II. — Je citerai quatre expériences de cette catégorie
Expér.3. — En 1861, un pied d!JEgilops tri" ticoides se développa, pour la première fois spon*
tanémentdaas mon petit champ à' Mgilops ovata (1);
(t) Godron, Nouveaux faits relatifs à Vhistoire des JSgilops hybrides, dans les Mémoires de l* Académie du Stanislas, pour l'année 1861, p. 21.
ses épie étaieiU retU, barbus et rappelaient par
leur aspect le blé dit Pétanielle blanche barbue qui, à l'automne de 18a9, avait été semé ea lignes alter^ natives avec V jEgilops ovata. N'ayant pas, en 1861, le même bié a«i Jardin ëes Plantes, je me suis cidé à reféconder cet hybride artificiellement par le poHen du blé de Noê et, de deux graines fécon^ * des que je recueilli», j'obtins en 1862 des jEgilops speUœfàrmis plus grands, très-glauques, à épis mutiques et caducs, ayant l'aspect du blé qui était intervenu dans ia seconde génération. Cet hybricte quarteron s'est développe, en 1862, dans le voisinage imntédiat du blé de Noëet il me fournit quatre graines qui, à Tautomne, furent semées; trois 4'^tre elles germèrent, mais les pieds furent atteints de la rouil!e, restèrent grêles^ et néanmoins me présentèrent» en 1 863, onze épis un peu lâches, grêles, très-glauques, mutiques, non articulés à la base et persistant par le chaume^ ressemblant au blé de Noc. Cet hybride de troisième fécondation fut complètement stérile.
Expêr. 4. — En 1864, j'ai fécondé artificiellement plusieurs épis à^jEgilops ovata par le pollen du blé du Cap imberbe et j'obtins de cetle opération, en 1865, deux pieds à^JEgiiops trïticoides glauques et à épis presque mutiques. Ceux-ci furent refécondés artificiellement par le même blé et les graines produites, plantées à l'automne, furent entourées de deux côtés par un semis de blé du Cap
imbibe, Ë» 18^« (rois pieds à'JSjfiiap^ speUwfmm très^^mmeux de la base en fiirent le résultat ; kfiépii^ étaieot caduo»^ glauques, plus longs et plufi fourni» que dans la géoiration précédente ; la fé«^ condation spoolanée a eu lieu, puisque j*ai reo-* contré sur ces épis plusieurs graines dont deui ont * germé à rautomne au milieu d'ua jeune semis de blé du Cap imberbe^ el j'ai obtenu, en 1867» deux pieds rameux à la base d'uoe nouvelle forme hybride qui, par son épi persistant au sommet du chaume, par sa iaiUq, par sa couleur^ la iornie de Tépi et des enveloppes florales, ressemble au blé du Câp imberbe. On pourrait considérer çet hybride de troisième génération comme un retour à ce blé, sMI s^était montré aussi iertile ; mais, il ne m'a iourai que trois graines. Les graines recueillies furent semées» à rautoinne, dans le voisinage de plusieurs formes de blé parmi lesquelles se trouvaient le blé du Cap imberbe, le blé à épis très-velus et mu tiques, le blé de Noe, etc. En 1868, elles reproduisirent la même forme que Tannée précédente. Je n'ai rencontré qu'une seule graine, elle a germé eU en 18()9« celte planle unique, soumise aux mêmes influences que la génération qui la précédait, n'a fleuri que tardivement, lorsque tous les blés étaient défleuris ; mais elle m'a offert tous les caractères du blé à épi très-velu et imberbe, si on en excepte qu'elle a été complètement stérile. Elle constituait la cinquième génération hybride.
Eœpér. 5. ~ Ën 1865, j'ai fécondé artificielle*
meut une douzaine de fleurs à*jEgilops ovata par le pollen du blé du Cap imberbe et j'ai obtenu, en 1866, des épis ainsi fécondés des pieds à'uEyilops triticdides à épis glauques et munis d'arêtes rudimentaires. Environnés préalablement par le même blé et abandonnés à la fécondation naturelle, ces bydrides ont produit plusieurs graines fertiles, et qui ont germé près d'un nouveau semis du même blé qui était intervenu dans les deux générations précédentes. Ën 1867, j'ai vu naître de ces graines des bybrides de seconde fécondation, plus grands, plus rapprochés du type màle, mais à épis se détachant à la base et à barbes rudimentaires. En 1868, les quelques graines recueillies qui avaient été semées à Tautomne précédent à proximité de plusieurs formes différentes de blé et occupant d'assez grands espaces, donnèrent naissance à des plantes aussi* hautes que le blé du Gap imberbe et rappelant la plupart de ses caractères et notamment l'épi persistant au sommet du chaume. J'en obtins quatre graines; mais la fécondation ajant été, comme je l'ai dit, soumise à l'influence de plusieurs blés, je n'étais plus certain d'obtenir d'elles le retour imparfait au blé du Cap imberbe ; plusieurs pieds venus de ces graines ont péri en hiver, un seul a continué les diverses phases de sa végétation en 1869; mais son feuillage et son épi, les caractères de ses enveloppes florales, étaient ceux
du blé de Noé, Tune des formes de blés qui
avaient fleuri dans son voisinage Tannée précé* dente. Je n'en ai obtenu aucune graine, ce qui ntiit fin à cette expérience.
Esqsér. 6« — En 1866, il s'est développé sponta- Dément, dans mon champ permanent A^jEqilops mata, deux pieds diJEgihps triticoides très-glauque, à épis mutiques, ressemblant déjà beaucoup au blé de Noe, à l'influence duquel avaia avaient
été soumis en 1865. Pour assurer la fécondalion de cet hybride, j'y ai ' procédé artificiellement au moyen du pollen du même blé. Celte opération m'a fourni trois graines qui ont été semées à l'automne et entourées d'un semis de blé de Noë, ce que j'ai fait aussi pour la descendance de cet hy-^^ bride dans les années suivantes. Deux graines ont levé et, en 1867, j'ai obtenu deux pieds A*jEgilops speltœformis de taille plus élevée, robustes, très*glauques, à épis caducs. Les graines recueillies sur .ses épis donnèrent naissance, en 1868^ à quatre pieds qui fournirent de leur base des chaumes nombreux, presque aussi élevés que ceux du blc de Noë, très-glauques, à feuilles remarquablement larges, à épis mutiques et persistant solidement au sommet des chaumes, véritable retour au type paternel, si la fécondité n'avait pas été aussi restreinte. )'ai pu toutefois y recueillir onze graines, parmi lesquelles neuf ont germé. Ces hybrides de retour imparfait avaient été à l'automne précédent entourés
— ât6 —
d'un semis bien plus étendu que de coutume de blé de Noê. En 1869, le temps fut très-favorable à la végétalioa de cei plantes et à leur iécondation. La forme des produits resta la même qu'en 1868; lei pieds fournirent successivement des chaumes nombreux et ceux des épis qui avaient été en fleurs en même temps que le blé, prégeiiièrent une fécondité relative exceptionnelle ; les retardataires furent, au contraire, stériles. J'obtins en tout un total de cinquante-six graines; mais je dois noter que certains épis furent plus favorisés que les autres. De Tun d'eux j'ai pu extraire seize graines» d*un second douze, d'un troisième onze, d'un quatrième quatre. Plusieurs fois, deux grains ont été rencontrés dans le même épillet, ce que je n'avais pas jusqu'ici observé. Lds causes que j'ai indiquées expliquent celte fécondité jusqu'ici inusitée. Ces nombreuses graines ont été semées dans mon jardin particulier et me donneront une cinquième génération en 1870.
ill . — Les expériences de la troisième catégorie sont les suivantes.
Expér. 7. — En 1864, des JEgilops ovata furent exposés au pollen du blé dit Pétanielle blanche et | plantés à Tautomne au milieu d'un semis du même i blé, entourage qui fut aussi donné aux produits pendant les années suivantes. En 1865, j'obtins des jEgilops iritwoïdes à épis verts et barbus, caractères appartenant au type paternel. J'y ai Uuuvé quelques
graines qui, en 1866, ont donné naissance a des speliwfarmiSf phis semblables encore à leur
père, mais à épis caducs. La troisième génération,
en 1^7 9 â'eo rapproche encore d'avaoUige; ks
épis restent adhérents au sommet des chaumes et je a'y rencontre que deux graines» Semées à Tau* tomne, elles germèrent Irès-bien, mais par un temps haoïide les jeunes plants furent dévorés par les
limaces,
Expér. ~ Ën 1 864 égalemenl, des jEçêkpê
ovaia furent entourés par un semis de blé de Noë elles produits hybrides spontanés eurent ebaqfiie année le même voisinage et donnèrent naissance, en 1866» kVuSgiiops spelim/ormù, puis. Tannée suivante, à la forme de retour à ce blé. Les deux graines obtenues de ee dernier pixnluit ne germèrent pas et l'expérience s'anèla là forcément.
Ëxpér. 9. — Ëa 1866» à l'automne, autour de mon champ à'^gilops ovata du Jardin des Plantes, et j'en fis autant dans mon jardin particulier, j'ai semé, dans de bonnes conditions, une surface de six mètres carrés de blé d'automne à épis verts et mutiques, cultivé généralement en Lorraine, i'obtios, en 1868: l"" dans mon enclos du Jardin des Plantes, vingt et un pieds diJEgilops tritt'coïdes, qui produisirent 157 épis verts et imberbes. Je n'y ai trouve aucune graine; le blé de Lorraine semé de nouveau à Tautomne de 1867 avait été, pendant mon absence, complètement mangé par
les paons de la Société d'acclimatat&on qu'oo avait
lâchés dans le jardin; 2** dans mon jardin particulier, je n'eus pas le même accident et j'obtins huit pieds rameux. à la base àLjEgilop^ tri' ticoides qui me fournirent seize graines. Celles-cii semées à Faulomne de 1868, près d'un semis abondant de blé de Lorraine et non loin d'autres blés« ne germèrent pas toutes et plusieurs jeunes pieds périrent en hiver. .Trois seulement accomplirent toutes les phases de leur végétation et présentèrent, en 1869^ vingt-trois chaumes et. vingt-trois épis A'^yilops speltœformis. Les dix épis les plus précoces fleurirent en même temps que le blé ét me donnèrent cinquante-neuf graines. Les autres épis provenant des chaumes latéraux fleurirent trop lard et furent stériles. Comme on le voit, l'abondance du blé semé près des JSgilops hybrides favorise la fécondation et produit plus de graines fertiles.
Je dois prévenir que, dans mes nombreuses expériences^ je n'ai pas toujours réussi à obtenir la double fécondation artificielle ou spontanée ; que, dans les cas même où je l'ai pratiquée avec succès» les graines obtenues n'ont pas toujours germé ou que des accidents sont venus plusieurs fois interrompre le cours de l'expérience par la destruction des jeunes pieds. C'est ce qui explique le temps assez long qu'il m'a fallu pour arriver au but que je m'étais proposé.
U résulte d'abord de toutes les expériences aux-
qudies nous aurons consacré dix-sept années, que
la fécondation naturelle n'a pas plus d'action que la fécondation artificielle pour produire des JBgù hps hybrides de preoiière et de seconde génération. M. Groenland (1 )» comme nous TavonsTu, soupçonne, quoique avec réserve, que cotte différence dans le mode de transport du pollen pourrait, bien avoir quelque influence sur la fertilité des produits et sur la fixité des formes hybrides obtenues, opinion que, du reste, aucune analogie ne vient étayer. Que le pollen du blé soit versé dans la fleur des Mgihps par la main de Thomme ou par le vent, on ne comprend pas que l'action physiologique de cet agent essentiel de la fécondation puisse en ëlre modifiée. ËUe ne l'est pas lorsque les insectes se chargent d'opérer eux-mèaies, sur d'autres végétaux que les jEffilops, la fécondation entre individus d'une même espèce ou d'espèces voisines. Les hybrides sponta- Dés déjà connus, que j'ai reproduits par la fécondation artificielle {Digitalis purpureo-lutea et luteo^ mbigua, JJnaria siriaiO'Vulgam, Yerbascum Tlu^" ^fmni'Lychnitts, Thapsiformi-nigmm. et Lychnitidi^ Blattaria, Primula of/icinali-grandifiora, etc.), ont eu, dans les deux cas, les mêmes caractères et se sont conduits d'une manière identique sous le rapport de la fertilité ou de la stérilité;
(1) Groenland, Bulletin de la Société botanique de France^ t. Yill, 1801^ p. êU.
Oa peut déduire égalenent d» mes expériemi
de double fécondation artificielle faites au moyen du bIjèd'Agde, qu'elles confirment œUesd'ËsprilFabre; que celles de M. Groealaud faites sur la graine recueillie à Agde dans un épi à'jEgUopi iritm»de$ spontané, confirment à la foi$ les résultats obtenus par Esprit Fabre et par mot, sans que la fécondation naturelle ou artificielle ait le moins du monde modifié les produits hybrides ;
Que VJEffilûpa speltœformis indéfiniment fertile, sans modifier sensiblement ses caractères, n'a été jusqu'ici obtenu, dans les trois séries d'e&périences biles à Agde, à Nancy, et à Verrières, que par remploi, comme agent fécondateur, du pollen du blé d'Agde, par une double fécondation naturelle ou
artificielle;
Que les expériences de M» Groenland et les
miennes faites au moyen du pollen fourni par des espèces ou races de blé autres que le blé d'Agde,
ont donné des résultats difTcrents des précédents,
mais analogues entre eux, savoir le retour des
produits au type paternel à la troisième génération, si toutefois on peut appeler retour à ce type, une plante stérile ou très- peu féconde qui, jusqu'ici . et malgré de nouvelles fécondations, n'a pu être conservée que jusqu'à la cinquième génération et s'est éteinte le plus souvent beaucoup plus tôt;
Que le blé d'Agde doit être spécifiquement dis* tinct des autres blés que nous avons employés,
— ââi —
M. Groeoland et moi, pour procréer d'autres séries é'jSplops hybrides, ^uisqu'ik ont donsé dts ré«» sulUU aussi différents de ceux du blé d'Agde (1) ;
(1) Il ne faut pas s'étmmer de cette eondusico. Parmi les liybfito, il eti eat ^u[ KMt «tAriles, Meti fue lea espèces géoé*
ralrices soient Irès-voisiues Tuoe de i'autre ; néanmoios desespèesMlu même genre queeeUea-ei^ mais séparés par des caractères laillantS) donnent par leur croisement des hybrides très-fertiles. Je puis en citer un exemple concluant qui résulte de mes expériences. J'ai fécondé^ en iH<ô3, le Mimulus luteus L, par une espèce très-voisine, le Mimulus Smithii Bat, reg., comme je l'ai relaté dans mes Nouvelles expériences sur Vhybridité dans le rèyne végétal {Mémoires de l'Académie de ^tanislas^ pour I86&, pp. 3S(^35%) et j'ai obtenu un hybride nonseulement inlécund par lui-même^ raais ne se laissant pas féconder par le poUen des parents, comme je m'en suis assuré en 1864 et en IL Naudîn, auquel j'en avais adressé un
pied^ n'a pas été plus heureux que moi dans de semblables len* talÏTes. Mais, en 1866 j'ai fécondé le Mimulus specmrn à petites fleurs por le Mimulus ct^ens, plantes tirès-distkiotes l'une de l'autre, et j'ai obtenu, en 4867, un grand nombre de pieds qui m'ont présenté des (leurs magnifiques et parfaitemeni iiDiformes^ comme cela a lieu dans les hybrides» d'espèces à la première génération, à calice de couleur cuivrée mais moins intense que dans le père, à corolle uu peu plus grande que celle du type mâle, à fond jaune avec trois tache» de couleur marron oblongues et parallèles sur le lobe médian de cette enveloppe florale et une line ponctuation de la même teinte m les autres parties de cet organe. Cet hybride a été trèsfertile et, en 1868, j'ai obtenu quelques pieds faisant retour au Mimulus speciosus ^t d'autres au Mimulus cupreus;
Que VJEgilops speltœformis d'Agde, de Nancy et de Verrières indéfiaimeni fertile ne préseote pas les caractères d'uoe espèce, puisqu'il manque d'un des attributs les plus essentiels d'un type spécifique, celui de se propager sans le secours de riiomnie et qu'il périt nécessairement dès la premièregénération» s'il est abandonné à lui-même ;
Que les deux modes de terminaison des uEgilops speltœformis, uniques du reste jusqu'ici l'un et l'autre dans l'histoire des hybrides végétaux, ne prouvent rien contre la doctrine de la permanence des espèces.
miiis le plus grand nombre m'ont montré des corolles plus on moins grandes et diversement bariolées et ponctuées de jaune et de marron. £n 1869, leurs graines m\mi donné de nouveaux relouTB aux parents^ mais le semis a péri par la cbaleur tropicale et prolongée de Tété, mon état de maladie ne m'ayant pas permis de leur donner tous les soins désirables. Tous mes autres hybrides de Mimndta que jusque-là j'étais parvenu a conserver en les couvrant de feuilles pendant l'hiver, ont succombé par Teffet de la même cause.
RÉSl]
AiUtade : 331",
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DiafiCTIO^X D£S VENTS.