FAB ME. FAIX&AHT
Vir cgvegifis .... alieiûssîmo reipnblica
temporeeslHicliiS} et aaloriUilis elprodentittsufi
trisle nobis desiderium reliqaerat
dcero, de claris oratorUnu, /.
Messieurs,
En remerciant F Académie de l'honneur de son choix, récompense du passé, encouragement pour Tavenir, en me présentant avec satisfaction et reconnaissance devant mes nouveaux confrères, auxquels je dois, après le naufrage , une petite place dans la république des lettres ,
j'ai voulu consacrer à an éloge jodiciaire la parole que vos suffrages m^ont rendue , et qui vous appartient désormais. Si la moitié de Téloquence est , comme on Ta dit, dans le ceemr de ceux qui écoutent, f obtiendrai certainement une attention bienveillante. Vos plus cbers souvenirs sont d^avance mes auxiliaires, et Tap^oi d'un travail auquel la piété filiale a bien voulu prêter d'in« limes confidences.
Je viens , Messieurs , vous raconter la vie d'une des illttsiralions lorraines, d*on bomme que des emplois différents et des fortunes diverses ont toujours trouvé supérieur à sa position,8oitque,dansson ardente jeunesse, officier improvisé comme tant d'autres, il combatte pour la défense de ses foyers, soit que, dir^ë par une vocation moins facile, soutenu par une secrète et puissante inspiration, il vienne remporter an barreau de paisibles victoires et révdller les plus honorables traditions , soit que dans la maturité de l'âge et du talent, il s'eléve par degrés aux grandes fonctions judiciaires, digue prix de ses longs travaux , de sa haute sagesse, noble couronne de ses vieux jours , réservés d'ailleurs à de si cruelles épreuves et promis à de si puissantes consolations. J'essaierai de vous montrer M. Bresson, démocrate classique, républicain de collège, Romain par ses études, Athénien, je suppose, un peu plus que Spartiate par les tendances de son esprit, libéral dans le sens vrai d'une expression dont les partis ont abusé ou comme éloge ou comme injure, fidèle toute sa vie aux^rands principes d'ordre et
à$m la fuite de ta vie le rapporteur impartial et coorag«ai do procèi Fouquet (i) :
< J'ai escript cerdeux piges le diauiidlie 39 tqptem- » bre joar S^ Michel mil tix eeiia doquaate deux, pre- » naiit plaif ir à coaaidérer lei années de ma jeunesse el » de mes estades, dent je ressercie le bon Dien et le re- » mercieray toute ma vie^ pour les consdatioQs-et ad^ f yantages que j^n ai recen et ung mxAm 4e bien em- » ploier mon loiair et de n'ëstre à obaïf e ny à mei ny à T personne.
» In solis eeo Ubi turba loels. »
TibuUê lY. nu. 12.
No croirait-on pas, à deux siècles d'inlerralle, respirer le même air et vivre dans la même sphère d'idées ?
Bientôt , la naïve correspondance de TenEaint s'anime el se colore sous les inspirations de Tadolescence» Alors la France elle-même semblait jeune aussi. L'homme et le pays se sentaient excités du même feu, tous deux regardant trop haut et trop loin pour apercevoir l'abîme A leurs pieds. Dans la vie du jeune Bresson , un glpnd événement vient marquer cettiB époque. En février 1790, le collège tout entier, docile A l'entraînement général , veut prêter aussi le serment civique : simijle écolier, plus riche encore des fleurs de la rhétorique que des
(i) M. CaiRUBL. — De radmiaistration de Loois XIV d*après les mémoires inédits d^Olivier dH)rmessoDy pagç 207.
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frvifs de la phflosopliie, Bresson^ désigné par le choisi de ses condisciples y adresse ft l^assemblée da districi de Smt-BtiefiDe'da-Moiit, un discours j^ieurs fois interrea^a par des aj^Iaudissements ; mais il l^écrit Im-mAme à sa sœar, en lui racontant comment ému et troublé d'abord^ il est redevenu traffquille et stut de sa mé|M>ire. < €e Q^|(ait i|i moi, ni mon stjle, ni ma déclamation que » Ton apfflRidîiiait ; c'était ma jeunesse, et , avec tant 9 ^t^ufÊsaLUce^ mon amour naissant pour notre chère :» patrie. ... » Tous sentirez. Messieurs, toute cette profondeur de modestie , dont le témoignage se retrouve , soixante ans plus tard, dans les humbles archives de la famille, toute Ténergie de ce bon sens au milieu même d^nnQ sorte d^'ivresse qu^'aujourd^hui encore , après tant de vicissitudes , une génération nouvelle ( puisse-- t-elle être plus sage et plus heureuse !) doit étudier et compraidre, à moins de rompre avec tout ce passé, bon on i4llhrais indistinctement, à moins de fermer le livre où nos pères ont écrit leurs annales.
Cette première manifestation ne pouvait suffire à tant de tëtÊiiLes écoliers toment le projet d^en voyer à T Assemblée nationale un donP^riotique. Bresson est successivement élu,malgré bien des intrigues, président,colIecteur, grandtr&orieryjprateur de la dépulation. Les boursiers furent sur le point d^assommer les pensionnaires à propos d'une question de vote collectif ou séparé. Le différend est porté & un tribunal formé des députes de tous les collèges. Bresson « plaide avec chaleur la cause de ses
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€Ginm^UaptE(» » A ces mots , jetés en passant dans une <^iU*Q fiuaaJliére, reeoDuaissez le futur avocat»-* U arrive enfia à TAssieinblée^que pi]^idait alors révoqua â'Autun. Il 7 récHe un diseoura que IttUméme trouve assez ^at» J^ fieçlfim de TUniversité^ plus prudent cette foû^ loi avait gâté son ^niwe. -— Dims çett^ lettre piquante et /Spirituelle) d<Mit la lecture vaudrait biennûeu&g^ moii récit, ,U fait connaître à sa smir tous Ieiinci#nts du pe** 4it chraine dont U a parlé au père de faœiUe d^us t^jlpAS {[rave et phis discret* On peut y risniarqi^, comme de curieux Uidices, certaines appréciations fines et calmes. Xaissoa^Je vieillir : il apprendra les hommes et les af- .f9ires« Yi'âge doit lui apporter avecrexpérience du vieux NesUr, quelque chose de la sagesse d'Ulysse, en la pre^ Haut par les bons G6tés» Aujourd'hui Tenthousiasme des réformes le possède tout entier,, et, quelque .totve que eoit un homme, n^est-il pas souvMt plus fort par ses illusions que par son courage ? -«• Allez donc, puisqo^ll le faut, allez, jeune, et brillant lauréat du collège, orateur bien choisi de vof camarades : à vous, con^me à eux, la servitude scolaire fait surtout aimer la liberté, et tiaus n'avez appris la politique qmo par vos livres^ Allez au bruit des tambours et des applaudissemepts qui bientM vous feront paraître plus tristes ^os i^ priso^i j^ilencfeur -ses (i) >• Jouissez de ces honneurs improvisés que le district accorde aux jeunes patrioties^ tout en demandant
(1 ) Eipr essîon de IL fiuu^son .
«B iaVetir des écofiers et pour oourennèr ta flfe par Dite sorte d^épigramme , «n congé qme le principal B^ose pas refuser* Youfi arez goûté ia seimice 4a bien et 4m niai ; le repos est désormais loin de Yons. -^ Adien les douées études et les longues amiliés et les loinrs tranqnilleB. lie temps nuurdié et t<ais emporte* — * 0& serw* vous dsois qnelqoes aniiées, dans quelques siècles, dans quelques fMtanis ? Les années sont des siècles pour les mtiiiteg^ et, dans Phtetoire du pays^ ne sont que des tnstmits. ^<^ Ah ! qiie de déceptions SEméres et d'espérances brisées! Combien de fils auront â pleurer la mort d*un p^re ! Combien de riches géfiuront dans la ruine et Tindigettce ! Les plus braves, les plus heureux frontaux frtetiér^ : Ils se battront en héros, malades peut-être en seeret jus^a^à la mort de leurs illusions perdues. — La guerre , c^èsi l'honneur, c^est la bravoure, c^est la Gonqaèt<e.«*« quand Dieu le permet. *^ La guerre , ce n'est déjé plus la Ifbeirté.
Bans l'été de 1791, Bressèn revient â Lamarche, tout fier, ainei qu^il récrit, d'une année de sagesse et de tra« yaV^ et digne de ramitté patemeUe. Il avait été rëprittaudé pour une folie de jeunesse, pas des plus communes il' est vrai , celle d'avoir acheté trop de livres. Les joies de {anailler^ si bien senties , si bien goûtées à tous les t^pB de sa vie, ne devaient pas durer : plus d'^un ràve Allait disparsâtre, et il devançait les jours par un engagetaent yolontaire. La bravoure lorraine n'attend pour combattre ni le prc^rés du temps, ni les ordres du pouvoir.
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Eo jaayier 1792, il est à Avesnes, sergent-major et porte-drapeau. Moins de trois mois après, il a gagné ses épaaiettes de sous-:Iieutenaiit. Il écrit de Wissembourg, se plaignant de ne pouvoir suivre son goût pour Tëtude au milieu des devoirs du service, promettant, comme militaire, la même discipline filiale, la même docilité aux directions paternelles* Un attachement déçu, qvelques firgissements d^intérieur, un peu de mauvaise grâce peutêtre de la part de son père dans les sacrifices que réclamait la position du jeune officier Pafiectaient alors assez vivement, sans aCTaiblir sa résolution et sans diminuer son courage. L^idée révolutionnaire^ il Êiut bien le dire pour la fidélité historique, est encore là vivante et active. L^air des camps était plus pur que Tatmosphère des assemblées, et, sous le drapeau, loin de Paris, une nature généreuse devait s*y tromper plus longtemps. Peu de mois après, les électeurs de Lamarche frappaient son père d^une sorte d^ostracisme, et le faisaient desèendre de son siège de juge, triste épreuve du suffrage populaire appliqué au grand œuvre de la justice. Bientôt un membre de sa famille, député des Yosges à la Convention, expiait par la proscription, double titre d^honneur et pour son pays natal et pour un nom toujours noblement porté, le courage de son vote dans le procès de Louis XYI.
' A dater de ces jours néfastes, nous retrouvons dans lé capitaine Bresson (les survivants avançaient vite, et il devint adjudant-major par le choix de ses camarades
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c sans qu'ail lui en eûl coûté méfue la peine de le dési* 9rer >), nous relroavons en lui, dis-je, le militaire intrépide, dévoué à son rude métier, éprb du danger, un peu pour la gloire sans doute, mais aussi à cause du danger lui-même, parlant de la patrie avec amour, des partis avec colère, de Pétranger en soldat, mais attristé par les réalités presque autant quMl avait été exalté par les espérances. Sous le poids de ces cruelles déceptions, il écrivait, le 1 1 juin 1793, du camp de Lembach : c G^est I donc en vain que nous versons notre sang pour vous
> donner la paix, puisque la paix est sortie de tous lc§
> cœurs ? O ma patrie l combien de monstres ont conjuré » ta ruine !..* Au milieu des convulsions qui nous agitent,
> le poste le plus sûr et le plus honorable -est celui où
> nous sommes. »
Quelque intérêt que puissent offrir ces commencements à peu prés ignorés, et cette jeunesse si vive et si brave, je ne saurais reproduire ici tous les récits animés, pittoresques, de batailles, de mouvements militaires que le jeune officier adresse i sa famille. Casse], Wiesbade, Spire, Hayence, Francfort et vingt bivouacs inconnus, dont les noms sauvages auraient effarouché la muse de Boileau, quand il voulait chanter le passage du Rhin, ont vu son noble courage ; chacune de ses lettres perte la date d^une victoire, — Une courte visite à Lamarche vint Seulement interrompre ses services et reposer son activité. A Farmée, il se montre toujours calme au milieu des périls, toujours prètàrabnégation. 11 refuse remploi
tfaide-de^camp, restant aux Ardeimes parce qu^on y a en présence de rennemi, et, dans Tintervalle, menacé pour cause d'absence et par de secrètes rivalités, dk perdre son grade au bataillon qu^il a quitté momenta» Bernent. Il n^a pas le bonbear d^ètre blessé. Pris de la fièvre et sur le point de mourir à rh6pital de Strasbourg, il écrit une lettre d^adieux*
2 novembre, «a I*' de k Répabliqae françaises » Mon tendre père,
1 Ha maladie m^a réduit A la dernière fiiiblesse ; ma
> fièvre continue et je ne quitterai pas Strasbourg arant 1 itaa guérison. JPai des nuits cruelles, des jours paisibles.
> Dieu et vous, voilà ma consolation.
1 Tendre fitmille, adieu. Je vous embrasse mille fois» » Les forces m^abandrainent pour vous écrire, mais moo » cœur vit pour vous aimer. »
Ainsi s^accomfdissaient sous le driqieau les première» épreuves de sa jeunesse, dans un temps de privations et de combats, od, même au sein de distractions éphémères^ la vie restait toujours sérieuse, parce que la mort B^était jamais loin.
Un jour, les hasards de la vie militaire rapprochèrent sous la tente deux jeunes officiers du même grade* La sympathie de leurs opinions et la fraternité de leur courage les unirent bientôt d^une étroite liaison. Les évé-
d^aide-de»camp, restant aux Ardennes parce qu\>n y c en présence de rennemi, et, dans rintenralle, menac pour cause d'absence et par de secrètes rivalités, i perdre son grade an bataillon qu^il a quitté moment nément. Il n^a pas le bonbeur d^ètre blessé. Pris de fièvre et sur le point de mourir à Thèpital de Strasboar] il écrit une lettre d^adieux»
2 novembre^ ta I*' de k RépabUipie firtoçalsev ^ » Mon tendre père,
> Ha maladie m^a réduit à la dernière fiôblesse ; m > fièvre continue et je ne quittera! pas Strasbourg avan 1 itaa guérison. JTai des nuits cruelles, des jours paisibles » Dieu et vous, voilà ma consolation.
> Tendre famille, adieu. Je vous embrasse mille fois » Les forces m^abandcmnent pour vous écrire, mais moi • cœur vit pour vous aimer. »
Ainsi s^accomplissaient sous le draqieau les premières épreuves de sa jeunesse, dans un temps de privations e! de combats, où, même au sein de distraetionaépbéméres. la vie restait toujours sérieuse, parce que la mort n^étail jamais loin.
Un jour, les hasards de la vie militaire rapprochteeni sous la tente deux jeunes o£Bciers du même grade. La sympathie de leurs opinions et la fraternité de leur courage les unirent bientôt d^une étroite liaison. Les évé«
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nemenU et le lemps ne tardèrent pas à la briser pour ifen laisser vivre que le souvenir. L^un d^eux revint dans ses chères montagnes et déposa i^uniforme pour prendre la toge d'avocat, changeant ainsi son but, non son caractère; Pautre, Thomme du HfJi, plus ardent, plus ambitieux, resta sons les drapeaux : la République et TEmpire ont retenti du bruit de sa renommée ; il a jeté sur le pays un dernier reflet de gloire militaire, quand déjà la Providence, par la terrible leçon des défaites, nous appelait pour Tavenir aux travaux réguliers de la paix. Deux monarchies ont accordé leur confiance et décerné de brillants honneurs à Tautorité de ses conseils, à sa longue expérience. — * Quarante ans plus tard, à Nancy, au milieu des splendeurs d'un cortège royal, dans Téclat des fêtes, au bruit même de ces harangues et de ces compliments dont la fortune a tant de fois changé TadressOy le Maréchal de France reconnaissait son ancien frère d^armes, et, ranimant les meilleurs souvenirs de sa jeunesse, il serrait étroitement dans ses bras, au nom de la sainte amitié des camps, Thomme qui n^avait jamais rien demandé qu^â lui-même. — L^un était M. Bresson ; rautre était le Maréchal Sonlt. — Dans ce retour aux temps passés, j^ai presque dit aux temps antiques, tant BOUS allons vite ! il y a de Thonneur pour deux, une leçon pour quelques-uns et de Témotion pour tous.
H. Bresson aimait les dangers de la guerre plus que le métier des'armes. Les loisirs, si rares quMls fussent alors, pesaient à raclivité de son esprit. Plusieurs fois il avait
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caressé la p«nséé du retour pour le temps où il n'y aurait plus rien â craindre sur les frontières, c Parti avec joie^ » il roulait revenir avec honneur. > -«- c Le métier ne » m^ennuie pas, disait-il, et je me battrai gaiement tant 1 qu^une bonne paix nenons aura pas retiré lea.armes des 1 mains. • Son talent de rédaction n^était pas inconqu dans Tarmée, et lui avait même atliri une Ingère disgrâce, un jour où, par sa plume et avec la signature de presque tous les officier^^ le bataillon des Vosges, dont il faisait partie, avait réclamé plus de vigilance et de fermeté dans le commandement. A Strasbourg, durant une courte trêve, il dût prêter à quelques camarades,, poursuivis devant les conseils de guerre, Tappui de ses facultés oratoires. On admira ^ on eût applaudi si la discipline et la consigne ne s^y fussent opposées. Les militaires sont bons juges en matière d^éloquence, parce quePéloquence vraie naît des inspirations du cœur. M. Bresson comprit mieux alors sa propre valeur et celte intime vocation qui devait Télever si haut. Je crois que, malgré sa modestie, il en eut le noble pressentiment. Il a dû connaître cette bonne espérance de soi-même, èona spes suî, dont a parlé Torateur romain, et recevoir cet avertissement secret qui fit tressaillir le Corrége et Montesquieu (1). Il rentra donc, à son temps et à son heure, dans la vie civile. Bientôt nous le verrons manier la plume et la pa* rôle comme il a manié Tépée.
(1) Préface de TËsprit des lois^ in fine.
Après un court séjoar & Lamarche, H. Brcsson vint 8e fixer aa c&ef-lieu. On ne connaissait alors que des hommes de loi, des défenseurs offideuz. Par des labeurs assiddSyll devint jarisconsulle, et, plus tard, Tun des meilleurs, sans avoir fait son droit. La cause s'étudiait SUT le dossier. Dans cette guerre pacîGque, chaque combat préparait des armes pour le lendemain. Ici , Messieurs, il ne faut pas tout rapporter à Taptitude personnelle ; il conrient de faire la part des circonstances. Les lois que la France a reçues quelques années après, — elles ont conquis presque toute TEurope et, plus puis** santés que la guerre, plus habiles que 1^ diplomatie, elles gardent leurs conquêtes, — ces lois où le nom du pr&* mier Consul et de PEmpereur est plus vivant encore que dans ses victoires, le pays tout entier les portait pour ainsi dire dans ses flancs. Il les préparait, il les voulait depuis longtemps, égaré sur les moyens jusqu^au crime et à la démence, persévérant et presque infaillible quant au but. L'^esprit de ces lois était en quelque sorte à Fusage de tous ; leur texte n^avait point encore à porter le poids de la jurisprudence. Cette étude exerçait le jugement et la réflexion plus que la mémoire. Il y avait surtout du mérite à étudier le passé qu^on avait cherché à briser, à remonter vers les. sources que des efforts méchants ou maladroits n'avaient pu tarir.
A cette époque, les tribunaux de chef-lieu étaient juges d'appel pour le département, et respectivement juges d'appel pour les départements voisins. M. Bresson eut
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caressé la pensée du retour pour le temps où il n^y aurait plus rien â craindre sur les frontières, c Parti avec joie^ » il voulait revenir avec honneur. » — c Le métier ne s m^ennuîe pas, disait-il, et je nae battrai gaiement tant 1 qu^une bonne pais nenous aura pas retiré les^armes des > mains, i Son talent de rédaction n^était pas inconnu dans Tarmée, et lui avait même attiré une légère disgrâce, un jour où, par sa plume et avec la signature de presque tous les officier»^ le bataillon des Vosges, dont il faisait partie, avait réclamé plus de vigilance et de fermeté dans le commandement. A Strasbourg, durant une courte trêve, il dût , prêter â quelques camarades,, poursuivie devant les conseils de guerre, Tappui de ses facultés oratoires. On admira i pn eût applaudi si la discipline et la consigne ne s^ fussent opposées. Les militaires sont bons juges en matière d^éloquence, parce quePéloquence vraie nait deiS inspirations du cœur. M. Bresson comprit I mieux alors sa propre valeur et cette intime vocation
qui devait Télé ver si haut. Je crois que, malgré sa mo- ! destie, il en eut le noble pressentiment. Il a dû connaître
I cette bonne espérance de soi-même, àona spes sui, dont
a parié Forateur romain, et recevoir cet avertissement secret qui fit tressaillir le Corrége et Blontesquieu (1). if rentra donc,, à son temps et â son heure, dans la vie civile. Bientôt nous le verrons manier la plume et la pa* rôle comme il a manié Pépée.
(1) Préface de l'Esprit des lois, in fine.
xxnc Après un court séjoar à Lamarche, H. Bresson vini se fixer au c&ef-Iieu. On no connaissait alors que des bommes de loi, des défenseurs officieux. Par des labeurs assidus, il devint jurisconsoUe, et, plus tard, Tun des meilleurs, sans avoir fait son droit. La cause s'étudiait sur le dossier. Dans cette guerre pacifique, chaque combat préparait des armes pour le lendemain. Ici, Messieurs, i\ ne faut pas tout rapporter à Taptitude per-» sonnelle ; il convient de faire la part des circonstances. Les lois que la France a reçues quelques années après, — elles ont conquis presque toute FEorope et, plus puissantes que la guerre, plus habiles que Ig diplomatie, elles gardent leurs conquêtes, — ces lois où le nom du pre« mier Consul et de TEmpereur est plus vivant encore que dans ses victoires, le pays tout entier les portait pour ainsi dire dans ses flancs. Il les préparait , il les voulait depuis longtemps, égaré sur les moyens josqu^au crime et à la démence, persévérant et presque infaillible quant au but. L'^esprit de ces lois était en quelque sorte à Tusage de tous ; leur texte n^avait point encore à porter le poids de la jurisprudence. Cette étude exerçait le jugement et la réflexion plus que la mémoire. Il y avait surtout du mérite à étudier le passé qu^on avait cherché à briser, à remonter vers les. sources que des eflbrts méchants ou maladroits n^avaient pu tarir*
A cette époque, les tribunaux de chef-lieu étaient juges d'appel pour le département, et respectivement juges d'appel pour les départements voisins. Iff • Bresson eui
d*aide-4e«camp, restant aux Ardennes parce qu^on y est en présence de rennemi, et, dans Fintervalle, menacé, pour canse d'absence et par de secrètes rivalités, de perdre son grade an bataillon qu^il a quitté momenta« némeat. Il n^a pas le bonheur d^dtre blessé. Pris de la fiéyre et sur le point de mourir à rh6pital de Strasboui^, il écrit une lettre d^adieux.
S oovembrey an 1*' ds h RépablIqiM françaises ^ > Mon tendre père,
> Ha maladie m^a réduit à la dernière laiMesse ; ma > fièvre continue et je ne quitterai pas Strasbourg avant 1 iba guérison* J^ai des nuits cruelles, des jours paisibles, a Dieu et vous, voilà ma consolation.
a Tendre famille, adieu. Je vous embrasse mille fois» a Les forces m^abandonnent pour vous écrire, mais mon a coDur vit pour vous aimer. >
Ainsi s^accom^issaient sous le driq^au les première» épreuves de sa jeunesse, dans un teo^s de privations et de combats, où, même au sein de distractions éphémères, la vie restait toujours sérieuse, parce que la mort n^étaît jamais loin.
Un jour, les hasards de la vie militaire rapprochèrent sous la tente deux jeunes officiers du même grade. La sympathie de leurs opinions et la fraternité de leur cou^ rage les unirent bientôt d^une étroite liaison. Les évè-
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