MADAME
> Votre trés-humble et trés-obeyssant serviteur,
> Iacqub Gallot. >
Telle est cette dédicace qui ne doit plus laisser place au roman d^une querelle sérieuse entre Deruetet Callot. Cependant il n^est pas vraisemblable que Félibîen eût mentionné la discussion en Tabsence de toute prétention rivale. On peut donc admettre que Deruet eut un moment la pensée d'être seul chargé de Fexécution ; mais les termes obligeants dont Callot se sert à son égard ne permettent pas de supposer que celte rivalité ait dégénéré en querelle, encore moins en injures. Il est, au contraire,
constaté que les deux artistes ont simultanément organisé le plan de la fétc, qu'ails ont présidé de concert à Vexécution des décorations et des machines, que les peintures ont été exécutées par Deruet, et que Gallot a été chargé seul de les reproduire par la gravure (27). Il n'^est pas moins constant que Deruet et Callot étaient unis par les liens d'aune étroi(e amitié. Cest encore Callot lui-même qui nous a fait connaître cette circonstance, en gravant, quelques années après, le portrait du peintre qu^il appelle son fidèle ami, et en y joignant des vers qui font plus d^honneur â la bonté de son cœur qu^àson talent poétique (28).
On argumenterait vainement, pour prouver que la jalousie de Deruet a persisté après Texécution du combat à la barrière, de ce que cet artiste a gravé, en concurrence avec son ami, deux planches qui représentent la Carrière et le Palais ducal. Tout le monde connaît les morceaux de Callot; ce sont deux chefs-d^œuvre. En gravant les deux planches, qui reproduisent en partie les mêmes objets, Deruet n^a pas eu la prétention de faire mieux : il a voulu faire autrement que son illustre rival.
Considérées comme œuvres d^art, les deux pièces de Callot {*) sont en dehors de toute comparaison. Cepen-
(*) Ces deux pièces sont appelées la Carrière et le Parterre, Il paratt qu'il y en a une troisième représentant, sous un aspect différent, le Jardin de Nancy : nous ne Tavons jamais vue. Elle n'existe ni à la bibliothèque impériale, ni dans aucun des plus
( 2A« ) dant elles soni moins exactes que celles de Deruet qui, d^ailleare, et surtout dans le Palais ducal, a présenté une sorte de plan en nMet et a pris un point de vue entiére* mentdiflSrent. Enfin, comme il est impossible de décider la question de priorité entre les deux artistes, on ne peut tirer de leurs ouyrages aucune autre conclusion, sinon que Pun a touIu compléter Tœuvre de Pautre. En ad-' mettant que Deruet ait en la prétention de montrer qu^on pouvait encore faire quelque chose d^un sujet traité par Gallot, on doit reconnaître qu'il n"*; a pas la moindre trace d^tmitation, et, en dernière analyse, la postérité doit à ces deux artistes la représentation de monnmenU aujourd'hui détruits et dont on peut, à Taide de leurs gravures, se former une idée exacte.
Tbayaux a Paeis. 1629—1630.
Le succès obtenu par Callot dans la gravure du siège de Bréda, lui procura d^aulres triomphes du même genre.
Pendant que le comte d^Olivarès luttait dans les Paysriches cabinets de Paris et de Nancy. Cest assez dire qa*eUc est d*une rareté extraordinaire, si toutefois elle diffère da Parterre.
Bas coDtre la maison de Nasfiau^ le cardinal de Riche^ lieu s^apprètailâ détruire en France le dernier boulevard du proleslantisme. Il avait conduit Louis XIII jusque sous tes intirs de La Rochelle^ qui opposait une vigau«* reuse résistance à Tarniée royale* La ville succomba , après UQ long siège, le 30 octobre 1928. Après la reddition de la place et le retour du roi à Paris, Callot fut appelé à exécuter un travail semblable à celui qu^il avait fait pour représenter la prise de Bréda* Il arriva à Paris dans les premiers mois de 1629 (29). Il fut décidé que, pour avoir un pendant au siège de La Rochelle, Tartiste représenterait également Pattâque de la forteresse de Saint-Marlin dans Tile de Ré. On ne sait si Callot sa rendit sur les lieux ou s''il travailla sur des plans qui lui furent remis, et diaprés les explications fournies par les directeurs des attaques (^). Ce qu^il y a de certain, c^est que la gravure des douze grandes planches, ainsi que celle des ornemgits qui entourent les deux sièges de Ré et^de La Rochelle, fut exécutée à Paris.
Callot retrouva dac^ cette ville son ami d^enfance Israël Henriet. Il logeait avec lui au petit Bourbon. Uenriet, dessinateur, graveur, et surtout marchand d^es> tances, suivait attentivement les travaux du grand ar-
(*) On pourrait cependant induire du passage suivant de Félibien que Callot s^est rendu en Saintonge : « 11 alla demner le siège de la Rochelle et celui de Tlle de Ré, qu*i] vint graver à Paru.»
liste. Il Gonoaissait tous les seigoeurs de la cour êe Louis XIII, auquel il avait enseigné le dessin à la plame, et il pensa avec raison quHl était de son intérêt de prolonger autant que possible le séjour de Gallot à Paris. Il fatorisa donc la disposition naturelle de Partisle à entreprendre différents sujets à la fols. Il loi fit graver plusieurs Yues de Paris et d^autres ouvrages. Malgré rimportance et la multiplicité *de ses travaux, il ne pa*ralt pas que Gallot soit demeuré é Paris beaucoup audelà d'une année. Il quitta la capitale avant la publication des grands sièges, qui n^eut lieu qu'eau printemps de 1 65 1 . Il n^en acheva même pas les bordures, dont plusieurs parties, surtout dans les ornements, ont été exécutées par des artistes d^un mérite secondaire.
Pendant son séjour à Paris,Callot fut en relations avec plusieurs artistes, et notamraeût avec Michel Lasne, qui voulut graver son portrait (^j. Il y a tout lieu de croire qu'il connut également Simon Youet et Philippe de Champagne.
Les succès de Gallot à Paris avaient été les mêmes que partout ailleurs : on y avait admiré tout à la fois les . ouvrages et leur auteur. L'aménité de son caractère, la facilité de son commerce, lui avaient fait des amis de tous ceux qu'il avait connus. Il se lia particulièrement avec Gharles Delorme, médecin de Gaston d'Orléans, et ébaucha son portrait, qu'il grava à Nancy peu de temps
C) Voir aux noies celle qui porte le n» 24.
( 249 ) après son reloar ("*). Après le tirage des sièges de la Ro* chelle et de Ré, il lai en vendit les planches.
Ckillot était à peine revenu à Nancj, qu^il perdit son père, le héraut d*armes de Lorraine. Dom Calmet sVst trompé en disant que le père de Callot vivait encore en 1644. Il a confondu le fils aîné avec le père qui mourut le 12 août 1630 et fut enterré dans le cloître des Cordelière (50}. Une expédition authentique de son acte de décès se trouve dans les archives de la ville de Nancy.
Avant de quitter Paris, Callot avait promis â Israël Henriet de lui céder toutes les planches qn^il avait &ites à Paris (sauf celles des'Inrands sièges) et celles quMI ferait
(*) On a prétendu qae ce de Lorme était premier médecin do
roi et père de la fameuse Marion. Félibien se contente de dire'
qn^îl était médecin de feu M. le duc d*Orléans. La yérité est qu'il
s'agit ici de Charles de Lorme. Il était fils de Jean, lequel avait été
médecin de Henry III, Henry iV et Louis XIII. Ni l*on ni Tautre
n'était le père de Marion, comme nous l^avons dit à tort, dans
notre notice sur Israël Henriet, d'après M. Duchesne, cité par
M. de ChenneTières (Peintres provinciaux, t. II, p. 167). — C'est
Charles et non Jean qui était grand amateur d'estampes. 11 acheta
beaucoup de pièces du second catalogue de l'abbé de Marolles.
« H était« dit Mariette, un des plus grands curieux d'estampes de
son temps, surtout de celles de Callot. » Dans ses notes sur Tal-
lemant des Réaux (t. 111, p. 268], M. Tascbereau a confondu le
père avec le fils. Tallemant n'a connu que ce dernier. Charles fut,
du reste, comme son père, médecin de Louis XIII.
( 250 ) à Tavenir, afia qu^il les mit en iumière, suivant Pexpression du temps. Callot se trouva ainsi ^spensé de surveiller le tirage de ses pièces, qui se bisait à Nancy sous ses yeux. On doit supposer qu'^à Texemple de plusieurs grands artistes, il tirait lui-même ses épreuves* Cette présomption est confirmée parce fiaiil, qo^on nelitaucun nom d^éditeur sur les épreuves publiées en Lorraine de 1632 à 1630. Il est d^ailleurs certain que Callot gravait en lettres. C^est ce qui résulte d^un payement à lui fait, en 1634, pour la gravure des inscriptions destinées au cercueil de Henry II (51).