‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 44 sur 180 · VIIL. ÉCOLE ANALYTIQUE OU SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

VIIL. ÉCOLE ANALYTIQUE OU SCIENTIFIQUE

Scientia nexuum notionum et formarumque humanum sermonem consliluunt. Hœc altiore etiam nomine METALINGUISTICA nuper dicla est.

primitive, ils veulent qu'on se représente le langage comme ayant commencé sur un point du globe pour se répandre ensuite partout. |

Condillac et Dugald Stewart, sans discuter la question de fait, admettent que l'homme, par le développement naturel de l’exercice de ses facultés, était en état d'arriver de lui-même à la grande opération de la formation des langues.

Enfin il y a des savants qui déclarent hautement que l’homme est l'inventeur de la parole. Ils raisonnent ainsi: Signalons d'abord deux grandes erreurs ; l’une qui fait remonter l'origine du langage à une révélation de Dieu, et l’autre, conséquence ou non de la première, qui a égaré les savants dans la recherche d’une prétendue langue primitive. La raison la plus spécieuse qu'on allègue en faveur de la première opinion, c'est que Dieu, en se révélant à l'homme dans la pensée, devait d’abord se révéler à lui dans les moyens de la manifester. Mais cette intelligence, cette véritable et unique révélation de Dieu dans l’homme n'’était-elle pas elle-même, pour ce dernier, un moyen : 1° d'appliquer l'agilité de ses membres, l'adresse de ses doigts à la confection d’instruments propres à une satisfaction plus prompte de ses besoins ; 2° d'employer son organisation vocale à établir une communication plus prompte, plus intime et plus expansive avec ses semblables ; 3° de se perfectionner dans l’un et l’autre cas, en raison des nouvelles perceptions qu’il devait acquérir par l'observation de ce qui l’entourait ? Si rien, ensuite, n’indiquait dans la conformation physique de l'homme qu'il dût faire un usage naturel de la parole,

Les rapports mutuels des idées et des formes des différentes langues, voilà quel est l'objet de la philologie comparée.

on aurait quelque raison d'en chercher une cause extérieure, javisible ; mais il était doué d'un instrument vocal, d'un admirable clavier propre à faire entendre des intonations variées à l'infini, d'organes si artistement conformés, qu’il put rendre au moins, d’une manière approchante, certains objets extérieurs, et en marquer même les modifications par celles de ses organes.

Si Dieu eût donné à l'homme une langue, il devait la lui donner parfaite, inaltérable ; ce qui est d'institution divine ne devait pas subir les accidents de ce qui est d'institution humaine. Cette langue apportait alors par avance, à l'homme, toutes les perceptions à venir puisqu'elle lui en donnait les mots, la révélation d'une langue entrainait celle de toutes les institutions humaines. Dira-t-on que Dieu n’en traça que les premiers éléments que l’homme devait étendre en raison du développement de son intelligence ? Pourquoi l’homme, doué du pouvoir de créer de nouveaux mots n’a-t-il pu créer les premiers, puisque les uns et les autres dépendaient de son organisation physique et morale ; ensuite ces premiers éléments du langage devaient-ils sentir l’imitation? Nous voyons dans les plus anciennes langues que les premiers éléments, surtout les mots qui expriment les premiers objets qui durent s'offrir à l'observation de l’homme, sont des imitations de ces objets eux-mêmes et trahissent par conséquent une origine naturelle.

D’autres philologues sont disposés à revenir à la croyance de l'existence d'une langue primitive universelle. Dans une publication récente, un sinologue, un indianiste distingué s’exprimait ainsi :

Cette question tant de fois traitée, et par conséquent si obscurcie, semble peut-être la moins abordable, et me paraît cependant

Le OË =

Les savants qui l'étudient laissent à chacun ses Opinions sur l’origine et-sur l'avenir du langage, ils se contentent de compter, de classer, d'analyser, de comparer les nombreuses formes de la parole humaine.

Les travaux accomplis par cette école sont immenses.

Elle a compté et classé plus de deux mille langues et de cinq mille dialectes.

Elle a fait de l'Etymologie une science positive en découvrant ses lois. C'est en suivant une marche certaine que l’on peut aujourd'hui :

la plus neuve et la plus digne de nouvelles attentions, après les travaux philologiques des Rémusat, Champollion, Chezi, Klaproth et autres, qui, en faisant pour ainsi dire renaître à nos yeux trois langues primitives, ont ouvert un nouveau champ à de nouvelles conjectures pour les esprits systématiques, comme à la découverte de la vérité pour les esprits impartiaux. M. Ch. Nodier, le dernier qui ait traité cette question, me paraît avoir le plus approché de la vérité, non sans quelque scrupule, non sans quelque doute de sa part, mais enfin il l’a laissé entrevoir. Quant aux critiques qu'il a soulevées, elles étaient trop peu importantes, trop peu logiques, pour qu'il dût s’en effaroucher et daignât même y répondre. Son opinion , il est vrai, demandait d'être appuyée de beaucoup plus de preuves, car on a bien assez de conjectures osées sur telle ou telle question, on veut avant tout des faits ; en raison de l'indépendance et de la latitude accordées maintenant à l'esprit, le public est plus circonspect, plus sévère, plus incrédule, et c’est tant mieux, on n’en sera que plus intéressé à pro clamer des choses vraies et utiles et plus contraint d'entourer ses opinions de preuves qui commandent l'attention et tendent à persuader. |

4° Distinguer le radical de ses dérivés ;

% Le dégager de ses accessoires ;

3° Déterminer son origine d’une manière certaine ;

4° Etablir son mode de formation au moyen des éléments de sa composition et de son état actuel ;

#° Prouver quelle doit être la conséquence de son acception rigoureuse, et obtenir ainsi d’un mot quelconque une étymologie incontestable, démontrée par sa décomposition, son origine et son radical.

Des études patientes firent découvrir les lois du changement des sons et de la variation des consonnes. — On comprit qu’il y avait deux classes deradicaux : 1° les racines qui constituent la commune parenté des langues et consistent dans certains rapports généraux qu'on remarque entre les racines premières, essentielles de toutes les langues ; 2 les racines qui constituent les affinités des familles glossales. De l'analyse étymologique qui avait pour but l'étude d'un idiome ou d'une famille linguale, on s'éleva jusqu à l'étude comparative de toutes les langues. |

La classification, en s’attachant aux différences avait empêché les philologues de considérer le langage sous un aspect plus vaste, comme un tout, comme une souche féconde qui a donné naissance à une infinité de branches.

Cette étude occupe l'intelligence beaucoup plus que la mémoire, et fortifie la mémoire en liant les opérations de celle-ci à celles de l'esprit.

Elle devient ainsi la meilleure des mnémoniques fon-

= 06. == dée non sur le hasard et l'arbitraire, mais sur les véritables et immuables rapports des choses, des idées et des mots. Assembler des mots du même son, mais de sens différents (comme dans les dictionnaires ordinaires), c'est occuper la mémoire seule, et l'esprit n’y est pour rien. Mais si, au contraire, on forme d'amples recueils de mots ayant le même sens et le même son, l'intelligence met en jeu le jugement, ou la faculté qu’elle a de comparer et de distinguer. La mémoire à son tour, s'appuyant sur une base plus solide, se repose ; elle semble avoir trouvé un guide, un moniteur secret auquel elle s'abandonne, et qui l'avertit à propos. Aussi est-elle capable d’embrasser, de retenir et de servir beaucoup plus que lorsqu'elle est seule, et bornée à ses moyens propres et chétifs. - On se figurerait difficilement tout ce dont est capable une mémoire, même médiocre, lorsqu'elle est ainsi soutenue et dirigée par l'intelligence. Il ne lui est plus impossible d'embrasser toutes les langues de l'univers, du moins quant à la connaissance de leurs parties essentielles ; aucune de ces langues ne lui échappe ; elle peut facilement les mander toutes devant soi et les passer en revue, opération qui dépend beaucoup plus de la connaissance exacte des modifications des mêmes mots que du passage brusque d'un mot à l’autre. — L'étude générale du langage humain nous indique les routes les plus sûres et les plus commodes pour arriver à la science. (Voir Xlaproth et M. de Mérian.)

S IX. ÉCOLE PASIGRAPHIQUE.

Mais tandis que les savants laborieux poursuivaient leurs patientes analyses, des esprits plus hardis, plus impatients, cherchaient à conquérir par des moyens artificiels l’unité du langage.

Dès qu’on avait appris en Europe que les peuples de l'extrême Orient possédaient depuis des siècles une écriture philosophique assez parfaite pour servir de lien commun à plus de 300 millions d'hommes qui parlent des langues différentes, les imaginations avaient été vivement frappées des immenses avantages que produirait dans le reste du monde la création d'un système analogue ; car le nombre et la bizarrerie des caractères chinois en empéchaient l'adoption. D'autres circonstances faisaient encore sentir l'utilité d'une pasigraphie. — La langue latine, cette langue admirable de la guerre et de l'administration avait dù se transformer successivement pour traduire les idées philosophiques de la Grèce et de l'Orient; pour discuter les dogmes du catholicisme ; mais elle n'avait plus le pouvoir de fournir des signes aux nombreuses pensées que venaient d'enfanter la renaissance, la réforme, et le progrès irrésistible des sciences.

Voici quel est le problème que la pasigraphie cherche à résoudre :

1° Classer les idées ;

2° Représenter directement les idées au lieu de représenter les sons ; |

Payerische Stesisbibliothek MONCHEN

3° Rattacher à chacune d'elles un signe, une lettre, un caratère universel lisible par toutes les nations ;

4° Etablir une grammaire d'une excessive simplicité, n'ayant que des règles absolues ;

5° Composer le mot de telle façon que la signification soit toujours révélée par son aspect seul.

En sorte que chacun puisse toujours comprendre et, à la rigueur, écrire sans dictionnaire spécial.

Le premier savant qui osa chercher la solution de ce problème fut, selon Caspar Schott et Digby, un Espagnol dont le nom ne nous est point parvenu ; il publia à Rome, en 1653, un essai dans lequel les classes d'idées étaient représentées par des nombres.

Le Nuntius inanimatus de l'Evèque Godwin, les théories de Wilkins suivirent de près cette première tenta-— tive. — L’Ecossais Dalgarno publia à Londres, en 1661. Ars signorum vulgù character universalis et lingua philosophica ; toutes les idées possibles étaient ramenées à seize classes générales, représentées par des caractères gréco-latins. Et Wilkins donna à l'appui l'Essai sur la langue philosophique avec un dictionnaire conforme à cet essai. Dans le même temps Becher mit au jour à Francfort son Character pro notitia linguarum universal, et comme la complication des caractères rendait sa pasigraphie impraticable, il conçut le premier l’idée d’un dictionnaire numéroté, et son système ainsi modifié parut en 1674, sous le titre de Methodus dialectica, seu clavis et praxis super novum organum philologicum.

Kircher s’empara de cette idée qui fut reproduite de nos jours sous le titre de Manuel interprète des correspondances, par Cambry.

M. Demaimieux donna ses essais de pasigraphie et de pasilalie.

M. de Pariès Firmas chercha, en 1811, à les appliquer au télégraphe, dans son livre de la Pasitélégraphie.

Enfin, en 1855, M. l'abbé Bonifacio Sotos Ochando, docteur en théologie, ancien membre du conseil de l’Instruction publique de l'Espagne, publia un projet de langue universelle.

Les pasigraphes étaient, presque tous, des hommes d’un esprit ingénieux, d’une immense érudition, d’une patience infatigable.

Presque tous ont réussi à classer les idées, à combiner logiquement des signes simples à simplifier les formes grammaticales. Leibnitz leur rend ce témoignage.

Dudüm egregi quidam viri excogttaverint linguam quamdam seu characteristicam universalem, qud notiones et res omnes pulchré ordinantur et cujus auxilio diversæ nationes animi sensa communicare el quæ scripsil aller in sud quisque lingud legere queat.

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