcalin constituaient un liquide blanchâtre, à réaction alcaline, tandis que, cinq ou six heures après, il a acquis
une réaction neltement acide. Or, si l'on examine ce qui s'est passé, il est très-facile de constater que la matière grasse a été dédoublée en glycérine et en acide gras (1). Sans m'arrèêter à rechercher si la substance albuminoïde qui, dans l'expérience précédente, produit le dédoublement de la matière adipeuse, par une sorte de catalyse, appartient ou non au suc pancréatique véritablement normal, j'accepterai le fait sans discussion ; mais il ne saurait en être de même des applications physiologiques qui en ont été déduites. En effet, il me semble évident qu'ici le suc pancréatique n’est intervenu que par l'extrême facilité avec laquelle il se décompose luimême (2); de sorte qu’on pourrait comparer le dédoublement du corps gras au dédoublement du sucre dans Aa fermentation alcoolique (3). Or, il y a plusieurs raisons pour qu'une action de ce genre ne se produise pas dans le tube digestif. La principale, c'est que la pâte chymeuse, au moment où elle se mélange au fluide fourni par le pancréas, est imprégnée de suc gastrique qui, tant par son caractère acide que par k vertu spécifique dont
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(1) Loc. cit., p. 73.
(2) M Bernard considère Île suc pancréatique comme le fluide le plus altérable de l'économie. |
(3) La preuve que les choses doivent se passer aiusi, c'est que d'autres matières, complétement étrangères au canal gastro-intestinal, produisent le même effet ; tel est, entre autres, le sperme, amsi que M. Eonget l'a démontré récemment dans une commu nication à l'Académie des sciences. |
il est doué, mettrait mévitablement obstacle à Fl'altéra: tion spontanée dont il s’agit : circonstance majeure, dont il n’a été tenu aucun compte dans l'expérience précitée.
Mais, supposons un moment cet obstacle levé; il s'en présente un autre dont la difficulté n’est pas moindre. En effet, dans l'expérience en question, il n’a pas fau moins de einq ou six heures pour que le dédoublement du principe alcalin commençàt à se manifester. Or, il s’en faut de beaucoup qu'il y ait un aussi long intervalle entre le moment où les matières grasses sont ingérées et celui où l'absorption s'en effectue. Donnez quelques-unes de ces substances à un animal à jeun, puis ouvrez-lui l'abdomen, un quart d'heure ou une demi-heure après, et vous trouverez déjà une partie des chylifères remplis d'un liquide laiteux, plus ou moins riche en globules de graisse. Le célèbre physiologiste dont je combats la doctrine se trouve même, sur €e point, en contradiction avec lui-même, lorsque, dans une expérience que je rap- ‘porterai plus loin, il dit que chez le Lapin nourri de matières grasses, les vaisseaux chyliféres ne contiennent jamais de graisse dans la portion d’intestin comprise entre l'estomac et le pancréas; tandis qu’au niveau de cette glande, ils se remplissent d’un chyle évidemment adipeux : ce qui supposerait que l’action transformatrice attribuée au suc en question s’exercerait, pour ainsi dire, instantanément.
Au surplus, s’il fallait un nouvel argument, plus direct encore, contre la théorie dont it s’agit, on le trouverait
dans un fait assurément fort simple. Si, à l'exemple de MM. Tiedemann, Gmelin, Magendie, Sandras et Bouchardat, etc., on donne des aliments gras à différents animaux, et qu'on recueille ensuite le chyle qui en provient, on constate que le corps gras s’y rencontre avec toute son intégrité de composition, et non à l’état d'acide libre ou combiné à quelque base inorganique, comme je l'ai constaté moi-même en plusieurs circonstances.
Voici, du reste, comment s'expriment, à cette occasion, les derniers expérimentateurs que je viens de citer : u Le chyle des animaux dans la nourriture desquels on . & fait entrer une forte proportion d'huile d'amandes douces, est opaque, et l’on peut, au moyen de l'éther, en extraire de 40 à 14 pour 100 d'hurle d'amandes. On: retrouve de même le suif dont on mélange les aliments. La cire passe aussi dans le chyle, mais en petite quantité ; toutefois, si on la dissout dans de l’huile d'olives, dans la proportion de # parties d'huile pour une de cire, on la retrouve en quantité plus considérable. n Ces expériences, ajoutent-ils, sont bien faites pour démontrer que les matières grasses absorbées dans l'intestin se retrouvent divisées, mais non modifiées dans le chyle (1). Or, cette conclusion, à laquelle aboutissent également toutes les considérations qui précèdent, détruit dans sa base la théorie de la transformation.
(1) Traité de chimie de M. Dumas, t. VII, p. 615.