‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 69 sur 180 · AI · texte numérisé non relu

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Quand Nala fut parti, Damayanti délassée s'éveilla épouvantée dans cette forèt solitaire. Ne voyant plus son époux, pleine de chagrin et de douleur, elle s’écria tout effrayée : u Grand roi! n S'adressant au roi des Nichadhas : u Ah, mon défenseur! ah, grand roi! ah, mon maitre! pourquoi me quittes-tu ? Je suis perdue, je suis morte, j'ai peur dans ce désert! Tu ne connais donc pas la justice ? tu n'es done pas véridique ? Pourquoi, après m'avoir dit u c'est la vérité, » me laisser ainsi pendant mon sommeil et t’enfuir? Où iras-tu sans ton épouse |

nifié. Les Maruts sont les Vents eux-mêmes, au nombre de 49. Pour toutes ces déités, consultez les Vêdas.

sage ct dévouée ? surtout quand elle né t'a pas offensé et que l'offense vient d'un autre? Tu peux bien, à mon maitre, accomplir les promesses que tu me fis autrefois én présence des gardiens du monde. La mort arrive toujours à propos aux mortels; car, abandonnée de toi, ta bien-aimée n’a que peu de temps à vivre. — Mais non, c'est un jeu; — pourtant j'ai peur; montre-toi à mes yeux. — Je te vois, je te vois; oh! je te vois bien, Neichadha ! Tu t'es entouré de buissons ; pourquoi donc né réponds-tu pas ? Oh! méchant; je t'ai suivi ici, je suis tourmentée et tu ne viens pas me consoler ; ce n’est pas moi que je plains, ni rien autre chose; mais toi, dans quel état seras-tu, seul ? C’est de toi que j'ai pitié. Comment, à roi, accablé de soif, de faim et de fatigue, le soir au pied d'un arbre, comment seras-tu quand tu ne me verras pas? n :

Ainsi, dans son amère douleur et consumée par l’inquiétude, elle court çà et là en pleurant. Tantôt elle s’élance ; tantôt elle retombe pleine de trouble; tantôt elle s’affaisse de frayeur ; tantôt elle crie, elle pleure. Consumée par la douleur, affligée, après avoir poussé de longs soupirs, la fille de Bhima, dévouée à son époux, dit en sanglotant : u Que celui par la malédiction duquel, accablé de douleur, Nala trouve encore la douleur, qu'à celui-là une douleur arrive plus grande encore que notre douleur ! Que l'être coupable, qui a réduit à cet état Nala dont l'âme n’est pas coupable, que celui-là plus misérable que lui, vive une vie privée de joie! »

C'est ainsi qu’en gémissant, l'épouse d’un roi magnanime cherchait son époux dans le désert habité par les bètes sauvages ; c’est ainsi que pareille à une insensée la fille de Bhima, pleurant sans relâche, court çà et là en criant : uO roi, Ô roiln Comme elle pleurait outre-mesure semblable à la kururi gémissante, comme elle redisait ses plaintes lamentables, tout à eoup s'offre à Damayanti qui errait dans son voisinage un serpent au grand corps tout affamé. Surprise, pleine de trouble, elle a moins pitié d'elle-même que de Nala : u O mon protecteur, disaitelle, me voilà prise dans ce désert par un serpent, telle qu’une femme sans défenseur; pourquoi n'accours-tu pas ? Dans quel état seras-tu, lorsque tu penseras à moi, et que délivré de la malédiction, tu auras recouvré l'intelligenee, la raison et ta fortune? Fatigué, affamé, Janguissant, à roi des Nichadhas, ta fatigue, qui te l’ôtera ?n

Bientôt un chasseur qui parcourait l’épaisse forêt, entendant des cris, accourut à la hâte; il aperçoit cette femme aux longs yeux saisie par le serpent, il s’avance au plus vite, et il perce d’une flèche aiguë la face du ser- . pent qui ne résiste pas. Lorsqu'en le tuant, le chasseur qui vit de sa proie l’eut délivrée, lorsqu'il l'eut lavée avec de l'eau et ranimée en lui donnant quelque nourriture, alors il l’interrogea et lui dit : u De qui es-tu fille, à toi qui a les yeux d'une gazelle ? Comment es-tu venue dans cette forêt? Et comment est-tu arrivée à ce degré de misère, toi qui est si belle?» Damayaniti lui raconta tout ce qui s'était passé. En regardant cette femme couverte de

la moitié d’än vêtement, son sein et ses jambes arrondies, ses beaux membres si délicats, son visage brillant comme la pleine lune, ses yeux aux cils recourbés, sa voix si douce, le chasseur tomba sous la puissance de l'amour ; il commença d’une voix caressante et tout rempli de sa passion; elle le comprit. Mais lorsqu'elle eut bien compris ce criminel, Damayanti dévouée à son époux fut saisie d’une violente colère et enflammée d'indignation. Cet homme au cœur vil et pervers mais impuissant à lui faire violence, considérait cette femme difficile à vaincre qui brillait comme la flamme du feu. Damayanti, pleine de tristesse, privée de la royauté et de son époux, vit qu'il n'était plus temps de parler, et elle le maudit dans sa colère : u Comme il est vrai que, même en pensée, je ne désire aucun autre que Nala, qu’ainsi tombe mort le vil chasseur. n À ces seules paroles, le chasseur tomba à terre comme un arbre brülé.

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