‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 8 sur 85 · LV · texte numérisé non relu

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retrouve toujours la pensée, et du moins dans les fêtes de l'intelligence, elle n’est jamais sans consolation.

En attendant qu’un éloge digne de lui, et par cela même trop étendu peut-être pour la lecture publique, nous raconte la vie et les travaux de M. BRrAcoNNor, si promptement et si bien remplacé, son souvenir doit être rappelé ici à un double titre : il a enrichi la science par ses découvertes et la cité par ses bienfaits.

L'Académie avait l'honneur de compter au nombre de ses correspondants M. Charles Lacrereue. Le don gracieux de son buste est pour nous le témoignage d’une affection fidèle, et montre le prix qu'il attachait aux rapports de cette confraternité demi-séculaire. La Lorraine doit à une mémoire vénérée l'hommage particulier de ses regrets et le tribut de ses éloges. M. LACRETELLE, né à Metz (1), a passé à Nancy, qu'il aima toujouts, son enfance et les premières années de sa jeunesse, cet âge où le bonheur était alors si facile et devrait l'être encore aujourd'hui. Les souvenirs qu'il a publiés sont un modèle de sincerité et de franchise honnête, un livre de bons conseils. C’est à Nancy (2) que, simple écolier, il eut à subir pendant un jour, pendant une heure, ces mauvais rêves qui avaient tué dans la fleur de l’âge Chàüllon et Gilbert, et dont le retour, à des époques plus

(1) 3 septembre 1766.

(2) Testament politique, chap. xx et xxr.

LyIt périlleuses, eût été mortel pour lui comme il l’a été pour tant d’autres. Son tempérament moral se trouvait assez robuste pour défier, non sans une teinte d'ironie, des lassitudes prématurées. Sa jeune raison sut l’affranchir des premières faiblesses, et 1l devint, pour toute sa vie, invulnérable au découragement. C’est à Nancy au sortir du collége, qu'il composa un vaudeville assez léger, sauvé par le bon sens paternel des épreuves de la scène, puis, comme tant d’autres une grave tragédie, Caton d’Utique, dont quelques passages furent lus et applaudis à l’Académie de Stanislas, peu de temps avant que l’auteur allât se fixer à Paris sous le patronage de son frère ainé. Plus tard dans les prisons du Directoire, il a fait la moitié d’un Aristomêne. Sa jeunesse s'était trompée de muse, et aurait en vain demandé au Théâtre les succès que l'Histoire réservait à sa maturité. Chose assez remarquable pourtant: M. LACRETELLE, qui avait consatré sa vie à la prose sérieuse, a retrouvé l'inspiration poétique sous une forme familière, au déclin de l’âge et jusqu’à ses dernières années qu'il passa dans la retraite, u jouissant à petit bruit, selon ses propres expressions, de cette victoire remportée sur le temps (1). n Resté debout au milieu de tant de ruines, tour à tour témoin, victime, narrateur et juge de tant de choses, sans que rien ait jamais pu affaiblir sa vigueur ni fatiguer son indulgence, ami sûr, à

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(1) Testament politique, chap. xvir.

travers les événements, de M"° de Staël, si grande et si diverse, de M*° Tallien, qui régna dans l'anarchie par la mode et par la pitié, de M*° Récamier, u qui ne trouva d’infidèle que la fortune (1). » Il avait conservé sa valeur morale et intellectuelle par l'étude même, par l'application laborieuse de ses facultés (2), et pouvait dire comme le centenaire dont parle Cicéron (3), auquel on demandait pourquoi il s’obstinait à vivre si longtemps : u je n'ai pas à me plaindre de la vieillesse. n Il possédait en effet la bonté qui en est la grâce, avec la patience qui en est le privilège, comme s’il devenait plus facile d'attendre quand on approche de l'éternité.

Les arts regrettent un autre de nos correspondants, M. Isagey (4) : c’est pour Nancy un glorieux souvenir de plus. Il lui fut donné aussi d'accomplir une longue carrière, à laquelle n’ont manqué ni les succès ni les honneurs, et que d'augustes prédilections vinrent successivement embellir. En 1850, après bien des années d'absence, il voulut faire une visite d’adieux à sa ville natale, où il n'était plus connu que d’un petit nombre de personnes, et encore par une sorte d'exception et de faveur du temps. Dans ce musée même, où vivent plu-

(1) M. Lacretelle. — Epître à Mme de Récamier. 1838.

(2) Manent ingenia senibus, modd permaneat studium et industria. (Cic. de Senect. 7, 22.)

(3) Id. 5, 13.

(4) Né à Nancy le 11 avril 1767.

sieurs de ses ouvrages, on l’a vu assis au pied de son portrait. Etait-ce un pur hasard, ou bien une douce coquettcrie de vieillard et d'artiste ? Ils paraissaient presque jeunes tous les deux. Les années avaient respecté le modèle, non moins que l'œuvre et le talent du peintre, et ce talent, qui grandissant jusqu’à la perfection un genre secondaire a reproduit tant de personnages fameux ou illustres, doit peut-être à Mirabeau sa vocation définitive (1). Notre peintre lancé récemment à Paris, achevant dans l'atelier de David une éducation artistique que Girardet et Claudon avaient commencée, ou plutôt lui donnant une direction nouvelle, était occupé à faire le portrait de l’orateur, et il hésitait encore entre l’histoire et la miniature. u Croyez-moi, jeune homme, lui dit Mirabeau, mieux vaut certitude de premier rang dans votre genre que doute du second dans un genre plus élevé. n Le conseil que le tribun empruntait à une pensée de César fut l'oracle de l'artiste et la voix de sa destinée.

À côté de ces noms célèbres vient se placer un souvenir honorable et modeste : celui de M. JaneLor, fils et petit-fils de médecins renommés, qui avaient professé avec éclat à l'Université de Pont-à-Mousson. Elle fut, comme on sait, transférée à Nancy. M. Jadelot reçut de cette faculté de Nancy, en 1791, l’un des derniers diplômes qu'elle ait décernés. Il a exercé à Paris (2) pen-

(1) Journal des Débats, 27 avril 1855. Notice de A1. Delécluze. (2) Médecin de l'hôpital des enfants, membre de l'Académie de Médecine, etc.

dant plus de soixante ans, avec une grande distinction, et la science lui doit plusieurs ouvrages.

Ainsi, ont disparu sous la loi commune, pleins de jours et de bons services, des compatriotes, dont un simple titre et de lointaines relations rattachaient la célébrité à l'Académie depuis cinquante-deux ans, élus le même jour (4), morts à quelques semaines d'intervalle ; puis, récemment, tout près de nous, bien jeune encore, un associé laborieux et modeste, biographe zélé des célébrités militaires du pays (2).

Aujourd’hui, Messieurs, nous présentons à un auditoire d’élite, toujours empressé de les entendre, toujours heureux de s’instruire à leur parole, ces professeurs que M. le Ministre de l'instruction publique nous a donnés, non pas seulement par un choix éclairé et une juste appréciation à leurs mérites, mais aussi par cet amour vrai des lettres et des sciences dont l'Académie de Stanislas a reçu, hier même, un nouveau témoignage, et sous les inspirations d'une bienveillance toute particulière envers la ville de Nancy, se rendant ainsi à lui-même difficiles et compliqués les changements de personnes, et laissant seulement quelque place aux désirs d'amélioration et d'agrandissement.

Vous d’abord, Monsieur, à qui fut départi le talent de

a 00 mi

} 16 avril 1805.

(1 (2) M. Jules Nollet, auteur de la Lorraine Militaire.

beaucoup savoir et de bien enseigner, et qui venez de nous en donner une nouvelle preuve. Chacun, grâce à la clarté de vos expositions, peut en savoir assez pour admirer, ainsi que vous le disiez tout à l'heure ; mais comment vous suivre dans cette course scientifique ? Notre siècle a supprimé, au profit de l'idée, le temps et l'espace ; nonseulement tout est voisin, mais tout se tient. Un fluide, longtemps inconnu, toujours redouté, est devenu le messager docile de la paix, de la guerre, de la science, et de toutes ces communications nécessaires à notre exis-

tence sociale, où vivent tant d’affections, où s’agitent tant d'intérêts. Ce qu’il faut remarquer, c’est non pas seulement l'influence positive, mais encore et surtout le côté moral de ces grandes conquêtes : si notre pays possède, au plus haut degré, le courage de l'initiative, il nous a manqué plus d’une fois la persévérance dans l'action, et, pour ainsi dire, la conscience du travail. En voyant les applications mathématiques grandir par la pensée même de la responsabilité, qui donne à l'exactitude d’un calcul le mérite d’un devoir, on sent mieux jusqu'à quel point les sciences bien enseignées, bien comprises, concourent à l'éducation d’un peuple, et par leur grandeur et par leur petitesse. — Oui : la Providence semble avoir transmis à l'humanité moderne le don des prodiges ; mais en livrant les résultats scientifiques à la témérité de nos expériences, à la précision de nos calculs, en donnant à l'industrie la clé magique des trésors cachés, elle s’est réservé bien d’autres secrets. Oui : Nous avons mesuré

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