S XII. COMPOSITION D’UN ALPHABET UNIVERSEL
C'est encore à cette école que se rattachent les savants qui travaillent à la composition d’un alphabet universel et rigoureusement phonographique.
© De Brosses a le premier proposé ce problème, Volney a cherché à lerésoudre. De nos jours, on s’est remis à l’œuvre avec ardeur en Allemagneet en Angleterre. M. Lepsius vient de publier, à Berlin, Das allgermeine linguistiche alphabet.
Depuis 1765, une foule de grammairiens philosophes cherchent cet alphabet qui contiendra toutes les: lettres, et qui sera adopté à la fois par tous les peuples du monde. On les regarde comme des esprits téméraires, obstinés à Ja poursuite d’un fantôme. L'opinion vulgaire attribue l’impossibilité de l'alphabet universel au nombre illimité des
= 103 = sons que peuvent produire les organes de la voix, à l'étrangeté phonétique de certaines langues, dont jamais aucun signe graphique ne pourrait indiquer les sauvages intonations. C’est une erreur dont la science a fait justice. L'état actuel des recherches physiologiques et mathématiques dont cette question a été l’objet, permet de définir la nature exacte de chaque son dans une langue donnée, de manière à lui attribuer la place qui lui convient. Enfin, on peut s'assurer que le système a été développé de telle sorte que l'applicatiôn puisse en être universelle. Avant les ingénieuses investigations du docteur John Herschel; Volney, Beauzée, Destutt-Tracy, Eichoff et Büttner avaient compté les voix et les articulations. Le nombre en étant rigoureusement fixé, rien n’était plus facile que d’attacher à chacun d'eux un signe quelconque, un chiffre par exemple, et l'on arrivait à des combinaisons infinies. Le savant auteur du Traité de la formation méchanique des langues, le président de Brosses, a classé les sons en 4765. Il a créé un alphabet organique, dont chaque signe représente le mouvement qu'on doit imprimer aux organes de la voix pour produire le son indiqué.