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CHAPITRE XV

Les Œuvres de Guerre.

Aussitôt que la guerre eut été déclarée et que des millions d'hommes se furent mis en route avec Fintention de tuer, des gens par centaines, hommes et femmes, entreprirent de secourir les blessés et les prisonniers, et de prendre soin de ceux que les soldats, déjà partis pour le front, avaient laissés derrière eux. La première œuvre de bienfaisance dont j'eus à m'occuper fut la Croix-Rouge américaine. Deux équipes, contenant chacune trois médecins et environ douze infirmières, furent expédiées en Allemagne par la Société nationale de la Croix-Rouge américaine. Je demandai aux autorités allemandes, avant l'arrivée des médecins et des infirmières, si les équipes seraient acceptées et où elles seraient dirigées. Les autorités allemandes les acceptèrent et décidèrent tout d'abord d'en envoyer une sur chacun des fronts. Celle destinée au front occidental fut confiée aux soins du jeune Goldschmidt Rothschild, un des derniers rejetons de la grande famille des Rothschild de Francfort. Il avait été attaché à l'ambassade allemande à Londres avant la guerre. L'équipe destinée au front oriental fut confiée aux soins du comte Hélie de Talleyrand. Ces deux jeunes gens parlaient parfaitement l'anglais et avaient été choisis pour cette raison. Ils comptaient, de plus, beaucoup d'amis en Angleterre et en Amérique.

Le comte Hélie de Talleyrand appartient à une branche de la célèbre famille de Talleyrand et il est de nationalité allemande. Le prince de Talleyrand, le fameux

ministre de Napoléon avait, à l'époque du premier Empire, marié un de ses neveux à une princesse de Courlande, laquelle était cohéritière, avec sa sœur, de la principauté de Sagan en Allemagne. Les droits de cette sœur furent acquis parla sœur mariée au jeune Talleyrand et les enfants qui naquirent de cette union devinrent princes de Sagan et portèrent le titre italien de duc de Dino et le titre français de duc de Valençay. Quelques-uns de ces descendants demeurèrent en Allemagne. C'est à cette branche des Talleyrand qu'appartient le jeune Talleyrand qui fut chargé de l'équipe de la Croix-Rouge. D'autres s'établirent en France : parmi ceux-ci se trouvaient le dernier titulaire du titre et le duc de Dino, qui épousa successivement deux Américaines : miss Curtis et Mrae Sampson. D'après une coutume suivie, le titulaire du titre principal, celui de prince de Sagan, autorisait les deux membres de la famille qui venaient après lui par droit de succession à porter le titre de duc de Dino et celui de duc Valençay. Avant la mort du dernier prince de Sagan, survenue en France, son fils avait épousé une Américaine, Mmc Anna Gould, épouse divorcée du comte de Castellane. A l'occasion de cette mort, et selon la coutume établie dans la maison de Sagan, les membres de la famille qui appartenaient à la nationalité allemande tinrent un conseil de famille et, avec l'approbation de l'Empereur d'Allemagne, firent passer le droit de succession du mari de M"K" Anna Gould à son fils : ce qui fait que c'est le fils qui a aujourd'hui droit au titre et non le père; mais ce fils doit devenir citoyen allemand à sa majorité.

Le jeune frère du mari de Mmc Anna Gould porte le titre de duc de Valençay. 11 est l'époux divorcé de la fille de M. Levi P. Morton, ancien vice-président des Etats-Unis. Le jeune Talleyrand, dont je viens de parler et qui eut à s'occuper de l'équipe de la Croix-Rouge américaine, ne voulait pas — bien qu'il appartint à la nationalité allemande — se battre contre la France, où il avait de si nombreuses attaches de parenté et comptait tant d'amis.

Il fut donc très heureux d'accomplir ces fonctions qui le plaçaient auprès de notre Croix-Rouge.

A l'arrivée des médecins américains et de leurs infirmières à Berlin, on décida d'envoyer les deux équipes sur le Iront oriental : l'une dans la petite ville de Gleiwitz en Silésie, et l'autre dans la ville voisine de Kosel. Le comte de Talleyrand partit avec les deux équipes, M. Goldschmidt Rothschild ayant été attaché à la légation de Prusse à Munich. Il y eut une réception à l'ambassade en l'honneur de ces médecins et de ces infirmières, réception à laquelle assistèrent le prince de Hatzfeld, duc de Trachenberg, qui se trouvait à la tête de la Croix-Rouge allemande, et d'autres personnalités allemandes qui s'inté-» ressaient à ces œuvres. Les deux équipes restèrent à Gleiwitz et à Kosel à peu près un an, c'est-à-dire jusqu'au moment où la Croix-Rouge américaine rappela ses équipes d'Europe. J'avais déjà entendu parler des souffrances endurées par les prisonniers allemands en Russie. J'eus de nombreux entretiens sur la question avec Zimmermann, le Ministre des Affaires Étrangères, et le prince de Hatzfeld, ainsi qu'avec le prince Max de Bade, et, finalement, je demandai qu'on profitât du bon vouloir des médecins et des infirmières d'Amérique qui seraient disposés à se rendre en Russie pour s'occuper des prisonniers allemands privés de soins. Neuf médecins et trente-huit infirmières offrirent leurs services. Ils furent l'objet d'une imposante réception à Berlin. Les autorités allemandes mirent un crédit important à leur disposition. J'obtins du gouvernement russe les autorisations nécessaires et la mission quitta Berlin pour Pétrograd. L'organisation de cette mission avait causé une satisfaction évidente dans' tous les milieux. Des officiers prussiens vinrent assister au départ des trains et offrirent des fleurs aux infirmières.

Il est vraiment malheureux que les membres de cette mission aient rencontré, après leur arrivée en Russie, des obstacles de toutes sortes et aient éprouvé tant de difficul-

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tés à obtenir l'autorisation de se mettre à l'œuvre. Un grand nombre d'entre eux réussirent, cependant, à secourir les prisonniers allemands. Ainsi, un de nos médecins réussit à se faire nommer directeur de la santé dans une ville où cinq mille Allemands avaient été réunis, et, aidé de plusieurs infirmières américaines, put se montrer utile. Certaines infirmières s'avancèrent jusqu'à Tomsk en Sibérie, tandis que d'autres se répandaient sur le territoire russe. Si cette mission, placée sous la direction du directeur Snoddy, avait pu poursuivre sa tâche telle qu'elle avait été établie, elle ne se serait pas bornée à rendre des services — importants — aux prisonniers de guerre allemands, mais aurait puissamment aidé à dissiper les préjugés entretenus par les Allemands à l'égard des Américains. Malgré les difficultés qu'elle a rencontrées, la mission ne s'est pas moins montrée utile. En revenant de Gleiwitz et de Kosel pour retourner en Amérique, les médecins et les infirmières de ces équipes américaines furent, à leur arrivée à Berlin, décorés de la seconde classe de l'ordre de la Croix-Rouge allemande, et ceux qui étaient allés en Autriche furent également décorés par le gouvernement austro-hongrois.

Parmi ceux qui se dévouèrent aux œuvres de charité pendant la guerre, il faut citer, au premier rang, M. Herbert C. Hoover. Je ne puis trouver des termes pour exprimer mon admiration à l'égard de cet homme qui sut mettre son grand talent d'organisateur au service de l'humanité. Chacun sait les efforts qu'il a accomplis pour aider à ravitailler les habitants de la Belgique et du nord de la France. M. Hoover m'offrit une des présidences de la Commission internationale pour l'assistance de la Belgique et je fus heureux de pouvoir seconder ses efforts à Berlin. Les travaux de la Commission étaient importants. J'eus à m'occuperde façon active des chargements de denrées, dont j 'avais à faciliter l'expédition par voie de mer, etc. M. Hoover et moi nous allâmes voir le Chancelier et nous voulûmes l'amener à rapporter la mesure relative à la

contribution mensuelle de quarante millions de francs que les Allemands avaient imposée comme amende à la Belgique. Ici, par exemple, nous nous butâmes à un refus formel. Plus tard, au mois d'avril 1915, je pus constater, de mes propres yeux, comment le service de ravitaillement de M. Hoover arrivait à approvisionner, et cela de la façon la plus effective, non seulement la population de la Belgique mais celle de la partie de la France occupée par les Allemands. M. Hoover s'était entouré d'un personnel capable et se trouvait aidé en Europe par des hommes comme M, Vernon Kellogg et ses collaborateurs, et en Amérique par des hommes comme M. A. J. Hemphill..« Au commencement de 4915, M. Ernest P. Bicknell, qui était d'abord venu en Allemagne représenter la Croix- Rouge américaine, y revint pour s'occuper de la fondation Rockefeller, qu'il venait également représenter. Il était accompagné de M- Wickliffe Rose, membre lui aussi de cette Fondation. Je m'occupai avec eux de la question de l'assistance à donner à la Pologne. M. Rose et M. Bicknell visitèrent ensemble la Pologne et constatèrent de leurs propres yeux les nécessités qui s'imposaient. Une réunion eut lieu au Reichstag, à laquelle assistèrent le prince de Hatzfeld, de la Croix-Rouge allemande ; le directeur Guttmann, de la Dresdner Bank ; Geheimrat Lewald, du Ministère de l'Intérieur, représentant le gouvernement allemand ; et beaucoup d'autres personnalités appartenant au monde officiel, militaire et financier. La Commission pour l'assistance de la Pologne, dont je devais être le président, fut organisée et comprit parmi ses membres : l'ambassadeur d'Espagne, Son Excellence l'évêque de Posen, le prince évêque de Cracovie, M. Jacob H. Schiff,, de New- York, d'autres encore. Messieurs Warwick, Green et Wadsworth en devaient être les membres actifs. Je rédigeai, conjointement avec MM. Rose et Bicknell, une sorte de traité, me rappelant certaines difficultés que la Commission d'assistance américaine à la Belgique avait rencontrées. La clause principale de ce

traité déclarait que le gouvernement allemand s'engageait à ne pas réquisitionner des denrées ou des fonds dans les limites du territoire destiné à être secouru, lequel comprenait toute la partie de la Pologne qui se trouvait occupée par les Allemands, cette délimitation devant s'arrêter, autant que je me le rappelle, à quatre kilomètres de la ligne de feu. La seule exception qui fût prévue était qu'on avait le droit de frapper d'une amende toute communauté dont les habitants auraient conjointement ou individuellement encouru une des responsabilités établies par la Convention de La Haye. La fondation Rockefeller s'engageait, de son côté, à payer tous les frais auxquels la Commission avait à faire face.

Ce traité, après avoir été soumis au général Hindenburg et été approuvé par lui, fut signé par le docteur Le- Wald, représentant le gouvernement allemand; par M. Bickncll, représentant la fondation Rockefeller; et par moi, qui représentais la nouvelle Commission constituée pour secourir la Pologne. On se mit aussitôt à la tâche et Ton chercha à se procurer des denrées en Hollande et en Danemark. Mais les approvisionnements étaient assez maigres dans ces pays. Cependant, les Alliés refusèrent d'autoriser l'exportation des denrées en Allemagne pour les besoins de cette Commission. Le projet lut donc abandonné. Plus tard, quand les Alliés se montrèrent disposés à laisser les denrées pénétrer en Allemagne, le gouvernement allemand refusa de reprendre le traité et refusa en mémo temps de s'engager à interdire à l'armée d'occupation allemande de réquisitionner des denrées dans la Pologne envahie. Il va sans dire qu'en présence de ce nouvel état de choses, on ne pouvait plus s'attendre à voir leB Alliés autoriser l'entrée des denrées, car il est évident que les Allemands — conformément à un précédent créé par eux dans le nord de la France — auraient attribué à leur armée et à leur population civile toutes les denrées produites par la région occupée et auraient donné aux Polonais celles qui arrivaient du dehors, alors que ces

Polonais seraient peut-être, à ce moment môme, en train de labourer et de cultiver les champs dont les produits allaient servir aux seuls Allemands.

11 n'y a aucun doute que les Polonais ont beaucoup souffert. Ceux qui liront plus tard l'histoire de la Pologne pendant la guerre seront épouvantés au récit d'une pareille infortune. Il est vraiment regrettable que ces différents projets d'assistance n'aient pas réussi. Cependant la Commission Rockefeller continua jusqu'à mon départ à s'intéresser à ce malheureux pays et réussit même à se procurer du lait condensé pour les enfants. Ces négociations m'avaient mis en contact avec un certain nombre de Polonais, qui habitaient Berlin, et qui me parurent très anxieux eux-mêmes d'aider à améliorer la situation de leurs compatriotes. Je désire exprimer ici mon admiration pour l'œuvre accomplie en Europe par la Commission Rockefeller. La Commission ne se bornait pas à émettre des idées excellentes et pratiques, mais elle avait su en confier l'exécution à des collaborateurs d'un caractère élevé et d'un mérite exceptionnel. Ainsi que je l'ai dit dans un chapitre précédent, je fus plaisanté dans les journaux américains parce que j'avais suggéré, en réponse à un câblogramme de la Ligue de Charité, qu'on s'intéressât aux prisonniers de guerre.

J'ignore si la création de l'œuvre importante entreprise par le docteur John R. Mott et ses collaborateurs fut inspirée par ma réponse ou non. Cela n'a pas d'importance. Ce qui est certain, c'est que cette œuvre, entreprise par l'Association Chrétienne des Jeunes Gens américaine, eut, elle^ une grande importance aux yeux des prisonniers de guerre en Europe. Le docteur Mott, après avoir servi dans la Commission Mexicaine, se rendit en Russie comme membre de la Commission chargée d'opérer dans ce pays. Cette œuvre entreprise par l'Association Chrétienne des Jeunes Gens, sous la direction du docteur Mott, — très intelligemment aidé dans la circonstance par le Révérend Archibald C. Harte, — fut, à ce

que j'ai entendu dire, soutenue financièrement par la famille Me Cormick, de Chicago, M. Cleveland H. Dodge, M. John D. Rockefeller, et d'autres personnes. Les autorités allemandes permirent à M. Harte de construire des nulles de réunion dans les camps de prisonniers en Allemagne. Il ohtint également que les prisonniers fussent autorisés à travailler. M. Harte se rendit ensuite en Russie, où des autorisations analogues lui furent accordées.

J'ai entendu dire que les Russes avaient laissé tout d'abord une grande liberté à leurs prisonniers, lesquels n'étaient soumis à aucune surveillance dans les villages où ils vivaient en Sibérie, se procurant du lait, du pain, du beurre, des œufs et du miel, à des prix raisonnables. La guerre se prolongeant, cette liberté finit par se restreindre. Les prisonniers furent peu à peu retenus dans les camps et la coutume s'imposa de plus en plus. Leur situation était des plus tristes. L'hiver, la nuit se fait à trois heures et cette nuit semble interminable, car le jour ne commence à paraître le lendemain qu'à dix heures. Naturellement, je n'eus pas l'occasion de voir les camps de prisonniers. L'œuvre poursuivie dans ces camps de Russie était analogue à celle qui s'accomplissait dans les camps d'Allemagne sous la direction de M. Harte et de ses collaborateurs. Je m'intéressais à cette œuvre de façon particulière, parce que j'espérais que l'assistance accordée aux prisonniers de guerre allemands en Russie aiderait à dissiper la haine et les préjugés entretenus à légard des Américains en Allemagne. Je fis donc tout mon possible non seulement pour activer l'œuvre de M. Harte, mais pour obtenir l'envoi en Russie des médecins et des infirmiers dont j'ai déjà parlé.

Naturellement, M. Harte ne pouvait pas s'occuper de tous les camps des prisonniers en Allemagne et il dut borner ses efforts. Il améliora la situation des prisonniers anglais du camp de Ruhleben, près de Berlin, et cela au point de vue moral comme au point de vue physique* L'Association Chrétienne des Jeunes Gens américaine

construisit un vaste hall, où l'on célébra des services religieux, où Ton fit des conférences et où l'on donna des représentations théâtrales. Les prisonniers pouvaient y venir dans la journée, soit pour écrire ou pour lire. Une bibliothèque y avait été installée. L'Association .Chrétienne des Jeunes Gens américaine eut à prévoir aux soins du culte et à ceux de l'enseignement ; elle eut à s'occuper des ateliers et des jardins, des exercices physiques et des sports de plein air, des cuisines pour les convalescents soumis à un régime particulier, des bibliothèques, de la musique : orchestre, chœurs, etc. A la rupture des relations diplomatiques, un certain nombre de membres de l'Association Chrétienne des Jeunes Gens quittèrent l'Allemagne avec moi.

Les femmes allemandes firent montre de qualités appréciables pendant la guerre. Elles prirent part aux travaux de la Croix-Rouge et aidèrent aux préparatifs qu'on faisait pour recevoir les blessés dans les hôpitaux: Le premier jour de la mobilisation en province, on vit dans toutes les gares de chemin de fer de nombreuses jeunes filles venues pour offrir des provisions aux soldats en route vers le front. Dans les grandes villes, aux gares d'embranchement comme aux terminus, des installations avaient été faites pour permettre à ces déléguées de la Croix-Rouge de servir des mets chauds aux militaires qui arrivaient. Parmi les déléguées établies dans les gares terminus se trouvaient des infirmières venues pour changer les appareils de pansement des soldats blessés. Frau von Ihne, la femme de l'éminent architecte, créa un refuge pour les soldats aveugles dans la Bellevuestrasse. Dans ce refuge, on enseigna aux soldats à fabriquer des balais, des brosses, des paniers, etc. Les dames allemandes transformèrent leurs maisons de campagne en refuges pour les blessés convalescents. Mais l'œuvre la plus importante fut peut-être le service national des femmes (Fraaendienst) organisé dès le premier jour de la guerre. Les secours accordés par l'Etat aux femmes et

aux enfants de soldais étaient distribués par des bureaux spéciaux établis à Berlin. Le Frauendienst installa dans le voisinage de chacun de ces bureaux une sorte d'agence, où des déléguées se tenaient à la disposition des femmes des soldats pour les aider d'une manière ou dune autre et leur donner des conseils. Ces agences avaient chacune une sorte de dossier-répertoire où les noms de tous les habitants de l'arrondissement se trouvaient inscrits avec leurs besoins. Je crois qu'au moment de mon départ il y avait à Berlin plus de sept mille Allemandes employées à remplir les nouveaux devoirs sociaux imposés par la guerre : apprendre aux ménagères à se passer de lait, d'œufs ou de graisse dans la confection des mets, veiller à la distribution régulière et scrupuleuse du lait accordé aux enfants, etc. La mortalité diminua parmi les enfants, au cours de la guerre, grâce au zèle déployé par ces femmes.

Une guerre entraine toujours une perturbation plus ou moins profonde dans les affaires et le commerce d'un pays. Les articles de luxe ne se vendent guère et les ouvriers engagés dans la fabrication de ces articles se trouvent sans emploi. En Allemagne, le service national des femmes, agissant de concert avec les agences d'échange pour le -travail, fit de son mieux pour obvier à cette situation. Les femmes furent aidées jusqu'à ce qu'elles eussent trouvé un emploi. On leur enseigna des métiers nouveaux, que les circonstances rendaient d'une utilité plus pratique. Nombre de femmes furent employées à expédier des colis de provisions et d'articles divers aux soldats du front et aux prisonniers de guerre.

L'Association de Commerce et de Négoce Américaine et l'Ambassade réussirent à faire établir à Berlin un restaurant gratuit. La salle était ornée de drapeaux et de plantes vertes. On y servait des repas à deux cents personnes, tous les jours. L'établissement continua à fonctionner après que nous eûmes quitté l'Allemagne. J'eus l'occasion de visiter cette cuisine populaire avec Mme Gérard, le jour de

Noël 1916. Nous étions accompagnés de M. et Mme Wolf et du général von Kessel, commandant en chef de la Marche, de Brandebourg. On distribua des cadeaux aux enfants. Les mamans reçurent chacune un bon de marchandise. On chanta des cantiques de Noël et quand un enfant — un enfant allemand, bien entendu — vint réciter une prière en faveur de la paix, l'assistance se sentit émue jusqu'aux larmes. Certaines princesses et certaines dames de l'aristocratie créèrent des hôpitaux particuliers, dont elles s'occupèrent avec une activité des plus utiles.

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