‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 57 sur 61 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

aÎQsi daDsla voie large des capiiulaiions de conscience qui peut-rètre, gràœ à quelque circonstance

fortuite ou à quelque hi usque réaction de la volonté, n-aboutiroot pas à la chute, mais qui certainement y conduisent, ainsi qu^on va le voir.

Mademoiselle de Chartres était une des plus grandes héritières de France (1)» Son père était mort jeune, et Tavait laissée sous la conduite de Madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu, le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné tous ses soins à l'éducation de sa fille, mais elle ne travailla pas seulement à 'cultiver son espnl et sa beauté, elle songea aussi à lui donner

(1) Si la Piincme de Clèm était de M*^^ de Scudéry, nous

aurions au moins trois pages de description, une pour la beauté, une pour l'ei^pril, une pour les qualités du cœur. M™* de La FaycUe doone trois lignes à ses cbeyeui blonds, à la biaDcheur de son teint, à la grâce de toute sa personne. Pour l'esprit et pour le cœur; ce sera à la pi uicesse elle-même de les faire connaître par ses actes et par ses discours. 11 y a dans ce contrasta toute une révolution littéraire*

de la vértu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les j ( unes personnes pour les eu détourner : Madame de Chartres avait ^ une.opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peiiiiures de Tamour ; elle lui raonirait ce qu'il a d^agréable, pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes^ leurs trom* perles et leur infidélité ; les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir d'un autre côté quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme, et combien la vertu donnait d*éc]at et d'élévation à une personne <)ui avait de la beauté et de la naissance ; mais elle lui faisait voir aussi « qu'elle ne pouvait conserver cette vertu a que par une extrême défiance de soi-même, et c par un grand soin de s'attacher à ce qui seul peut a faire le bonheur d'une femme, qui est d'aimer « son mari et d'en être aimée. »

Je ne veux j^oint examiner ici si Madame de Chartres puise cette excellente morale à sa source la plus élevée et la plus pure, et siVest, par exemple, faire tout le cas qu'il faut de la vertu que de la prendre comme un moyen de rehausser Téclat de la beauté et de la naissance. Toujours est-il que sa fille, éclairée d'avance sur le péril des engage* ments, accoutumée à ne rêver d'autre félicité que celle «d'aimer son mari et d'en être aimée » entrera

dans la vie conjugale avec de sérieuses garanties de vertu et de bonheur, surtout si elle rencontre un mari digne d'elle. Le romancier se montre jaloux de la pourvoir» il lui fait épouser le prince de Clèves^ de Tilluslre maison deNevers, a brave et magnifique, doué d'une prudence qui ne se trouve guère avec la jeunesse^ digne en tout de soutenir la gloire de son nom, fort épris d'elle jusqu'à la rechercher dans un temps où il semble que ce soit s'exposer à la disgrâce de la cour, ayant toutes les délicatesses de la passion la plus respectueuse et la plus tendre, montrant dans tout le cotirs du récit le plus beau caractère, tel enfin qu'il le faut pour mériter àla fois restime et l'amour.

Le lieu sans doute est dangereux ; c est la cour frivole et corrompue de Henri II, où les cabales d'ambition et les intrigues de galanterie entretenaient t une sorte d'agitation sans désordre, qui la rena daient très-agréable, mais aussi très-dangereuse.»

La jeune princesse, grâce à son incomparable beauté et à son mérite extraordinaire, ne pouvait manquer d'y recevoir plus d'un hommage intéressé.

Pour que son cœur se dcfenrlit contre ces attaques, il fallait qu'il fut bien gardé, et il devait Kétre.

Il devait l'être d'abord par l'amant. Il ne Test pas ; de Clèves qui a librement donné sa mam n'a pas donné son cœur; elle estime son mari autant qu'on peut estimer, mais elle ne Taime point du tout. L'auteur nous le dit ; il ne s'en étonne

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