ÉTUDE
SUR
BICHIT
PAR M. LB D(K:TSim
O. 8AUOSBOTTX.
Ce serait se monlrer injuste envers les observateurs qui nous ont précédés, que de regarder comme appartenant à notre temps et née avec Bichat Tidée d^unir fanatomie et la physiologie â la pathologie. Il faudrait, pour soutenir une semblable thèse, avoir effacé de lliistoire les noms des Halter, des Morgagni, des Reil, des J. Hunter, des Yicq-d^Azyr, des Bordeu et de tant d^autres, â commencer par F. Hoffmann qui comparait Tànatomie et la physiologie aux yeux de la médecinoj sans lesquels nous cheminerions dans d^épaisses ténèbres : < Duo medicinœ oculi sunt anatomia et physiolo^ia; quicumque hîs destituiiur proftctb cœcua iantùm per caliginem palpât. »
{\) Ce fragment fait parlie d*UD Essai sur les progrès de la médecine en France pendant la première moitié du diœ»neuvième
Tonlclbis, nooiiiMâîals-*k i pour aroir EmI briller çk et M qoel^pief principes lamineax an nuBeo d^ime niiit profonde, cei grands matttes n^atident pas changé la fiice de la science ; et Plumnear d^idifier on nrsttee complet deceniinssncei raHachJesià rètniei expérimentale de roi^anisnir éUft-^réserté « FinnmMrtel anteor de Vanaiatnie générale.
Bidiat se tronvait it^SStMiH étÊà les drconstanoes les pInafiiTorables aux ynes d^on réformatenr. La sodélé Auçaise rompant avec son passé cherdiait à se constitner sor des liases nouTclles ; et comme si Tesprit de l'époqne eût soufflé dans tontes les directions, du même élan dW sortaient les généraox improrisés de la ripvhliqnei et Toiganisation de la défense nationale, semblait naître anssi cette phalange dliommes. illustres dont le renom scientifique s^alliait alors i la gloire de nos armes. La médedne n^ëtait pas restée en arriére du moaTemeot général qui emportait les esprits yen des solntionr ii^ connues ; et tandis que Lavoisier créait la chîmie iaoïyganique. Carier l'anatomie comparée ; tandis qoe les Monge et les Lsqplace, les Fourcroy et les BerthoHet, les Lamark et les lossieu, suivant la même impoWen, recalaient les limites des sciences, Gorris«rt fondlit renseignement clinique; Halle et Chaussier celai de lliygiéne, de la physiologie, et Pinel déposrit, dans sa nosographie, les rudiments de cette distinction patholo*gique des tissus, d'oé Bichat allait faire sortir une révolution tout entière. Cette révolution fut toute française.
L'aoteiir de VmM^mie gétéxë^^ dto sçm ptopu atèu, «T«il pea lii« PJeia du ftettUaieai de et fince, et afeejoet iaitioet de diTioalion 4^i, pioi (uroinpi que Tétade et le niipimeflmit ra droit à la Yiriléi il diiait, asva èBàoté tnr lea btmâ de Téccrie, i.aes epndigfliphe élOMrit dé 8oa avdace : c L^aoatoane n^eA.pas (elle fK\m noiii Fetuieigiie^ et la physiologie est imé sdeiioe i fefiÛBé (l).a ly'ttltoiinl, Tisoleiileiit peMtiqae dans léqael ee-tfoiv^ait jetée la Yraaee aTait amené auloar d'eUe TiioleflMrt seieiitifi^pie; et> sembMUe, cemne on Ta dit, à eee lavants diimûrtes qui anrai)haieiit au «ol wtioMl.IeB vMÊénmx deitinée à fia déièeee, Biobat dtt tif^r dk foii {NTopre fends ks Céments de la reooaetraclîeii tciellliftque^
< IMe le d^Hit de aa carriàre^ Qkbat, que lel. eiieuiir itànees aTâieiit poussé d^abord yere Tétude de la ehi-? imrgiey s'était litre avec ardeur, flous ka ampices .de Deaauit^ aux étades anatonûques qui.en sent le pfdttn^ naire oUtgé. Mais s^éleyant bientôt au-dcasos des traTanx ^ttlgatresderamphilbéàlre, il prélude par sa déeenterte dos memiraneM 9yn<^iale$ à ses reoberches d'aoatolnie littérale, et ce premier travail devient le point dedépart àOL TaASEÉ DIS lOsiuNUiUBS qu^U publie é quelque dislafiiee delA.
: Jusqu'alors on ne s'était guère oeoupé des lissun qu'é Voofbsion des ôiganes dans la cotfiposition desquels ils
(I) XHseouri de Pariset» t^ Il de ses éloges.
cBlfiot. Bevdes^ Ptiiel, 4. Amter^ HaHer, qui atinMt fittt de qttdfws*iins d^eitre €tti IU>b|et de eonsiéâfaliM» pattieBM, ne le» aTMe&l pes éladtésdans leur easemble. BîdttI ié» nippreohe, le» compte, les soamet à I<m» lés procédés connus d^expérimentation t la iKssectiony fat aiaeteitioD) IVMfitsoD^ la patréfaclieni la ^asication^ les fféedifr) et de leur analyse comparative il Gonelnl i r^EÎslenee de dentelasses detnembvanes ries- meiiH btines nmphê, qui sont nmqueutes, eér^i^s, ^ô§*âu-' 9g$, et c les membranes c^Hipoêée$ qu^il ditise en fi^rig^ $éréu$e*^ séro-mu^ieuêes, fiàr(Hnufueu$ê8, Bw6i$ dëdx divisions à part, U rangeai! primHiyemenllesmeoibraMtf non etoêêées (rétine, pte-mére, tnniqne fibreuse dea artères, etc.) et les membranes contre-naiupeé Bnfiâ il (iaitait' dans deux mémoires sip^^téê des mem^rames nynofiaies et dé Vûroûhnoïdâ, dont Talialogie atsee'les autres séreuses était encore contestée, mlûs qttlni pamisBait jouer le r6le principal dans les inflamauiioiis du cetireau ; car, de Télnde approfondie des tissus^ la jtmm anatomiste tirait déjà à chaque matant desrex]^ adions neuves des phénomènes de la maladie* Qaoi«que les idées émises dans ce remarquable ouiriage ne soieât plus de tout peint acc^tables aujourd'hui^ on ne peut s'empêcher de reconnaître, dans cette décomposition de Torganisme en ses élémmitsconstitulSi, une des vues U» plus originales et les phsfieondes de la seiesea moderne. Bile était appelée, selon la remarque de Bichat lui-même, i jouer dans l'étude Set coipa-oifa-
( S" ) hisés lé r6le que remplit la connaissance des élémento chimiques dans Tinterprétation des phénomènes de l*or«'
dre inorganique. De lA devait sortir, avec Fanàtômiér générale qui y était déjà en germe, une physiologie et une pathologie tout entières. '
Vu esprit aussi vigoureux ne pouvait, en effet, rester emprisonné dans les limites nécessairement restreintes d^une science essentiellement descriptive, à quelque^ aperçus nouveaux que cette science Teût amené. L'anatomie ne devait être pour lui qu'Hun moyen et non un but ; elle le conduisit bientôt aux RECHSRcnËS sua ul viB ET t A uoRT, dout lïdée-mére se trouve datis un mémoire sur les orffones, symétriques et non symitriques^i
La première partie de cet ouvrage, riche en vastes aperçus, en explications ingénieuses mais souvent con^ testables, traitait de la vie en général et de la distinction des deux vies, que Fauteur fondait : sur la symétrie des organes; sûr la continuité d^existence et la régularité d*action de la vie nutritive opposée à Tirrégularité et à rintermittence des actes de la vie animale ; sur rinflnence de Thabitude dans ces derniers seulement; enfin, sur les différences générales des deux vies par rapport A leur origine, à leur fin, au moral et aux forces vitales.
La seconde partie, que Ton peut regarder comme un
modèle de Tart expérimental,' traitait de la cessation
absolue des fonctions, ou de la mort. Cherchant à dé-
. -eouvrir par la voie de Pexpérimentation le merveilleux
enchaînement des actes de la vie, sans se demander
peol-étM s'il Ad détraiMit paf les diftinetioiift iUhUeg dans la première partie^ Bichat étadiaît raceesâvemeiit à œ potat de vue la ceryeau, le cour, ks poumoiis, triple, foyer de TactÎTiié tilale ; TactioD réciproque de chaeini de ees organes sur les deux antres et coasécuti* vement sor Foiganisme entier ; et de la connexion de lenn fonctions. étabHe par Tantopsie, les nvisections, Tobsenration clinique, il tirait la doctrine que yoid : . Le sang artériel est indispensable aux manifestations vitales de tons nos oiyanes ; c'est le Ueo des deox yîes. On pent constater un rapport exact entre lenr actÎTité et la quantité de sang artériel qn^ils s'approprient. Ce sang agit de différentes manières : i* il fonmit i ces oiganes les matériaux de lenr nutrition; â^ il leur abandonne les principes qui lui donnent sa cQulmir rouge ; S** il leur .transmet Timpulsion qu'il re^ott du cœur. — *- Le sang yeineux, incapable d^entrelenir la tiçi 9pt d'une manière eatièrem^ opposée^ — En ce qui coq<^ cerne les actes vitaux^ ils se divisent en deux classes i act€9 de la vie animale, acies de la vie orgamque* -^ La yie animale^ à laquelle appartiennent les sensationsi les mouYements volontaires et ceux de la respiration^ a pour instruments le cerveau (1) et la portion de la môell^ qui descend jusqu^à rorigine du nerf pbréaique. Bichat n'assigne point d'ailleurs le point de départ précis de
. (1) Sons le nom dé ceryeau, Bickst cosiprenaii reaeéphde tout eiAisr et mèais ans certaûe (priioa de la m^sile savvicalet
( S79) ces différeoles fioDoUoDS. Qaant i la vie de oulritioD^'eUe est répandae à des degrés divers dans tons nos organes (y compris ceux de relation), et elle ne se nttacbe que trés-indireclement au système nenreux. ^ C^est dans les tissus mAmes qui les exécutent que Bichat trouve la cause des mouvements qui s^ accomplissent. Ainsi, bien qu^il reconnaisse nndépendance du système ganglionnaire, et qnUl ait constaté que les stimulations portées sur cet appareil n'y déterminent ni sensations, ni mou* vements, le véritable rôle de ce système semble loi édiapper»
Passant ensuite à Tanalyse des phénomènes de la mort, rillnstre physiologiste démontre de nouveau, sf rès d'autres observateurs, que le cœur est VuUùnum ma* r/tffta,€^est-â*dire,roif;ano qui supporte le plus longtemps la privation du sang artérid. Les mouvements respira^ toires placés sous la dépendance de Tinnèrvation eérè* brale, les poumons et le cerveau doivent mourir en même temps* — Dans nos idées modernes, c^est le bulbe ra«> diidien qui est Torgane régulateur des fonctions respiratoûres, et ces mots: mort dês poumons, ne peuvent plus avoir le sens que leur attribuait Bichat. Cest cependant en poursuivant les recherches de ce grand maître que Legallois est arrivé plus tard^ comme nous le verrons, à la belle découverte des finictions spéciales de la moelle allongée. J^aurai occasion de parler plus loin des travaux accomplis depuis cette époque sur les fonctions du système nerveux de la vie de relation.
Quelques mots encore sur lldée qtd sert en qaeTqoe sorte de base i Poavrage que j^analyse ici.
Si la distinction des deux vies se trouvait déjà dais *
}es physiologistes, depuis Aristote jusqu^â Grimaud,
elle D^avait été élucidée nulle part avec autant d^éclat.
On a reproché à Bichat d^avoir isolé par là des fonctions
qui ont entre elles la plus étroite connexion. 11 est cer-
tain qu'aune foule de faits tirés soit de Fanatomie et de la
physiologie, soit de la pathologie, prouvent que cette
distinction n^a rien d'absolu : par exemple, là continuité
aujourd'hui démontrée des fibres nerveuses primitives
de la moelle dans les ganglions du grand sympathique ;
Pinfluence de la section et de la destruction de la moeTte,
de son irritation sur tes battements du cœur, sur la
contractiRté intestinale; sur la composition des urines,
sur les sécrétions cutanées; les relations évidentes et
réciproques des afiectiotis de Tencéphale avec celles des
viscères dé la vie organique démontrées par la fièvre,
les convulsions, l'existence de la douleur dans tous les
points de l'économie^ etc. Mais l'ouvrage de Bichat
n'était- il pas consacré lui-même en partie à traiter de
l'influence que les deux séries d*organes exercent Tune
sur l'autre ? C'était donc simplement, dans la pensée de
son auteur, une de ces généralisations philosophiques
qui ont pour but de faciliter l'intelligence de certains
phénomènes, de faire saisir d'une manière plus large les
grands points de vue d'un sujet.
Aussi, quoiqu'elles n'aient pu survivre dans beaucoup
de leurs parties aux progrés de la science, les Reclier-ches sur la vie ei la mort donnèrent une vive impulsion à la physiologie encore dans l'enfance. — Ces indaotions fécondes basées sur une connaissance approfondie de Torganisme, cette méthode expérimentale substituée aux abstractions métaphysiques de Técole spiritualiste, et
attentive, toutes les fois que Timagination de Pauteur n^ la faisait pas dévier, à poser partout les limites certaines de nos connaissances, révélaient un bomnie qui n^entendait marcher é la suite de personne, et qui ne devait pas en i:ester là. La publication de rÀNATOiiiR gânébalb vint bientôt accomplir toutes les promesses de ses devancières et combler une immense lacune dans la science» L^Anatomie descriptive, science géométrique des formes et de la situation des organes, trop souvent isolée naguères de la physiologie, n^avait pas été regardée jusqu^alors comme étant d^une application directe à la pathologie- Bichat, qui ne s^y arrêta pour ainsi dire qu^en passant, prouva cependant par les considérations physiologiques et pathologiques qu^il y sema, par Pétude approfondie des rapports de position des organes les uns avec les autres, par des détails intéressants sur Tanatomie comparée des divers âges, qu^on pouvait en étendre les applications. Quant à TAnatohie générale,^ elle était encore à nattre, n^ayant guéres suggéré, à part quelques recherches partielles d^une certaine valeur (1),
(1) Reckerehei sur le tUsu muqueux de Bordea ; DisserkUio ck eelMose (efo in fàMcà wrpcris humani digniMe par Haller.
qo6 des hypothèses vaines sur des questions oiseuses comme celles de la fibre élémentaire, du tissu fondamental de Forganisme, etc. Desault, en appelant Fattention de ses élèves sur les applications de Panatomie à la médecine opératoire, Pinel en établissant, dans sa No^ êographie, la belle classe des phlegmasies sur la consi* dèration du tissu muqueox, éveillèrent le génie de Bichat, qui prit dès^lors cet ordre de recherches pour base de ses travaux. Bichat divise les systèmes organiques de Péconomie vivante en deux grandes classes ; c Les uns généralement distribués et partout présents concourent nonnsieulement à la formation de tous les appareQs, mais encore i celle des antres systèmes, et offrent à toute partie organisée une base commune et uniforme : ce sont les systèmes cellulaire, artériel, veineux, exhalant, absorbant et nerveux. Les antres, au contraire, placés dans certains appareils déterminés, étrangers an reste de Péconomie, ont une existence moins générale et même souvent presque isolée : tels sont les systèmes osseux, cartilagineux, fibreux, musculaire, muçueux, séreux, etc. > Bichat en comntait en tout vingt-un, qui, parleurs combinaisons quatre à quatre, six A rix, etc., forment les organes {Anat. gén., 1. 1). ~ Ces deux classes de systèmes sont Pobjet des recherches successives de Pauteur au point de vue anatomique, physiologique et pathologique. Les dissections, les vivisections, Pdbservallon clinique, les autopsies sont les sources auxquelles il puise. «
On est émenreillé de la foule de vaes originales, d^obsenrations neuves, de détails variés, d^expériences ingénieuses que ce grand (Physiologiste sut tirer de son propre fonds dans une étendue de temps à peine suffi* santé pour donner un corps à sa pensée, et cela sans que cette belle méthode, où Texpérience précède toujours le raisonnement et lui sert de guide, ait jamais A souffrir de la prodigieuse rapidité avec laquelle ces matériaux ont été amassés. On sait, en effet, que Tanatomie générale fut écrite, imprimée et publiée dans le cours d^une année* Incessamment entraîné par une activité dévorante vers de nouvelles recherches, et comme s^il eût en le pressentiment du peu de temps qui lui était donné pour les poursuivre, Bichat expérimentant, disséquant, faisant sa clinique et jusqu^A trois cours par jour, livrait A rimpression le matin ce quHl avait composé la nuit, sans prendre jamais le temps de revoir ce qu^il avait écrit !
Dans impossibilité d^offrir ici Tanalyse des innom«brables faits de détail que renferme ce grand ouvrage, et qui restés pour la plupart dans la science constituent, avec la méthode qui préside A leur exposition, les plus beaux titres de Bichat, j^esquisserai du moins la doctrine générale qu^bn peut en extraire, en empruntant A Tau* leur luinaième ses propres expressions :
I<es sciences physiologiques, comme les sciences physiques, comprennent deux choses : i^ Pétude des phéno* méneS) qui sont les effets j 2» celle du rapport qui existe
( 584) enlre ces phénomènes, et les propriétés qoi sool les caisses de ces phénomène» et au*delâ desqnelles nous ne saurions remonter, car elles constituent les principes mêmes des choses. — Or, de ces propriétés, les nnes appartiennent aux corps brots, les autres aux corps organisés exclusivement : ce sont les propriétés vitales. Ces dernières n''ont pas été étudiées avec une méthode convenable. En voulant appliquer les sciences physiques & Texplication des phénomènes biologiques, on a retardé leurs progrès. En les séparant,, on restitue à oellesKd leur véritable caractère. Toutefois, ce n'est pas en suivant les errements des vitalistes purs qu^on y parviendra. L^àme de Stahl, le principe vital de Barthez sont des abstractions qui n^ont pas plus de réalité que n^en aurait un principe également unique, que Vtm supposerait présider aux phénomènes physiques. Il faut donc chercher en dehors de ce principe abstrait, et par une méthode différente de celle des vitalistes, qui oe procèdent que par voie de raisonnement, la base fixe et certaine du vitah'sme nouveau. Cette base, c^est Tétude de Porganisme même qui la fournira. Or, Tétude expérimentale des tissus élémentaires, celle des phénomènes les plus généraux de Torganisme conduit â admettre deux propriétés primordiales dans le corps des animaux : la sensibilité et la contractilité } et, dans chacune de ces manifestations générales de la vie, deux modes particuliers : l'un avec conscience, Fautre sans conscience*; d'où la sensibilité et la contractilité animales ou per^
celantes, la sensibilité et la coniraciiUié organiques ou latentes; d'où eacore deux séries d^orgaaes et de foactioDs: celle de la vie animale ou de relation, et celle de la vie organique ou de nutrition.
Ainsi doDc : c Analyser avec précision les propriétés des corps vivants, montrer que tout phénomène physiologique placé sous la dépendance d''une force inhérence à la matière organisée se rapporte, en dernière ^ analyse, â ces propriétés considérées dans leur ordre naturel \ que tout phénomène pathologique dérive de leur augmentation, de leur diminution ou de leur aUération ; que tout phénomène thérapeutique a pour primïipe leur retour au type naturel dont elles s^étaient écartées; fixer ayec précision les cas où chacune est mise en jeu ; bien distinguer en physiologie, comme en médeciae, ce qui provient de Tune ou ce qui émane des autres, déterminer par conséquent d^une manière rigoureuse ceux des phénomènes naturels et morbifiques auxquels président les propriétés animales, et ceux que produisent les organiques; indiquer quand la sensibilité animale et la contractilité de môme espèce, quand la sensibilité organique et la contractilité sensible ou insen* sible qui lui correspondent scmt mises en jeuj quels S0&t les remèdes appropriés â la lésion des propriétés YÎtfiles, et les plus aptes â ramener ces propriétés à leur mode normal, p Yoilà, résumée, par Bichat lui-même, la doctrine comprise dans Tanatomie générale. {Anat. gén., 1. 1.)
Ainsi, loas les actes de la vie physiologique ou pathologique se rapportent à la contractilité et à la sen^ bililé comme à leurs causes générales au-delà desquelles il est impossible de remonter, et ces propriétés résulteot elles-mêmes de Taclion des tissus oi^anîques ausquek elles sont inhérentes. Les tissus et leurs propriétés, voilà donc, si ce n^est Thômme tout entier, du moins tout ce que nous en savons de certain* Voici maintenant les conséquences de cette doctrine :
c Puisque, d^une part, les maladies ne sont que des altérations des propriétés vitales, et que chaque tissu est différent des autres sous le rapport de ses propriétés, il est évident quMl doit en différer aussi par ses maladies, et que par conséquent, dans tout organe composé de différents tissus, Tun peut être malade, les autres restant intacts; c^est ce qui arrive, en effet, dans lejplus grand nombre des cas. x> (^Anat* gén,, t. 1.)
D^une autre part : c Puisque chaque tissu oif^aiBsé a une disposition partout uniforme ; puisque, queHe que soit sa situation, il a la même structure, les mêmes' propriétés, il est évident que ses maladies doivent être partout les mêmes....; que ses a&ctions, portant ep général le même caractère , n'offriront point d'autres variétés que celles qui proviennent des variétés de strueture. 7> (Ajiai. gén.^ t. 1.)
Troisième conséquence : « Les phénomènes morbides n'étant que des altérations des propriétés vitales, et ces propriétés résidant essentiellemenl dans les soUdes, il
( 3W ) 8*ensaiTra1( que les fluides sont jusqu^à un certain point étrangers à ces maladies. > Cependant Bichat ne professe pas, tant sVn faut, un solidisnie exclusif; d^abord parce quHl ne considère pas les fluides de Téconomie comme inertes : < Dire ce que c^est que cette vitalité des fluides est évidemment impossible ; mais son existence n^en est pas moins réelle. Le chimiste qui veut les ana* lyser n^en a que le cadavre, comme Panatomiste n^a que celui des solides qu'il veut disséquer.... Presque tous les symptômes portent, il est vrai, sur les solides, car ce sont eux qui sont en action dans les maladies; mais la cause de ces maladies est tantôt en eux, tantôt hors d^eux. Tré»-souvent nos fluides portent le germe funeste de nos maladies, en sont le véhicule. > Et plus loin il conclut : < Qu^une théorie exclusive de solidlsme ou d^morisme est un contre -sens pathologique, comme une théorie dans laquelle on mettrait uniquement en jeu les solides ou le& fluides en serait un physiologique. > {Anat^ gén,^ 1. 1.)
Cette opinion si nettement formulée sur Thumorisme, A une époque où cette doctrine était en butte aux sar- «smes de Pécole nosographique, prouvait une indépendance de caractère et une fermeté de jugement peu tbnmiones. Néanmoins, malgré Timportance de ces réserves et bien quMl y revienne plusieurs fois, le fait est que les lésions des fluides n'avaient pas leur place dans la doctrine générale de l'auteur.
Ainsi dans cet ouvrage nouveau i la fois, comme il le
( 3S8 ) dii lui-mèine, par la plupart des faite qa^ii renfermai^ par son plan et par ses principes, Bichat avait embrassé la science de Thomme sons le double aspect de Tétat normal et de Tétat pathologique naguéres isolés. Or, qu'^est-il resté dans là science, de cette séduisante doctrine adoptée pendant prés d^un demi-siécle sans contrôle, à titre de physiologie française, et à TimpakioB de laquelle se rapportent la plupart des travaux accomplis depuis dans cette double voie? Cest ce quMI me reste à examiner.
Déjà avant Bichat, Hailer, donnant à la tonicité de Stahl, à VttritabiUié de Glisson un sens pins rigoureux^ avait étudié le principe vital dans les propriétés visibles de la fibre animale^ et rapporté les propriétés vitales non pas comme Técole de Montpellier à un principe abstrait, mats aux organes eux-mêmes, auxquels il donnait pour attributs exclusifs la éensibiUté, résidant dans le système nerveux, et VirritabiUté^ dans la fibre musculaire. Ses successeurs, en regardant comme eom« munes à d'^autres tissus les propriétés qu^il avait ainsi circonscrites, assuraient le succès de la grande réiomie Hallérienne. Il restait cependant à rechercher sotv quelles formes et à quels degrés ces propriétés existent dans chaque tissu. Il fallait, en nn mot, systtoatiser ta théorie des propriétés vitales, et pour céla^ dissiper Tobscurité résultant de la confusion de la contractilité musculaire volontaire avec la contractilité involontaire, «t de la sensibilité organique avec la sensiJUlité perce-
Tffldie ; c^est ce que fit Bichat avec un succès que per« sonne jusqu^alorg n^avait égalé*
Néanmoins ce système péchait par sa base, c^est^à^dire, par Tanalyse même de ces propriétés vitales à Paide desquelles on croy^Âi pou?oir tout expliquer. Tantôt employées pour désigner les phénomènes biolo^ giques et comme un simple résultat de la vie, tantôt invoquées pour expliquer la cause de ces phénomènes eux--mémes, cVst-â-dire, considérées tour à tour comme des forces abstraites ou comme des étiits des organes TÎvants, les propriétés vitales ne foyrnissaieot pas à la science cette base fi^xe et certaine eh0rchée par Bichat. Elles laissaient en dehors une foule de phénomènes qu^elles étaient impuissantes à expliquer. Ainsi, elles n^apprcnaient rien sur la jEbrmalion des organes, ni sur la spécialité des phénomènes dé la nutrition, des sécrétions, sur tous ceux, en si grand nombre, dans lesquels les forces physiques et chimiques entrent pour une grande part(i). Bichat kii^mème ne se faisait pas illusion à cet égard. «Mais pourquoi, djsait-il, ces degrés divers dans la sensibilité établissent-ils des rapports si différents entre les organes et les substances qui leur sont étrangères? Arrètons-ttous ici ; contentons'^ous de prouver ce fait •sans en rechercher la cause. Nous ne pourrions sur ce point établir que des conjectures. » (J^iat, gén., p. 9^
(I) Ce qui ne vent pas dire qu*il en soit ainsi ponr lous, ni que ces forces consiiluenl les phénomènes vitaux tout entiers.
(590) Dans mainte aetea ainsi plaeég sons la dépendance d^on principe unique d^aclion» une analyse pins séf ère eût découTert des éléments nombreux. Ainsi^ conme Ta fiul remarquer le professeur KAsS) la conlraciflité animale suppose le concours de la substance grise qui dëreloppe IMnflox nerreux, de la siAstance blanche qui le conduit, de la substance mnscubJre qui ; répond par un changement de dimension. La sensibilité et la contractilité oiganiques ne peuvent daTantage être regardées comme une simple propriété de tissu. « Il existe sans doute dans nos tissus, dit le physiologiste que Je riens de citer, une aptitude à rivre qui se manifeste sous Tinfluence des irritants; mais quand Tirritation d^one muqaemse aj^die à notre insu la contraction des muscles sous-jacents, on Fafflu^ des produits d^one glande yoisîne, ce n^est plus une propriété de tissu qui est mise en jeu, ce n'esjL plus un simple ébranlement qui se manifeste de proche en proche à Torgane qui manifeste ses sympatlûes, c'est un acte nerreux compliqué qui a pour ordonnateurs quelques amas de globules gangUonaaires , et pour agents conducteurs des filets nerveux«...Il existe même là des cpnnextions fonctionnelles dont les .conditions anatomiques sont loin d'être connues. >
Encore plus impuissante à dévoiler la cause des troubles morbi(]|||s si complexes dont Torganisme est le théâtre, la doctrine des propriétés vitales plus exacte en apparence que celles qui Tavaient précédée, perpétuait en réalité le régne des abstractions. Le pratieien,
traïufof usant eeft propriétés bytitothétiqued en piiiflsaDce$ régulatrices dont la fbrce, la faiblesse ou les aberratioii^ déteriittoeBl la sanlé oa leci maladieB^ devait, pour être censéfoent avec sa doctrine, ne voir dana les lésions floatërieSes des organes que le résultat du trouble de ces propriétéSi eileur adresser directemeni ses remèdes. Si celle ontologie n^était pas dans la pensée de Bicbat, s^il crut y éobaj^er en rapportait ces propriétés aux iissiis, elle était dans le langage, et elle passa bientôt diHis les fait». S^imaginer qu^on pouvait se rendre compte des altérations diverses de ces propriétés en les plaçant dans des tissus différents, c^élait oublier que la m6me affiaetion peut envahir plusieurs tissus à la fois, ou passer de Tun â rautre sans changer de caractère (1); que ces tissus étant beaucoup moins nombreux que les maladies auxquelles ils sont exposés,, il faut nécessairement, pour expliquer leurs différences, recourir â d^aulres causes «pi'^é la structure anatomique.
Pour juger équitablement cette doctrine, il faut se reporter à Fépoque où écrivait Bichat. Le souvenir encore récent des déplorables errements dans lesquels les théories pbysico- chimiques de Sjlvius et de Boerfaaave avaient fait tomber la science, inspirait aux
{i) La force des choses arrachait à Biebat lai-ménrc cet aveu : tt N'exagérons pas cette indépendance où les tissus d*un organe sont les Ans des autres sous le rapport des maladies; la pratique nous démentirait. » (Anat, géripy 1. 1 .)
meilleinrs efprtis une profonde répognance loochaal les applications des sciêDces physiques à la médecine. Ces sciences étaient d^ailleurs trop peu avancées sons ce rapport pour frapper (oos les yeux de lear hanle importance. Enfin, le yitalisme organiqoe inauguré par Haller paraissait donner une satisfaction sirffisante aux tendances positives qui commençaient à se montrer en médecine. C^est sous Fempire de ces idées que se-pro* duisirent les travaux les plus remarquables de cette époque. Bichat ne put, malgré sa puissante initiative, s^y dérober; et bien qu^il ne dut pas se dissimuler que c^était au progrés des sciences physiques que Ton devait dés-lors l'explication de plusieurs phénomènes importants, bien qu^il eut donné lui-même Texemple d^ingénieuses applications des lois de la statistique, de la mécanique, de Thydraulique à difiërentes fonctions de Forganisme, il crut devoir maintenir «ne démarcation absolue entre les phénomènes vitaux et les phénomènes de Tordre physique ou chimique ; et il ne parait pas s'^étre demandé si une analyse plus profonde ne par* viendrait pas à expliquer, par les rapports du monde extérieur avec nos oi^anes, un grand nombre de ces phénomènes regardés josqu^alors comme inexplicables. Je reviendrai plus loin sur un point de doctrine que je regarde aujourd'hui, et je dirai pourquoi, jugé contre le vitalisme absolu. En ce moment, simple historien, occupé à rechercher les causes du discrédit dans lequel est tombée la doctrine des propriétés vitales^ je leur
( S95 ) assigne poar élément principal la proseription gysléina'tique des sciences positives dans Pinterprétation de» phénomènes biologiques.
A un autre point de vue, on a reproché > Bichat d^avoir morcelé la vie, en ne considérant Phomme qae comme un simple agrégat de tissus ayant chacun leurs propriétés, leur fonctionnalité propre, sans tenir compte de Tunité, du consensus que Pobservation nous révèle d^une manière évidente dans les phénomènes vitaus. Bichat dit cependant quelque part : « Que Tétnde ab* stractive des fonctions ne doit pas faire perdre de vue leur enchaînement. > Plus loin il reconnaît : < Qu^il ne faut pas s^exagérer Tindépendance où sont les tissus les uns des autres. > Ailleurs, il confesse encore : < Que la cause des exhalations, des sécrétions, des absorptions, des vomissements et dévoiements, des convulsions, etc., est souvent bien loin du cerveau, des exhalants, des absorbants, des glandes, de Pestomac, des intestins^ etc. » (Anat. ffén., consid. prélim.). S^il est donné à Phomme d^arriver un jour à une vue synthétique de Punité vitale appuyée sur des bases positives, n^est*ce pas par ]^ décomposition des éléments qui composent Porganisalion qu'on y parviendra ? L^observation patiente des phénomènes, la recherche expérimentale des causes par les effets, n^est-ce pas là, en quelque sorte, le problème qu^on se propose, la seule marche conforme à la vraie méthode scientifique ? Enfin , en ce qui concerne la pathologie, n^oublions pas que le vice fondamental des
d»€lrioes méilicales était, selon Bîehal, iPaveir considéré l0$ maladies trop abstractwemmt. Eamenant CaUeotioD de M8 contemporains sur le principe alors trop n^gé de la locaUsalbn, rillostce plqrsîologisle s'écriait : < Qo^est Tobseryation, si Ton ignore où est le si^e da mal ? » Celait faire comprendre tont ce qu'on devait attendre de Tinvestigalion cadaYérique. Aspirant ifonder Part de guérir sur. les bases les plus laiges qu'on pot lui donner, Bidiat n'avait eu garde, en effet, de négliger cette source précieuse de connaissances ; c lime semble, disait-il, que nous sommes à une époque où Tanatoniie pathologique doit prendre un essor nouveau- I^a médecine longtemps repoussée du sein des sciences exactes, aura le droit de leur être associée au moins pour le diagnostic des maladies, quand on aura partout uni à la rigoureuse observation Texamen des altérations qu'éprouvent nos organes. > (Anai. çén,, U iJ) Six cents cadavres ouverts sous sa direction en moins de six mois, un cours commencé quelques mois avant sa mort, témoin gnent de l'ardeur fiévreuse que ce grand observalem' apportait à ce genre de recherches,, et du zélé qu'il avait su communiquer à ses disciples. Voulant dégager l'anatomie pathologique des considérations médicales qui peuvent fournir une fausse interprétation des faits, il songea le premier à établir une classification méthodique dans ces recherches, en les rattachant à la physiologie et à l'bjstologie dont on les avait trop isolées. Il démontra que chaque mode de lésion offre toujours des phéoo-
(S95) méfies analogoes dans Iras les organes qui apparUeaiiènt à on même système, qmlles qae soient d^aiHears i^ difiérences de stractare et de fcmction entre ces organes. Halheureasementi il accorda trop à Tanalogie de strue« tare et an désir d^assigner des caractères trafiiehés i chaque tissu, en regardant comme exclusivement propres à certains d^ntre eux des lésions qui peuvent se développer dans plusieurs autres, ce qui le conduisit é réduire à deux le nombre des affections communes ou générales, tinflammaiion et le equirrhe. — En ce qui concerne Texamen comparé des lésions organiques avec les causes et les symptômes des maladies, la détermination du siège de ces dernières, du mécanisme de leur développement erde leur guérison, il ne put laisser que «les i^erçus insnfifisants; mais il posa Tidée-mére qo^on retrpuve dans toutes les méthodes suivies après lui : quMl est parmi les lésions anatomiques des formes analogues à des tissus déjà existant dans Téconomie (tissus analogueê)y tandis que d^autres sont absolument étrangers à notre organisation (tissus hétérologues).
On ne me parait pas avoir fait une part assez grande à rinfluence qu^a exercée Bichat sur la thérapeutique dans les premières années de ce siècle. Bichat qui avait fait de sa doctrine des propriétés vitales le lien rationnel des diflërentes branches des connaissances médicales, avait dû penser quMl trouverait les bases d^une doctrine pharmacologique dans raction que les médicaments exercent sur la sensibilité et sur la contractilité oi|;a-
niques et animales ; et il admettait que chacune de ces 4|ropriétés a son genre de remède destiné à la ramener à son type normal quand elle s^en écuie sons Finfluence d*one cause pathologique. Comprenant d^aiileurs la nécessité d^une vaste réforme en thérapeutique, il avait songé à y procéder suivant les régies données par Hamilton dans son traité de Regulis praxeos. Quarante élèves furent chargés d^observer, sous sa direction, les eflbts des remèdes simples qu^il soumettait à Fespérimentation. Quelques thèses écrites sous la dictée de ce grand maître sont par malheur tout ce qui nous reste de ces essais interrompus par unemoft prématurée ; mais (et j^en fournirai la preuve plus loin) il n^est pas une des publications importantes de cette époque, sur cette matière (Schwilgué, AUbert, Barbier), où Ton ne reconnaisse son inspiration.
Quelle part faut-il attribuer aux travaux de Bichat dans cette doctrine qui afficha, vingt ans plus tard, la prétention d^en sortir par une filiation directe ?
Sans résoudre complètement ici une question dont la solution ressortira plus naturellement de Tanalyse des travaux de Broussais lui-même, et laissant de côté les considérations générales qui concernent Papplicalion de la physiologie à la pathologie, je m'arrêterai sur les deux ordres de faits auxquels Técole physiologique a donné une importance fondamentale, et qui .résument, à vrai dire, sa doctrine tout entière, i savoir Vesseniiaiiié des fièvres et le rôle de la muqueuse digestwe dans la pathologie.
L^essentialité des fiôvreâ n^a pas été abordée par Bicbat d^ane manière assex nelte pour pouvoir en ioq férer son opinion à cet ég^ard. C'était une de ces quesr tiens réserTées dont il ajournait la solution jusqu^â plus ample information. Si Bichat n''osa pas attaq[Uer le^ fièyres essentielles, « c^est qu^ii fut retenu , prétend Broussais, par des considérations personnelles {Joum% Univ., t. 8, 1817). > De telles considérations doivent peser bien peu chez des hommes de cette valeur, et, sMl en eût été ainsi, Bichat n^eùt pas osé non plus aiBriAer les altérations des humeurs 'en préaence du sblidismè intolérant de Pinel et de la plupart des médecins de ce temps lé. Le fait est qu^il est difficile de savoir à quoi s^en tenir sur les opinions un peu contradictoires de Bichat à cet égard. Si, d^une part, il dit : « Les maladies qui affectent plus spécialement la vie organique, comme les fièvres, influent autant sur les fluides que sur les solides {Anat. ffén.^ Gonsid. gén.}, » dans un autre passage on lit : < Je crois que si Ton examinait attentive* ment les affections locales et les fièvres générales, on trouverait toujours une espèce de fièvre correspondante par sa nature à une espèce d^affection locale.» (Anat. gén.f Consid« gén. du système capill.)
Quant à Fimportance du rôle des muqueuses dans les maladies, elle ne lui avait pas échappé, t Peu de systèmes, dît-il, méritent plus d^attenlion. Il est le siège d^une foule de maladies. Lui seul , dans une nosographie où les maladies sont rangées par systèmes, doit occuper une
place égale à celle de plusieurs.... peo ptésasient les forces yilales à un degré plus marqué... • il est un de ccuK qui a le plus de sympathies. > (ifiMil.^^.,Goiirid. gén. du système muqueuz.) Ailleurs Bichaft appdie ratleotion sur les sympathies de Testomac, et c'est dans sa muqueuse quMl place le plus grand nombre de ses malades. (Considér. gén.) Pourtant il ne veut pas qi^m tt exagère la sensibUité de cette classe de memèraneSf dont Torganisation est, dit-il, accommodée an contact habituel de substances hétérc^ènes i l'économie yivante. n signale nne foule de cas, notamment dans les fiéyres, où Paccumulation des produits de sécrétion de ces mem« branes est une source de dérangements ; et s'élevant contre la pratique de son temps qui, i Pabus des purgatifi, fiiisait succéder Pabus. des yésicatoires, il pense c qu'on doit, dans les maladies, suppléer souvent aux excitations cutanées par les excitations muqueuses. > Ceci ne ressemble guéres, on en conviendrai à la thérapeutique presque exclusivement débUitante de Péoole physiologique.
En somme, si l'on trouve dans Panatomie générale des propositions favorables à cette école, il faut recmn naître que Bichat eut des vues beaucoup plus laides en pathologie et qu'on n'a pu, sans la mutiler, enfermer sa pensée dans Pélroite formule du dichotomisme Brous* saisien.
Bidiat, considéré comme écrivain, ne peut être proposé sous tous les rapports comme un modèle A suivre;
Les négligences du style se ressentent trop, dans ses ouvrages, de la précipitation avec laquelle Tauteur les composa. Néanmoins il y régne une telle clarté, une si belle simplicité, les idées s^ enchaînent par une méthode si naturelle, Pimagination de Tauteur colorant tout ce qu^elIe touche fait passer devant les yeux tant d^aperçus ingénieux, de théories séduisantes, que vous trouvez à sa lecture un charme particulier que vous font bien rarement éprouver les ouvrages consacrés à des matières aussi arides. C'est que chez de tels hommes beaucoup moins préoccupés de la forme que du fond, c'est le maître dans Part de penser qui . fait le maître dans Part d'écrire*
L'influence que Bichat a exercée sur les progrés et la marche de la science depuis cinquante ans est si incontestable, qu'il me semble bien superflu d'en fournir ici la preuve. D'ailleurs, cette preuve est écrite dans toutes les parties de l'immortel ouvrage que je viens d'analyser, comme elle Test à chaque page de ce livre. Bichat représente à lui seul une période tout entière dans l'his« toire de la médecine. A peine venait^il de mourir, a dit un ingénieux orateur, que déjà on parlait de lui comme d'un ancien. Sa méthode est encqre celle qui préside aux progrés de la science contemporaine, lorsqu'elle étudie en physiologie les fonctions, en pathdogie les maladies dans les organes, lorsqu'elle s'applique à découvrir en thérapeutique l'action des remèdes sur les tissus et sur les liquides de l'économie aiômale» Néaa*
moins, rhîsloricn désireux de se défendre à la fois des admiralions rétrospectives et des prétentions contemporaines, trouve deux parts à finre dans Théritage laissé par Bicbat. Si, sons le rapport des faits et des méthodes, cet héritage est presque entièrement intact, on ne peut disconvenir que par sa doctrine des propriétés vitales, rillustre physiologiste n^ait engagé la science dans une foosse voie de nature à retarder ses progrés. Mais pour être un homme de génie, on n^en obéit pas moins aux lois constitutives de Tesprit humain ; on ne se fisdt pas sa part, et Bichat fat tout ce qu^il pouvait être A Tépoque où il vécut, c^est-A-djre, le représentant le plus avancé du vitalisme organique, lequel n^était lui-même qu^une réaction inévitable contre les théories chimiAtriques et mécaniques du dix-huitiéme siècle, en même temps qu^une transition entre la physiologie métaphysique de Barthez et la physiologie plus positive de notre époque. On est trop porté, quand on juge ainsi les doctrines à distance^ A négliger l'intervention nécessaire du temps dans les révolutions dMdées. L^esprit humain ne procède pas par bonds, et s^il doit revenir A des opinions quUl abandonna naguéres, ce n^est que par de longs circuits et après s^ètre bien duement convaincu de TinsuiSsance des doctrines contraires. Et quand on aurait démontré le vice originel des doctrines de Bichat, ne suiBsait**il pas A sa gloire d^'avoir découvert que chacun de nos tissus a son organisation, ses propriétés particulières, sa vitalité, ses sympathies ; dVoir prouvé leur îsdement
pathologique comme il avait démontré leur isolement Baalomîqae; d'avoir constaté enGn, de manière à n^ plus revenir, que la science de Thomme malade répose sur Tanalomie et sur une physiologie bien faite? Enlevé trop tôt à ses travaux, sMl ne put achever le monament dont il avait jeté les puissantes assises, à la forte impulsion qu^il communiqua à toutes les branches des connaissances médicales se rattachent la plupart des découvertes accomplies dans les sciences biologiques, celies-U même qui se sbnt faites dans une direction opposée; car les travaux d^un grand homme ne sont pas seulement utiles par eux-mêmes, mais encore par les discussions et les recherches qulls provoquent en tous sens. Biohat est le véritable fondateur de la médecine organique en France et la personnification la plus éclatante de Técole de Paris. Si la science du diagnostic, si la connaissance du siège des maladies qui en est le flambeau y ont fait depuis cinquante ans dMncontestables progrés, c'est à Pimpulsion communiquée par cet esprit initiateur qu'on le doit. £t ce ne fut pas un de ses côtés les moins remarquables que le rare assemblage de ce talent d'analyse auquel nul détail important n'échappe, avec cette haute faculté de généralisation qui plane sur les faits pour s'élever à leur plus large synthèse. On ne voit pas souvent réunis à un degré aussi éminent la science expérimentale d'un Haller avec le coup-d'œil et l'étendue d'esprit d'un Barthez.
Tel fut Bichat. Voilà ce qu'avait fait, lorsqu'il suc-
eomba « sur ce champ de balaille où Ton compte aussi ph» d^uae Yiclime (1), » Pimmortel jeune homme qui était veaa cinq ou six ans auparavant s^asseoir obscur et igooré 8ur les bancs de cette école dont il devait être Tune des plus belles gloires.
(1) Lettre de Gorvistrt an premier codssI.