C SI
Xanthe incline la tête; toute sa crinière Sotunt en cercle soas le joag, tombe jusqu'à terre.
(W., chant XIX, v. 405.)
Dans TEoéide, le coursier de Mézence partage la douleur du guerrier qui lui parle : adloquitur moeren" tem (cbaot X, y. 860). Virgile plac« le cheval de bataille de Pallas dans le funèbre cortège du jeune héros :
Po8i bellator equus, positis insignihus^ Mihon Il lacrimonSy guUisque humectât grandibus ora.
{Id., chant XI, ?. 39.)
Mais, dit fort bien La Harpe, ce n'était pas là le moment d'imiter Homère et Virgile*
f Un effroyable cri, sorti du fond des flots. Des airs en ce moment a troublé le repos ; Et, du sein de la terre, une voix formidable Répond en gémissant à ce cri redoutable. »
Là un bruH, semblable au tonnerre souterrain de Jupiter, éclate avec un fracas terrible, qui fait frissonner,
(Euripide, v. 1201.)
Fît sonilus, spumante salo.
{Enéide, chant II, v. 209.)
NuUus inspirât mIo
Venttu • JSfi Mum mare
Immugit : omnes undique seopuli adstrepunf.
(Sénèque, t. 1008 et 1025.)
Le contraste de la paix de Tair arec cette tempête qui sargit soudain du sein de rabfme, est d^an bel effet* Pradon, chez qui la critique curieuse et indignée s'^élonne de saisir un beau vers au passage, peint de même
Dans un calme profond la mer ensevelie.
(Phèdre et Hippolyte, scène dernière*)
c Jasqu'an fond de nos cœurs notre sang s'est glacé ; i
Une vive frayeur était en nous.
(Euripide, v. 1204.)
Corda pavent amitum.
(0?ide, ▼. 514.)
Hœc dw» stupentee quierimur.,.,.
Omnisfrigido exsanguis metu
Venator Jiorret.
(Sénèqae, t. 1025 et 1055.)
GeUdus Teucris per dura cucurrit
Ossa tremor.
{Enéidcy chant VI, v. 54.)
...5» Gelidusqw eoii formidine sangnU»
{Idem, passim»)
A^vA-.^^.-.
c. Des coursiers atteniifs le crin s'est bérUsë. t
bes chevaux dressent la tête et les oreilles vers 4e ciel.
(Euripide, v. 1203.)
.'... Quumcolla féroces
Ad fréta convertunt, arreciisque auribus horrent Quadrupedei, (Ovide, v. 5i5.)
^ Cl Cependant, sur le dos de la plaine liquide, S'élève à gros bouillons une montagne humide : L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux. Parmi des flots d'écume, un monstre furieux. >
Le Messager, dans Euripide, emploie neuf vers à la même description, v. 1206 à 1215: mais cette description contient des détails de localités qui pouvaient intéresser Thésée et les Grecs.
Qmtm subilo vastum tumuii ex alt^ mare,
dit le Nuntius de Sénéque ; puis son^récit ampoulé suit, pendant vingt-huit vers, chargés d'ambitieuses comparaisons et d'hyperboles ronflantes, les progrés de la
monfagne humide^ crei^Uçue m astra (v. 1007à 1035). Dans un poëme qui lient de la nature de Tépopée, Ovide, malgré son bel esprit, est bien plus noesuré :
Quum mare surrexit, cumulusque immanis aquarum In moniis speciem curvari et crescere visus^ Et dare mugitus, summoque cacumine findù Corniger hine taurus ruptiê expellitur undi$, etc.
{Métamorphoses^ livre XV, v, 508.)
L^élégante cadence de ce dernier vers est bien inférieure à la coupe pittoresque de ceux où Racine pré« sente la même image.
Homère a dit, le vaste dos de la mer; humidaœquora se lit dans Virgile : mais ce qui nVst ni homérique ni virgilien, c^est la métaphore antithétique d^une montagne qui s^élôve sur une plaine. Wy aurait-il pas là une justesse un peu bien précieuse ?
c Son front large est armé de cornes menaçantes ; Toat son corps est couvert d^écaîlles jaunissantes ; Indomptable taureau, dragon impétueux, Sa croupe se recourbe en replis tortueux ; i
La vague vomit un taureau, monstre sauvage (1).
(i) La .première figure de la â08e Planche du Musée de Sculp' tur« antique et moderne de M. de Qarac représente un monstre marin à tète de taureau et ^ croupe de dragon.
Ibî 86 boraa la description du monstre dans lé récit cPEuripide (v. 1314). Egérie, dans Ovide, n^en demande pas, comme Thésée chez Sènéque et chez notre vieux tragique Garnier, une peinture détaillée. Le roi d^Athénes doit être satisfait, car son interlocuteur n^omet aucun trait, et illse complaît à épuiser toutes les formes les plus hideuses,, toutes les plus effrayantes couleurs. Cestun pinceau plus sage que, malgré le luxe de sa description, Racine vient d^emprunter :
«• ••••.. Pars cetera pontum
Rone legit, sinuatque immensa volumine terga.
(Enéidfi,. chant II, v. 207.)
Peut-êlre aussi se souvenait-il du Tasse, pour lequel il ne partageait pas les injustes dédains de Boileau :
E lôr s'aggira diétro immensa coda Che, quasi sferza, si ripiega e snoda,
{Gèrusal. lib., canto /F, 4.)
Mais, 6 Racine ! le Tasse, comme Virgile, écrivait une épopée : il chantait lui-môme ; vous ne deviez que faire noblement j^rler^ .
c Ses longs mugissements font trembler le rivage. »
Toute la contrée, remplie de ses beuglements, les. répétait «d'une manière affreuse^
(Euripide, v. 1218.)
Ciamore el soniiu colles re$onanle$ hoant^
{Paeuxdus.)
c Le ciel avec harreur voit ce roonstre sauvage ; »
L^idée qa^xprime ce vers est en germe dans Euripide (v. 1216) :
...y • Ceux qui regaidaient
ne pouvaient supporter l'horreur de ce spectacle.
Elle est entière dans Homère, dans Tirgile^ mais appliquée aux Dieux qui, des hanleurs du ciel, abaissent leurs regards sur les abîmes infernaux, dis incisa {Iliade, chant XX, v. 65 ; Enéide^ chant YIII, v. 245.)
f La terre s^en émeut, l'air en est infecté ; %
Tremuere terrœ. (Sénèque. t. 1050.)
«.. Inficit auras
IHralues. (?)
c Le flot qui rapporta recule épouvanté. »
Imitation, trop belle encore» de ce vers d^an récit épique ;
JHsmllantripœ, refluitque exiernius amniii
{Enéide, chant Vlll, v. 340.)
< Faire reculer te flot qui apporta le monslre, et le Élire reculer dTépouçcmte^ offre an rapport trop ingénieux pour la situation de Théraméne. Son imagination ne doit se porter naturellement que sur ce qui tient à^ t-horreur réelle des objets, et non pas sur des idées qui ne sont que de Fesprit poétique. » {La Harpe.) Malgré une distinction si judicieuse, Despréaux nous apprend qu^â chaque représentation de cette tragédie, ce vers était salué d^une acclamation (l). Etranges spectateurs^ qui, par compensation, sifflaient la divine expression des remords de Phèdre !
L^image contraire ne manque pas de vérité» mais elte produit moins d^effet :
Pontusin terras mit;,
Snumque monstrum sequilur.
(Sënëque, v. i035 )
Elle bousty elle escume» et suit en mugissant Ce monstre qui se va sur le bord eslançant.
(Garnier^ Hîppolyte^ acte V, se. i .)
Pradoa. enfin,., applaudi, cette fois, au même titre que* Racine :
Et le flot irrité le suit en mugissant.
(1) XI* Réflexion criUque sur quelques passages deLongin.
^ Tout fuk ; et, sans s*armer d'an courage inutile^'. Dans le temple- voisin chacun cherche un asile. >
Sénéque fait fuir troupeaux et bergers, aniîhaux desbois et chasseurs (r. iOSû et suiy.]. Garnier, qui avait donné un mauvais exemple â Racine en consacrant cent soixante-huit vers à celte narration, imite Sénéque^vec un talent de styfe remarquable pour son^ temps :
Les troupeaux espandus laîssereni les campagnes^
Le berger pâlissant s'enfuit dans les montagnes»
Le chasseur effrayé quitta cordes.et rets.
Et courut se tapir dans le sein des forêts.
Sans douhte (sans peur) des sangliers ni des ours, caria
crainte Do monstre a dans le cœur toute autre peur esteinte.
Quelques traits de Virgile, diffugimus visu exsan-^ gués , fortissima frustra pectora , et IMmage d'Hélène se dérobant inaperçue sous Tombre du sanctuaire {Enéide, chant II), pouvaient flotter ici, même à son insu, dans la mémoire de Racine.
Pourquoi la critique romantique, celte capricieuse pédante, nes^avise-t-elle pas de reprocher à notre poêle ^absence de couleur locale? Que ne lui demande- t-elle si ce temple voisin. éia\t par hasard celui de Y^nus-la- Curieuse, élevé par Phèdre qui s*j. était cadiiée pour suivre de tœil^ sans être vue, le char d^HippoIy te /ur/onf dans la carrière ?
c fiippolyte lui seul, digne filS d'an héros> Arrête ses coursiers, »
Contraste plus vif encore chez Ovide :
Cerdapaveni comitum, mihi mens inlerriia mansxL
Solus immunis metu,.
HippolyitAS arcds coniinet frenis equos, PavidosquB notœ vocis hortàtu ciel.
(Sénèc^ue, v. 1054.)
Un peu plus loin, le même auteur fait dire au jeune prince d^une voix tonnante, magnum intonat :
Baud frangit animum vamts hic ièrror nieum ; Nam mihi patcmus vincere est tauros labor^
Garnier, diaprés Sénèque :
Seul demeure Hippolyte,
II tient haute h face ; et, grave d'asseurance; De mon père, dit-il, c'est l'heur et la vaillance D'affronter les taureaux ; je veux, en l'imitant. Aller à coup de main cettnj-cy combattant.
Et Pradbn, diaprés Garnier :
Essayons, a-t-il dit, si le sang de Thésée Sur les taureaux emporte une victoire aisée. Le Minotaure en Crète à son bras étoit dû. Et les Dieux réservoient ce monstre à ma vertu.
(60) EiC noble et simple hémistiche, digne fiU. éTun^ 1^ noSf en dît aalant^.el le dit mieux*
••......» saisit ses ja?e)otSy
Pousse au monstre; et, d'un dard lancé d'une main sûre^ Il lui fait dans le flanc une large blessure. »*
Ainsî;.< Hippolyte n*ett pas vaincu : c'est PépouyaDte de ses chevaux qui le fait périr; et* son* malheur excite d^autant plus de pitié, qu^on admire plus son courage. > {La Harpe.) N'est-ce pas, d^'ailleurs, à un héros, à an père que ce combat est raconté? Thésée ne peut-il pas trouver une consolation, à voir ce lEls innocent enseçeli dans son triomphe ? Voilà le seul trait que je regrette de ne pas trouver chez le tragique grec. Je me trompe, il h^Y l'encontre, mais ailleurs :
Placé prés de moi, me frappe de son épée dans le flaoc un guerrier à la main vigoureuse : j'ai senti le fer qui a laissé le sillon d'une profonde blessure.
{Rhésus, V. 191.)
La fougue impétueuse des chevaux d^Hippoljte Tempéche, dans la pièce latine, d^exécuter la menace un peu fimfaronne qu^il vient de lancer au taureau.
« De rage et de dodeur le monstre bopdisMnt Vient aux. pieds des chevaux tomber en mugissant. Se roule, et leur présente une gueule enflammée Qui les couvre de feu, de sang et de fumée. *
Cette peinture est achevée. La tragédie latine ûVn offre que les premiers linéaments :
^> PrapeU cursu evolatj
Summam citato vix gradu tangent humum.
Et torva cvttrus arUe trépidantes stetit,
Mais, cette fois encore, Virgile vient en aide au Virgile français :
Faucibus ingentem fUmum, mirabtle dictu^ Evamit, involvitque domum caUgine cœca, Prospectum eripiens oculis; glemeratque sub antro Fumiferam noctemy commixtis igné tenebris.
(Enéide, chant VllI, v. 252.)
Voyez aus^ Iliade^ chant VI, vers 182, peinture de la Chimère.
c La frayeur les emporte ; et, sourds à celte fois, Ils ne connoissent plus ni le frein ni la voix ; En efibrts impuissants leur maître se consume ; Ils rougissent le mors d'une sanglante écume* r
(62) Euripide (v.lâiS):
Soudain uo effroi terrible s'empare des coursiers. Leur mallre, dans Fart de conduire les chevaux irès-exercéy saisit les rênes de ses deux mains, les tire à lui, comme le matelot meut la rame, et les entrelace à son propre corps (1). Mais les chevaux, mordant le frein durci au feu, s'emportent : de la main de leur guide, des rônes, du solide char ils n'ont souci.
Yoilâ encore, dans son naïf et pittoresque langage, Thomme attaché au service des écuries du prince.
Ovide (v. 518) :
Ego ducere vana
Frena manu , spumis albentibus oblUa, Imior ; Et reiro lenta» tendo resupinus habencis.
Sénèque(v. 1068):
Inobsequentes protinus frenis equi
(1) Pourquoi les auriges, ou cochers, avaieot-ils le dos et la poitrine couverts et comme bardés de lames d*uD cuir épais, peut- ^tre même de mêlai ? (Voy. dans le Mtuée de Sculpture déjà cité, les deux premières figures de la PL 864.) Ne serait-ce pas, du moins en partie, pour pouvoir prendre plus commodément la pré* caution que prend ici le fils de Thésée, et qui lui deviendra si funeste ?
Rapnere currum
Ora nunc fressis trahit
Constricta frenis ; terga nunc torto frequem
Verbere coercet.,.,
Tum vero pavida sonipedes mente exciti Imperia solvuntj seque luctantur jugo Eripere, etc.
JLe sujet de la mort d^Hippolyle avait exercé le pinceau des artistes de Tanliquité ; et, prés de sept siècles après Euripide, un sophiste grec s^amusait à décrire Tua de ces tableaux. L^emportement "des coursiers y était peint ainsi : « Vous voyez fort bien comme les chevaux, rejetant le timon, ont les crins berissez, et bondissent esperdus d^espouvantement et frayeur. Semant toute la campagne d^escume, Tua se retourne devers la beste, et néanmoins fuit tant qu^il peut ; l'autre a déjà regimbé à rencontre ; cettuy-cy la regarde en travers; celuy-là se transporte et court vers la mer, ne se ressouvenant plus ni de la terre ny de soy-mesme ; et tous, fronçant les nazeaux, hennissent tres-asprement (1). >
(1) Les images ou tableaux des deux Philostrate , mis eu françoîs par Biaise de Vigeoère, et représentés en taille^douce par Ârthus Thomas et Gaspard Isac, p. 310 ; 1657, in-fo. Cf., l'éditioDdeWestermann, dans la Bibliothèque grecque de M. Didbt, p. 367. — La manière dont Philostrate s*es prime ici ne permet guère de supposer, comme on Ta fait, qu'il s*cst borné, cette fois, à tracer aux artistes de son temps le programme d*un tableau.
JastifieroD&^nouft, «n passant, Racine, d'^aToir écrit il cette fois, locution qui^on lui a reprochée à la légère? CiteroDSHious, entre autres, Bossuet, qui, dans la libre prose, ne s'énonce jamais autrement?
«Elle confesse à cette fois que, parmi les plusmor* telles douleurs, on est encore capable de j oie. > (Oraison funèbre de la reine d Angleterre^
< Mais, à cette dernière fois, la valeur el lo grand nom de Cyrus fit que les Perses ses sujets eurent la gloire de cette conquête. > {Discours sur ^histoire uniçerselle, IIP partie, chap. 4.)
< Ou bien est-ce qu^il est yenu à trois fois, et non plus à deux ? > (/^/^ AQertissement sur les Lettres de Jurieu, chap. 85.)
c On dit qu'on a vu même» en ce désordre affreux»
Un Dieu qui d'aiguillons pressoit leurs flancs poudreux.»
Le deuxième hémistiche du premier vers est traduit d^Suripide (v. 1234] ; dans le second vers, à Neptune substituez Hippoljle, vous retrouvez encore le tragique grec, V. 1194.
Ainsi, Thésée ne peut douter des faveurs meurtrie' res de Neptune (1). Homère semble avoir suggéré i
(1) Faveurs meurtrières, fux^sUs bienfaits, brilUalc et ^têài'*
Racine celte idée des châvaiix d^un guerrier eieités par une main divine (1). Mais latoache délicate du moderne poète dramatique efDeure seulement ce merveilleux païen : on dit. De même, dans la dernière scène dY-* phigénie :
Le soldat étonné dit que dans nne nue Josque sur le bûcher Diane est descendue ; Et croit que* s'ëlevant au travers de ses feux, Elle portoit au ciel notre encens et nos vœux.
J.-B. Rousseau égaie^ par une allusion au trait qui nous occupe, le récit d^un accident de voyage. La voi* ture du poète vient de verser s
Les chevaux, malgré le cocher^ S'obstinent à vouloir marcher.
En vain le moderne Hippoljte S'oppose à leur fougue subite :
Sans doute en ce désordre affreux, Un Dieu pressait leurs flânes poudreux.
[Epître à La Fosse.)
dense opposition de termes, que Racine doit encore à Euripide :
(Hippolyle, ▼. 1411.)
(1) Voyei Iliade, chant V, v. 840; chant tWll, v. 400, etc. Cf. Enéide, ehant XII, ▼. 471 .
(66) « A trayers les rochers la peur les précipite ; i
Si les chcYaux s'élançaient éperdus à travers les rochers , etc.
(Euripide, v. i230.)
Momtrique metu turhaniur, et cUtis
PrœdpitafU cumu scopuUs.
(Ovide, V. 517.)
Jamque deerrantes via,
Quaeumque rabidos pavidus evexil furor.
Hoc ire pergunt, seque per scopulos agunt.
(Sénèqoe, v. 1069.)
Virgile dit des cavales amoureuses :
Saxa per et scopulos et depressas convalles Diffugiunt. {Géorgiques, chant 111, v. S76.)
c L'essieu crie et se rompt : »
Ne rappelons pas, après tant d^autres, Pharmonie imitalive inspirée de cet hémistiche ; mais ( 6 joie d^un pédant qui gourmande ses maîtres !) disons que le passage d^Homére imité de loin est gravement altéré par tel éditeur de Racine qui a voulu remonter jusque-là. Seriez-Yous curieux de faire ce contrôle ? ouvrez niiade, au chant Y, y. 838.
Euripide peint simplement ia roue heurtant contre
ie rocj V. 1235. Hippolyte, selon Ovide, espérait que la fureur de ses chevaux aurait cédé à ses efforts,
Ni rota, perpetuum qua circumvertitur axem, SUpitis occursu fracta ac diijecta fuiueU
Ua traducteur latin du récit <le Théraméne a tr ouvé, pour rendre le bel hémistiche de Racine, un heureux choix de sons : Dat roia fracta sonum.
c rintrëpide Hippolyte
Voit voler en éclats tout son char fracassé ; Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé. >
Rayons
des roues, chevilles des essieux, volent en éclats. Lui-même, infortuné ! enlacé dans les rênes, lié d'un indissoluble lien, est traîné, etc.
(Euripide, v. 1234.)
Racine a pu encore s^inspirer de Sophocle :
L'essieu se rompt par le milieu ;
Oreste, lancé hors du char, s'embarrasse dans les minces lanières : après sa chute, ses chevaux courent çà et là par le stade.
{Electre, v. 745.)
Cornipedeê. r.. litore eurrum
Etjuvenem momirU pavidi effudere marinù^
(Enéide, chant VII, v. 779.)
Excutior €urru : lorisque tenentibus artus, etc.
(Ovide, V. 5M0
Prœceps in ora fusuh implicuU caden$ Laqueo tenad corpus; et quantomagis Pugnat, sequaces hoc magis nodos Hgat»
(Sénèque, v. i08^.)
TskUBSim^Syenses CorintTiiagues^ chap. SlXXII, parle d'une vieille souche sauvage qui existait encore de son temps, et que les Trézéniens nommaient Yolmer tordu, parce que, les rônes d^Hippol jte s^y étant entortillées, son char fut renversé.
c Excusez ma douleur ; cette image cruelle Sera pour moi de pleurs une source éleroelle. i
Dans Euripide, la douleur du messager, serviteur d^Hippolyte, .perce sans quMl en parle, et il en eût parlé sans demander d^excuse. Sénéque, touchant et vrai cette fois, fait partager cette douleur même aux chiens de Finfortuné chasseur : mœstœ can^s (v. 1108). Cela rappelle ce beau limier t]ui s^élance, avide de caresser
Hippolyte rendu à la vie par Escuiape dans le tableau deMërimé (t); et mieux encore Tatlitude inquiète du cbjea de Méléagre mourant (2).
t JTai TU, seigneur, j'ai vu votre malheureux fils
Tratné par les chevaux que sa main a nourris.
U Teut les rappeler, et sa voix les effraie ;
Us courent : tout son corps n*est bientôt qu'une plaie. >
Môme mouvement dans un des récits les plus pathétiques de Tantiquité :yidi Hecubam, centumque nurus, etc. (Enéide, chant II, v. 501.) Même coupe savante, au commencement du vers, pour marquer le prompt rapport de cause à effet : Contorsit : stetit illa tremens, etc. (W., V. 52.x
Sachons gré à Racine de ce courageux hémistiche, çue sa main a nourris. Fi donc ! dut s^écrier, de sou temps, maint personnage de cour, voire le Grand-Ecuyer. Vainement le poêle aurait rappelé à leur délicatesse superbe Andromaque qui, de sa blanche main, présente la nourriture au& chevaux d^Hector.
(1) Musée du Louvre, salle du Candélabre. (^) Musée de Sculpture antique et madevnef PI. 2(M , n»* 256 •t 270.
Celle circonslance esl rendue ptos tottchanle encore par Euripide, qui la roel deux fois dans la bouche d^Hippolyle :
La téie brisée contre les rochers, les cliairs déchirées, il criait d'une voix lamentable : Arrêtez, vous que j'ai nourris à mes râteliers ! ne m'effacez pas du nombre des vivants ! 0 funeste im-
[précation d'un père !
Qui veut venir sauver un innocent?
(v. 1258.)* El plus loin, dans ses lyriques lamentalions, y. 1555 :
0 char funeste ! ô coursiers que ma main a nourris !
Vous m'avez déchiré ! vous m'arrachez la vie !
Puis Racine ra bulinanl du Iragique grec au cbantre d^Enée, et à celui des Métamorphoses :
Turbatis diêtractus cquis
(Enéide, chant Vlï, v. 767.)
Hippolytus furiis direptus equorum, (Ovide, Fastei, liv, III, v. 265.)
Yiseera vivatrahi,
Nullasque in eor pore paries,
Noseere quas passes : unumque erat <mnia vulnus.
(^Métam.f y. 525.)
Je ne puis cependaBl laisser à Ovide le mérite de ce deraier Irait : il est, avec toate sa force, cbez Euripide, et il y est en deux mots : x/»oc thuâ^ç (v. 1359.)
On lit dans la tragédie latine :
Et ora durm pulchra popidalur lapis ; Peritque multo vulnere infelix décor.
Mais c^était trop peu pour Sénéque ; il fallait aux Romains Timage d'une torture encore plus épouvantable ; et le poète, raffinant sur Tatroce, dût Thésée en mourir d^horreur, les a servis selon leur goût (v. 1093 — T. 1105J. Ici on nous dispensera de citer : nous n^écrivons point pour des cannibales.
€ De nés cris douloureux la plaiae retentit. »
• Mœstoque immugit regia luelu»
(Enéide, chant XI, v. 38. }
Errât per agros funebriSf famuli, mantAS.
(Sénèqae, v. 1105.)
c Leur fougue impétueuse enfin se ralentit : Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques Où des rois ses aïeux sont les froides reliques. >
Les dieyaux cPHîppolyle^ chez Euripide, ne s^arrè* tent pas; pour mieux montrer la part d^un Dieu dans cette catastrophe, le poète recourt au merveilleux: soudain monstre et coursiers ont disparu derrière les montagnes ; les rêoes se brisent, et le jeune prince mourant tombe dégagé de ses liens (y. 1244 — y. 1249).
LMdée de ces royales sépultures de la famille de Thésée, dont Hippolyte a déjà parlé dans la première scène du Y* acte, semble appartenir à Racine.
Remarquons ce mot reliques^ appliqué aux restes de quelque chose de grand :
Chargeant de mon débris les reliques plus chères, dit Acomat dans Bajazet, acte III, se. 2*
€ Nous nous sentons obligez à Arrian, selon Balzac, de nous ayoir sauyé les reliques de la philosophie d^Spictète (1), >
A. Chénier, rencontrant ce terme dans Malherbe, écrivait en marge : < Ce mot de reliques est beau et sonore ; de plus, employé rarement, il est encore près* que tout neuf. Cest pourquoi il ne faut point qu^il soit perdu pour notre poésie (2). »
(1) Balzac, Lettres choiries, lif, III, 22.
(2) A. Ghéoier, Notée eur Malherbe; édition de Malherbe, par M. de Latoar, 1842, p. 94. — Sar cet emploi da mot reUques, qui avait bonne grâce dans les composition$ relevées^ on peat consulter an cnrieitx chapitre de Ménage, le 95* de la Impartie de ses olfeervaiicnt tur la langw française*
t 7S ) C'esl' UD héritage de la langue poétique des Romains :
TroaSf relUquias Danaum atque immitis Achillei»
(Enéide, ehani I, v. 34.)
<- J'y cours en sonpirani, et- sa garde me suit* : Be son gënéreox sang la trace nous conduit ; »
Euripide :
Ses nombreux serviteurs» mafgré leur empressement,
[d'un pied tardif Ecstaienten arrière, (v. 4243.)
Errai.
P$r iHa, qua distrtietut Hippolytus loca Longum- cruenta tramitem signât nota.
(Sénèque^ t. fl06.)
J'y cours baigné de plears, et le trouve expirant,
dit Idas chez Pradon, qu-on peut citer encore cette fois,
c Les rochers en sont teints ; les ronces dégouttantes. Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes* >
Encore Sénéque, mais Sénéque habilement corrigé r
•• Aufèrunt dymi comas...* „• Inde semianimem sécant
Virgtdta, aeuUs asperi vêpres rulns; Onmisque trwicui corporis parteni tuliU
(V. 4094 cH 101)
Ovide lui-même ayait, celte fois encore, été plus sobre de détails :
Viscera viva trahie nervos m stirpe teneri, Membra rapi partim, (V. 525.)
c J'arrive, je l'appelle ; et» me tendant la main. Il oavre un œil mourant qu'il referme soudain : f Le ciel, dit-il, m'arrache une innoeente vie. 1 Prends soin, après ma mort, de la triste Arieie. » Cher ami, si mon père, un jour désabusé, 1 Plaint le malheur d'un fils faussement accusé, > Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive, v Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive ; 1 Qu'il lui rende.... i A ce mot, ce héros expiré N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré : Triste objets où des Dieux triomphe la colère. Et que méconnaitroit l'œil même de son père. >
Une courte réflexion sur quelques-uns de ces beaux yers.
L''Hippoljte de Pradon ouçre aussi un œil mourant qtiil referme soudain; mais savez-vous pourquoi? e^est parce que, s^aUendant à Yoir celte trisSe Ariçie, îl
ne troare devant lui que Phèdre (i) ! Car Pradon ausw a exhumé des antiques légendes de rilaiie une Aride, prés de laquelle celle de Racine serait un personnage éndinenunent Iragique. La manière même dont Pradon s^excuse d^avoir supposé Hippoljle épris de celte jeune princesse rappelle le soin que prenait Racine de sacrifier, en une certaine mesure, au goût de leur temps. Qu'auraient dit nos petits maîtres, disait Thomme de génie, si je n*a9ois représenté Hippolyte amoureux ? f Si les anciens, écrivait cavalièrement le rimailleur, ont dépeint ce prince comme il a été dans Trézéne, dn moins il paraîtra comme il a dû être à Paris ; et, n^en déplaise à toute Tantiquité, ce jeune héros auroit eu mauvaise grâce de venir tout hérissé des épines du grec dans une cour aussi galante que la nôtre (2). >
Deux fois, dans ce court passage, nous trouvons exprimés la fatalité et le numen inçidiosum des païens, que le poète chrétien a semés çà et là dans son drame. Ces réminiscences de Fanliquilé profane sont amenées
(i) Le prioce ouvre les yeax» et, d^an regard mourant, 11 cherche la princesse encore en soupirant : H ne trouve que Phèdre, et sa triste paupière Se ferme, et pour jamais refuse la lumière.
(Phèdre et Etippolyte, scène dernière.) — PlosiaiHrs écrÎTains de raniiquîié, surtout Virgile, Bnéiêet liT. VU, V. 762, font neBOon d'Aricie.
(2) EpUr$ déàkoMre à M»«la duchesse de Bouillon.
( 76 ) ici par là nature du sujet, je le veux : mais soyez con*séquent^ c^est une loi suprême de Part, et ne mettez pasdans 1b cœur de Phèdre dès remords qui' supposent une libre lutte de la volonté contre la passion. Triste courage de la critique, quand elle raisonne avec cette rigueur sur un chef-d^œuvre!
L^Hippolyte d''Euripide forme aussi, mais au moment de son départ, le vœu de voir Thésée désabusé :
O Jupiter ! fais-moi périr, si je suis coupable ; mais qu'il sache combien il me traite indignement^moD père> soit après ma mort, soit pendant que je vois le jour (1).
Puis, quand on Tapporte mourant :-
Jupiter, Jupiter, vois-tu ce spectacle t Moî^ dont le cœur pur honorait les Dieux, moi, le plus chaste des jeunes hommes, à la face du ciel je descends chez Pluton, h vie m'échappe !
L^idée S^apaiser une ombre plaintive, qui a passé dans les modernes traditions populaires, se rencontre soaveni dans rantiquilé. Voyez surtout Iliade ^ lir^
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(1) U'vous nomme souvent, priant les Dieui célestes Que les torts qu'on loy fait deviennent manifestes. (MiffoUyU de Garnier, acte V, se. l.y
'^LXÏll^ V. 19 et suiv.; v. 107; 179etsuif^; Giorgi'qu€s , Ihr. ly, fia de Tëpisode d'Aristée ; Horace, liv. 1^ derniers vers de Tode 28.
Toltaire s'indignait qu^on reprochât à Racine le J^o« expiré, et il appelait cela une misérable vétille de.granh maire. Ces vétilles aujourd'hui nlndignent personne { et, dût un malin lecteur me louer
D'unir Tesprît du rudiment A la grâce de la syntaxe,
je ferai remarquer que le bon usage, même en prose, a donné raison à YoUaire) depuis Port-Royal jusqu'à nos jours (1). C'est l'emploi du mot héros que je chica-
(1) « Joseph, voyant «on Tpère expiré, se jeta sur son ?isage, et le baisa eo pleorant. »
(Bible de Sacy. Genèse, chap. SO, ?erset 1.) « Malgré une fois expiré, et devenn par conséquent inutile à l'ainusement de Louis XIY, sa veuve n*avait obtenu, etc. » (Sainte-Beuve, Port-Rayal, t. III, p. 234.) Racine a écrit dans Es'ther, acte 111, se. 8 : Seigneur, le traître est expiré. — Un jour, un terme, est expiré ; un héros, un traître, ' a expiré. Cette distinction est vraie dans la règle, et le poète n'a pis tort dans ses vers. D'ailleurs, on parlait ainsi :
« Dès que le roi d'Espagne fut expiré, il fut question d'ouvrir son testament. »
{Mémoires de Saint-Simon, chap. 82.)
nerais, si je ne me rappelais la latte d^Hippolyte eontre le monstre. < Rien n^est si commun, dit Jean-Jacqaes, que des héros parmi nous ; mais chez les anciens ils étaient rares (1).>
Le corps défiguré est peint par quelques traits où la grâce tempère Texpression de la douleur des femmes qui composent le Chœur dans la pièce d'Euripide :
Le voilà, Tinfortuné, il approche :
son jeune corps, sa blonde léte, soni horriblement dëûgurés.
Un regard sur la statue antique du Dieu adolescent de Pamour et de la beauté pourrait seul faire comprendre le charme de Texpression crdé/sxoc; yfeejod^c.
Dans les deux derniers vers, le docteur Piccolos signale à un spirituel éditeur de Racine une double imitation :
Ils le dégagent sanglant, à tel point que personne parmi ses amis ne reconnaîtrait, en le voyant, ce
[malheureux corps.
(Sophocle, Electre^ v. 755.)
Elle tombe sur le sol, vaincue par le malheur, excepté pour un père, méconnaissable pour tous.
(Euripide, Médée^ v. 1195.)
(i) Emile, livre IV.
< Racine, observe M. Gerozez, va plus loin qu^£aripide: avec plus d^énergie^sa pensée est aussi naturelle et vraie. » Ne se souvenait-il pas aussi d^Homôre, qui dit la môme chose de Sarpédon tué par Patrocle? Yoy. Iliade, chant XYI, y. 658.
Théraméne a dit, avant de commencer son récit :
c Tai vu des mortels périr le plus aimable,
Et j'ose dire encor, seigneur, le moins coupable. »
Le serviteur d^Hippolyte qui, dans la pièce grecque, vient raconter d^un ton si vrai la funeste aventure de son maître, ne songe guère à son amabilité ^ dans ses énergiqaes paroles, prononcées après le suicide calom** niateur de Phèdre, perce Taccent d^une conviction plus forte et plus intéressante. Yoici ce qu^il ose dire (v. 1249) :
Pour moi, prince, humble esclave, obscur en ta maison, J'oserai de ton fils nier la trahison, Je ne le mettrai pas au nombre des infâmes ! Quand du lacet fatal mourraient toutes les femmes, Je dirais qu'il est pur, que Thonneur le gtxida ! ^ Quand je verrais enfin tes pins du mont Ida, De récrit imposteur volontaires complices. Contre lui se changer en voix accusatrices»
de son ccear génëfCQx je ne douterais pas»
Je dirais qu'il est pur, et plaindrais son trépas ^1)1
Ici se termine le rédt de la mort d^Hippolyte. L^appèndice qui suit, et qu^a bit attendre la douloureuse exclamation du malheureux père, rendrait encore, em le pressant un peu, quelque souvenir du tragique rendez-vous de Thisbë, «t une locution poétique empruntée A Virgile (2) ; de plus, nous aurions pu étendre davantage cette indication des sources diverses où Racine a puisé par des réminiscences pins ou moins caractérisées* Mais n^avensHious pas déjà trop ramassé de ces éphichures littéraires ? Donnons plut6t quittance à Racine, en faveur de ses beaux vers : aussi bien, il a payé à yoltaire une partie de la dette contractée par lui envers ses devanciers. En faisant passer un demi-vers de Ra« cine an sens métaphorique, précaution qu^il ne prenait pas toujours, Yoltaire se l'est appropriée :
(i) Traduction de M. Léon Halévy, La Grèce tragique^ p, 421.
(2) Qui sihi Utum
IruonUi pepertu manu, lueemqku peroti Projieere ammai. (Enéide, lîv. VI, v. 435.) El moi, je sais venu, déteiUuU ta hmière^ dit Théraoïëue. C'est aussi le tœdet cœli eonoexa ineri de Didon au désespoir. {EnHde, Ht. IV, V.45J.)
Valois régnait encore, et ses mains ioccrtaines De TËtat ébranlé laissaient flolkr les rênes.
{BenriadCf cbant I.)
Mais voici an larcin plus considérable) et moins sub^ tilement laconien : Aricie auprès d^'IIippoljte mort est évidemment le type de la jeune épouse de d^Ailljr auprès du guerrier i|ui vient d^expirer sous le glaive^ et non sous la malédiction d'un père t
Da héros eipîrant la jeune et tendre amante» Par la terreur condaitc, incertaine, tremblante. Vient d'an pied chancelant sor ces funestes bords. Elle cherche» elle toit dans la foule des morts» Elle voit son époux ; elle tombe éperdue ; Le voile de la mort se répand sur sa vue : c Est-ce toi» cher amant? » Ces mots interrompus» Ces cris demi- formés ne sont point entendus. Elle rouvre les yeux ; sa bouche presse encore Par ses derniers baisers la bouche qu*elie adore ; Ëtie tient dans ses bras ce corps pâle et sanglant» Le regarde» soupire, et meurt en l'embrassant.
{Id., chant VI IK)
Combien il y a plus loin^ ici, de Voltaire à Racine, que lie Racine à Euripide !
Le plus parfait de nos poètes avait donc sous les yeux,
ou plutôt dans la mémoire, trois antiques oarratiousde la moM d^Bippolyte, celles d^lluri^ifle, d^viâ^ et de Séoéque. En résumé, «shez le tragique grec, < ce narrateur, qui ne veut pas se faire admirer, mais qui tient beaucoup plus d retracer les choses comme elles se sont passées, entre^ par esprit de'fidélité, dans un grand nombre de citconslances minutieusement descriptives. Cela n^'empèche pas que, dans la peinture d^nn événement ^i étrange et si douloureux, ce pauvre homme , soulevé par son émotion, n^atteigne aussi à la poésie et à Téloquence (1). > N^oublions pas que Thésée, Técoulant dans une disposition d^esprit bien différente de celle du Thésée de Racine, croit encore au crime de son 'fils, -et vient de s^écrier avec une joie cruelle 'z
0 Neptune ! oui, tu es -vraiment mon père, puisque tu as exaucé mes imprécations 4
Dans un récit poétique sans prolixité, que les circonstances rendaient peut-être moins inqpertant, Ovide ne s^est pas montré moins judicieux que son prédécesseur; et surtout il a su nous toucher. Pour Sénéque, nous craignons d''avoir £iit trop d^honneur à sa narralion : ornée de quelques beaux vers, elle prend plaisir A prolonger le supplice de Thésée par de froides déclamations et des détails dignes d'une littérature de sang.
^1) U. V;kiM,^ludes sur Us Trafiques grecs^ l.ll,p. S2i.
Meus demanderez^ veos. une liste, par ordre de inérili»^ de ces quatre podles ? N'en déplaise à certaines préfen-
iiotia^ la voici : Euripide, 0?ide, Racinei.^ Sénéque enfin, p^oxùnus hmic^ lo¥^o sedpraximus iniervalh.
Le célèbre eiKtîque Hoffman remania, dans sa jeunesse, le sujet de Phèdre wua forme de tragédie Ijrique* La fatale nouvelle est apportée par un cbasseur, un compagnon d^Hippolyte :
Âccâbtë de votre colère, Ce fils obéissant s'éloignait de ces lîeoi, -Quand tout à coup un monstre furieux»
bu sein des flots s'élançanl sor la terre^ Entraîne votre fils, et Tenlève à nos jeux. Ses amiSy mais en vain, ont voulu le défendre : Un Dieu nous écartait, un Dieu«... Vous frémissez, Seigneur : ah ! tous les pleurs que vous voyez répandre Vous en disent assez (l). '^
Sans doute, assez! asse2, même pour Une Iragédie non ï.yrîquè. L'auteur du Télémaque^ cet autre merveilleux artiste en mosaïque , écrivait à TAcadémie ï « Rien n'^est moins naturel que la narration de la mort d^'Hippoljle à la fin de la Iragédie de Phèdre j qui a d^aîDeurs de grandes beautés. Tliéramène qui vient pour
(1) Phèdre f tragédie lyrique en trois actes, paroles de HoiT* naiiy acte Ul, scène iO ^ 1796.
apprendre â Théeée la mert Aineiét de son fib^ detrott M dire qae ces deax moto, et «ftQqaer même de ferra pour les proHonoer direetemetti : c Bîppolyte ei 1 moct. Uir monstre enrojé du fond do ia mer par la eelére ées Bteox ra&H périr. Je Pai tu (1). » Out, Platon, lu dis trail ton mot, le premier prononcé, reste le dernier de la longiie polémique engagée sor ce terrain. D^ail— leurs, n^ett-ce pas sur 4a doulem* V€riueu$e
De Phèdre, maigre soi perfide, iacestueuse»
que Racine concentre tout rinlérét ? Pourquoi donc faire tant de frais pour nous attendrir sur le sort de sa yictime ? Plus je plaindrai Hippolyte, iplos Phèdre me sera odieuse i car je ne suis pas, grâce à Dieu, disposé, corome les Athéniens, à tout rejeter sur la Âaifi€ et la fatale colère de Vénus.
De compte fait, que reste-t-il ici à Racine? beaucoup encore : il lui reste ses admirables vers épiques. La Mort dHipjpolyte et le Passage du Rhin sont deux fragments d^épopée, enchâssés, Fun dans une tragédie, l'autre dans une simple épitre ; et ce dernier, â cette place, chose étrange ! ne nous choque pas comme Tautre. Cest que, daus cette épitre, le poète traite de grandes choses, parle à un grand roi, et surtout parle en son nom. Ainsi,
(1) L^Urt <ur Véloqntnce, efc., sect. VI.
à répoqoe la plus poétique et la ploB graye des leUrçt françaises, deux fois la muse de TEpopée a fait entendre sa Toix : mais elle n^ayait pas, elle n^aura jamais cette haleine piriesaBle qui, sens d^autres eiens et à d^aitlres âges, Ta soutenue dan» le vaste récit éTune longue action»