‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 20 sur 57 · BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE

VAHttLB DE CALLOT; — SA RAISSANCB ; — SA PRBHIÈBB ^DCCATIORI — DOCBLB FOITB BN ITALIB ; — BBTOm A LA UAISON paternelle; — DÉPART POUR ROUE.

La fauttUe deCallot est origtoaire de BoQiffogQe« Dés le eommeacement du qaioziéoie siècle plusieurs de ses membres étaient pourvus d^emplois importaals à la cour des ducs souverains de ce pays*

FéliMen, Hwérl et Dom Pelletier font remonter

Pexercice de tes chaqjfes jusqu^en 1417; mais ils d^*i1'> diquent pas l'époque précise à laquelle cette fimiîlle vint fi^établir en Lorraioe, non plus que les causes qui Ty atUrérenti On sait seulement que le 30 juillet 1584, Claude Callot, grand^pére derillustre graveur) fut anobli par Charles III (1). Il était areher des gardes depuis 1562, et allié A une famille noble de Lorraine.' Claude de Fricourt, sa femme, était pelite-niéce, par sa mére^ de la pucelle d^Ûrlèans.

Claude Callot eut sept enfants dont Tainé^ appelé Jean, comme son aïeul, obtint de Charles III, la cha^e de poursuy^ûnt d'armes (^) puis celle de héraut qu^tl exerça sous Henry II et sous Charles lY. Il assistait en qualité de roi cParmes aux obsèques de Charles III, mort en 1608.

Le père de Jean Callot était lié d^amitié avec Jacques Brunehault, médecin de Christine de Danemarck mère . de Charles III. La duchesse douairière avait obtenu de son fils des lettres de noblesse pour son médecin, qui épousa Jeanne de Gemietaire. Renée Brunehault, leur fille, devint la femme de Jean Callot*

Huit enfants naquirent de cette union. Jean, Tainé, dut succéder aux charges de son père. Quatre autres fils embrassèrent Fétat ecclésiastique : Georges devfait Cordelier, Claude fut Capucin sous le nom de Père Fëlfar, François et Henry se firent Tiereelins et refùrent les noms de Père Pascal et de Père Eugène. Des deux filles; Jeanne prit Fhabit de Sœur grise ; la dernière seule se

C «3 ) maria <3). On voit qoe les cadets de celle famille sont presqite loos entrés en religion. On peut donc en concbire avec '^Bsez de vraisemblance que Jacques Gallot, le «Scond fils, était également destiné à un ordre religieux. Son génie, son caractère ardent et impétueux^ une Tolooté ferme et opiniâtre en décidèrent autrement. Au lieu de s^enfouir obscurément dans les listes d^une communauté, le nom de Gallot brille depuis deux siècles et demi parmi les plus illustres et nous rappelle un artiste incomparable.

Cet artiste est une des gloires de Técole nationale. Comme graveur à Teau forte, il n^a été ni surpassé ni même égalé. Aussi la France du dix-huitième siècle a« Irelle compté, comme un des plus beaux. fleurons de sa couronne artistique, le célèbre Lorrain mort plus de cent ans avant qu^on eût détruit la nationalité de sa patrie. Le temps s^est rendu complice de cette usurpation qu^il a en quelque sorte légitimée. De nos jours bien des ^personnes ignorent encore que la Lorraine ait eu une individualité propre, des lois et des libertés particulières, une constitution distincte, qu'acné était gouvernée par des souverains indépendants ne relevant que de Dieu et de leur ^ée. Si Callot eut la douleur d^assister â Tasservissement temporaire de son pays, la force ne put toujours prévaloir contre le droit, qui reparut ensi^ite plus éclatant que le jour lors du traité de Ryswick* C^est cepeadant avant la réunion du duché à la France que la pléiade des artistes lorrains a brillé

du plus vif éclat. La vérité et la justice eiigeraient donc qu^on restituât à la Lorraine les fruits de son trayait et de sa pensée, les enfants qui ont fait sa gloire et qui Tont aimée d^un amour si parfait. Quand un pays a donné le jour à des artistes tels que les Claude Gelée, les Gallot, les Spierre, et à tant d^autres, ne pourrait-on pas, en montrant leurs œuvres^ dire avec un juste orgueil que Pécole lorraine est digne de rivaliser avec Técole française et Técole hollandaise, même avec Técôle flamande?

Toutefois, telle est la force de Thabitude consacrée par le temps, qu'ion rangera toujours dans Pécole française les artistes lorrains du dix-septiéme et même ceux du seizième siècle. G^est qu^en effet ces artistes sont Français par la langue aussi bien que par la manière, et surtout par Fesprit. Les relations, les alliances des princes de la maison de Lorraine avec ceux des maisons de Valois et de Bourbon ont été tellement intimes ; la Lor< raine a donné à la France tant et de si grands hommes en tous genres, que la réunion des deux pays était déjà accomplie par la similitude du génie, du caractère et des moeurs^ bien avant quelle fût prononcée par les traités.

L^artiste dont nous allons raconter la vie et admirer les ouvrages nous fournira plus^^une fois Toccasion de constater cette vérité.

Jacques Callot naquit à Nancy, en 1594 selon les uns, en 1593 selon les autres ; ni Tune ni Pautre de ces dates n^est exacte, et il faut nécessairement adopter celle de 1592. En effet si Ton se reporte, non pas à Tépitaphe de

fantaisie qu^n lit sur une gravure d^Abraham Bosse, mais à rinscription réelle placée sur le tombeau du grand homme, par les soins de son frère et de sa veuve, on voit quMI est mort le 24 mars 1635, à Tâge de qua-rante-trois ans. Il était donc né dans le courant de l'année 1502 (4).

Cette vie si courte fut glorieusement remplie. Pour raconter cette noble existence, il n'est pas nécessaire de recourir aux anecdotes contrauvées, aux fantaisies du roman. Il suffit d'être simple et vrai. Cependant il n'est aucun artiste sur lequel la verve des romanciers se soit plus constamment exercée. Les excentricités de sa jeunesse ouvraient une mine féconde à l'imagination de ceux qui s'attachent surtout à l'imprévu et à l'extraordinaire; il$ n'ont pas manqué de l'exploiter. Il faut aujourd'hui dégager la biographie de Callot des légendes fabuleuses sous lesquelles on s'est plu à enfouir la vérité. On ne doit s'arrêter qu'eaux &its constants, avérés, authentiques. Ils se réduisent à ceux que nous allons retracer.

Bien qu'élevé par ses parents dans des sentiments religieux dont il ne se départit jamais, Jacques Callot avait, dans son enfance, un goût décidé pour la satire. Toutefois, comme il était d'un caractère sérieux et réfléchi, c'était par ses dessins plutôt que par ses paroles que se révélait sa causticité. Habitué de très-bonne heure à manier le crayon, sa verve s'épanchait, sans s'épuiser jamais, dans d'innombrables caricatures où

( iM )

chaque personnage de sa connaissance élait représenté avec son ridicule le pins saillanl. Malgré son penchant naturel à la raillerie, le jeune Gallot aimait les choses sérieuses. Quoiqtfil n^ait pas poussé très-loin ses^études d^humanités, il savait assez bien le latin. Les quelques pages qui nous restent de lui prouvent que, parvenu à Tâge viril, il maniait la prose française aussi bien que les hommes de lettres de son pays. Quant à sa poésie^ elle n^était pas plus mauvaise que celle de ses contemporains* Son goût pour le dessin lui laissa bien peu de temps pour la culture des lettres, et Tart fut toujours la principale occupation de sa vie.

Israël Henriet, plus âgé que lui de quelques années, recevait des leçons de dessin de son père, qui dirigeait aussi le talent naissant du jeune Callot. Mon content de ces leçons, celui-ci passait la plus grande partie de ses loisirs à suivre les travaux que Claude Henriet, ami de son père et premier peintre de Charles III, exécutait pour la cour. Il allait aussi voir travailler Démange Crocq, graveur et maître des monnaies du duc de Lorraine, qui lui enseignait les premiers principes de son art C). Il voyait chez tous ces artistes le peintre Bellange récemment arrivé d'Italie, et qui en racontait les merveilles (5). Il n^en fallait pas davantage pour enflammer Timagination d^un enfant dont les arts étaient la passion dominante.

(*") llarieue, Noies manuscriles sur Callot, f^ i5 (Bibliothèque impériale).

Les parents de Callot voyaient avec peibe cet enthousiasme naissant. Les étades sérieuses en souffraient; aussi les représentations paternelles devenaient de jour en jour plus ^ves et plus pressantes. *

Les choses étaient en cet état, lorsque Claude HenrieC mourut. Son fils Israël partit pour Rome, avec ressentiment de sa mère. Moins heureux que lui, son camarade d^études et d^atelier, plus jeune de quelques années, dut rester â la maison paternelle. Pisu de mois après, les lettres d^Israel dépeignaient à sa familte les beautés de la ville éternelle. Dés lors, le désir de rejoindre le compagnon de ses travaux fut, pour Jacques Callot, plus fort qoe Tautorité paternelle, plus fort que son amour pour sa mère et la pensée du chagrin qu^il allait lui causer. Sans se mettre en peine des dangers , des difficultés presqu^insurmontables que présentait à un enfant de douze ans le voyage de Rome, il c^uitta la maison de son père.

Cétait au printemps de Tannée 1604; le jeune fugitif partit â pied, presque sans argent, sans recommandation, se fiant à sa bonne mine et à sa fortune. Son début ne fut pas heureux ; il ne sut bientôt plus eomment continuer sa route, et fîit obligé de se joindre à une troupe de Bohémiens qui se rendaient à Florence.

Le noble enfant était trop jeune et trop bien élevé pour se corrompre au contact d^une si fâcheuse compagnie ; son innocence le sauva. D^ailleurs son séjour parmi ces bandits fut tout au plus de six ou huit semaines.

et son esprit ne GODserva de cette rencontre qu'aune vive impression des mœurs, des habitudes des BohémieDS. Il les retraça plusieurs années après dans quatre pièces charmantes qui nous font voir quelle était la vie. de ses compagnons.

Ce récit, tracé par la pointe vive et spirituelle de Cal« lot parvenu à toute la maturité de son talent, nous met au courait des particularités du voyage. La troupe est nombreuse, elle se compose, tant en hommes, femmes et enfants, d^une trentaine d^individus. Huit chevaux assez semblables k celui de TApocalypse et non bridas, un ànon et une charrette délabrée servent tour à tour au transport de ces pauvres gueux pleins de bonadvenith res 0« Les hommes sont armés jusqu^aux dents. Les femmes enfourchent les chevaux, portant les plus jeunes enfants par devant et par derrière. Les bambins capables de supporter les fatigues de la route marchent chargés de divers ustensiles. Toute cette bande, depuis longtemps façonnée au vice,exhale une odeur de mauvais lieu. On voit que, si elle cherche fortune, elle la rencontre rarement. Elle ne porte , comme dit Tartiste , rien que des choses futures.

Deux épisodes font deviner quelle était Tindustrie de ces àraçes messagers.

C) Les mots soulignés sont extraits des légendes pteines de malice placées par Gallot lai*méme dans le haut de ses pisa* ches.

( iw y

La troupe arrive dans un village. Les habitanU s^empressent autour des Biriiémieus pour se faire conter la bottoe airenlore. Pendaatque chuean prend pimsk* à ieurê paroles, le reste de la bande fait maia-basse sur les bestiaux. L^élable, le poulailler, les greniers, tout est mis aut pills^e. On se bat d^on cMé, on 'voie de l'autre. PorcS) moutons, volailles, lapins, sont toés ou emportés vivanla* Rien, pas même le pauvre chat domestique, u^écfaappe à la rapacité des bandits, qui se retirent gorgés de buiki.

Une*autre estampe représente la halte après le pillage. Les animaux sont dépouillés ; le feu pétille devant les broches* Pendant ces apprêts, abandonnés principalement aux femmes et aux enfonts, une partie de cartes et de dés s^engage au pied d^un arbre, tandis qu'à quelques pas de là, une malheureuse mère se débat dans les douleurs de Fenfantement.

Tels sont ces tableaux, aux sujets si diversifiés que la plume est impuissante i en indiquer même une faible partie. Les scènes qu^ils représentent se compliquent tellement, elles sont tracées avec une telle verve, une telle finesse d^observation qo^elles échappent à Tanalyse et ne laissent place qu^à un seurire d^admiration. On ne les quitte jamais sans regret, et chaque fois qu^on y revient,^ on y découvre toujours quelque détail, quelque charme nouveau (6).

Au milieu d^une vie si désordonnée, Jacques dut plus d^une fois penser à sa mère. Quel contraste entre ces

( ^00 ) oottnes aventoreiues et la sainte tranquillité 'du foyer paternel ! Il fiillait que Pamour de Part Ait bien vif pour qn^il remportât ainsi, chez un enfant aossi jeune, sur le dégoût que des saltimbanques et des voleurs émirites devaient lui inspirer. Aussi, dés qu^il fut arrivé à Florence, il s^empressa de les quitter. Sa gentillesse le fil bien accurillir par un officier du grand duc qui, au récit de son escapade, prit intérêt à lui et le fit entrer dans Patelier de Remigio Ganta-Gallina, peintre, ingénieur et graveur, qui lui donna des leçons de dessin, et le fit aussi graver au burin. Pour détruire le goût déjà trèsprononcé que Jacques avait pour le grotesque, Gallîna lui fit copier les bons ouvrages des grands maîtres. II la fit aussi beaucoup travailler d'après ses propres dessins, et c^est à ce fait qu^on doit attribuer les ressemblances qu^on remarque entre quelques ouvrages des premiers temps de Callot et ceux de Canta-Gallina. Il y a même quelques pièces assez médiocres qu^on attribue généralement à Callot et qui pourraient bien être de Ganta- Gallina. On prétend aussi que, plus tard, Tartiste Florentin ne dédaigna pas de travailler diaprés les dessins du jeune Lorrain, devenu Tun des maîtres de Part (7).

Ces leçons auraient pu sulEfire, pendant plusieurs années encore , à Péducation artistique du jeune fugitif. Les chefii-d^œuvre rassemblés par les Hédicis et les conseils de Canta-Gallina devaient sans doute le retenir à Florence ; mais, après quelques mois d^études. Pinçonstance si naturelle à cet âge, le désir de revoir son

( »H ) camarade Israël Heariet et sarloul de conlempler les menreilles de la reine des arU, le déddéfent à partir pour Rome.

A peine arriva dans cette tille, il fut reconna par des marchands de Nancy qui, malgré ses larmes et sa rési* siance, le ramenèrent à ses parents.

Rendu é la sévérité de ses études, soumis à une surveillance rigoureuse, Penfant, qui avait déjà respiré Tair de la liberté, rompit de nouveau sa chaîne. Ayant cette fois ramassé quelqu^argent, il se dirigea sur Lyon, traversa le MoBt-Genis, et marchait vers Florence et Rome, lorsqu^il fttt rencontré dans les rues de Turin par Jean, son frère aîné, qui le recondubit une seconde fois à la maison paternelle.

L<Hn de décourager le jeune artiste, les obstacles ne faisaient qa^irriter son désir de suivre la carrière qu^il s^était tracée. Non content de continuer A apprendre le dessin, il voulut essayer de mettre en pratique les quel* ques leçons de gravure quMl avait reçues de Démange Grocq, à Nancy, et de Canta-Galiina, à Florence. Après s^étre procuré une planche de moyenne dimension, il exécyta, au burin, dans un goût et dans une manière qu^on ne peut guère qualifier, une copie d^un portrait de Charles IIL La gravure décèle une main encore inexpérimenlée, mais qui cependant n'en est pas à son coup dressai, et Ton y reconnaît une disposition toute particulière à entailler le cuivre. Sur cette pièce que Tenfant a fièrement signée de son nom, à la manière des maîtres,

( 202 ) on lit : /« Calloi fecii ei excudit, et, en baut de la bordure, après les noms du prince, la date de 1607. Celle date n^avait jamais été signalée par les historiens* Elle prouve, contre leur assertion unanime, qu^ Callot agravé à Nancy ayant de travailler & Rome sous Philippe Thomassin (8> On ne connaît pas d'autres pièces avec celte date, ou avec celle de Tannée 1 608. Il est cepeadjsnt avéré que cet essai ne fut pas le seul. Sans parler de Tarbre généalogique de la maison de Porcelet, qui fut probablement gravé en Lorraine quelque temps après le portrait de Charles III (9), il est certain que, dès ce moment, les parents de Gallot prirent le parti de lui laisser suivre son inclination pour la gravure. Son père lui-même utilisa, selon toute probabilité, le talent naissant de^son fils en lui Caiisant graver, soit avant, soit après le portrait de Charles III, un Eecueil de blasons dont Texistence est aujourd'hui bien constatée (10).

Toutefois rien ne garantissait le héraut d'armes de Lorraine contre une troisième fuite de son fils. Respec* tueux, mais obstiné, Jacques, qui venait d'atteindre sa seizième année, voulait aller étudier à Rome, et ae s'en cachait pas« En voyant cette persistance de volonté, et désespérant de la vaincre, ses parents pensèrent avec raison qu'il valait mieux y céder que l'irriter par ,à» nouveaux obstacles. Us consentirent au voyage ^e leur fils, et lui promirent de saisir la première occasion £sivorable pour le (aire conduire sûrement à Rome.

Cette occasion ne tarda pas à se présenter. Charles III

(»5 ) venait de 'moarir; Henry II, son fiis et son succèsseor, enroyait un ambassadeur an Pape pour lui notifier son avènement à la couronne ducale. Cet ambassadeur était le comte TomieUe de OeAéviller. Sur la demande de Jean CSallot, il admit son fils parmi les hommes de sa suite t*). On se mit en route le i«^ décembre 1606, et Pambassade dut arriver à Rome au commencement de

Jusqa'*ki, nous avons suivi Tenfiint, le héros d^aventores dans ses courses vagabondes ^ nous allons mainte'* nant admirer Partiste. Les détails dans lesquels nous sommes entrés ne sont cependant pas sans intérêt, parce qu^ils nous donnent Texplication des allures vives, fringantes, hardies, souvent moqueuses, rarement de mauvaise compagnie qu'on remarque dans les pièces gravées par Callot. L'^impression produite par la société des Bohémiens ne se révèle pas seulement dans les quatre pié» ces dont nous avons parlé, mais aussi, et à chaque pas, dans les Caprices, les Fantaisies, les Foires, les Jeux, les Sièges. Sous la souquenille du mendiant ou soûs la cape do soldat on aperçoit quelque chose du Bohème. L^empreinte avait été si vive qu^elle ne s^est jamais efbcèe de Tesprit de notre artiste ; aussi, en découvre-t-on des traces daus une multitude de ses compositions*

(*) En recoonaissance do service qui loi avait élé rendu, Callot grava plus tard une jolie pièce allégorique en Tbonneur des Comtes de ToraîoUe et de Brionne. Elle est connue #tts le nom du Grand-Rocher. — Voy. Catalogue de l'œuvre.

(204) ToQtefoi», il faadrail se garder de croire quHl y ak dans ces souvenirs autre chose qu^un éclair artistique. Comme homme, Galiot n'a rien emprunté aux habitudes des Bohémiens. Sans jamais rien perdre de sa yerye bouffonne, il est toujours resté Thomme de bonnes mœurs et de bonne compagnie. Son corps n'a pas été plus souillé que son âme. Il le disait naïvement à ses amis qui l'ont raconté à Félibien. Cet auteur iait à ce sujet les r^exions suivantes : < On ne peut assez admirer la conduite de la Providence, qui le préserva toujours de toutes sortes de dangers* Aussi ses pare^its regardaient comme un grand bonheur et une singulière protecti<Mi de Dieu qu'il eût fait ces voyages sans aucun acddenl. Lui-même disait qu'au milieu des mauvaises compagnies où il se trouvait, il élevait son cœur vers Dieu et lui demandait la grâce de ne pas tomber dans les débauches dont il avait sous les yeux le dégoûtant spectacle ; il ajoutait que, dans ses' prières, il demandait toujours à Dieu de vouloir bien le conduire, lui fiiire la grâce d'être homme de bien, le suppliant que, quelque profession qu'il embrassât, il y excellât au-dessus des autres, et qu'il pût vivre jusqu'à quarante-trois ans* > , Il semble qu'en exauçant les vœux dictés par un si noble orgueil. Dieu ait voulu qu'ils fussent trop strictement accomplis. Callot en effet, préférant â toutes choses, et â la vie même, une haute réputation s'il pouvait l'acquérir, est devenu le premier graveur de son temps. Il est m^t, usé par l'excès du travail, à quarante-trois

(«05 ) anS) comme il Tayait pressenti, alors que ses nouvelles prodnetîons ne pouyaient plus rien ajouter à sa gloire (*}.

SÉJOUR A BOUB. — PRBIIIBBS TRAVAUX SOUS LA DIRBC* TIOEf DB PHILIPPE THOMASSIN.

A partir de Tannée 1609, la vie de Callot est entièrement consacrée au culte des arts. Arrivé iRome sous la protection de Tambassadeur lorrain ; muni de quelqu^argent, réuni désormais à son camarade Israël Henriet, sa première pensée fut d^apprendre à peindre. Mais il lui fallait auparavant se perfectionner dans le dessin, et pour y parvenir, il se mit à copier les grands modèles qu^l avait sous les yeux. Henriet, plus âgé et plus avan* ce, lui donna quelques conseils et le fit probablement traTailler avec lui.

Bien que les contemporains soient muets sur ce point, il est très-vraisemblable que Gallot dut commencer à recevoir ses premières leçons chez Tempesta. C^était dans Tatelier de ce maître qu^étudiaient alors deux de ses compatriotes, Israël Henriet et Claude Deruet. Tem-

C) ^^y^^ répiuphe da tombeau élevé par la famille de Callot à sa mémoire dans le cloître des Gordeliers ; elle est rapportée ci*après, I la saite de la biographie, note 5S^.

( 206 ) pesta était peintre et graveur trés^fécond ; il eDtpIoyait plas souvent la pointe que le burin. Callot ne savait pas assez de dessin pour graver encore à Tean forte ^ c^est probablement pour ce motif quHl quitta Tatelier de Tempesta, sans cesser toutefois ses relations avec cet artiste. Nous verrons en effet les noms de Callot et de Tempesta associés dans une publication qui eut lieu à Florence, en 1612. Mais, vers la fin de 1609 ou au commencement de 1610, le jeune Lorrain était sans argent, il lui fallait tout à la fois continuer ses études et trouver des travaux dont il put tirer quelque profit ; Tocoasion ne se fit pas longtemps attendre.

Il y avait alors â Rome un graveur français, originaire de Troyes en Champagne, nommé Philippe ThomassÎB. Tenu en Italie sans aucunes ressources, il avait co|dmencé par ciseler des boucles et des ornements de ceinturons dont on faisait un grand usage dans la seconde moitié du seizième siècle. Plus tard, la mode ayant changé, et son premier métier ne lui rapportant plus rten,ibe perfectionna dans le maniement du burin, et reproduisit par la gravure plusieurs sujets religieux dont il eut un grand débit. Il devint même on artiste remarquable, et Ton a de lui plusieurs grandes pièces, justement ettimées, parmi lesquelles on cite celles qu^il a gravées d^apiéi Claude Démet. En même temps qu^il se livrait à ces travaux sérieux qui lui ont donné une place fort honorriile parmi les artistes, Philippe Thomassin publiait une multitude d^ouvrages de pacotille, pour lesquels il employait

des jeanês gens qif il payait à la journée. Ge fut chez ce maître, déjà âgé, que Callot se mit en apprentissage. On lui donna d^abord â copier des gravures des Sadelers, dont les productions étaient alors fort estimées. Callot chercha à Imiter le brillant de leur burin ; aussi remarque-t*on, dans les ouvrages qu^il fit à cette époque, quelque chose du faire de ces artistes. Plus tard il choisit dans ses dessins des copies du Bassan et d^autres peintres, qu^l grava également pour le compte de Philippe Thomassin.

Ces premières productions ne sont pas toutes parvenues jusqu^â nous avec le nom de leur auteur. Plusieurs sont restées confondues dans la multitude des images sans nom que Thomassin livrait incessamment au commerce. Il est probable d'ailleurs qn^elles n^étaient pas meilleures que celles de ses camarades d^atelier.

Cependant Callot acquit, en moins de trois années quMI passa dans Fatelier de Thomassin, une pratique assez grande dans le maniement du burin, pour se hasarder à signer de son nom quelques pièces d^une suite des douze mois de Tannée, quMI avait gravées diaprés Jean et Adrien Collaert, sur les dessins de Josse de Honper. La suite entière lui a été plus tard attribuée ; mais il y a toute apparence que parmi les pièces qui ne portent pas son nom, plusieurs appartiennent à ses camarades d'^atelier* Mariette lui-même est dans le doute à cet égard : a II pourrait bien se faire, dit-il, qu^il y en eût parmi ees ptéees qftelqaes-nnes qui ne fussent pas

( 206 ) de lui, il est cependant assez difficile de Taffirmer sur des ouvrages qui se ressentent autant des marquas de Tapprentissage et où il n'y a encore ancune manière formée (*). >

Un peu plus tard, Callot donna une suite de trente pièces représentant les tableaux qui sont au-dessus des autels de saint Pierre, de saint Paul et de saint Jean de Latran. G^est le premier ouvrage qu^il ait gravé sar ses propres dessins. Toutefois, ces dessins ne sont qae des copies fort médiocres* Malgré les nombreuses incorrections qui déparent cet ouvrage et Tinfériorité de son exécution, eu égard à ce qu^il a fait depuis, on remarque dans la gravure de cette suite une grande facilité unie à une certaine sûreté de main.

On peul rapporter à la môme époque la gravure d^un Christ au tombeau, d'après Ventura Salembeni, et les mesureurs de grains. Citons encore, comme étant peutêtre du môme temps, une pièce représentant la sainte Yiei^e, la Madeleine et saint Jean près de Jésus en croix, les quatre saisons, etc. Toutes ces pièces sont trèsincorrectes. Elles dénotent cependant un artiste qui n^en est plus déjà à ses premiers essais*

Ces ouvrages ne sont que des copies. Pendant tout le temps de son séjour à Rome, Callot n^était pas assez sûr de lui-môme pour travailler diaprés ses propres cob^ositions. Il est môme dou|eux qu^il sût alors dessiner d^a-

(*) Manuscrits de la bibliothèque impérialei f<» 28.

( 209 ) prés nature ; c^est ce qui explique la faiblesse relative de 068 premières productions, dont tout le mérite consiste dans une assez grande facilité à manier Toulil.

Celle facilité, justement appréciée par Thomassin, avait fait admettre le jeune artiste dans son intimité ; il avaijl alors dix-huit ou dix-neuf ans. Très-supérieur à son maître par Péducation, par la vivacité de son esprit, Calk>i avait dans loule sa personne un je ne sais quoi qui attirail vers lui et le faisait aimer; ses qualités morales relevaient ses avantages physiques. La femme de son maître était jeune encore et italienne ; celui-ci, vieux et jaloux, trouva les assiduités de son élève trop compromettantes, il lui donna son congé (il).

Pendant quMl travaillait chez Thomassin, Callot avait entendu parler de Jules Parigi, dont la réputation était alors européenne. Peintre, ingénieur et graveur, cet artiste ne se distinguait pas seulement par ses ouvrages, mais aussi, et surtout, par Texcellence de ses leçons. Le jeune Lorrain voulut en profiter. Désireux comme il rétait d'^atteindre à la perfection de son art, il senlail qu^l n^avait appris jusqu^alors que la partie mécanique de la gravure. Libre désormais de tout engagement à Rome, que d^aiileurs son ami Henriet allait bientôt quitter, il partit pour Florence.

Avant de le suivre dans cette dernière ville, on doit constater que ce départ eut lieu vers la fin de Tannée 16il. En effet» on connaît des pièces publiées par Gallot à Florence au commencement de 1612, et qui ont dû

(ÎIIO )

nécessairement être gravées dansla même ville, plusiears mois auparavant. A partir de cette époque, il ne travailla plus à Rome.

Ainsi tombe, par le seul rapprochement des dates, les prétendues liaisons de Callot avec Claude Gelée et le Poussin. Il serait sans doute à désirer que ces trois beaux génies eussent pu se connaître et se prêter mutuellement le secours de leurs talents. On aimerait à se persuader, comme on Ta tant dit et répété, que Callot fiiisait à Rome les personnages des tableaux de Claude Gelée. Halheiireusement ce dernier n^avait que douze ou treize ans, lorsque Callot quitta Rome pour n^ plus revenir, et il faut nécessairement renoncer à Tidée, plus séduisante que réelle, que ces deux artistes si ëminents aient pa travailler sur la même toile. A Tépoque ou Callot quitta Rome, la tradition indique que Claude Gelée était apprenti pâtissier à Toul. Plus de vingt ans s^écoulérent encore avant que le grand homme, alors méconnu^ tint d^unemain si ferme et si vigoureuse le pinceau qui a porté si haut le nom de Claude le Lorrain. Il ne pouvait donc pas être en France pour y exécuter les deux petites batailles dont on veut que Callot ait peint les personnages et qui représentent des événements accom- . plis  la fin de 1628 et en 1629 (12). D'ailleurs, à cette époque, Claude Gelée n'avait pas encore une grande réputation, et il est probable que les deux tableaux du Louvre dont il s'agit ont été exécutés en Italie, beaucoup plus tard et peut-être après la mort de Callot.

En tout cas, il est certain qae, depuis 1628 jusqu^A ieur mort, Callotet Claude u^ont pas pu se rencontrer et par conséquent travailler ensemble. On a voulu attribuer ies personnages de ces tableaux à Gallot, parce qu*on 7 retrouve quelque ressemblance avec les soldats du grand siège de la Rochelle et ceux du combat de Veillane. Cela ne prouve rien autre chose, sinon que Fauteur de ces personnages (Philippe Lauri, Jacques Courtois ou tout autre) s^est inspiré des gravures de Callot, qui ont été certainement exécutées avant les tableaux*

SÉIOOR A. FLORBNCB. — TRAVAUX SOUS . PAR161. — CALICOT ARRIVE A L^ APOGÉE DE SON TALBIIT ET OB- TIENT LA FAVEUR DU GRAND DUC. — - RETOUR EN LORRAINE.

A répoque où Callot vint se fixer à Florence, la Toscane était gouvernée par Cosme II de Mëdicis, prince passionné pour les arts. U encourageait aussi les hommes de lettres et les savants, quUl attirait dans sa capi- Ule. Il cherchait à découvrirlles talents nouveaux, et, pour qu^aucun mérite ne pût lui échapper, il se feisait remettre chaque jour la liste des étrangers. En entrant dans la ville, Callot avait dû décUner son nom et indi-

quer sa profession. Conduit devant le Grand Duc, il pat lui montrer quelques*unes de ses producliofis. Les épreu* ves des dernières planches gravées à Rome par le jeune artiste plurent au souverain, qui Tatlacha immédialement à sa personne. II lui donna une pension et ce qu'ion appelait alors la parte avec un logement dans la galerie des artistes.

Ce bon accueil était déjà une recommandation. Aussi le jeune graveur, après avoir renoué connaissance avec Canta*Gallina, son ancien maître, fut-il admis dans Tatelier de Jules Parigi, où il se trouva en rapport avec les artistes les plus émine^pts et les jeunes gens appartenant aux meilleures femille» de Tltalie. Il se lia particulièrement avec Bernardino Pocelli (Bernard Pochet), qui lui fournît le dessin d^une très-grande pièce représentant Penfer du Bante. La gravure de ce morceau était un travail énorme. Callot Tavait terminé au printemps de 161d, et, le 20 mai delà même année,, PocettI en soumettait au grand duc les premières épreuves.

Pendant qu^il se livrait à ce travail, on préparait à Florence la publication d^une pompe funèbre de la reine d^Espagne. La femme de Philippe III, Blarie-MargueriCe d'Autriche, était morte en Espagne le 3 octobre 1611. Gosme II, son beau-frère, lui fit rendre t Florence des honneurs funèbres dont il voulut que la gravure conservai la description, tout en retraçant les priocipalAs actions de la courte vie de la princesse. L^exécution lente du burin ne convenait pas à cet ouvrage de circon-

(213) Biaace. Oa e«rt recours à Teropesta, qui fit d^àbord les dessins des vingl-neuf planches représentant cette cérémonie ; mais comme il ne put les graver toutes, on divisa le f raTait entre plusieurs graveurs, et Ton confia Texéculion de quinze morceaux à Callot qui s^était probablement déjà essayé à donner l'eau forte, qnoiqu^il y fût alors assez peu habile (15). Il y réussit cependant à ce point que ses planches soutinrent la comparaison avec celles daes à Tempesta, Hei-Tiengi et Raphaël Schiaminosi, qui figurent dans le même recueil. Ces quinze pièces sont incontestablement les premières que Callot ail gravées à Peau forte, et elles sont trés-vraisemblablement de la fin de 1611, puisque Texamen du texte par les aotorités ecclésiastiques et la permission d'imprimer sont des 8 et 9 février 1612 (*). Il est vrai que nolro artiste abandonna bient(^l ces premiers essais de gravure à Teau forte pour reprendre le burin pendant les années 1612 et 16i3; mais H n'en est pas moins certain que Texistence des quinze pièces de la Pompe funèbre de la Reine d'Espagne détruit Fasserlion de Félibien et de Cersaint, d'après lesquels €allot aurait débuté à graver à l'eau forte par la pièce représentant le miracle

{*) Le litre est daté de 1612 ; mais les irois actes d'approbation sont des 8 et 9 février 161 1 ; celui de rînquîsition est do 9 février 1612. La reine étant morte le 5 octobre \^\\, il faut nécessairement lire partout février 1612, d'après le Calendrier grégorien, dont Pusage n^étatt pas encore géuéral.

(214) de saint II«Dfny) sur l«q»elle eertàios aotenis. oui cro ponyoir lire la date de 1613, et qui ne fut crataiiiraiitfil gravée qu^en 1616 (14).

On doH aussi rapporter à ia même époque Teiéeutio» au burin des planches qui décorent le litre iatttalé t Scelia éTalcuni Miracoli, etc. Bien que Touvrage i la décoration duquel ces planches devaient servir n^ait été publié qu^en 1619, la faiblesse de leur exécution, com* parativement à ce que Callot produisait à cette époqoe, fait nécessairement supposer qu^elles ont été gravées plusieurs années auparavant. Le titre seul^ bien supérieur au reste de la suite, nous parait, avoir été gravé à ia date qn^il indique.

A partir de Tannée. 1613, nous «vous à constater éeê progrés de plus en plus sensibles. Cest à cette époque que parurent successivement : la Sainte famille^ diaprés Andréa del Sarlo, VEcce homo, diaprés Stradan, et la Sainte famille, gravée sur un dessin de Farinati, d^apiés le Titien.

Toutes ces pièces , bien que révélant des progrés marqués dans le dessin et le maniement de Toutil, ne sont que des copies. Callot n^avait jamais rien produit de lui-même, et son savant maître lui faisait toucher au doigt les défauts qui déparaient souvent ses dessins. Il hii fit sentir que, s^îl voulait obtenir le prix de son art, il fallait surtout perfectionner son dessin, quitter le travail matérielde la gravure au burin et étudier les grands mattres. Callot suivit ses conseils, et, abandonnant Toutit,

( St'S ) il se uMl résolnmeiii à apprendre l'architeclure^ ainsi que U perspective lioéaîre et aérienne. Il exécuCa surlout uneianombrable quantité de dessins d-après nature^, tant ae crayoD qu^à la phime. Suivant avee un intérêt tout particulier les progrés de son élève, dans lequel il apercevait nn grand bomme, Parigi lui recommanda de redooMer d^efforts et de s^attacher toujours à la nature. Il raverlit surtout de cultiver la facuUé précieuse, in* coflsparable, quMl avait de dessiner en petit les sujets les plus variés, les- pi us compliqués, et quMI tirait é volonté de son imagination* Il arrivait bien parfois qu^au lieu dHmHer la natore, le malin jeune homme la faisait grimacer en la défigurant. Son goût pour le grotesque était reveau plus passionné que jamais. Parigi Pen blâmait parfois, sans cependant Ten détourner tout à faii^ le maître ne pouvait s^empècher de sourire en voyant la verve comique qui étinceiait dans les dessins de Téléve, et sa sévérité était désarmée.

Deux années s^écoulérent ainsi pendant lesquelles Gallot prit bien rarement le burin ou la pointe. Une occasion se présenta cependant en 1615. Le Grand Duc donnait cette année une fête magnifique au prince dTrbin. Parigi, qui en avait été Tordonnateur, voulut que son élève en retraçât le souvenir. Celui-ci s^en acquitta en gravant â Teau forte une série de planches dont trois surtout (les plus grandes) sont infiniment supérieures aux autres. Nous croyons, quoi qu^on en ait dit, que Parigi n^a point fourni à Callot le dessîn de ces différentes

pièces et que, tout au plus, ce dernier a pu se servir ea partie des épures exécutées dans de fortes dinensioiis pour la construction des madiines etTordonnanoe générale de laftte. Cest à cela que Galtot fait évidemment allusion lorsqu'il écrit sur plusieurs de ces pièces : riffii {sic) itwenii; Callot dtiineaçii eifecii. est difficile d^expliquer comment la main qui a gravé les pièces intitulées Carro del sole et Carrùdèl amùte, a pu produire en même temps plusieurs aatréi pièces de la même suite qui sont bien supérieures aux premières. Il nous semble qn^il a dû s^écouler au moins quelques mois, si ce n'est une année, entre Texécuttôn des premières et des dernières planches* D^ailleurs la pubiieation des gravures ne fut pas contemporaine de Tévénement qu^elles retracent. Baldinucci indique que les fttes données au duc d^Uilnn eurent lieu en 16i&, et celte date se lit également sur une des pièces qui en conservent le souvenir. Deux des planches les plus médiocres an« noncent qu^elles ont été gravées en 1616; mais on peut reculer d^une année Texécution des trois plus grandes qui ne portent pas de date et qui sont bien supérieures»

Cest aussi à l'année 1616 que Baldinucci fiiit remonler la gravure dès trois pièces dites les Intermèdes de Florence, qai ne sont pas sans mérite et qui appartiennent peut-être â Tannée 1617.

Quoi quil en soit, il est constant que Tannée 1616 vit s^accomplir la fin des études de notre artiste, et qu^â partir de cette époque, il vola de ses propres ailes, gra*

C «7) vaDl^xmliâmlleneol d^rès ges desiM, et acquéranl de jcnr en jour une ncrovelle dexiérilé dam le mtnifmenl de la poiiiie et daos remploi des acides.

Un 164 7, Gdiot loaniil A son maître mie série de gravures <itii' excitèrent tellement son admiration, qu'il engagea Imir aulenr A les dédier au frère du Grand Duc, Don IiâHirent de Médiois. Modeste autant qn^habile^Gaiiot se borne A intiloler Ca^d di varie figure la charmante suite qu'ail mnt de produire, et où se révèle le premier filoa de cette mine d^one richesse si prodigieuse. En Toffraol au prince, il se sourient des avis de Parigi ; il fait boQ. marché de ses productions précédentes. Les considérant, pour ainsi dire, comme non avenues, il dit que < ses Caprices sont les prémices de ses travaux, les premières fleurs qu'il ait cueillies dans le champ de son stérile esprit. > Gallot était connaisseur, et la postérité a ratifié son jugement. Plusieurs pièces de ces Caprices OBt uo intérêt particulier pour les habitants de Florence, en cequ^eiles retracent des fttes, des cérémonies, des coutumes dont il ne reste plus anjourâ%ui que le souvenir.

Les Caprices sont sans date ; mais Baldinucci, qui les place entre les fêtes de la Guerre d^amoor, publiées en 1 6t6, et les Combats des galères, qui portent la date de 1617, semble indiquer que les Caprices auraient été gravés en 1616. Nous ne saurions partager cet avis. SMl a dû s^écouler une année entre la publication des différentes pièces de la Guerre d'amour, il est difficile de

croire qne le même temps a dû ge pa«er entre la gravure des dernières pièces de cette sotte et la pnblicaHon des Caprices. Tout au pins pourrait-on dire qne ce qu^il y a de mieux dans la Guerre d^amour est d^one époque contemporaine des Caprices.

Quelle que soit la date précise à laquelle les Caprices ont été publiés, il est certain qu^à partir de cette époque Callot cessa de sMnspirer des productions d^aotrui e€ qu^il continua de trayailler désormais diaprés ses propres inspirations. Sans parler du Combat des quatre galères gravé en 1617, des Péchés capitaux, de quelques titres de livres gravés d^une pointe infiniment spirituelle ; en ^ passant sous silence la charmante pièce qui représente une fêle donnée sur TArno le 95 juillet 1619, i?dr/ir^iifa del re tesai et del re tinta (les tisserands et les teint»riers) et dont la gravure est en forme d^éventail; en négligeant même la belle suite de la tragédie de Soliman, qui est de la même année, la ravissante pièce qui retrace le massacre des innocents, etc., etc., nous arrivons à fun des ouvrages les plus surprenants que la gravure ait jamais produits. Nous voulons parler de la grande foire de Xlmprunetay dite la Foire de Florence.

Ce travail prodigieux, qui porte la date de i 620^ mit le comble à la réputation de Tarliste. On ne sait ce qu^on doit le plus admirer, ou de Pordonnance des différentes scènes qui se pressent sans se confondre et sans se nuire, ou de la pureté du dessin, ou enfin de la légèreté, de la vivacité, de Tesprit avec lequel la pointe a parcouru et

mordu le cuivre. Ceim qoi ont reproché A Galloi un peu de raideur n^ùBi qu^i examiner une des premîéree épreuves de cette planche, et ils seroul forcés d^avouer que son auteur est aussi mo^leux que spirituel et original* A partir de ce moment» rinstromeat obéit toujours à sa maiii poissaiite* Il crée ce qu^il veut et comme il le veut. Poar doanqr one idée de cette extrême £u:iHté de Goneeption et d^exécution, Saldinucci rapporte use aneodate qui se r^ttadie à la gravure de celte pièce incqmparable et quMi déclare tenir d^uo témoin occulaire^ Je docteur Jacinto-Andrea Cicognini. Gallot avait donné Teau forte à sa planche et enlevé le vernis, lorsquMl a^rçut des vides qui produisaient un effet désagréable» Reprenant aussitôt son instrument, il se met à graver plusieurs personnages nouveaux, des arbres, des &briques dans les espaces libres, sans avoir sous les yeux aucun dessin qui pût guider sa main. Baldinucei ajoute que ce tour de force se reproduisit fréquemment. Cest ce qui explique comment on aperçoit, dans quelques ouvrages du maître lorrain, des travaux au burin pur ou à la pointe sèche. Ainsi se trouve justifié à la lettre ce qu^on a dit de Jacques Callot, qu'il « possédait le prodigieux talent d'improviser sur le cuivre (*)• >

Plus on considère une très-belle épreuve de ce chefd'œuvre, plus il devient difficile de s'en arracher. L'ins-

O M* ^^ Dumast, Mémoires de rÀcadémie de Nancy, 1850, p. cvii.

piralkm du inattre <tail alors telienient puissante qu^elle lui a fait alleindre les deruiéres limites de Tari. G^est à peine si Ton trouverait dans Pœuvre entier de €aUot, un seul morceau digne de lutter avec la grande Foire de Florence. Il a pu faire autrement, peut-être aussi bien dans un genre différent, mais jamais mieux* Telle était aussi Tavis de Mariette, que nous irimons toujours â citer comme Poracle du goût en cette matière : < Rien n^égale la merveilleuse pièce quHl grava à Florence et qui représente la foire qui se tient tous les ans à la Ma* donne de Vimpraneia. Cest un tableau accompli de tout ce qui se peut imaginer pour exprimer un grand concours de peuple occupé â une infinité d^acltons dif* férentes. Callot Ta exécuté le plus heureusement du monde,' et rien n^est plus capable de faire connaître rétendue de son génie. Que de variété dans les pensées ! Que de noblesse dans certaines expressions, que de simplicité et de naïveté dans les autres ! Chaque groupe, chaque Ggure contribue é former un ensemble, où chaque objet se trouve si bien à sa place, qu^on n^y aperçoit aucune confusion. > (Notes manuscrites folio 19.)

Dans toutes les compositions qui datent de cette époque, Callot se montre toujours étincelant de feu, de fougue, de génie. Toutefois, la plupart de ses ouvrages se distinguent par une grande sobriété de travaux. On voit qu'il réjette avec soin de ses compositions tout ce qui n^est pas indispensable à Teffet quMl veut produire. Il emploie toujours le procédé le plus simple pour ex«

primer ce qu^ii sent. Quant â la manœuvre de Toutil, il a raremcrot recours au burin pour fortifier ses travaux à ia peinte, et il ne se sert de cet instrument que dans les morceaux où il est indispensable pour nourrir suffisamment les ombres.

Sa fécondité inépuisable sVxerçait sur une multitude de sujets variés comme sa pensée, et aussi rapidement exéouléa que conçus. Le même jour voyait souvent commencer et terminer nne planche. -

Ses délassements étaient encore consacrés à Tétude de Tart. Quand il ne gravait pas, il dessinait et il traduisait sa pensée par une multitude de dessins dont la réputation de Tauteur a assuré la conservation (1 S).

Non content d^avoîr surpassé les artistes de son temps, Callot eut encore la gloire d^indiquer aux praticiens un procédé inusité jusqu^aiors. Au vernis mou, dont on faisait exclusivement usage avant lui pour la gravure à Teau forte, il substitua le vernis dur des luthiers. Cette découverte dut avoir lieu vers 1616 ou 1617, et, depuis cette époque, Callot se servit constamment du vernis dur. C'est à remploi de cette substance qu^îl dut de pouvoir exécuter ces merveilleux infiniment petits, ces figures lilliputiennes qui peuplent ses estampes. Outre qu^il trouvait ainsi le moyen de donner plus de légèreté et de finesse à ses travaux, il avait encore le grand avantage de pouvoir les diversifier en quittant une planche pour en prendre une nouvelle. Il se délassait ainsi d'un labeur en passant à un autre, ef reprenait plus tard le travail

momentanément abandonné. Cette décoayerte\ni facilita d^ailleurs Peiécation de ces immenses planeHlB dont la gravure eût été presqaMmpossible, avec le vernis moii* Aussi, lorsquMl revint en Lorraine, eut-ii soin d^emporter une provision du vernis dur dont les luthiers de Florence et de Venise possédaient seuls le secret (id).

Toutefois, ^innovation introduite par Callat n^a réellement profité qu^à lui-même et à Stefano della Bella, son heureux imitateur. Il fallait en effet toute la dextérité de ces artistes pour assouplir leur main au point de pouvoir dessiner sur un corps dur et résistant, avec la même facilité qu^on trace des lignes sur un corps mou* Les graveurs qui ont voulu employer le vernis dur ont presque tous échoué dans leurs tentatives C'), et les compositions de Ca]lot, de La Belle, peut-être aussi quelques planches d^Israël Silveslre, sont les seules à la gravure desquelles le vernis de Florence ait été employé avec succès.

Cosme II combla de bienfaits Partiste dont il avait deviné le génie. Callot, portant sur sa poitrine une diaine d^or magnifique, témoignage de Pestime du grand doc,

(*) Sauf cependant Abraham Bosse, contemporain de Callot ; mais il faut faire observer que cet artiste a surtout employé le vernis dur pour imiter le burin dans la gravure à Teau forte, ce à quoi il a parfaitement réussi. 11 se servait ordinairement d*nn vernis dur autre que celui de Florence. Il en donne Ja recette, p. S, du livre intitulé : De la manière de graver à Feau forte et an ba* rin ; Parti, Jombert, 1745, in-8<».

( 3dd )

se montrait riche, honoré, arbitre de Tart et du goût, dans cette ville dont il faisait la gloire et où il était entré, dix années auparavant^ en conipagnie de misérables Bohémiens. On estimait tellement ses productions du temps de Baldinucci, presque contemporain, que les bonnes épreuves en étaient avidement recherchées, et, suivant Texpression de cet auteur, enfermées sous sept clefs. Son nom se répandit avec ses ouvrages dans toute TEurope, où les connaisseurs émerveillés admiraient les travaux de Fenfant de Mancy.

La mort de Cosme II vint interrompre le cours de ces prospérités. A ce prince généreux et ami des arts succéda le gouvernement d^une régence avec tous les embarras qu^il entraîne. Les pensions des artistes furent supprimées ; plusieurs allèrent chercher fortune ailleurs. Quant à Callot, sa réputation était assez grande pour qu'ail pût se passer des faveurs princiéres. Il avait déjà refusé les offres du Pape, de TEmpereur et de plusieurs souverains (17), et il serait probablement resté à Florence sans les instances de Charles de Lorraine (depuis Charles IV) qui voulut reconquérir pour son pays cet immortel génie. Le prince, qui s'était arrêté à Florence en 1621 pour y voir la grande duchesse douairière, sa tante, promit à Tartiste non-seulement sa protection, mais encore celle de son oncle Henry IL II n^en Allait pas tant pour décider le retour de Callot. L^image de la patrie absente avait dû plus d^une fois se présenter à son esprit pendant les douze années passées en Italie, loin

de sa famille, loin des objets de ses plas chères affections. D'ailleurs, parvenu à toute la maturité de son talent, il n^ayait plus dinspirations à demander auxcbe&'d^œuYre de ritalie; il la quitta pour toujours (18),

Il emportait avec lui tout le secret de son art. I^es éludes, les beaux modèles quMl avait eus sous les yeux pendant douze années avaient développé ses heureuses facultés; mais il n^avait rien emprunté aux œuvres de ses devanciers. Du moment où Callota pu s^abandonner à ses propres inspirations, il a créé un genre tout nouveau et dans lequel il ne laissa pas de successeurs. Il eut quelques élèves, des imitateurs, mais il n^a pas fait école, en ce sens qu^aucun des graveurs qui ont voulu suivre ses traces n^a produit des ouvrages capables de soutenir la comparaison avec les siens, si ce n^est dans le paysage, genre dans lequel il a été surpassé. On a pu imiter avec plus ou moins de bonheur, par une reproduction froidement exacte, les chefe-d^œuvre de Callot ; mais personne n^a pu en rendre les magiques effets. Personne n'a réussi à trouver ces compositions étonnantes, véritables créations du génie, dans lesquelles rétendue du champ est en raison inverse du nombre des plans et de la variété des scènes qu^ils représentent. Il eût fallu pour cela posséder une imagination puissante réunie à une science profonde, à une habileté de main véritablement privilégiée ; il eût falluy en un root, être Gallot lui*mème.

Il a été plus facilement imité, mais jamdfs surpassé,

C 225 ) par ceux qui ont voulu le suivre dans la voie nouvelle qu'il avail ouverte pour graver les petites figures. Avant lai, on avait toujours recours aux ombres pour donner aux personnages Texpression désirée. Il supprima souvent ce travail et réussit à rendre, par un simple contour, le calme, la joie, la tristesse, la terreur. Il se contentait de toucher le cuivre, tantôt plus fortement, tantôt plus légèreoient, aux endroits convenables. Ge procédé, qui pennet de conserver la vivacité, Tesprit et la franchise de la pensée, lui suffisait pour faire vivre et respirer ses personnages de moyenne dimension de même que les inaooibrables %nrines qui naissaient sous sa main aussi ferme qu^agile.

On assure que Tidée de cette innovation lui fut fournie par les dessins que Duccio a. tracés sur le pavé de Tëgliae de Sienne (19). Les graveurs ont en général adopté cette manière que CaUot appliqua le premier ft la gravure en taille douce, mais tous n'ont pas également réussi.

TRAVAUX BN LORRAINE.

Callot était enfin rendu â sa patrie. Son nom, que les ailes' de la renommée avaient porté en tous lieux avec

ses œarres, y était déjà célèbre. A son arrivée dans sa ville natale, il reçut Taoéueil le plus flatteur de la part de Henry II» Le noble artiste retrouva à la eottr de ce prince toute ta considération dont il avait joui auprès du Grand Duc de Toscane.

Cette juste faveur, et les douceurs de la vie de famîife dont il avait été privé depuis si longtemps, ne lui faféuieâl pas oublier ses travaux. Il avait emporté de Florence une niultilude de desdins,peut*étre même plusieurs phmebes commencées quMl acbeva aussitôt après son installatton à Nancy. De ce nombre sont les suites appelées ^es BalUy les Gobbi et les Capiiano de' Bartmi. Les itt-»» scriptions italiennes qui se lisent sur ces pièces et ia signature Jaeopo Gallot donneraient â penser, au premier abord, qu^elles ont été gravées en Italie; tnéis Félibien affirme qu^elles appartiennent à la période lorraine de la vie de notre artiste, et cette assertion se trouve confirmée par les titres italiens des suites infltu-^ lées Capricci f) et Gobbi, sur lesquels on lit la mention excudii Nanceii. On soutiendrait vainement que, d''aprés leur signification propre, ces mots s'appliquent bien plus au tirage, à Timpression, qu^à la gravure elle-même. Celle interprétation doit tomber, ai Ton remarque que les mois excudit Nanceii se lisent également sur la copie faite par Tartisle de la grande foire de VImpruneta,

P 11 s*dgit de la copie qne Gallot a donné*Iai-mème di; ceue suite.

laquelle a élé Irès-cerlainement gravée en Lorraine. D^ailleurs le florentin Baldinucci, si altentif à revendiquer pour sa ville la gloire d^avoir vu mettre au jour les production» de notre maitre, n^attribue pas à la période italienne les morceaux que nous venons de citer, et il avoue même que les jolies pièces, partie ombrées et partie au simple trait, publiées sous le litre do yarie figure, ont été gravées en Lorraine.

Dan» les œuvres produites de premier jet, et dont il pouvait modifier Texécution sans autre régie que le caprice de son improvisation, Callot est toujours merveilleux, incomparable ; mais, quand il veut s^'imiter luimême) il n^obtient pas un pareil succès, tant il est véritablement inimitable. Ainsi les connaisseurs estiment beaucoup plus les Caprices, le Massacre des innocents et la Grande foire gravés à Florence que les mêmes pièces recommencées à Nancy par Tartiste, avec aji^nt d^exactitude que possible* Désireux de faire jouir ses compatriotes de ses chefs- d^œuvre florentins dont il n^avait plus les planches, il voulut les reproduire à Plancy dans des conditions absolument identiques, et, malgré tons ses soins, il ne put être égal à lui-même. La servile imitation de ses propres compositions comprimait Tessor de ce libre génie essentiellement inventeur; mais nous le retrouvons tout entier dans ses charmantes suites de la Noblesse et des Gueux, productions originales qui datent des premières années de son retour.

Selon son habitude constante, Callot variait ses tra-

vaux. Pendant qu^il commençait à graver son livre des Saints, qui contient prés de cinq cents pièces et qui ne fut publié qu^aprés sa mort (^0), en 1636, il se délassait par les ouvrages moins sévères dont nous venons de parler et qui étaient mieux appropriés à la nature de son esprit. Parmi les planches gravées à celte époque, il y en avait une à laquelle il revenait avec amour, sans pouvoir toutefois y travailler longtemps à cause de Textrème difficulté de Texécution, qui exigeait Temploi trés-fréquent de la loupe. Nous voulons parler de la pièce appelée les Supplices, dont aucune description ne peut donner une idée. L^œil se refuse à compter la multitude de spectateurs et d^acteurs dans les scènes infinies qui représentent tous les supplices alors usités en Europe, depuis celui qui sert de sanction pénale aux légères infractions de la plus tendre enfance, jusqu'au juste châtimoit des voleurs et des assassins. Dans une immense place, ainsi que dans les rues qui y aboutissent, et jusque sur les toits des maisons, se meuvent, s^agitent sans confusion des milliers de personnages dont chacun concourt à Tensemblo de manière à produire, au point de vue de Fart, Teffet le plus harmonieux et le plus saisissant. Le prodigieux talent de Tartiste est parvenu à surmonter une des difficultés principales de son sujet. Malgré Thorreur naturelle qui fait fuir un tel spectacle, sa représentation n^inspire aucun dégoût. La moralité, la nécessité du châtiment le relèvent pour ainsi dire aux yeux des spectateurs, dont Fémotionest d^ailleurs tem-

( 229 ) pérée par la teinte religieuse et un peu mélancolique que le maître a su répandre sur ce chef-d^ceuvre.

Si nous n^avons pu résister au plaisir de mentionner ce moreeau hors ligne, nous sommes obligé de nous restreindre à Tégard des autres productions qu'un travail continuel livrait incessamment à Padmiration du public. Mous ne nous y arrêterons désormais que de loin en loin, et toujours en suivant Tordre chronologique.

On a peine à comprendre aujourd'hui, à une époque tourmentée comme la nôtre, que de simples gravures aient pu attirer sur leur auteur Tattention de PEurope entière. Il en fut cependant ainsi, et les documents qu'on rencontre à chaque pas dans Phistoire des arts au xvu* siècle, témoignent que Callot, connu et admire partout, n'a point eu de rivauii de son vivant et qu'il n'eut pas de successeurs après sa mort.

Sa réputation a même été au delà des justes bornes, en ce sens qu'il a éclipsé pour ainsi dire tous les artistes français qui sont venus après lui, aussi bien que les graveurs allemands, ses devanciers. Il y a peu de personnes dans le monde qui connaissent les noms et encore moins les travaux des Morin , des Spierre,^ des Nanleuil, des Poilly, des Pilau, des Roullet, des Edclinck, des Masson, des Gérard Audran, des Dreve(, etc., et cependant la plupart de ces artistes, considérés comme hurinisleSy sont infiniment supérieurs à Callot, qui n'approche raémc pas d^ Albert Durer, morl cent ans avant lui. Au contraire, tout le monde f onnail Callot comme

le premier des grosseurs à l^tau forie, et, même sans avoir va ses œuvres, Thomme le plus étranger aux arts sait son nom, son pays, ses aventures et son incontestable supériorité. Le motif de cette prééminence est que Gallot fut surtout un génie créateur H, tandis que lea grands burinisles du xvii^ siècle ne furent en général que des imitateurs. II faut bien qu^il en soit ainsi, puisque, malgré leur éclat qui flatte Toeil, les gravures an burin, précisément parce qu^elles sont des copies de tableaux ou de dessins finis , n^ont pu conquérir à leurs auteurs la popularité qui s''est attachée à rinvention. Si Callot eût persisté dans sa première manière, loin d^atteindre à la perfection qu^ont obtenue les grands burinistes, il ne serait même pas sorti de la foule des graveurs médiocres. Il lui eût été d^ailleurs impossible de se montrer varié, vif, spirituel. Ces qualités qui se révèlent dans toutes ses eaux fortes ne peuvent appartenir aux gravures au burin, car celles-ci sont le résultat d^'une exé-

(*) Ce laleni de création, qui est le caractère distinctif du génie de Callot, n'a pas échappé à la sagacité de Mariette. Il remarque avec raison que Callot n'était pas né pour la gravure au burin. Mais, ajoute-t-il : « Il était né pour être Tinventeur de nouvelles productions qui, dans un très-petit espace, représentassent de très-grands sujets, talent dont il n*avait hérité de personne et qu'il eut occasion de mettre dans tout son jour lorsqu'il eut essayé de graver et qu'il fut venu à Florence après avoir quitté Rome. * (Notes ms. de Mariette, P 12).

( «Si )

culion leule , réfléchie, soignée, mais toujours un peu froide. On sait que ce dernier genre de gravure convient surtout pour la reproduction descbefs^d^œuvre de la peinture, tandis que la gravure à Teau forte, dans laquelle Calloi excellait, conserve toute la grâce, la chaleur et le piquant d'une CDuvre originale (*)* Aussi, voit-on dans ckacuae de ses estampes qu'il emploie la pointe, comme un poôte inspiré se sert de la plume pour fixer sa pen^ sée* Il exprime à Tiostant toutes ses impressions, comme il les ressent, c^est*à-dire, de la manière la plus juste et la plus animée. Cette facilité de conception, toujours unie à la hardiesse et i la vivacité de la main, n^exclut pas toutefois la sagesse de la distribution qu'on admire dans presque tous ses grands morceaux.

Plus heureux que beaucoup de grands hommes, Caliot est parvenu de son vivant au comble de la gloire, et, après sa mort, son nom est resté comme le type de la perfection dans son art. Ses éminentes qualités étonnèrent tellement ses contemporains qu'ils transmirent â la postérité un jugement qu'elle confirme chaque jour.

Aux splendeurs de la gloire, €allot voulut ajouter les douceurs de la famille. Il épousa, en 4625, une demoiselle noble, d'autres disent une veuve, de Marsal. On se fonde pour soutenir cette dernière opinion sur une

O Voyez, &W' les caractères disUoctifs de la gravure à l'eau forte et de la gravure au burin, un excellent passage de TlCloge de Gallot, par M, Desmarelz.

gravure aitriboée à Sîlvesire, et représeniaDt Catherine Kittlioger (*}, épouse- de Jacques Caliot, et ^ fiHe. Il est certain que Vei^nt placé dans cette grarure aupréa de aarHiére^ ne pe»t être celui du célèbre arti^e, qui ne goûta pas les joies de la paternité (91). Si Galloi a éponaé une veave, TenGant de sa femme serait le fruH de ce premier mariage, à moins qu^on ne supposât que Catherine Kultiager se fftl remariée après la mort de Callot (29).

Peu de temps après son mariage, Callot fiit appelé ft Bruxelles par Tinfante Elisabetti-*Gatre*Eugéme d^Aatriche, pour graver la prise de Bré^ par le marquis Ambroise de Spinola. On sait que Theurelix rival des Nassau mit le comble à sa réputation militaire en forçant cette place, qui capitula le 3 juin 1625. LHnfimte voulut que Partiste- lorrain perpétuât par la gravure le souvenir de ce grand événement. Callot, après avoir examiné les lieux, et s^ètre fait rendre compte des positions occupées par les difiërentes batteries, exécuta en six grandes planches un ouvrage immense, où il piit déployer dans mille scènes diverses , mais concourant au môme but, toutes les ressources de sa féconde imagination.

Pendant son séjour â Bruxelles, Callot eut Poccasion

(*} La famille Knttinger fut anoblie par lettres-patentes du i" juin 1619, dans la personne de Nicolas Knttinger , père de Catherine, qni épousa Jacques Callot, en i&è5 f Trésor des chartes de Lorraine).

de vair ei de coanaitre nitustre Vao^Dyck qui fil son portra^ €let oavrage^reproduH depuis par ITéléganlegra- ▼ore de Vantermann, est ioco&teslableiiieiit le plus beau de tous les portraits qa^oD posaéde do mattre de Nancy* L^œsTjre es! digne du modèle et de Taotear* On dit que pendant que Yan-Dyck traToillait, Callot dessinait son pdotre. nous ne sârons où un auteur moderne a puisé ceti^ anecdote que nous voudrions pouvoir eorraborer d'an document positif; nuiis on n^en trouve aucun dans les hisforietts contemporains.

On ne rencontre également aucune preuve de TassertioD du père Husson^ suivant lequel le siège de Bréda aurait été gravé à Bruxelles. Tout concourt^ au contraire, à démontrer que Callot fit seulement dans les Pay»»Ba8 Tesquisse de cet immense travail dont il revint exécuter les planches à Nancy.

Cette présomption acquiert un nouveau degré de vraisemblancC) si~ron se rappelle que Callot était tout nou* vellement marié, et quMI ne dot pas consentir à entreprendire loin de sa jeune épouse un travail aussi long et aussi pénible. On doit supposer qu^il alla dans les Pays-- Bas vers le mois d^octobre 1625, et qu^aprés avoir fiiit ses dessins sur place, il revint aussit6t graver les planches à Nancy, malgré les instances qui lui furent &ites par la cour de Tlnfante pour le retenir à Bruxelles. Cette hypothèse est corroborée par les comptes du trésorier général du duc de Lorraine, pour Tannée 1626, dans lesquels on lit : « Payé à Jacques Callot, sculpteur en taille

douce, 9,000 fir. que S. A. (Charles i¥), par e&U de sa iibéralité, lui a oetroyé en doo pour lui donner lo moyen de continuer ea demeure dans eeê paye où ii nuraii enté arreêté par fene stm ^ft^we j(HenriII)» (*)•

La mentiôii eMesniB transorile eal la seule qa^oo Iroute dans les eoniptes du trésorier générai, relativement aux libératttés des ducs de Lorraine enrers Jao* ques Callot. D^autres payements beaucoup moine importants sont le prind^ouTrages exécutés par l^aKiste (SS), Il ne fondrait pas tentais condure de ce fiât que les ducs Henry II et Charles IV n^ont pas apprécié, eomme il le méritait, le génie qui fiiisait la gloire de son pajs. Les gratifications furent, au contraire, trés-considéni* Mes ; mais on ne voit pas qn^elies aient été accordées d*unemaniérefixeet à titre de pension. Ainsi I^on trosve, dans les comptes du receveur de Biâmoni, pour Tannée 1634, deux mentions desquelles il résulte que Henry II avait assigné à Callot, sur ta recette de Blàmont, < 900 9 paires de résaux (**), moitié blé et avoine, pour lui 9 donner sujet de s^arréter au pays, en considération de 9 de son art de graveur en taille douce, t

Guidé par la patiente sagacité de H* Lepage, qui m^a- , vait déjà fourni ce document, j^ai eu le bonheur de trouver, dans les pièces comptables du receveur de Blâmoni, une expédition authentique de Tordonnance du

(*) M. Lepage, le Palais dacal de Nancy» p. 100, oA notam, (**) Environ 1080 hectolitres de blé et 1575 faeclolitres d'avoine.

( *58 ) duc Henry, et, ce qui u^est pas moins précieux, la quit* tance de Callot, en date du 2 juillet t62S, qui est entiôrement de sa main (24). Ces pièces constatent que U délîTranee^es neuf cents paires de résaus, blé et avoine, amgoéB sut la recette de Blàmont, eut lieu en trois an* nées, Dim pas à titre de pension annuelle (rallocalion eût été énertne}, mais à titre de gratification une fois payée. Toutefois Callot Yenait à peine de recevoir le dernier terme de cette magnifique libéralité de Henry II, qae Cbarles IV, son neveu et son^ successeur, lui frisait le don de 9,000 fr«, dont nous avons parlé, sans doute pour rengager à ne pas accepter les offres de rinfante Claire*Eugénie. Rien d^aillenrs n^empôche d*adœettre que des assignations analogues i celle qui avait été faite sur la recette de Blàmont aient eu lieu dans d^autres localités dont les registres et pièces comptables n^ont pas été conservées.

Callot avait à peine terminé les six grandes planches

du siège de Bréda et quelques travaux moins importants

qu^il exécutait à titre de délassement, lorsquMl fut cbai^é

par Cbarles lY d^organiser un carrousel dont ce prince

^ devait être le béros.

Voici à quelle occasion Nancy fut, en 1627, le tbéàtre de cette fête, dont le talent de Callot a immortalisé le souvenir.

La belle ennemie du cardinal de Richelieu, la célèbre duchesse de Chevreuse, s^étail réfugiée, vers la fin de 1626, à la cour du duc de Lorraine, qu^elle espérait en*

traîner dans ses intrigues. Charles IV profila du séjour de la duchesse à Nancy pour consacrer à la galanterie le temps qu'ail pouvait dérober i la potitique.Les mœurs de Tépoque admettaient d^ailleurs ces hommSges publics aux femmes, qui amenaient souvent le relâchement des liens conjugaux. Les intrigues et ^a galanterie conve^naient au jeune Charles IT, alors sons le diarme de la duchesse de Ghevreuse. Il passait tour à tour d^une partie de plaisir & une discussion sur Talliance anglaise, ou sur les secours à donner aux mécontents en France. Cependant les fêtes remportaient sur la politique. Devenues de jour en jour plus brillantes, elles furent couronnées par un spectacle d^une magnificence sans exemple à la cour de Lorraine, celui d^une sorte de représentation chevaleresque fort à la mode au commencement du dix-septiéme siècle. On rappelait, en France, /ot^/^ ou tournoi, et en Lorraine, combat à la barrière.

Ce fut pendant le carnaval de 1627, le dimanche 14 février, qu^eut lieu ce sptendide combat. Henry Humberl nous en a conservé le récit fort ampoulé et qui serait complètement ininteHigible, sans les charmantes gravures dont Callot Ta décoré. M. Lepage (Palais ducal • de Nancy, page 103, ad notam) a parfaitement élabli que cette fête, à la fois galante et militaire, eut lieu, non dans la salle des Cerfs, mais dans la salle Neuve ou d'Honneur, que Henry Humbert appelle la grande salle de la cour.

Le narrateur de ce mémorable événement ne procède

pas comme un autre. Il a une manière toute à lui. Voici son commencement : < Le quatorzième feburier les /iltesses de Madame la Duchesse Douairiérç, et de Madame, accompagnées de Mesdames les Princesses, sur les neuf heures du soir^se rendirent dans la grande salle de la cour, s^estant placées sur un tbeatre,qui a leur arriuée sembla se transformer en un ciel lumiiieux. Car outre que tant de diuines beautez d^elles*mesmes auaient assez d^esclat pour faire juger que leurs regards étaient autant de soleils, les brillants de leur riche atour estaient sulHsants pour faire croire en pleine nuict, que )e pQre du iourestoitau milieu de sa carrière. Tellement que les flambeaux furent iugez superflus, leur faible clarté estant offusquée par les rayons de si grandes lumières.» N^en déplaise à Henry Humbert, et sans vouloir aucunement rabaisser les justes éloges quMl donne à' la beauté des dames et à leurs atours, nous sommes obligés d'*ajouter, en forme de commentaire, quMl y avait une raison toute simple pour que les flambeaux ne fussent pas allumés. L^entrée des combattants devait se lEaire sur de vastes machines, mises en mouvement par des hommes cachés dans Tinlérieur, ou qui les traînaient sous des déguisements divers. L^absence de lumière dans la salle rendait plus vif Téclat des décorations et des costumes directement éclairés par des porteurs de torches qui accompagnaient les nobles acteurs. Ce ne fut qu^aprés toutes les entrées, et lors du combat proprement dit, que les flambeaux furent alluoiéSi eC quoi

80D cousin. Aiuri forent-ite prodanés vietwien, Clunr'les lY eol le prix de Vespée et ie manfiiis de Bby œloi de la picqae. Qoant au |»iDoe de PJiaMmuif , 9 dnt ae coalenler des stances que loi adressa ria^irisaMeBnmbert) ipà a^eut garde d^ooUier les vaiiiqaean. .

Le pauvre poète aVail sans doute, comme tous ses confrères, la prétention de panrtonir à nmmortaifté. D est vraisemblable que cet honneur lui aurait été refusé si son livre se fltt présenté seul à la postérité. Hais fl était accompagné des dix charmantes planches que CUIot avait dessinées et gravées pour la circonstance, et le talent de Tartiste a sauvé le livre et son auteur du juste oubli dans lequel sont aujourd'hui plongées tant de prd* ductions du même genre (35).

Cest à propos de cette fête que des historiens ont parlé d^une querelle entre Gallot et Démet. Ils ont représenté ce dernier comme un artiste des plus médiocres, qui, abusant de sa richesse et de son crédit, aurait voulu enlever à Gallot Thonneur de graver le combat à la barrière.

Toici ce que raconte à cet ^ard le minutieux Félibien copié depuis par Dom Galmet :

€ Ge fut au sujet de ce Garrousel quMl eut un différend avec un peintre de Nancy, nommé de Ruet, qui était noQvellement arrivé d^'Italic. C^était un homme ambitieux et entreprenant, lequel, ayant la faveur du prince de Falsebourg, fils naturel du duc Charles III çui ré^

(241 ) ffnaU aiors (*) , . était aussi fort considéré da duc.

> Il était riche et on Ta va à Paris avec un train et un équipa^ de grand seigneor. Ses biens et sa faveur te rendant considérable, le rendaient aussi plus hardi à user de soa crédit et vouloir s^attribuer une souveraine autorité sur tous ceujc qui travaillaient pour les divertissements du duc. Comme il prétendait que ce fût dtofrès ses dessms que Callot gravât ses planches, et que Gâdlot lui résistait fortement, ne voulant rien faire que de son invention, ils eurent de grandes contestations; mais enfin il fallut que de Ruet cédât â Callot» qui demeura maître des diessins et de toute la gravure de toutes ces sortes, d'^ouvrages qu'il fit pour le duc de Lorraine. »

C^est en se fondant sur ce passage que tous les biographes de Callot, et surtout le père Husson, se sont ap-

Q Dom Galmet, en copiant Félibien, a voulu rectifier Terreur commise par cet auteur^ qui fait régner en 1627 le duc Charles III, mort en 1608. L'auteur de la Bibliothèque lorraine, n* ayant pas sous les yeux Topuscule de Henry Humbert, a cru que Félibien voulait parler du duc Henry II, et il a placé la prétendue querelle sons le règne de ce prince. La vérité est qu'il ne peut être question que de Charles IV, régnant en 1627. Il est connu aussi sous le nom de Charles III.

Quant au prince de Phaisbourg, il était fils naturel, non de Charles III, comme le dit Félibien, mais du cardinal de Guise assassiné à Blois en i58S, avec son frère le Balafré, par les ordres de Henry III.

( â42 ) puyés pour élever, aux dépens de Deraet, la gloire de Callot. Ce grand homme n^avait pas besoin qu^oD faussât rhisloire pour le poser eu victime, et que, pouri^éhausser son mérite on abaissât celui de Deruet. Nou-seolement on a refusé de reconnaître aucun talent à cet artiste, qui fut cependant un (des meilleurs peintres qu^ait possé* dés la Lorraine; mais on s^est attaqué â son caractère, et on Ta dépeint sous les plus noires couleurs (S6).

Si, au lieu de toutes les déclamations qu*on a entassées à ce sujet, on eût pris la peine de lire la dédicace de Callot à madame de Chevreuse, on aurait vu que les deux artistes ont surveillé de concert rexécuiion des machines, et que, relativement aux ouvrages d^art, la part de chacun avait été parfaitement déterminée. Nous rapporterons ici cette dédicace en son ettlier,^parce^que non-seulement elle rectifie les erreurs des auteurs les plus accrédités, mais qu^elie donne en même temps un échantillon du style de Callot, qu^on trouvera, malgré ses dé£aiuts, supérieur à celui de Henry Humbert :

« Madame,

» Cette Royale Maison, â qui Honseigneurvostre Mary (*) doibt la gloire de son Sang, a de tout tempa accous-

(*) Claude de Lorraine, doc de Chevrease, était présent aax fêtes du combat à la barrière (vôy. p. 11 de la relation de Henry Homberl). 11 repiarlit peu de jours après pour Paris avec Charles IV.

lamé de passer les heares da loisir en des exercices que la vertu ne peut désaduoûer. C^est pourquoi son ALTESSE continaant les nobles coustumesde celles de sesaneôtres,a voulu par sa propre personne, en Tanoée présente, sous des feintes vtiles, animer lei^ images de la vérité. A cet effet, m ayant honoré par ses commandemeniê du seing des machines, auec ie Sieur de Ruei^ de qui le pinceau, par son rare artifice, donne chcujuejour des leçons au naturel : elles n^ont pas esté trouuéesdn toutdifTérentes de ses intentions. Mais, afin que ses gestes héroïques, qui seront à iamais présents à ceux qui les ont admirés, puissent approcher le sens des plus esloignez, ie tasche d^ en faire vi^re les figures par mes crayons, en recherchant pour elles le ionr de celle qui le donne. Cest vous, MADAME, que la France ayant recognûe pour ta lumière des perfections, estes venue recevoir le même suffrage de nos yeux, de nos voix et de nos cœurs. Nous confessons, belle PRIKGBSSE, que la Lorraine ne vit iamais tant de beautez, en cela tant plus glorieuses qu^elles ne sont pas estrangéres. MADAME, c'est icy le Ciel ou vostre Soleil doit naturellement reluire, pour oestre joinct à ce grand Mars qui relevé de luy son origine. Je scay que vostre esprit et vostre corps, estants les plus signalez miracles du Giel et de la Nature, ne se peuuent plaire qu'yen des entretiens qui respondent à leurs qualitez. Mais, si tant de belles actions, illustrées par les rayons de vostre présence, se sont rendues agréables é vos yeux, ie me suis flatté de cette créance que

les idées en seraient encore doaces à vosire bel esprit. le les o0re à votre Grandeur, MADAME, auec la mesme révérence qui nous oblige au respect des Divinitez, de qui les effigies sont viuantesen celles de vostre rang. Et, comme leurs célestes qualités sont naïvement représen* tées par les vostres, i^altends de vous la mesme grâce qu^elles font à ceux qui s^approchent de leurs autels, Toffrande et le cœur A la main, vous suppliant en toute humilité d^authoriser ma deuotion. La faveur en sera plus grande que le mérite, si, en les honorant du mesme œil que vostre douceur daigne jetler sur les oblations qui luysont faites, vous me permettez de me dire éternellement,

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