S X. CAUSES DE L’IMPUISSANCE DES PASIGRAPHES
Mais toujours ces ingénieuses combinaisons sont tom
bées devant l'indifférence publique, elles ont péri sans
laisser de trace. Elles n’ont pas même pu s'établir comme idiome scientifique. |
= 400 -— La raison de cette impuissanee est facile à reconnaitre. Une langue arbitrairement construite sur une base fournie.par la science, ne peut représenter qu'un moment déterminé de la vie scientifique. Si le monde savant avait adopté au xvn* siècle la pasigraphie de Dalgarno ou celle de Becher, comment pourrait-elle représenter les nomenclatures de notre époque ? Comment une pasigraphic inventée aujourd'hui suffirait-elle aux idées nou- velles qu'amèneront demain les conquêtes inévitables de la science? Les langues scientifiques ne sont que des classifications utiles au présent, mais sans cesse augmentées, détruites, renouvelées, changées complétement. D'ailleurs une langue, non plus qu'une religion, ne peut ètre le résultat d’une invention individuelle; pour avoir un avenir il faut qu’elle ait un passé. Sous le chaos apparent des langues mortes et vivantes, il n'existe pas une racine qui n'ait sa source profonde dans le triple et mystérieux rapport de Dieu, de l’homme et du monde. Les premiers rayons de la science du langage ne sont pas encore descendus jusqu’à la foule, et cependant cette foule qui ne peut soupconner l'unité et la fécondité des racines adamiques, sent instinctivement qu'il y a dans son langage même le plus inculte un principe supérieur aux opérations artificielles, aux conventions ingénieuses des savants.
À quelques esprits timorés, l'espoir de créer une pasigraphie semble inspiré par un orgueil satanique. Faire une langue, disent-ils, c'est empiéter sur l'œuvre
de Dieu ; c’est tenter d’usurper le rôle qu'il s’est réservé ou du moins qu'il a confié à la spontanéité des masses humaines inspirées par lui.
S XI. QUELLES SERAIENT LES QUALITÉS NÉCESSAIRES D’UNE ÉCRITURE UNIVERSELLE.
Comme la langue primitive, l'écriture universelle devrait aussi avoir des caractères incontestables de sa haute mission providentielle.
4° Chacun pourrait en lire du premier coup les caractères sans avoir besoin de connaitre une seule lettre d’un alphabet quelconque ;
2° Chaque figure représenterait à la fois tous les attributs, toutes les facultés; toutes les propriétés d'un objet par des signes qui n'auraient absolument rien d'arbitraire, et dont chacun aurait sérieusement le droit de signifier une chose ; |
3° Enfin, dans cette langue, facilement universelle en raison de l'évidence de sa forme extérieure, dans cette langue immuable par son principe, chaque idée nouvelle, chaque objet nouveau trouverait, en naissant, son nom tout formé, son nom nécessaire, et dès lors intelligible partout ct toujours.
Souvent d'ailleurs a formation philosophique du nom conduirait à la découverte des choses.
La langue serait comme le demandait Leibnitz, un moyen de démonstration et d'invention.
Ce grand homme est le seul qui s'élève jusqu'à l'idéal
d’une langue parfaite, et qui ose concevoir la possibilité de donner aux opérations de la pensée la forme et la rigueur de l'algèbre et de l’arithmétique.
Nemo agressus est linguam sive Characteristicen, in quà simul ars inveniendi et judicandi contineretur : id est cujus notæ et characteres præstarent idem quod notæ arithmetlicæ in numeris et algebricæ in magnitudinibus abstractè sumptis. |
On peut terminer la classification des philologues par les auteurs, qui, sans demander aux traditions religieuses ou à la science humaine, le secret des origines de la parole et le miracle du don des langues, cherchent avec ardeur les moyens d’en simplifier l'étude.