LE? AMÉRICAINS
précaire avail été reconnue par Le comité de M" Pulitzer etde M"1" Gérard. Le comité était installé dans* la salle de
bal au deuxième étage. Un cordon protégeait les dames du comité contre les envahissements de la foule. J'achetais toutes les semaines à la Compagnie de Navigation Hollande-Amérique un certain nombre de billets d'entroponl que ces dames revendaient dans la salle de bal. Nous avions adopté cette méthode parce que la Compagnie Hollande-Amérique n'avait pas le droit de vendre des billets d'entrepont aux particuliers en Allemagne ; mais, en achetant à la Compagnie deux cents ou trois cents billets à la fois, directement, j'arrivais à les céder, de la Façon indiquée plus haut, aux Américains, qui, dans la bâte de rentrer chez eux, n'étaient nullement arrêtés par la perspective d'un voyage accompli dans des conditions si peu confortables.
Il arriva à Winslow d'avoir à se charger d'un des trains spéciaux qui furent dirigés sur la Hollande et je dois dire que je sympathisai avec lui de tout cœur quand j'appris toutes les difficultés qu'il avait éprouvées à retrouver des bagages à main égarés et à découvrir du lait pour des enfants qui en réclamaient à grands cris. Comme ces trains partaient do la gare de Gharlottefibourg, située dans un quartier tranquille de Berlin, l'exode des Américains n'attirait pas l'attention de la foule. Le trajet du train de Carlsbad s'effectua dans d'excellentes conditions. Ce train emportait les Américains qui avaient été retenus dans la ville balnéaire.
Un des incidents curieux de cette époque troublée fut la réunion tenue le 11 août, à l'Hôtel de Ville, de Berlin, en témoignage de sympathie à l'égard des Américains, qui se trouvaient en détresse sur le territoire allemand. Cette réunion fut ouverte dans une des salles ordinaires de l'Hôtel de Ville, mais elle avait attiré une telle foule, que nous lûmes obligés de nous transporter dans la salle principale. Là, des allocutions furent prononcées par le premier bourgmestre von Gwinner, par le professeur von
A l'ouverture des hostilités -123
Harnack et par moi. Un autre professeur, qui s'exprima, dans un anglais excellent et sans trahir le moindre accent germanique, se livra à une attaque des plus amères contre la Grande-Bretagne. Une brochure parut, rendant compte de la réunion. Cette brochure reproduisait le discours de Harnack et celui du premier bourgmestre, mais non celui du professeur. En parlant de l'objet de la réunion, le premier bourgmestre avait dit :
« Puisque nous apprenons qu'un grand nombre de citoyens américains se trouvent en Allemagne dans l'embarras — particulièrement à Berlin — et cela par suite des difficultés qu'ils éprouvent à retourner dans leur pays, nous déclarons ici solennellement qu'il est de notre devoir de nous occuper (Feux fraternellement dans la mesure de nos moyens. Nous faisons appel à tous les citoyens de Berlin et de l'Empire, en leur demandant de coopérer avec nous à cet effet. »
Le professeur von Harnack, directeur-conservateur de la bibliothèque royale de Berlin, est un des professeurs les plus capables de l'Allemagne. Il exprima dans son discours le sentiment qui dominait chez ses compatriotes dans les premiers jours de la guerre, à savoir que l'Allemagne était en train de se défendre contre une invasion russe, laquelle menaçait de supprimer la kultur germanique. Après avoir parlé de la civilisation d'Occident, le professeur s'était écrié :
« Mais en face de cette civilisation se dresse aujourd'hui à mes yeux une autre civilisation, la civilisation de la tribu, avec son organisation patriarcale, la civilisation de cette horde qui est groupée et maintenue par des despotes, la civilisation mongolienne moscovite. Cette civilisation n'a pu subir la lumière du XVIIIe siècle, encore moins celle du XIXe, et maintenant auXXe siècle elle se déchaîne et nous menace. Cette masse asiatique non organisée, aussi stérile qu'un désert de sable, cherche à s'emparer de nos champs de céréales. »
Les Allemands ne firent rien en faveur des Américains