‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 7 sur 61 · LES · texte numérisé non relu

LES

PËRLËS DE LÂ. YÛLOGNE

IT

LE GHATEAU-SUR-PERLE Pab D.-A. GODRON

Les poètes et les historiens de rancicnne Lorraine ont célébré, parmi les merveilles de la Yôge, les perles de la Vologne. Cette petite rivière est même représentée dans le frontispice de la Pompe funèbre de Charles III, duc de Lorraine, sous la figure d'une nymphe portant au cou un collier et à la main des masses de perles enfilées. Au-dessous de cet emblème on lit : Yologm margaritifera suas margaritas osten-^ tat (1).

Vulcyr est le premier auteur, où il soit fait mention de ces joyaux indigènes et son ouvrage est de 1530. 11 s'exprime ainsi : a Nous adjouteroiis que

(i) Claude de la Ruelle, Pompe funèbre de Charles III, ducde Lorraine, etc,,décédé le 44 mai 4608 ; Nancy, 1609; grand in^f*.

en la rivière de YouUogne décourani entre Arche et Bruyères» venant du costé de Tancienne tour de

Perle^ se trouvent margarites et unions que Ton

nomme perles de bonne apparence et fines Et en

y avait de la grosseur d'ung pois, lesquelles selon Tadvis des orfèvres lapidaires et maistres ouvriers approchent les orientales » (1).

Jean Ruyr» en 1 626, parle aussi de ces perles dans les termes suivants : « En quelques Ruisseaux uotamnaent en celui de Volonge au-dessous de Bruyères se trouvent perles pour vne partie asses belles rondes lucides et quasi comparables à orientales, autres grosses mesmes de diuer&es formes et couleurs» (2).

Du temps de Dom Calmet, la mulette à perle était si abondante dans le Neuné» Tun des affluents de la Vologne, qu'il semblait que le fond en fut pavé (3).

Jean Claude Sommier, curé de Champs, puis archevêque de Césarée* dans une pièce de vers faite à

(1) Volcyr, Cronicque abrégée Par petits vers huytains des Empereurs, Roys etDuez Daustrasie; aueeques k Qèdntemier

et singularité z du Parc d'honneur; Paris, 1530, in-i°, golh. folio xlvij. — Par parc d'honneur Volcyr di^igne la Lorraine.

(3) fean Rvyti Première partie de la recherche des saintes antiquitez de la Vosges protnnce de Lorraine; Bi^^Dlé, 1626, pelll in-4', inlroduciiun.

(3j Dom Caimety Notice de la Lorraine; Nancy, 1756, in-f*,

— fî —

rofiemion dei fîtes d'AiichaptUe» en 1 7â)» vante à

son tour les perles de la Yologne dans les termes iuivaois :

« Fltmma ffêmmiferœ dàtmguit arnica Yohnm » (i)*

Durival^ en 1779, précise la partie du cours de la Vologne où se trouvent ces mollusques et indique les lia)ites de leur aire d*extension dans cette rivière. C'est à Laveline devant Bruyères qu'on les voit paraître, au point où la Vologne reçoit les eaux du Neuflé» qui en contient aussi à son embouchure, et en descendant on en trouve jusqu'à Cheniménil, e'est-à-dire dans une étendue de près de cinq lieues, c Sa pèche, ajoute-t-il, s'en fait ordinairement en juin et juillet, il y a soixante ans» elle était encore abondante ; mais elle Test beaucoup moins aujourd'hui, que ce n'est plus qu'un objet de curiosité» (2).

(I) Orqia iUicapeUana. Fastes d'Alicliafielle, LêopoLIh

prlMo régnante or g la refeCla ; in- 12 de 28 pages, p. 10 (sauf 4&t^]t

La traduction en vers français donnée d^is le même ouvrage (p. 16) est celle-ci :

La Vologoe tiirloaly my Gange da la \à$tf

Attira Priaar al la reoS f I l'éloga.

Il y ToU is fprmer et lea parlas al l'or»

Qu'on troQve dans soa seîn, qa\ brillent sur too bord.

(t}Durival, Jk^ptim dê U$ Lmmni et du Barrm; ffancf, 1779^ in-4% 1. 1, p« 380,

— la — .

Il existait autrefois un manoir féodal, situé sur Qtiis petite montagne, à proximité de la Vologne,

enlre Docelles et Cheniménil ; il était connu sous le Bom da Chàteau-sur-Ferle, déDomination qui doit sans aucun doute M>n origine au produit des moU lusques de celte rivière. Ce château fit longtemps partie des domaines de la maison de Lénoncourt ; mais à la mort de Charlotte, Dame Surette du chal^tre de Remiremont, la dernière héritière de cettè lignée qui a laissé tant de souvenirs glorieux en Lomine» il fat Tendu k un curé de Docelles du nom de Parisôt et son dernier possesseur fut Phi-* lippe Antoine de Chainel (i) qui Tavait acheté des héritiers de cet ecclésiastique en 1755; il l'a restauré, a créé de beaux jardins sur les flancs de la colline, où il a été construit et y menait la vie d*nn hcbe seigneur. Cependant sa noblesse lui fut contestée par un maire de Docelles/nommé Claude Yau* ibier, qui, un dimanche de la Fête-Dieu, voulut lui enle?eT de vive force le banc du seigneur à Téglise de Docelles. li est certain cependant qu'il apparte* nait à la noblesse lorraine et je pourrais même établir, s'il était besoin^ sa généalogie, avec les docu-« ments authentiques que possède M. H. Laprevotte deUirecourt, membre du Conseil général des Vosges et qu'il a eu l'obligeance de mettre à ma disposition*

(1) Le nom priniltif de e«lte fsiiiiUe était Cbenel, puis

Clie&nel.

Je me contenterai de dire que le premier de ses ancêtres, qui reçut des lettres de noblesset fut Thielman Chenel ou Chesnel, prévôt de Yaudémont ; elles lui furent accordées par Charles, duc de Lorraine, le 22 mars 1588 et son blason porte de gueules à Técrevisse mise en pal (i). La branche atnée de sa descendance quitta la France pour cause de religion ; mais la branche cadette resta en Lorraine et l'un des membres de cette branche, Toua*saini Chesnel, officier de la gruerie de Bruyères, reçut du Duc liéopold des lettres confirmatives de noblesse, le iO août 1700. Enfin, Philippe Antoine Cbainel son petit fils fut investi par Stanislas, le 10 juin 1757^ de la seigneurie de Cheniménil et de Cbàteau-sur- Perle et, le 14 septembre 1759, du fief de Turkheim par de Saint-Simon, évèque de Metz. 11 avait épousé Jeanne Marguerite de Montzey ; il est mort à Bruyères'en 1791 . il ne reste plus de sa descendance que sa petite fille qui a épousé M. U, Laprevotte de Mirecourt. Ses enfants émigrèrent pendant la révolution ; Chàteau-sur-Perle fut ruiné, puis vendu avec les terres considérables qui en dépendaient.

Je dois à M. Chapellier, qui a bien voulu les rechercher dans les Ârcliives d'Epinal, la copie des actes qui ont amené et accompli la dépossession des

(I) Dom Pelletier, Nobiliaire de lamdne; Nanef, 1758, m-f% p. 425.

biens de la famille Cbainel. Je donne ici relirait de

ces pièces en ce qui concerne les terres qui élaient aliénantes au Chàteau-sur*Perle*

Extrait des registres de soumission (3. Q. 10).

« Est comparu au directoire du district de Bruyères le citoyen Jean-François George), secréiaire du district, lequel a déclaré soumissionner en conformité des lois des 10» 12 et 15 prairial dernier* les biens ci-après désignés provenant des émigrés JaC' Antoine et Marie Hélène les CAainel, pour le prix cy-désigné à chacun d'iceux faisant celui au-* quel ils sont portés d'après les bases déterminées par

les susdites lois, savoir : Canton de Do«

celles» commune de Chenimcnil et finage joignant : Une ferme dite le Chàteau-sur-Perle, cultivée par la citoyenne Anne-Marie Demenge, veuve de Lambert André, laquelle consiste en 163 jours i ornée 20 verges tant prés que champs et en une maison de ferme, évalués à.ua capital de 1Ûd»774 livres 7 sols 6 deniers. »

« Et a signé à Bruyères le 20 thermidor an 3 de la république française une et indivisible. »

« Le même jour, le citoyenJean-François Georgel

demande la mise en adjudicaiioa de ces terrains

quUI venait de soumissionner. La mise en vente eut

lieu le \ 1 fructidor an 3. Personne nes'étant présenté

ils furent de nouveau mis en vente le 26 fructidor. » » «

On lit dans l'acte de vente : « Une ferme dite le Ch&teau-de-Perle évaluée à 105^74 livres

7 tiob e detiters» Miimiisiûdtiée jpiàr leinh-FriiifO»

Georgeii adjugée le 26 fructidor an 3^ moyennant la somme de 415,000 livres aui sieora François Aoberl, Ctaude Tertétte, Nicolas Moulin, Georges Nicolle, Valbert INicolle, cultivateurs à Cheniménil» et Dominique Balland de Laoeitve?t(le* » (Ventes, série Domaine, 5, Q, 5) (i).

Si j'ai autant insisté sur Philippe Antoiné GhaineK

c'est que ce gentilhomme est l'auteur d'un poème héroïque, dans lequel il a célébré les beautés du Chàteau-sur*Perle et les memilles des Vosges.

Mon ami, le docteur Antoine Mougeot, maire de Bruyères, possède les trois premiers chants de ce poème et a bien voulu me le communiquer. Le manuscrit est de la main de Tauteur et parait être son

premier essai non encore terminé ; il ne porte pas de date et contient dii^huit feuillets petit in-4*.

Mais M. H. Laprevotte a entre les mains le manuscrit complet de la première édition. 11 est aussi de la main de l'auteur et porte sa signature. 11 est de 1788 et Touvrage est divisé en huit chants contenant deux mille trois cent vingt-huit vers. Il est

précédé d'une introduction et présente des notes nombreuses dont quelques-unes sont intéressantes. M. Laprevotte a bien voulu me le confier.

(1) Les mêmes actes compreniiEiit aa»i d'autres propriété qui apparlenaiCDl aux héritiers de Ph. Antt Chainel et qui élaieni Mtuéei à Bruyèrss et à Herpelmont.

L® Société d'éiBuhilioii dé» Vosgfes possède aoisi

un exemplaire complet de ce poème; c'ei>ila quatrlèaie édition nwnascrile, revua» corrigée et augmentée ; il porle la date de 1791, année de la mort de t'aoteur^ œais ce n'est qu'une copie dont je doii la emimunication àFobligeance de M. Chapellier.

Ce poème a potir titre : La Cinthyperliyadê m

tordre de Diane, L'auteur cherche tout d'abord quelle ai été l'origine des montagnes des Vosges. Donnant carrière à son imagination, il s'appuie sur cette fiction que les Titans vaincus en Thessalie par les Drettx, auxquels ils avaient Fintention de ravir rOIyrape, se réfugièrent, non pas à Tarlèse près de Cadir, comme le prétend Ovide, mais dans les Yos^ ges. Après avoir Iraiichi le Rhin, ils résolurent, pour assurer leur défense, d'élever à peu de distance de la rive gauche de ce fleuve, un rempart inexpugnable. Ils accumulèrent, comme ils l'avaient tait eu Grèce, montagnes sur montagnes et formèrent ainsi la chaîne des Vosges abrupte du côté du Rhin, en pente à l'ouest, et telle est encore aujourd'hui la conformation que présentent ces montagnes.

Les Dieux les y suivirent, les forcèrent dans leur camp que l'auteur place sur le plateau de Chamdrai et les repoussèrent dans le bassin de Gérardmer, où

ils leur livrèrent bataille. Ils y remportèrent sur ces audacieux rebelles une victoire décisive, et les principaux chefs des Titans, Typhon, Pelor, Hyppolile,

— ië —

PaliboUe. furent faits prisonniers, ainsi qu'un grand nombfa de leurs soldats.

Les Dieux et les Déesses, descendant, après la victoire, la vallée de la Vologne, s'arrêtèrent sur une. petite montagne dominant le cours de cette rivière et Vulcain y construisit immédiatement un château connu depuis sous le nom de Chàteau-sur-Perle. C'est là qu'ils s'assemblèrent pour juger leurs prisonniers. J.es quatre rliefs des Titans que nous avons nommés, furent condamnés à être enfermés à perpétuité dans des grottes souterraines où, depuis celte époque, ils échauffent par leur souffle brûlant des sources bienfaisantes. Telle est Torigine des eaux thermales de Bains, de Luxeuil, de Bourboune, de Plombières.

Parmi les prisonniers vulgaires, les uns furent condamnés aux mines et fournirent aux Cyclopes les .minerais nécessaires à ralimentatiou des forges de Framont, de Rothau et de Saint-Amarin ; les autres furent employés aux travaux des salines de Dieuze et de Moyenvic. Cest ainsi que les Dieux introduisirent rindustrie dans les Vosges*

De son côté Cérès apprit aux habitants à défricher et à cultiver la terre ei le dieu Pan à élever des troupeaux.

Mais ce ne furent pas là tous les bienlaiis dont les habitants de TOlympe gratifièrent les Vosges. C'est à Neptune que ces montagnes sont redevables des belles cascades de Tandon.

Eole, après la vicloir6 des Dieux^ souleva uue affreuse tenipète qui vint fondre sur Gérardmer des quatre coins de l'horizon ; le sol y trembla, trois crevasses s'ouvrireot et doonèreni naissance aux lacs de Gérardmer, de Loiigemcr et de Hetoiirnemer. Des enfants lurent métansorphosés en Hurlins (1) et les eaux de ces lacs sont encore peuplés de ce petit poisson si estimé des gastronomes vosgiens*

Vénus voulut aussi laisser aux jeunes filles de la Vôge un souvenir de sou voyage ; Tauteur nous l'apprend dans les vers suivants :

« Sur la verdure assise à Tombre d'un bocage, a Vénus vit la Vologne, y voulut prendre un baio ; « l/ûDÛe en étoit limpide et présentoit ton sein.

a Elle entre et, s'ébaltant comme fail une anguille, a £lle enfante un fœtus couvert d'une coquille ; a Par les flots emporté ce germe original a Fut fixé sur la pointe au miUeu du canal.

a Cependant de Vénus ayant reçu la vie

a Au vœu de la nature l'huttre étoit asservie ;

(1) Le Burlin est une perche qui n'atteint jamais qu'une petite taille. C'est probabiemeiU une espèce distincle de ia perche ordinaire; ce petit poisson ne se troufs que dans les lacs des Vosges ; il n'en sort jamais et on ne le voit pas même dans la Jamagne, ni dans la Vologne, rivières qui preiinent naissance dans les lacs et vont se joindre à un quart de lieu de Gt^rard* mer. Le mot allemand kurlind, d'où l'on a fail dériver hurlin, veut dire tout autre chose qu'un a enfant de perche n .

« Le long de la rivière aussi vit-on bientôt « De sa progéniture un très-nombreui dépôt.

a Mais, dans rhuîlre en l'ouvranl, le pêcheur y rencoalfe * a Une perle à belle eau^ d'une éclatante montre ; « Le galant bijoutier en forme des atours c DoDl k femme raffoh» en ville el dans les eoufs » (!)•

Celte citation permet de conclure que notre poète Tosgien fut quelque peu déshérité des Muses, qu'il invoque cependant avec u ne aideur fiévreuse, comme c'est la coutume. J'ajouterai que s'il a tenté de réa* liser la périlleuse entreprise de doter son pays d'une épopée nationale, il s'en excuse modestement ; j'invoquerais même en sa faveur des circonstances atté* nuantes, si à son époque elles avaient été inventées et si je ne craignais de comnseUre un anachronisme. Il fait observer que Diane chassant dans les Vosges^ vint en personne le visiter dans son château construit par Yulcain. Elle lui révéla tous les détails de la guerre des Titans dans les Vosges et lui donna Tordre de transmettre à la postérité, sous forme poétique, les hauts laiU que les dieux accomplirent dans ces montagnes* Il ne pouvait désobéir et, si ses vers ne valent pas ceux d'Ovide, on ne peut usans injustice lui en faire un crime. 11 sentait luimême son insuiiisance el il exprime sa conviction à. cet égard dans les vers suivants qui terminent le poème :

(1) Mamacrù d*E final, p. 94«

s Tel est le long rédt, étonnant mais fidèle, (S. Dont Diane uo beau jour me traça le oiodèie, c En B^ordoBOaBi d'écrire, eu termes cadencés, € Ces |;randB événements trop longtemps éclipsés; « J*ai de surste obéi, sans oulili que je sache; a Je lui laisse à jugitr si j'ai rempli ma tâche; a J'ai fait pour Tapplanir de pénibles efforts, a De mon faible cerveau torturé les ressorts; a Excédé du travail, je jure sur ma vie « Que de rimer jamais je n'aurai plus Tenvie » (!}•

J'ajouterai encore que l'auteur avait soixante-six

âus, lorsqu'il commença à s'exercer à la poésie.

De la fable passons à la réalité.

Ernest Puion^ auquel nous devons un excellent travail sur les mollusques des Vosges (2), émet Topinion que la pêche des perles de la Yologne avait autrefois une certaine importance, qu'elle était aménagée par ordonnance des Ducs de Lorraine qui se la réservaient et l'interdisaient à tous leurs sujets. J'ai répété moi-même, d'après lui, cette assertion dans ma Zoologie de la Lorraine (3). M. H. Lepage, notre savant archiviste^ ne connaît aucune ordonnance des Ducs de Lorraine qui ait interdit cette pèche ; il y a plus : il a bien voulu

(t) Manuscrit de M. H. Laprevotte^ p. 149.

(2) Ern. Pulon, Mollusques terrestres et fluvial ilcs des VùÈ* ges dans le Département des Vosges par H. Lepage et Ch. Charion; Nancy, 1845, grand in-8% 1. p. 545.

(3; Godfon> écologie de la Lnrmm; Nancy, ia-12> p» fM7«

me communiquer des renseignements inédits qui semblent contredire ce fait. On trouve, en effet» dans les comptes du receveur de Bruyères, [pour les années 1617, 1618 et 1619, qui existent aux archives de la Meurthe, ainsi que les pièces justificatives de ces comptes, les documents suivants que Je lians* cris textuellement.

Comptes Antoine Vmer, receveur de Bruyères, pour [année 1617 ^ F» 28. — • Les eaux de la Yolonge, depuis le lieu oii les ruisseaux des deux mers (1) s'assemblent jusqu'au pont de Frambémesnil^ sont présentement laissées et admodiées aux habitants et couiniunauUé de Grainges pour eu jouyr et pescher à leurs bons poinctz et adventages durant le temps et espace de vingt cinq ans qui ont

commencé au premier Jour de janvier 1616

à la redevance annuelle de cinquante francs qu'ils payeront par moitié à S. Â* et à l'église de Remiremont. »

Il n'est fait ici, comme on le voit, aucune réserve pour la pèche des perles de la Vologne et ce document prouve, en outre^ que les Ducs de Lorraine ne possédaient même que pour une moitié la pèche de cette rivière, 1 autre moiùé appartenant au chapitre de Remiremont.

(1) Il s'agit ici du point où les eaui des lacs de Gérardmer

61 de Longemer se confondent pour former la Yologae.

le continqe la copie des comptes da sieur Verier, relatifs aux perles delà Yologne^ pour Tannée iël7.

F. 49 V", — « Rapporte en despence ce comptable la somme de vingt-cinq frans qu'il a pieu à S* A., par son noble mandement du pénultième décembre an de ce compte, luy octroyer pour perles qu'il a apporté et faict présenter à S. A., les ayant faict pescher» de son commandement, en rivière de Volonge et ruisseau de Neusné» en l'office du dit Bruyères. »

Pièce justificative de ce compte, — a De par le Duc de Lorraine, Marchis» Duc de Calabre, Bar, Gueldres, etc. »

« A nos trischers et féauU conseillers les surin* tendants de nos finances, président et gens des comptes deliorraine, salut. Nous tous mandons et ordonnons qu'au premier et prochain compte que rendra par devant vous nostre amé et féal receveur de Bruyères» Anthoine Yerier, vous luy passés et alloués en despense d'ycelluy la somme de vingt cmq frans, monnoyede noz pays, pour semblable somme qu'il a déboursé faisant de nostre commandement exprès, pescher, recueillir et amasser en la rivière de Volonge et le ruisseau Nuny^ qui coulent et fluent par sondit office» grande quantité de coquilles qui engendrent et produisent perles et dans partie desquelles ont esté trouvées environ cinquante per^

les que ledit receveiir nous a, cejourd'huy, présen-iées, aulcvines desquelles soat roades, mUe$, bim lustrées et de pris, et les austres restantes en partie plattes, en partie longuettes et en partie cabo^bes^ dont aulcunes sont assez belles et en quoy nous avons pris grand plai&ir. Et par vertu de cestuy nostre mandement^ tous et chacun de vous serés bien déchargés envers nous et ailleurs qu'il appartiendra de la dite somme de vingt cinq francs. Cat" ainsiy nous plaist. Donné à Nancy, le pénultième décembre mil six cens dix sept, i»

^ Henri.

Comptes Antoine Verier, receveur de Bruyères, pour T aimée 1618; F. 52. — « Despence de la somme de trente sept frans qu'il a pieu à S. A., par son noble mandement du quinzième décembre 1618, octroyer à ce comptable pour perles qu'il a faict pescher tant en la rivière de Volonge qu'au ruisseau de Neusné^ et icelles porté à r^ancy et faict présenter à S. À. »

Pièce justificative de ce compte. — Do par le Duc

de Lorraine elc. A nos Iriscbers et féauU» etc. • * . • nous vous

mandons et ordonnons qu'au premier et prochain compte que rendra par devant vous nostre amé et

féal receveur de Brujères, Antoine Verier, vous lui

passé» et alloués en despense d'icduy la somme de

trente sept A»m, monooie à% nos pals, seafdr : vmgt neuf francs pour les fraû de deux parties de coquilles ou mères perles que, par tnandemeat de iious« il a hici faire, pendant l'esté dernier^ Tune en la rivière de Volongne, de la quelle il nous a envoyé quatre viogU trois perles et Taustre pescbe dans le rnîsseav de Neuny, dont nous avons eu Yiogt deux perles^ et les buict frans reslans pour an pourtraiet que, dé oestre ordonnance, il a faict idire de la dicte rivière et du dit ruisseau et des villages y acitués, avec une description sur ee suject.

Et par vertu

Donné & Nancy, le quinrième décembre mille six cent dix huict^

Henri.

Comptes de F année 1619, F. 55. — «Par un mandement de S. A. en datte du 6 septembre 1619, il fttt ordonné à ses officiers comptables de faire pescher et prendre des perles en la rivière de Yologne cl au ruisseaux de Neusné, ce qu'ilz auraient faicl et envoyé à Nancy ez mains de Monsieur de la Ruelle, conseiller et secrétaire d'Estat, pour les représenter à Si A.« ayans montez tes frais de ceux qui ont esté employé à la somme de vingt cinq francs trois gros. »

Ces pièces comptables démontrent que les Ducs de Lorraine attachaient quelque prix à ces perles

d*eau douce que produisaient leurs domaines et les princesses de cette maison souteraine ne les dédai* gnaient pas. lÀ duchesse de Lorraine» femme de Léopold 1, en possédait un magnifique collier et des pendants d'oreilles ; leur fille» la princesse Charlotte, abbesse de Remiremont, se parait aussi de ces perles dans les grandes solennités. Durival nous apprend qu'en 1762» lorsque Mesdames de France Adélaïde et Victoire irinrent en Lorraine faire visite à leur aïeul, le roi Stanislas, et se rendirent ensuite aux eaux de Plombières, on offrit à ces princesses des perles pêchées dans les eaux de la Vologne (I). Ërn. Puton nous liait connaître aussi qu^il en fut de même pour riropératrice Joséphine, et que cette souveraine ayant exprimé le désir de posséder le mollusque qui les produit, on lui envoya de nombreux individus pour peupler les pièces d'eau de la Halmaison. Il ajoute qu^en 1826, la Duchesse d'Angoulème visitant les Vosges exprima le désir d'en avoir un bracelet ; mais il fut impossible de réunir le nombre de perles nécessaire pour le former (2), 11 en existait cependant, comme aujourd'hui, entre les mains des habitants du pays; il est peu de familles aisées des rives de la Vologne qui n'en con-

(1) Durival, Description de la Lorraine et du Barrais; Naocy^ 1179, iD-4« ; t.I, p. 280.

(2) Ero. Putoo, Moiimques terresiret et pwiéfUu des Vosges, daûs le Département des Vosges, par H. Lepage el Cli. Char ton; Nancy, 1845, graad ia-S"*; 1. 1, p. 546.

servent quelques-unes; mais elles y attachent du prix et ne s*en désaisissentpas facilement. La jeune fille» en se mariant, est encore heureuse de voir figurer dans sa parure de noces la perle de la Vo^

logne.

La muiette qui la produit» est VVnio nrngaritifer Rossm. non Drap. {Unio €longaiaLam.)Ce mollusque habite encore exactement la même station que du temps deDurival. Son aire d'extension est donc assez restreinte dans les Vosges, et Ton doit d'autant pluss'en étonnerqu'il s'agit d'un mollusque appartenant à un genre dont la plupart des espèces sont au contraire très-répandues dans presque toutes les eaux de l'Europe et quelques-unes s'étendent môme jusqu'ea Asie. Maid cette muiette semble aimer les eaux pures et fratches» coulant paisiblement sur un fond non tourmenté, mais sablonneux et profond, circonstances qui se rencontrent précisément dans les cinq lieues de parcours, où elle est pour ainsi dire parquée. Aussi elle n'habite en Europe que les petites rivières et les ruisseaux qui découlent des montagnes et partout elle se localise dans ces eaux courantes, là seulement où elle rencontre les conditions favorables à son existence. C'est ce qu'on observe en Auvergne, dans les Pyrénées, en Ecosse, en Suède, etc., où, comme dans les Vosges, elle prospère dans des stations limitées.

Les perles de la Vologne sont loin de présenter toujours les qualités qui les font apprécier. Beau-

coup sont petites ; leur couleur est assez souvent jaunâtre, verte ou Touraàtre ; elks «e mai pas to«^ jours «pbériques et unies; quelquefois elles ^nt manieloiHiées à leur snrfiioe ou de forme trës-irréguUère, ce qui leur a fait donner dans le commerce le nom de baroques. Mais on en trouve cepen* daut un certain nombre dont la fornie est irrépro* ehable, qui sont blanches avec ce reflet nacré qtii en fait tout le prix. Le Musée d'histoire naturelle de Nancy en possède une parfaitemeni belle pour m forme» sa grosseur et son éclat ; elle mesure 6 millimfetres 1/2 de diamètre et pèse 341 milligraaimes. Quelques autres beaucoup plus petites qui raccompagnent sont également très-belles.

On se demande s'il ne serait pas utile d'aménager la pêche des perles de la Vologne. A l'époque de Durivaly les mulettes y avaient beaucoup diminué et il considérait cette pèche comme à peu près par* due. Du temps de Uom Calmet, au contraire» le Neuné a^aitsen lit pavé de ces mollusques. Ces fluc* tuattons ne peuvent tenir qu'à des aliernaliveâ d'ex-, ploitations exagérées, suivies nécessairement de leur abandon pendant une série d'années plus ou moins longue. On l'a constaté de nouveau dans le siècle où nous sommes. D'après des renseignements que je dois à mon ami, M> Antoine Mougeot, un habitant de Champs, du nom de J. Ànt. Besdel, il y a une trentaine d^années, s'est livré avec ses enfants à la pèche des mulettes perlières et leur a fait une vé-

ritable guerre d'eiterminaiîoa» U s'est proewé, il .

est vrai, une assez grande quantité de perles et sMiDdginait avoir fait sa fortune. U se rendit à Pam» puis à Londres, avec sa précieuse cargaison et vendit les plus belles perles à ua prix si peu élevé qu'il revint après avoir pu seulement couvrir les frais de son vojage* Les pêcheries du gqlfa de Panama» celles de Ceylan, des côtes de TAustralie et des Iles de l'Océanie, ant rendu k& perks fines asseai nouah breusesdans le commerce pour que celles de la Yologne, inférieures par leur éclat et par leur taille, puissent avoir aujourd'hui une valeur rémunératrice, comme le prouve l'expérience faite par J. Ant, Besdel» et cependant il avait-exploité ces mollusques sur une si grande échelle qu'Ern. Puton, dans son excellent travail sur les mollusques des Vo^es, im-

primé en 1845, déclare qu'ils ont considérablement diminué. U fait aussi une part dans ce résultat aux produits chimiques dont on fait usage de nos jours dans les papeteries et pour le blanchiment des toiles. Mais, d'après les observations récentes de lU. Ânt. Mougeot» les muleltes sont depuis cette époque redevenues très-communes dans la Yologne et plus encore dans les canaux des usines, où files se plaisent sous les herbes qui couvrent le fond sablonneux de ces cours d'eau creusés de main d'homme.

îl résulte de tous ces faits qu'il n'y a pas avantage réel à établir une pêche régulière des perles de

la Vologne. Celle industrie n^a plus aujourd'hui

d'autre iotérét que de fournir aux villageois des bords de celte rivière la satisfaction d'en recueillir pour les offrir à leurs femmes et à leurs ûlles et de leur procurer ainsi la jouissance de s'en parer aux jours de fêtes. Heureuses toutefois» si, à Texcmple de leurs aïeules» elles ont longtemps encore la sagesse de se conlènler de ces bijoux fournis par le sol natal et de satisfaire ainsi les instincts de coquetterie si naturels à leur sexe !

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