V. Dom Calinet, IJist. de Lorr,, Preuves, t. Il, col
quod apud nos habetur testàmento, et fit en conséqueace le règlement suivant ; Slatuimus ergo tenere ad opus nostrum mmsum unum Juxta ecclestam etforestem unam guœ vocatur Lieth forest, et vineas omnes, reliquam vero terram ipsi (pagenses) teneant et successores eorum, et ut annis singulis quatuor li^ bras denariorum Colmiemium in fesiwùaie sancti Mai'tiniy et vineas omnes cultas et incultas bene exco» lant, tertùm partem fructus acdpimtes (1) .
Ainsi; voilà des serfs d'un manse lotharingien qui, au siècle, étaient simplement obligés de cul* tiver les vignes et de payer une redevance en argent à la féte de saint Martin. Rien de plus. Le reste de la terre leur était dévolu à titre héréditaire, et ils recevaient même le tiers du produit des vignes qu'ils cultivaient au profit de l'abbaye*
Gérard ajoute que ceux des seris qui résisteront à son mandement» ou négligeront les devoirs qu'il leur impose, seront punis selon la toi : Secundum kgem emendent; sinon ils perdent tout droit à
la terre : Aut terram funditus perdant, 11 resuite donc de ce texte : 1 ^ que les serfs de Tabbaye n'é-> talent pas soumis au seul bon plaisirdu maître, puisque ce maître invoque la loi contre eux \ 2" qu'ils avaient quelque droit sur la terre, contrairement à la commune iiclion en vertu de laquelle c'était la
terre qui possédait Thomme.
(i) Dom Calmet, Uist^ de Lorr,, 1. 11^ Preuves, col« â03.
U serait facile de muitifilier les exemples prouvant
que U condition des hommes de la glèbe était moins dure en Lotharingie que dans tout le reste du royaume des Francs. Mais le développement qui vient d'être présenté suffira pour montrer que si le
régime féodal s'est établi siii le sol lolliaringien, comme ailleurs, du moins il ne s'appuya pas sur la terreur et fit une part aux vaincus. La lutte des races, la lutte des langues» rbostilité des situations sociales n'engendrèrent pas en Lorraine, comme en France, une longue et douloureuse antipathie. L'invasion n'eut pas pour résultat de mettre aux prises, sur le sol lolhanngien, la race conquérante et la race eopquise. Les vainqueurs ménagèrent les vaincus; les vaincus acceptèrent les vainqueurs. Plus tard, il n'y eut pas en Lorraioe de révolution communale; la liberté bourgeoise y naquit sans secousses et comme un produit naturel du sol. Aussi la Lorraine ne connut pas cette lutte continue qui pesa si longtemps sur la France et qui, transformée de formule en formule à travers les âges, aboutit à la fin du xvuf siècle au triomphe des classes roturières sur les classes privilégiées, par le triomphe dea représentants politiques, sinon naturels, de Tan* cienne population vaincue sur ceux de l'ancienne population envahissante.
De là une conséquence importante : si l'aristo^^ cratic luthaiingicnne ne se trouva pas en guerre continuelle avec les serfs de ses domaines ; si, en
haut, rauloiité fut plus doiKîC, en bas la servitude moias difficilement supportée, l'aristocratie put di^ riger toutes ses forces contre le pouvoir supérieur, contre l'autorité ducale. Là est un des secrets de son antique et longue prépondérance.
Ainsi, dans Je second des éléoients conslitutits du systèfDe féodal «--la fusion de la souveraindé et de la propriété — nous trouvons un nouveau principe de force pour raristocratie lotbaringienne. La fusion s'accoiiiplit sans lutte; les vaincus acceptèrent les wiiqueurs ; les vainqueurs purent dès lors orga-» niser facilement la résistance centre le pouvoir ducal et préparer leur triomphe sur lui*
Examinons n^âinienant si, dans le troisième caractère du régime féodal Tassociation des possesseurs de iiets entre eux — on ne rencontre pas une nouvelle cause qui explique la prépondérance du système aristocratique en Lotharingie.
Reportons-nous au x* siècle, au temps des ducs bénéficiaires. Nous voilà dans un petit pays, autrefois le cœur du vaste royaume de Lother, aujourd'hui simple (Uichc, mais duché à peu près indépendant, administré par des souverains viagers. L'association des possesseurs de fiefs dans ce doin de terre est-elle marquée d'un -sceau particulier? Telle est la question.
L'association hiérarchique des possesseurs de fiefs en France semble savamment organisée. Mais, à
regarder de près eette orgaaisation qui était censée
les unir, on trouve qu'elle était plutôt un principe qu'un fait, et plus nominale que . réelle. Les élénaenls de la féodalité française furent presque toujours à Tétat d'incohérence. Si l'unité française» après un laborieux travail, parvint à se constituer, ce n'est pas par le régime féodal qu'elle s'est for* mée, c'est contre lui. La royauté d'une part, d'autre part l'idée de la nation en général et de ses droits, voilà les deux forces qui ont fondé notre unité. La France iéodale n'est pas une, ou plutôt il n y eut pas de France féodale, car il n'y eut pas de France tant que dura la féodalité.
£n Lorraine, il n'en fut pas ainsi» Le territoire
était morcelé en petits fiefs d'une étendue à peu près égaie. Presque tous les possesseurs de fiefe étaient, non pas vassaux directs les uns des autres, mais vassaux directs de la couronne. Dans ce petit pays, où ni montagnes, ni fleuves ne mettaient obstacle aux communications, les rapports des barons étaient faciles. Or, nous l'avons dit, au temps où se constituait partout la féodalité, le duché était bénéûciaire, tandis que les fiefs étaient déjà héréditaires. L^association des barons se constitua donc fortement; elle fut compacte et active, elle eut l'ensemble et l'unité, La féodalité lotharingienne comprit que le gage de sa force était dans un lien général asse2 solide pour retenir fortement tous ses membres. Aussi» elle confia à l'assemblée générale
de raristocratie deux droits iraporlanls : celui de délibérer en face du pouvoir ducal sur les a£Eaires publiques, el celui de rendre souTerainement la justice. Ainsi^ tandis qu'en France il n'y a pas de cohésion entre'les membres du grand corps féodal, en Lorraine on trouve au contraire une association régulière, un lien partout senti et difficile à rompre. De là une conséquence importante : en France, la féodalité est un obstacle à Tunité ; en Lorraine, la féodalité fonde l'unité el laiL de ce petit pays une véritable nation, faible sans doute dans les manifes* tations extérieures de son existence, mais vivace par le sentiment national qui ne se mesure pas à Tétendue géographique du sol.
Âinsi^ dans le troisième caractère du régime féodal — l'association des possesseurs de fiefs entre eux — un caractère particulier se rencontre encore qui explique la prépondérance du système aristocratique en Lorraine.
Résumons en quelques mots les développements
que nous venons de présenter.
Avant de tracer Thistoire du corps de Tancienne* chevalerie lorraine, nous avons voulu remonter à son berceau, et trouver dans les éléments qui ont présidé à sa formation les causes de sa longue prépondérance.
rsouë avons vu que, dans chacun des grands faits constitutifs du système féodal, une cause cou-
tribuait à la prééminence de rartstocralie iolharingienne.
En examinant la nature particulière de la propriété^ c'est-à-dire l'état des terres» nous avons tu que les liefs étaient devenus hurédilaires, tandis que le duché restait bénéficiaire.
En étudiant la fusion de la souveraineté et de la propriété» c'est-à-dire l'état des personnes» nous avons vu que la conquête fut douce et que l^aristocraiie ne rencontra pas de résistance au-dessous d'elle.
Enfin» quant à Tétai des institutions^ nous avons vu que Tassociation des possesseurs de fiefs était réelle et non nominale ; d'où celte couséquence que la féodalité lotbaringienne, loin de nuire à l'unité politique du pays, servait au contraire à la forlifier.
Tels sont les caractères qui ont présidé à l'établissement du régime féodal dans le pays qui devint le duché de Lorraine. Us n'ont jamais cessé d'exercer leur influence, d'une part sur les relations entre le corps aristocratique et le souverain du pays» et d^autre part entre les possesseurs de la terre et leurs sujets.
La chevalerie sous les premiers Ducs héréditaires.
En 1048, ua diplôme impérial conféra l'iinestiture du duché de Haute-Lorraine au chef d'une des plus puissantes maisons du pays. Le duc Gérard, de
Tanlique famille d'Alsace, possédait dans le duché sur lequel il était appelé à régner des fiefs considérables (!). LeSaintois tout entier lui appartenait. Il était voué des plus riches abbayes du pays, La qualité de duc n'ajoutait rien à son domaine, mais elle lui donnait Tappui deTautorité impériale et le prestige que les hommes attachent à la souveraineté.
Les rares chroniques contemporaines de Gérard d'Alsace ou de ses premiers successeurs sont trèssobres de détails sur les événements qui marquèrent son règne Jl en ressort pourtant un trait général : c'est que, depuis son avènement jusqu'à sa mort, Gérard d'Âlsace fut en lutte avec les hauts barons du pays. Jean de Bayon, reh'gieux dominicain qui écrivait au commencement du xiv" siècle, fait de Gérard un singulier panégyrique : a C'était un homme d'un vif « génie. Nul mieux que lui ne savait enlever par « ruse ou par force les châteaux des barons (2) » .
Depuis récroulement du vaste édifice élevé parle génie de Charlemagne, les seigneurs lotharingiens avaient vécu loin de toute autorilé supérieure, de tout contrôle direct et effectif. Chaque possesseur de fief avait sa pai i de souveraineté. Roi dans son
(1 Gerardo in il lis regionibus, oppidis, posseS"
swniùus, (Uvitiis prœ cunctis patente* Chron. de Saint-Miliiel. Dom Galme^ Mist. de Lwr., t. lI^coL til.
(2) Vit lieet aeris ingenii, castra procerwn eallide et vi iiti<* ferendo» — Chronique de Jean de Bayon, ch. lxiv. Dom Calmet, tiist. de Lorr.^ t. lU, Preuves, col. i28.
nMoir» il ne Tealait être sujet nulle ptrt. Le vègne de Gérard se consuma dans des luttes incessantes pour faire reconnaître l'autorité ducale par les grands du paysu L'histoire n'a pu conserver les noms d^s fouguéux querelleurs qui bataillèrent avec Gérard* A cette époque, les barous n'avaient pas encore pris le nom de leurs terres, et il serait impossible de retrouver avec précision, dans les seigneurs conleniporaiiis de Gérard, les ancêtres directs des principales maisons de Tancicnne chevalerie lorraine.
En ccMoamençant au règne de Gérard d'Alsace rbistoire de l'ancienne chevalerie, nous ne prétendons pas que, dès 1048, il existât en Lorrame un eorps de noblesse portant alors le nom d'ancienne chevalerie, ayante des privilèges iiettement définis, organisé et se recrutant d'après des lois précises. Le corps de l'ancienne chevalerie ne fut définitivement constitué qu'au commencement du xm^ siècle^ Mais nous ne pouvions nous dispenser de remonter plus loin et de suivre les premier efforts de la haute noblesse pour arriver à former un corps politique.
Une première question s'impose au début de cette étude : quelle était la nature de l'autorité de Gérard d'Alsace sur les barons lorrains? La teneur du diplôme en vertu duquel l'empereur Henry Hi conféra à Gérard d'Alsace rinvesûluie du duché de Lorraine n'est pas parvenue jusqu'à nous. On ignore quelles étaient les obligations du nouveau duc envers l'Empire, et celles des barons envers le nouveau duc. U
esl néanmoins hors de doute que PEmpeteur se ré-
senait certains droits de suprématie, et probablement le droit de conférer rinvestiture à chaque
changement de règne. L'hérédité fut-elle stipulée par le diplôme au profit des enfants de GérardT
Nous ne le croyons pas. L'hérédité s'établit en tût dans la maison d'Alsace à partir de Gérard»
mais rien ne prouve qu'elle fut reconnue en droit soit par rËmpire soit par les seigneurs du pays.
L'hypothèse contraire pourrait même se soutenir. £q effet les chroniqueurs» en notant l'avène-* meal de chacun des premiers successeurs de Gérard» n'emploient pas le terme significatif sue^ cessit. Ils se servent le plus souvent de Texpres- «OQ ducaium gubermndum oèiinuit, ou d'une autre formule analogue telle que dux factus est. 11 y a plus; dans un titre de l'an il76» le duc Simon II, quatrième successeur Je Gérard d'Alsace, reconnait en termes formels qu'il tient son duché autant du choix de la noblesse que de droit héréditaire : Licet justo dmderio et vocaiione kgitma worum nobilhim terrœ et hereditario jure pairi meo sidceemrm in ducatum (1). Cette reconnaissance est ffautant plus remarquable qu'elle a pour date Tannée même de l'avènement de Simon» 11 semble donc que la naissance n'était pas la base unique du droit
(<) C^aÛTflttalioR des biens et privilèges l'abbaye de Beaupré. DoiQ Calmet^ Bist. de Lorr.,L yi. Preuves^ coU dâ.
des premiers ducs à la couronne de Lorraine* Les
successeurs imaiédiats de Gérard d'Alsace paraissent n'avoir régné qu'en réunissant trois qualités essentielles : 1° le droit héréditaire.; 2°riQvestiture impériale; 3"* la reconnaissance des barons (1).
Au berceau des sociétés féodales, on aperçoit presque toujours des assemblées de feudataires
armées d'importantes prérogatives politiques. La délibération en commun était ïkme de la société germanique. Quand les Francs eurent envahi la Gaufe, ils y implantèrent leurs habitudes et leurs traditions. Ce sont d'abord, comme de l'autre côté du Rhin, des réunions de guerriers eu plein air (2), au moment de rentrée en campagne]; ou, tout au moins, des revues où ils pouvaient montrer le bon état de leurs armes (3) et à Toccasion desquelles on trai* tait le petit nombre d'affaires que comportait la cir-
(1) Gérard d'Alsace mourut en 1070. Le chroniqueur, Jean de Bayon, croit que le duc périt empoisonnéi et semble accuser
de ce crime les chefs de la noblesse. Gérard laissait un fils, — Chronique de Jean de Bayon, 44. Dom Calmet, t» III, Preu- Tes, col. 228.
(2) Bituricum veniens conventum, more Fraricico, in eampo egit. AimoiDy lib. iv, cap. 67. — On lit aussi dans Ansegise : Mallm neqve in eeeksia, neque in atrio habebahar* JAb. iy, cap. 9.
(3) Transacto vero anno juasù (Clodovœus) omneni cutu armorumapparatuadvmire phalangem^ostensuram in campoMartio armorum iuorSn nitorm. Grég. de Tours, lÎYre II, chap.
XXYII.
constance : reconnaître un roi ou le faire enfermer dans un clottre ; partager les fruits d'une victoire, ou réparer les désastres d'une défaite (1). Voilà les premiers champs de Mars ou de Mai. Quand rétablissement territorial eut dispersé les Francs, il y eut encore des assemblées périodiques oii les rois se nK^ntiaieril h la nation, et, tout en remplissant leurs coffres par les dons de leurs fidèles, retrempaient leur autorité par la consécration populaire. Sous Chàrlemagne, les assemblées de la nation conquirent une régularité et une importance inconnues jusqu'à ce grand règne. Mais déjà le peuple, dans le sens moderne du mot, n\ jouait plus un rAle actif. Les majores, les seniores, qui^seuls délibèrent, ce senties grands bénéiiciers, ducs, comtes ou évéques. Les minores, qui sont censés conlii nier les décisions de l'autre assemblée, ce sont les officiers royaux : des centeniers^ des \icaires cl, probablement aussi, les hommes d'armes qui composaient la suite des grands bénéfîciers. Le vrai peuple on ne le voit pas. Il n'est pas là» ou il est muet* Si, en souvenir de Fancien droit, les lois enregistrent encore la for* mule : De his omnes consenserunt , ce signe de la sanction nationale n'est plus là que pour perpétuer une tradition qui s'éteint ctiaque année^ et dont bientôt la mémoire même aura disparu (2).
(1) Yoy. Rathery, EtaitB généraux, p. S.
(2) Voy. Gaillard, Bist, de Charlemagne, II, p. 222.
Ainsi Jes assemblées teodent à perdre» peu à peu,
le caractcre démocratique qu'elles revêtaient chez les Germaios. Ou peut dice que, déjà sous Uiarlemagne, leur caradère était émiaeininent aristocratique. Sous Cbarles-Ie-Chauve, le mm des prétendus pladies çénérmx n'est plus qu'un mensonge. Il n'y a plus d'intérêts commuus, plus d'affaires publiques, plus de gouvernement national. Ce ne sont plus que des congrès où quelques hommes puissants^ ducs, comtes ou irassaux, viennent débattre avec le roi des questions toutes personnelles (1). Les derniers Garlovingiens convoquèrent encore quelques assemblées; mais les ducs et les conites, qui s*étaieut rendus souverains dans leurs gouvernements, finirent par composer seuls ces prétendues diètes nationales et n'y vinrent que pour y dicter la loi. A l'époque oii les grands bénéficiers mettaient au pillage tous les droits régalieas^ comment ie droit de convoquer les assemblées leur aurait-il échappé! La dissolution sociale et politique qui avait uiiaé le grand édifice de Charlemagne, arrivée au dernier degré, favorisait les empiétements de quiconque avait la force à l'appui de ses prétentions. A Tavènement de Hugues Gapet/rancien territoire gallofranc était morcelé en sept grands iiels dont les maîtres voulurent* à Timilation du roi lui-même,
(4) Voy. Mignet, Essai sur la formation territoriale et politique de la France.
avoir Idurs plaids^ leurs assises» leurs parlements.
Âssiâter le suseraia dans sa cour i'éodale et dans ses guerres, telles furent les deux principales branches du service que la règle féodale imposa aux yassaux : Fidèle serviiium faciam^ videUcet §uerram et placi^ ' îm ad mbmonitionem vestram, lelle était Tune des plus fréquentes formules de Thommage. Aussi, cba* que grand feudataire eul-il &on plaid, sa cour des pairs, exclusivement composée, dans Torigine, de possesseurs de ûeis^t dont la principale attribution était de délibérer sur tout ce qui concernait l'intérêt iëodal du suzerain. CesassembléeSi où Télément aristocratique dominait sans partage» gardèrent quelques-unes des attributions des aocieuiies assemblées populaires qu'elles prétendaient remplacer ou au moins représenter. Ouvrez le Recueil des Ordoonances, vous y verrez très-^soutent menttônné le consentement des barons : De assensu haromm fmirottmy per cùnsilùim domini régis, ordmaium per iotum comilium, etc. Les grands feudalaires du royaume de France nous apparaissent, à l'imitation du suzerain, entourés d'un conseil aristocratique. Aiosi, par exemple, les comtes de Champagne avaient leurs Grands-Jours; ceux de Toulouse leur Parlement ; les ducs de Normandie leur Echiquier. Les attributions de ces assemblées de covassaux étaient à la fois politiques et judiciaires. Ici le ca** ractère politique l'emporte; là domine le caractère judiciaire* Tantôt l'assemblée des covassaux sera
faible en face d'un suzerain redouté; tantôt elle
sera puissante el imposera sa volonté à un suzerain incapable de se faire respecter* Mais l'existence de ces assemblées plus ou moiqs régulières, plus ou moins armées de prérogatives diverses» est un fait presque universel. Ce sont ces assemblées qui, exclusivement aristocratiques depuis Hugues Capet jus* qu'à Philippe le Bel, se sont transformées sous la double action de la royauté et des communes» et sont devenues les états généraux- ou provinciaux et les parlements.
Nous ne rechercherons pas comment les assemblées de guerriers en armes, à travers les premiers &ges de rinvasion germaine sur le sol lotharingien, se sont transformées de formule en formule^ et sont devenues les assemblées de barons qui se réunissaient déjà sous les ducs bénéficiaires. Bornonsnous à constater que, lors de Tavènement de Gérard d*Alsace, les feudalaires de la couronne ducale s'étaient constitués en assemblée régulière, et recherchons quelles étaient les prérogatives de cette assemblée.
Les prérogatives de i^assemblée des barons lorrains^ sous les premiers ducs héréditaires, nous apparaissent assez nettement dessinées. On peut facilement les diviser en deux grandes classes : prérogatives politiques et prérogatives judiciaires.
Tantôt la chevalerie lon aioe se réunit pour saluer 1 avènement d'un duc et consacrer par un solennel
assentiment sa prise de possession , pour nommer uu tuteur à un duc en bas âge» pour présenter, dé- * libérer et promulguer une loi d'intérêt général* Ce sont là les assemblées politiques qui deviendront plus tard les états-généraux, fondement et garantie des libertés publiques»
Tantôt, à des époques et dans des lieui détermi* nés, la chevalerie s'assemble pour rendre souverainement la justice à tous et en toutes matières» soit qu'il s'agisse de contestations en lie le duc et ses vassaux, soit qu'un vassal intente action contre un autre vassal, soit enfin qu'un vilain demande justice d'un baron ou simplement d'un de ses égaux. L'origine de ces assemblées se perd dans la nuit des temps. Elle ne peut être recherchée que dans les moeurs des tribus germaines. Ces assemblées jouent un grand rôle dans 1 histoire de la Lorraine sous le nom d'Assises de l'ancienne chevalerie. Elles se recrutaient encore exclusivemeui clans les rangs de l'ancienne noblesse du pays, quand les assemblées
politiques de cette même noblesse avaient admis déjà dans leur sein le clergé et le tiers-état.
I^s unes et les autres ont été emportées par l'invasion française. Mous ne connaîtrons bien leurs attributions respectives que dans les derniers siècles - de leur existence. Mais nous devons, dès maintenant, rechercher ce que nous apprennent sur leur organisation primitive les chroniques et les vieilles chartes que le temps a respectées.
Dans leè deux preawTS siècles qui sunirenl Ta-
vèneuient de Gérard d'Alsace, nous ne reuconirons guère que six ou sept assemblées politiques de Tan** cienne chevalerie lorraine. Nous exposerons brièvement le» circonslances qui ont provoqué ces réunions
solennelles; nous tâcherons surtout de tirer quelques conclusions certaines des faits que nous aurons présentés.
La première assemblée politique dont les chroniques nous ont conservé le souvenir date de 1 070. Gérard d'Alsace venait de mourir et son fils aioé» Thierry, allait se mettre en possession de Théritage ducal. Mais, à la nouvelle de la mort de Gérard^ Louis, comte de Montbelliard et de Ferette» éleva des prélenlions à la succession. Il revendiquait le duché du chef de sa femme Sophie, fille, petite-fille et arriere-petile-fille des trois premiers ducs feudatairesdela Haute«>Lorraine (I). Alors Thierry provoqua une assemblée de ses barons qui se réunirent, délibérèrent sur la question de succession» et déci«* dcrent que le duché devait appartenir au fils du duc décédé. On a voulu voir, dans cette assemblée, une première réunion des états de Lorraine. C'est aller trop loin. Les nobles seuls» peut-être aussi l'évèque de Toul» composèrent cette réunion» et Hably» loiméme, aurait pu diiiicilement y trouver Tapparence d'un élément démocratique^ Contentons-nous de
(i) Dom Galmet» ffùi. ik ùorr.t U II, coi. 234.
constater qw, en 1070, Tancienne noblesse trancha une que&tion de succession ducale (1).
Selon toutes les probabilités» la chevalerie tint quelques assemblées sous les règnes des ducs Simon I** et Mathieu Cependant les chroniques et les titres gardent à cet égard un silence absolu. 11 nous faut descendre jusqu'en 1176» au règne de Simon 11, pour découvrir une nouvelle réunion.
À la mort de Mathieu V, sa veuve, Berthe de Souabe, sœur de Teiupereur Frédéric Barberousse, a'eaipara du gouvernement, fit battre monnaie à son efRgie et afficha tous les dehors de la souveraineté. Son fils, le jeune duc Simon, était pourtant en âge de régner, et sa mère n'avait d'autre titre au pouvoir que Tascendant d'un esprit impérieux sur un caractère peu résolu* La chevalerie parait avoir eicité le jeune duc à secouer la honieubc tutelle où il languissait. Réunis au château de Gondrevilie, les barons lorrains décidèrent que Simon avait Tàge et la capacité nécessaires pour gouverner par lui*méme, et que la duchesse Berthe déposerait iiiiaiédiatement la mainbournie. Cette intervention de la noblesse, dans une querelle de palais, mérite d'être notée. Elle ne doit cependant pas nous surprendre. Toujours inquiète et ambitieuse, la chevalerie prenait
(î) Voy. la Chronique de Jean de Bayon, liv. ii, c. C4. — Chevrier, Ilist. de Lorraine, t. pp. 70 et 77, — Di^ot, iiitt^ de Lorraine^ 1. 1^, pp. â94 et 295.
dans roccasion la défense de ses ducs, mais elle leur faisait payer son concours en leur imposant le respect ou Pextension de ses privilèges (i).
Le règne de Simon II vit encore deux autres assemblées de la chevalerie sur lesquelles les chroniqueurs ou les historiens ne laissent que peu de détails. La première se place en 1177. Plusieurs bandes de ces cottereaux, qui venaient de ravager une partie de la France (2)» avaient fait irruption en Lorraine. 11 parait qu'alors la chevalerie lorraine se réunit m am cornent » c'est-à-dire en sa session ordinaire, et s'empressa craccorder au duc Simon le secours nécessaire pour réprimer les brigandages des routiers (3).
La dernière assemblée de la noblesse sous le règne de Simon II, eut lieu vers le mois d'août 1179^
(1) Dom Galmet, Hist., t, VI, Preuves, col. 22 (Charte en faveur de Tabbaye de Beaupré)» — Mory d'Elvange, Étatii droits, nsùffes en lAurraine, p. 3. — Digot, HiU. de Lorr.y t. Y\ pp. 341 et 342. — De Saint-Mauris, Etudes historiques,
(2) Zes Rmttien au xn* etède, par 11. H. Gérard, dans la
Bibliolh. de l'École des chartes, l"bérie, t. lll, p. 125 et suiv.
(3) Mémorial des grands gestes et faicts en la prouiuce de Lorbaine, par Louis d'fiarauoourt, évéque de Verdun. Bib. pub. de Nancy, niss. 27. Ce mss. a été publié, en 1868, dans
le Recueil de documents pour servir à l'histoire de Lorraine, 2** part., p. d et suiv. Le passage relatif aux cotterex se trouve i la p. 12«
dans la ville de Neufchàteau. Elle avait pour but de
déclarer héritier de la couronne ducale le frère du duc Simon II, au cas où celuin^i viendrait à mourir saos laisser d'eniaot (1).
Le chroniqueur Louis d'Haraucourt raconte que, vers la même époque, Simon II « volut faire aggtot ber en ung seul et mesme cahier les us et costu- « mes des siens estais de Lorhaiue, mais que oncques c Dépurent estre réunies, car gens mal voulans firent « empesche que ne iust faicl » (2). Ces «( gens mal voulans» ne peuvent être, comme le fait remarquer M. Digoi (3), que les nobles de Tancienne chevalerie. Us craignaient sans doute que la mesure pro-* posée par Simon n'anéanlU des droils et des usages qui n'avaient pas toujours la double consécration de la prescription et de la justice. M. Digot fait obser* ver en outre que si, quelques années jiuparavant, la noblesse « réunie en sou couvent >» avait accordé à son duc des secours extraordinaires, elle mit .cette fois obstacle à une entreprise qui pouvait consolider le pouvoir ducal.
En l'an 1205, Simon 11 abdiqua en faveur de son frère Ferri de fiitche qui, après avoir essayé quelques mois de la souveraineté, abdiqua lui-même en faveur de son filsFerri^ duc de 1206 à 1213. 11 est
(1) Chevrier, Hist. de Lorr., 1. 1, p. i62.
(2) Mémorial, uê sup^a»
(3) Bia, de lorraine, l, p. 350.
probable que le corps da la chevalerie ne fttt pas étranger à ces deux abdications ; mais nous ne voDs riea des assemblées qui purent avoir lieu dans ces circonstances.
Le règne du duc ihiébaut I" (1213-12M),si fertile en événements dramatiques, est marqué par une orageuse assemblée de la noblesse, qui se tint ^en 1219 et dont nous rapporterons les divers inei* dents (1).
L^empereur Frédéric II avait pris le prétexte
d'une entrevue , pour attirer le duc Thiébautl''''à Wurtzbourg et Ty retenait prisonnier depuis plu* sieurs mois, a Cet éloiguement ^ que Ton avait « d'abord supporté avec patience, finit par las^ a ser les sujets de Thiébaut ; le bruit se répandit « que jamais Frédéric ne relâcherait son prisonnier ; a les brouilloas s'empressèrent d'accréditer cette « rumeur, et divers membres de la noblesse s*eo- « tendirent et convinrent de profiter de la captivité « de Thiébaut pour déposer ce prince, dont le « gouvernement avait soulevé des plaintes nom- « breuses (2) . »
Le successeur légitime de Thiébaut, qui n'avait pas d'enfant, était son frère Mathieu, second fils de Ferri 11. Mais il était jeune et sans expérience. Un
(1) Dom Galmet n'écrit pas une ligoe sur l'aaaemblâe de 1210. '
(2) Digot^ Hist* de Lorr., 1. 11^ p, 41.
OBcle de TbMent, Philippe de Gerbé^illers, profitait de la £aiblesëe de Mathieu, cooçut i'aodacieux projet de se faire proclamer due par la chevalerie. U coavoqua une assemblée générale de la noblesse, èmt M. Digot fait une véritable session des états (1 ) .
Ncnis ne pouvons admeitre cette qualiticaiion AMmée par le savant historienà rassemblée de Oa ne peut appeler assemblée à' états une réunion eù un seul itui fut représenté. Mais nous adoptons pleinement son opinion, quand il dit que la réunion des nobles, en celte occurrence critique, ne peut pas être regardée comme un acte de rébellioa. £lle était tout à fait légale, si Ton peut employer cette expression quand il s'agit d'une assemblée du mi* siècle.
Ce qui prouve encore que l'assemblée n'avait pas on caractère factieux^ c'est qu'aucun membre de la famille ducale ne fit le moindre effort pour s'opposer à la convocation, et Tépouse même de Thiébaut, tierirude de I>ach^urg (2)^ y donna son asseiitiiiiait(3). •
La chevalerie se rassembla donc et Ton commença
(1) Digot, ibidem.
(2) a £t ce qui plus surpniit les bons et affidés serviteurs é Maueigneur, c'est qu'oncladuehesse ne parut en porter ptaincte^ nitv bien approuver les susdicts diportemens. » — Mém. de Flor. le Thierriai, Bibl. de Nancy; mss. n* Ti, p. 21 S.
(3) V. Oil^l^ Bi»$. de larr.» t. U, p. 4â.
à discuter. Florentin le Thierriat rapporte quelque»* uns des discours qui furent prononcés par les principaux orateurs. Ce sont des harangues à la manière
de Tite-Live. Aucun sténographe n'était là pour les recueillir quand elles tombèrent des lèvres des che-- \aliers. Si donc Thierriat en donne le texte en slyle direct, il est éfident qu'on n'y doit pas cher- ' cher exactement les phrases prononcées en 1210. Mais Thierriat» qui a eu entre les mains de nombreux mémoriaux du temps, a su quels chevaliers ont pris la parole et dans quel sens ils ont parlé. Peut-être même les chroniques du xiu* siècle, que Thierriat avait sous les yeux, rapportaient-elles la trame, le sommaire des discours. Nous devons donc voir dans les harangues de Thierriat ce que les che* vâliers ont pu ou dû dire, et leur accorder la même foi historique qu'aux harangues mises par Tiie^ Live dans la bouche de Canuleius ou des Gracques.
Lambyrin d'Ourches, dont la réputation de probité avait plus d'une fois entraîné les suffrages^ prit le premier la parole et discourut en ces termes : A donc m^avez mandé à cestui assemblée que doict rendre grande et de grand pouvoir la présence de Monsieur l oncle (Philippe de Gerbévillers) de Monseigneur nostre duc. La foy et loyauté que devons à notre sire doit échauffer tous nos couraiges, A ces fins f apporte pierreries et bijotteries de ma femme que veux faire vendre et bailler pour parfaire la rançon de Monsigrwr. Mais si mon esprit ne me faut pomt.
ne pms doubter qu'autre sujet ne vous tienne en ce heu. O Lorrains t seriei asm déloyaux et tMl féaux
pmr laisser en Fabandon vostre prince Thiébaut? Seriez honnis d tous jours mais, et ne pourrais, moi fui vo^ parle, parfaire tel déshonneur à ma patrie. Si n'avions toute espérance de tirer cestuy bon prince die sa dHenthn ei captivité, oûons son frire Mathieu qei'est légitime à succéder en sa duchié (1).
Le silence se fit après celte harangue. Puis Tun éés principaux de la chevalerie, Hugues de Luné* aXki, pritla parole ; il peignit les malheurs qu'allait éprouver la Lorraine si on n'élisait prorapleraent un duc, prédisant que jamais l'Empereur n'oublierait le traité d^Amance (2) et garderait éternellement son prisonnier pour satisfaire sa vengeance : Croies, compagnons, que le Due Thiébaut est mort, si non quasi comme étoit mort, et ne faut fuUlir à li demer un successeur en la duchié. If ai comme le SireLambyrin piereries et bijotteries de femme, à vous offrir f mais bien grand cœur, bon bras et ceste mienne épée pour soutien et maintien en la place di duc cestui que vouschoisirés.Le sire Mathieu, par trop grande jouvence, ne peut soutenir tel fardeau et peine.
(1) Mémoires de Floreatia le Thierriat, BM. de Nasey; nus. 0*27, p. 213.
(2) 4'' Juin 1^18. Ce traité, entre autres gti pu l uionsonérciises, 80 contenait une qui liait la Lorraine à la Giiampagne par un HeB-dévasselage. lies descendants de Hugues Capet lie ronblie-> rat pas quand ils auront r6unî la Champagne à la France.
mo 5
Mons de Gerbévillers e^tt grand homme et de bonne tête et grand sens, et ne pouvons dire que riayt grand drowt m la chose ; mais, par trop d*dffe, ne parait dtdre en temps si criseux. Estai est en chan-celanee, et sommes nobles, et avons nobliaux m et coutumes en not susdicte province, et sont mains grans personnmges qui sont jeunes et que pensent ainsi que mot/ que peuvent être bons chefs de votre choix (i )• La fin de cette harangue nuisit à l'orateur. Philippe de Gerbévillers, qui piéieiidaii lui-même remplacer son neveu sur le trône ducal, crut s'apercevoir que liugues disposait secrètement les esprits à sa propre élection (2). 11 prit la parole à son tour, exposa qu'en matière aussi grave on ne devait pas prendre une résolution sur-le-champ et termina en invitant le comte de Luiiéville à remettre rassemblée à quinze jours» Hugues saisit avec empressement cette proposition, et l'assemblée se sépara en s'ajoumant à quinzaine. Les quinze jours de délai furent employés par les candidats à de sourdes manœuvres. Mais, au moment où l'assemblée allait de nouveau se réunir, on reçut un message de Conrad^
(!) Mémoires de FloreniîD le TlûeTfiat|bibK pabL« de Nancy, mss. n<» 27, p. 214.
(2) La tenUtive de Hugaes de Lunéville est ainsi appréciée par M. Lepage : a II (en(a d'usurper la souveraineté dueale,
mais le retour de Thiébaut renversa ses projets ambitieux {Sta^ tistique de la Meurt he, v% Lunéville, p. 328). V. dans le même sens H« Digot, Hist., t. II, p. 44.
éYèque de Metz, annonçant le prochain retour de
Thiébaut. A cette nouvelle Philippe de Gerbévillers, le comte de Lunéville et leurs partisans se dispersèrent» s'etlorcaat d'en&evelir leur conduite dans roubli (i).
Avant de clore cet exposé rapide des premières anemUées politiques de l'ancienne ehe?alerte lor-' raine* nous devons mentionner celle qui eut lieu 60 1231, à la mort de Mathieu 11, Arère et successeur de Thiébaut I*'. Ferri III, fils aioé de Mathieu, n'était point encore en âge de régner qnand son père décéda. Mory d'Ëlvaoge nous apprend que la chevalerie se réunit en cette occurence et décida que la régence serait confiée à la duchesse douairière, Catherine de Limbourg (2). 11 est mi que Mory d^Ëlvange ne corrobore son assertion par aucune preuve directe et péremptoire. Il n'indique pas la source où il Ta puisée. Mais on sait que Mory d'Ëlvange avait sous les yeux un grand nombre de vieux mémoriaux, aujourd'hui perdus, et l'on ne peut pas douter que ce consciencieux auteur n'ait avancé le fait sur un témoignage authentique.
Résumons brièvement les traits principaux de
(1) Glievner, qui a eu entre les mains le manuscrit original deThierriat, raconte avec d'intéressanU détails ceUe assemblée de la noblesse, t. I, p. 210 et suiv.
(2) Mory d'EWange, Etats, droits, usages en Lorraine, p. 7 et Fragments bistoriques sur les £tats généraui en Lorraine, p. 43.
efeacuM des «sMubiéés ikmt iioas tenons d» prtM-
senter riiibtori(j[ue.
. Ea IdlOn ia cbevfiderîti adjuge à Thierry h d»ohé
qui lui était disputé par le comte de Montbelrard. En 1176» elle fait cesser» au profit de Simoa ILf la régenee que ^étetil indAoMot arrogée ut mète, Berthe de Souabe. 1177, elle fournil au duc des secours^ contre les cottoreaui. fille forofeule^ en f ll^i une déclaration d'hérédité en faveur du frère du duc régnant ËUé délibère, en 1219, svr le elioîs d'uM successeur à donner au duc ThiébautI" retenu pri-^ tOnnier. Enfin, en 1251» elle défère à Gatkerino de LiiuLourg la r^jence que nécessitait le bas âge du dttd Ferri 1U«
On voit par là de quelles prérogatives le corps de Fancienne cbevalerie lorraine était armé» sinon de droit» du moins en fait. On remarquent surtout cfne quand il se réunit, ce n'est pas sur la convocation ou sous la présidence du prince. Il tranche les diffié-^ rends politiques les plus graves. C'est lui qui parait spéeialeiDeftl investi du droit de décider les que»^ lions relatives à la succession ducale. Taulot il con-^ firme un due dans sa prise de possession du pouvoir, tantôt il déclare héritier présomptif tel membre de ia famille ducale» tanlM il enlève ou défère une régence. PMs de ces écfatants privilèges, combien paraissent pàles les attributions des premiers conseils de la royauté capétienne I
Ce n'était pas seulement dans les circonstances
fy»)efi»^left« et pour des affaires d'intérêt publie, 4fm «e Téttmssaient Lbs bmm lorrains. Nous avons ^éjà dit quelques mots des assemblées judiciaires «imwas sons bnorn iFAssites de l^aneieme chevale* rie. Voyons ce qu'était cette vénérable iostitulien dans les premiers siècles de son exislenoe.
C'est une tradition admise par tous les écrivains iorraios que» dès les temps les plus reeulés, il exis« lait en Lorraine uu tribunal composé de la plus kftuto iK4>le9&e du pays, jugeant souferainement et m dernier ressorte tribunal suprême dont tous les irgMQ]i et le duc Jui-méme acceptaient l'iOinaip^^ tente juridiction. Semblable à Tun de ces fleuves mystérieux dont la source est ioconnuot il eache sa naissance dans des régions et dans d^s temps où la jBcienee investigatrice des historiens modernes cherrobérait vaineo^ent à découvrir les lois fondamental^ de sa forniation* On ne peut que constater TexistéèjfiÇ/Q àyx tribuqal des Assises en le voyant fonction^oer; maïs l'éppqiie précise à laquelle il prit naifr» hmc^ esi absolum^ent inconnue.
Les vieux .ehnonifueurs lorrains ont avancé» eur la formation de ce tribunal^ des faits plus dignes de Ja légende que de Thistoire^ mais qui ont pourtant tjrx)uvé quelque crédit près de certains écrivains du dix*buitiëaie siècle*
« On a écrit, « dit M. de Rogéville, » que Fixdefi vifili, s^rmmm k Qïm^^, ^jipglr|içuy^i^4^(cde « Lolhreick iSjwy^nt les uub, et IrenJe-unièinjÇ mi"
a vant d'autres, ayant été mandé par Charlemagne « pour aller faire la guerre en Italie, choisit douze « des plus anciens gentilshommes, auxquels il donna « le titre de pairs, pour régir le duché en son ab* « sence. d Le même auteur ajoute :
« Gozelon, trente-septième duc, qui gouverna depuis Tan 1020 jusqu'à 1044» joignit aux douze « pairs établis par ses ancêtres vingt-quatre cheva- < liers bien sa^ans en droit et entendant les statuts « et coutumes particulières de chacune ville, rolïice « desquels étoit de guider tous les différends et de « connoitre des sentences des juges inférieurs lors- « qu'ils en étoient requis (1). » L'auteur auquel nous empruntons cette citalion, ancien conseiller au parlement de Nancy, ne semble pas lui-même tenir pour bien certaine cette origine du tribunal des Assises. Elle manque, en effet, des principales conditions (jUL font la certitude historique. La critique moderne a, depuis longtemps, fait justice de cette fabuleuse succession de ducs antérieurs à Charlemagne, et régnant en Lorraine avant qu'il y eut une Lorraine. Les faits eL gestes de Frédérick le Chaste et du duc Gozelon ne doivent pas trouver plus de crédit au tribunal sévère de Thistoire que les aventures d'Ulysse ou les exploits d'Ënée.
(I) RogéviHe, Dkticnnaire historique des ordonnauces et «tes
tribunaux de la Lonaine et tlu Uarroii^ verbo, Assises.
Un seul fait paraît certain, c^est Texistence des Assises à Tépoque ou la maison d'Alsace s'assit sur le trône de Lorraine. 11 est à peu près hors de doute que Gérard d'Alsace, à son avènement (1048), s'engagea solennellement à maintenir ce tribunal, et que cet engagement solennel fut l'une des principales conditions sous lesquelles la noblesse de Lorraine reconnut son autorité nominale.
Quoiqu'il en soit, il est constant que» dès la fin du onzième siècle, la chevalerie lorraine connaissait déjà des différends qui pouvaient s'élever entre
les sujets ou vassaux du souverain. Une a Histoire de la fondation de TAbbaye de Chamousey » » composée au commencement du xu' siècle, en fournit une preuve évidente (1).
Un certain Thierri avait fait don du fief de Ghamousey à une communauté dont le vénérable Séhère était abbé. Le donateur mourut peu après* Son frère» nommé Joscelin» molesta les religieux qui portèrent plainte au duc de Lorraine. Celui-ci "assiguâ Joscelin et Tabbé Séhère à comparaître au tribunal des princes du pays. Les nobles ne se
contentèrent pas d'entendre les deux parties. Ils appelèrent de nombreux témoins qui déposèrent sous la foi du serment. Quand ils se crurent enfin
(1) Celte histoire, écrite en latin par Séhère^ premier abbé de < hatnousey^ a été reproduite par Dom Calmet dans soa histoire dê iarraiMy t. III^ PreuveSi eot S56 et suiv.
suAisama^enl éclairés» ils prononcièreni un^ $entepce en vertu de laquelle le duc de («orraine devait e$sii<rer aux religieux de Chamousey la paisible ^ouis^ sauce du domaine litigieux^.
Cette sentence fut rendue en Tan 1094^ à Vadi^ny, sur la rWière du Madon.
Quelques jours après, le duc Thierri vint per^ sonne à Chamousey et fit prêter aux vassaux du fîe^ le serment de fidélité qu'ils devaient à Séhère. Dom Calmet qui, dans le corps de son Histoire, r^ppor^ longuement ce récit, le termine par eette laconique mention : « Telle élait la manière de procéder ea ce temps'là (1). »
Iliotoi ien officiel et abbé de Senones, Dom Calmet écrit en celte double qualité, dont il n'a jam^ifi pu, ou plutôt^ je le crains, jamais voulu se dépouiller. De là une double conséquence : Si^ saxante et volumineuse fiistoire de (lorraine glisse systémati- 4juement sur tout ce qui a tr.ait aux anciennes libiep<* té&du pay«. En revanche, ses in-folios sont grossie démesurément par les complaisants récits de tout ce qui se rattache à l'histoire religieuse. P^ns faits que nous venons de rappprter, Dom Calmât n'^ vu que des détails sur l'origine d'un mooj^tère^ assez obscur du reste. Rien de plus. C'est à ce titrç seul qu'il les a empruntés à la vieille chronique latine* Mais il n'a eu garde de tirer de ces faits la
(\] T. Il, col. el s^is.
mMifpMce qui ea msart «v<ec we frappante évH dence, i savoir que, dès la fin du xi* siècle, le tribu*m\ Assises fonctionnait en Lorraine, La oom*^ plaisaiïce du courtisanyétait peut-ôlre insinuée soui le froc 4u bénédiétia. Dom Calmet ne vit pas o« ji'osapas montrer ranti([ue origine dVne instiluliou )|ue le grand'OncIe 4uc Léopold avait rayée 4« drpit pujjiic (le .^n ^ que Léopold. lui-même^ n'aiait jamais «omgé i relever au détriment de
son pouvoir. âbsoUi.
Depuis longteo^ps la question des Assises n'a plus
le privilège d'exciter les passions populaires et las méfiances du pouvoir. L'impartialité, la liberté même, ne peuvent donc faire ici dé£aiut« Mous ap^ puyant sur la chronique latine, rapportée par Dom CaLoaet lui-même, nous montrerons ce que Tbistorien moderne peut et doit y lire, ce que Je père de l'insloire de Lorraine a pourtant laissé dans l'ombre* Après avoir exposé les vexaitions que sa commua nauté eut à subir de la part de ^scelin, Sébère ajoute : Tmiis ùague injurm et mqmeta^nibm ip^ sius compuài, ducis Theodorici curiam admm^ Ut judido wrùp Mum aib Anjustia et opprmiwB, çuam mliis violenter inf^rof^at remop^ret, obnixe postulavi^ nm^ Voilà doni: une ciommuoeulé qui, h la du %f ^ièçj^, e.$i viplemn^^eiH troublée d^ns m po^ cession par ua grand du pays. A qui daniande4*eUe jw^tic^? Qui sera juge du proiCfi^î Sera-ce le dwc de )^«H)e? tiodf ç'est la Cum dtm, ^^'estrMine la
cour des pairs de Lorraine, si je puis m'exprimer
ainsi, les seigneurs de la terre, les nobles de Tancienoe chevalerie. Sur la demande de Sébère, le duc assigne les deui parties à l'audience des chevalliers : Utrosqtw ad audientiam euriœ mœ comocavii» I^s chevaliers convoqués, le duc les requiert de rendre un jugement qu'il se chargera lui-même de mettre à exécution : Ccmacatis itaque dur prm^ cipibus suis, momit eos ut judiciali sententia dtscu^ terent quid ipse mde facere deberet. Les rdies soat bien tranchés. Nulle équivoque possible. Ce sont les chevaliers, les chevaliers seuls qui jugent. Dans le procès qui nous occupe, le duc de Lorraine agit^ pour ainsi dire, en qualité de ministère public. Seulement son rôle ne se borne pas à requérir un jugement conforme à la justice* Il est également armé
du pouvoir executif qui prêtera main forte au jugement. Eclairés par le témoignage de sept hommes libres, les anciens chevaliers rendent leur sentence. Us décident que le duc Thierri doit mettre la communauté de Chamousey en possession de Talleu en litige, et réprimer au besoin par la force ouverte les empiétements de Joscelin : Protinm tidem subse^ quenter judicaverunt ducem Theodoricum ipsum allôdium Ecclesiœ nostrœ sasire debere et àdversarwm
nostrum potestatis suœ objectione comprimerez
11 résulte donc de la chronique de Séhère que les seigneurs du pays formaient, au xi* siècle, une cour de justice. Cette cour ne reçut que plus tard sans
doute le nom de tribunal des Assises. Que dans ces • temps reculés, où la langue nationale n'^it pas encore formée, on l'appelât curia dueis, peu im« porte. C'était déjà ce tribunal auguste composé d'hommes qui se disaient les égaux en naissance et en droits des ducs de Lorraine, tribunal qui siégea jusqu^au milieu du xvu* siècle, mais dont l'éloge, au temps de Dom Calmet, était considéré connue une critique du régime vainqueur.
L'existence du tribunal des Assises au xi' siècle n'a rien qui doive^ surprendre. Les Assises étaient une sorte de cour des pairs, assez semblable, dans le commencement, à la cour des pairs de France. Les hauts barons français, trop souvent retenus à la guerre, peu aptes par leurs goûts et leur éducation aux études juridiques, se lassèrent promptementdu droit de rendre personnellement la justice. Les légistes montèrent peu à peu du petit gradin placé sous les pieds des barons au siège élevé des pairs (i) et, tout en gardant leur ancien nom de conseillers, devinrent et demeurèrent les véritables et seuls juges. En Lorraine il n'en fut pas ainsi. La noblesse comprit que le plus honorable de ses privilèges était en même temps Tun des gages les plus sûrs de sa prépondérance. Elle tint à honneur d'user régulière-^ ment de son droit. Les ducs de Lorraine entreprirent souvent de restreindre la juridiction de leurs
{\) Saint-Simon, éd. Ghéruel, 1. 1 1 ^ p. 309. -
leuditairet ; mm les bafons lorrains déployèrent
imi xi 4[i6rgie à défsndre leur privilège qu'ils usaient * à l*«x8reer. Mous vetraeeroiis les diverses
péripéties de cette luit^ six fois séculaire qui donae à riùrtûtns de reaeieiuie ehefalerie lorimie une physionomie d'une si puissante originalité. Bomon&- Mus à Goosiater dès maintenant l'existence aulMeaiiqm du tribua} des As^iaes dés le u* 8ièel0.