S XIV. DIFFICULTÉS ET DÉFAUTS DE L'ÉCRITURE CHINOIS
1° Cette écriture si ingénieusement inventée a ses inconvénients, elle demande une main légère et exercée au dessin pour avoir un aspect agréable ; 2° elle exige des proportions si régulières dans l’ensemble des images qu'on ne saurait jamais les tracer avec la rapidité de pinceau que demande l’impétuosité du génie et la chaleur de l'imagination ; 3° elle occupe trop de place; elle ne peut sans confusion dans la forme, sans altération du sens, êtæ réduite en caractères cursifs, et par là elle
parait plus propre aux grands monuments destinés aux races futures qu'aux livres de la science usuelle ; 4° à côté d’une écriture philosophique admirable le système chinois présente encore une assez grande quantité de caractères phonétiques. os |
Caractères phonétiques.
Ces caractères forment toute la 4° classe nommée Kiaiîn (explication par le son). La cause de leur invention est, dit-on, la difficulté de faire les images assez ressemblantes pour distinguer par les traits du dessin les diffé rentes espèces d'oiseaux, de poissons, de plantes, de vases, d'habits, et de façon qu'il suffise de les voir pour s'en former ou s’en rappeler l’idée. La même difficulté avait forcé les Egyptiens à recourir aux déterminatifs.
À côté de l’image générale se trouve un caractère qui n’est censé représenter que pour un son, et ce son la détermine à signifier tel individu en particulier. On prend le nom des choses qui sont peintes pour en former un mot ou une phrase avec qui elles n’ont aucun rapport ; de mème dans la classe Kiat-in, on n'a égard qu'au son du caractère qu’on met à côté de l'image générale. Ainsi l'image commune d'oiseau avec un caractère à côté qui se lit ngo signifie oie; avec celui de ya, canne; avec celui de tchi, une poule sauvage; l’image de poisson avéc le son king, souffleur ; avec tsieou, lamproie; et cette nécessité, cette impuissance a été considérée sous son véritable point de vue par le savant Choue-Ouen, quand il dit :
u l’art d'écrire a ses limites, les objets .de nos connais sances n’en ont pas. Comment les signes pourraieat-ils en embrasser tous les détails? Il a fallu imaginer le kiai-ir pour étendre la sphère des caractères, en peignant non plus les images, mais les choses. n Cependant l'image du genre domine toujours ; celle du son n’est que l’indication de l'espèce, le son change la signification, et la signification ne change pas le son. Suivant quelques grammairiens ces caractères mixtes formeraient au moins la moitié de la langue chinoise écrite, en sorte qu’on pourrait définir l'écriture chinoise une écritüre phonétique imparfaite, mais renfermant les premiers éléments d’une écriture philosophique, d’une véritable pasigraphie,
Ces éléments ont concouru puissamment à empêcher la création d’un système alphabétique complet.