‹ Mémoires de l'ambassadeur GerardChapitre 47 sur 51 · SI · texte numérisé non relu

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Sauf-conduit pour l'Ambassadeur Gérard et sa famille •rtant ia signature bb secrétaire d'etat zlmmermank et daté du 0 février 1911

accompagnèrent presque jusqu'à Zurich. En m'adressant à un des officiers d'Etat-Major, je m'étais exprimé en français. Mais.il m'avait interrompu aux premiers mots en me disant en excellent anglais : « Inutile de parler français! J'ai passé un certain nombre d'années à New- York où j'ai encore de nombreux parents. Mon nom est Iselin. » Nous quittâmes le train spécial allemand à Zurich. Nous fûmes reçus sur la plate-forme par le Consul américain, ainsi que par plusieurs Japonais, qui tenaient à nous exprimer leur gratitude, et aussi par un certain nombre de journalistes français et suisses, venus à notre rencontre. C'est ainsi que prit fin notre exode d'Allemagne.

i CHAPITRE XVHI Libéraux et Hommes raisonnables.

J'ai déjà dit que je suis sous l'impression que l'Allemagne ne sera pas amenée à faire la paix par suite d'une révolution et qu'elle trouvera des denrées en quantités suffisantes pour pouvoir continuer la guerre pendant une année encore. Qu'est-ce qui pourrait donc amener une paix raisonnable? en supposant, bien entendu, que les Allemands échouent dans leur campagne sous-marine contre la Grande-Bretagne et que la décomposition de la Russie ne libère pas assez de soldats de la frontière orientale pour rompre les lignes des fronts britanniques et français en France ? Je crois qu'une évolution de l'Allemagne vers une politique libérale est la seule éventualité appelée à donner au monde des garanties de paix assez sérieuses pour justifier l'arrêt de la guerre.

Il n'existe pas, à proprement parler, un parti libéral vraiment important en Allemagne. Ainsi que je l'ai déjà dit, le Reichstag est divisé, dans ses grandes lignes, en conservateurs, catholiques du centre et social-démocrates. Le soi-disant parti libéral national s'est révélé dans cette guerre comme une subdivision du parti conservateur et s'est parfois montré aussi acerbe, au point de vue des idées conservatrices, que les junker eux-mêmes. Herr Bassermann et Herr Stresemann n'ont pas agi comme des chefs de l'idée libérale, pas plus qu'ils n'ont montré qu'on pouvait se fier à leur sagesse politique. C'est bien Stresemann, qui, le 30 mai 1916, s'écria au Reichstag, en parlant du Président Wilson comme arbitre de la paix * « Nous repoussons la main de Wibon ! » Le lendemain

du jour où le Président annonça au Congrès la rupture des relations diplomatiques, les nouvelles de colle rupture n'étaient pas encore arrivées à Berlin. Ce malin -là, — un dimanche paisible — les membres du parti libéral national s'étaient réunis pour entendre un discours de Hcrr Strcsemann, discours, où celui-ci leur dit qu'après s'être livré à une étude approfondie de la situation au point de vue américain, à une enquête tout aussi sérieuse sur le caractère des Américains et la politique des Elats-l nis, il pouvait donner à ses auditeurs l'assurance que l'Amérique ne romprait jamais avec l'Allemagne. Au moment où l'orateur s'asseyait dans le tumulte des applaudissements, un Allemand, qui se tenait au fond de la salle, se le\ a et déployant un numéro du H. Z., le journal berlinois de midi, lut à haute voix une dépèche de Hollande qui annonçait que l'Amérique venait de rompre les relations avec l'Allemagne. On peut juger par .cet incident du sens politique et de la prévoyance de Iîerr Stresemann.

Les socialistes qu Social-Démocrates, pour les appeler par un nom plus approprié, se sont montrés les adversaires de la tonne monarchique du gouvernement. Cela les a placés dans un complet isolement, au point de vue politique, militaire et social. A la suite d'une attaque victorieuse des Français en Champagne, j'ai entendu dire qu'une Allemande, convaincue que son mari se trouvait parmi les morts, avait manifesté sa rage et son désespoir, au point de dire qu'elle allait se joindre au parti socialdémocrate, et Ton répétait ses paroles pour donner une idée de l'égarement dans lequel son chagrin l'avait plongée. Notez que la personne en question était la lemme d'un humble commis, employé dans une maison de Berlin. Les Social-Démocrates ne reçoivent pas d'emplois, ne reçoivent pas de titres. Ils ne sont pas aDpol<;s à faire partie de la classe des « Rat » et ne peuvent pas prétendre à occuper un grade d'olficier dans l'armée. Est-ce que le lieutenant Forstner, l'homme de i'Alfaire de Saverne, n'avait pas promis une récompense à celui

qui le premier parmi ses hommes abattrait « un de ces odieux Social-Démocrates » en cas de trouble ? 11 n'y a donc, à l'heure actuelle, aucun refuge au point de vue politique pour les hommes "raisonnables à tendances libérales et ce sont ces hommes qui doivent créer euxmêmes un parti libéral, un parti auquel on pourra appartenir sans s'exposer à voir sa situation dans les affaires compromises, ses chances de promotion abolies, et à se trouver l'objet d'une sorte de dégradation au point de vue social. *

Il y a beaucoup d'hommes de cette sorte aujourd'hui en Allemagne. Il se peut qu'un certain nombre de socialistes conservateurs se joignent à ce parti et il existe au pouvoir des hommes que leurs habitudes d'esprit et leurs façons de penser conduiraient peut-être à adopter la même voie. Le Chancelier est peut-être, au fond,- un libéral lui-même. Il appartient à une famille de banquiers de Francfort et, bien que son nom soit précédé de la particule et qu'il soit propriétaire foncier, il a l'esprit tourné vers une sorte de libéralisme philosophique. Zimmermann, le Ministre des Affaires Etrangères, est, lui aussi, un libéral, et l'adversaire du système qui a été suivi jusqu'ici lorsqu'il s'est agi de choisir les dirigeants du pouvoir, lesquels sont uniquement recrutés dans la classe aristocratique, — bien que l'élévation de Zimmermann au poste de Ministre des Affaires Etrangères, à un moment de crise, lui ait fait perdre la tête au point de se joindre aux partisans les plus déterminés de la guerre sous-marine sans restrictions î Le docteur Soif, le Ministre des Colonies, tout dévoué qu'il soit à l'Empereur et à sa famille, est si raisonnable dans ses vues, si indulgent pour- l'opinion d'autrui — indulgent sans faiblesse — qu'il semble tout indiqué pour diriger la politique d'une Allemagne devenue libérale : ce serait un chef idéal. Bien qu'ils apprécient les importants dividendes qu'ils ont touchés pendant les années de paix qui se sont écoulées depuis 1870, les grands banquiers, ies commerçants et

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les industriels ne sentent pas moins l'ignominie qui pèse sur les habitants d'un pays soumis à une classe qui tire ses privilèges de la naissance, une classe qui n'a même pas assez de tact pour dissimuler son mépris — mépris traditionnel — envers tous ceux dont les mains ont été souillées par le commerce ou les affaires. Au fait, un tel parti s'impose à l'Allemagne comme une sorte départi tampon, susceptible d'être utilisé contre les Social-Démocrates.

La guerre terminée, les soldats qui se sont battus dans la boue des tranchées pendant si longtemps exigeront un remaniement des circonscriptions électorales telles qu'elles sont établies à l'égard du Reichstag et l'abolition du système électoral tel qu'il s'exerce en Prusse, système si imparfait. Et quand le principe du suffrage universel aura été adopté en Prusse, quand la population industrielle de l'Allemagne aura, au Reichstag, cette représentation à laquelle elle a droit et dont elle a été frustrée depuis si longtemps avec tant d'effronterie, il se peut que la constitution d'un grand parti libéral se présente comme l'unique rempart de la propriété privée contre l'assaut d'une social-démocratie exaltée et entraînée à des représailles par un sentiment de vengeance parfaitement motivé. On berne les ouvriers allemands depuis vraiment longtemps. Ils constituent cette classe dont le Président Lincoln a dit : '.< Il y a dans le peuple des gens que vous pouvez duper tout le temps » ; et la classe moyenne des industriels, des commerçants, etc., ont adhéré au système en raison des bénéfices que ledit système leur a permis de réaliser.

La difficulté qui se présente pour conclure une paix avec l'Allemagne, telle que l'Allemagne est constituée en ce moment, vient de ce que le monde entier sent bien qu'une paix conclue avec son gouvernement ne serait pas durable : qu'une telle paix impliquerait le retrait de certains alliés du pacte d'alliance actuellement formé contre l'Allemagne ; la préparation de l'Allemagne à une nouvelle guerre et cela en profitant de l'enseignement

apporté par la guerre actuelle ; et la déclaration de cette nouvelle guerre, guerre où rien ne fait entrevoir une nouvelle victoire de la Marne, arrêtant l'Allemagne en marche pour conquérir le monde.

Avant la guerre, les radicaux d'Angleterre accordaient une grande confiance au parti socialiste allemand. On a pu voir combien cette confiance était peu justifiée, -- en juillet et août 1914, — au moment où le parti socialiste vota sans la moindre opposition les crédits pour la guerre : une guerre déclarée par l'Empereur, qui se bornait à dire qu'elle était défensive ; une guerre déclarée sous prétexte que l'Allemagne avait été l'objet de certaines violations de territoire, violations qu'on n'est jamais arrivé à établir! Le parti socialiste est divisé. Il est vraiment fâcheux que les Puissances ne puissent pas traiter avec un homme comme Scheidemann, par exemple, esprit politique, qui, dans d'autres démocraties, paraîtrait imbu d'idées conservatrices au point d'être tenu pour réactionnaire. Mais Scheidemann et ses amis n'auront aucune voix consultative dans renonciation des conditions de paix tant que le gouvernement' impérial existera, bien que, dans les négociations qu'ils tentent de nouer avec les socialistes des autres pays, ils soient protégés par ledit gouvernement. On se sert d'eux pour diviser les Alliés. Ainsi que le Président Wilson le disait dans son message à la Russie, le 26 mai 1917 : « La guerre a commencé à tourner contre l'Allemagne, et, dans l'effort désespéré qu'ils font pour échapper à la défaite ultime, inévitable, les dirigeants de l'Allemagne sont en train d'employer tous les moyens, sont même en train de se servir de l'influence des groupes et des partis allemands envers lesquels ils ne se sont jamais montrés ni justes, ni équitables, ni même tolérants, pour favoriser des deux côtés de l'océan une propagande susceptible de maintenir leur influence à l'intérieur et leur puissance à l'extérieur, et cela à Ja ruine de ces mêmes hommes dont ils se servent. »

On est porté à croire à l'étranger que le parti social-

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démocrate allemand, généralement connu hors d'Allemagne sous le nom de parti socialiste, peut être comparé, à certains points de vue, à un grand parti libéral. C'est une erreur profonde. Par leurs actes, sinon par leurs déclarations expresses, ils se sont montrés les adversaires du régime monarchique et leurs chets sont accusés de s'être déclarés en faveur de l'amour libre et contre la religion. L'Eglise catholique considère que la Social Démocratie est son plus grand ennemi et a fait de sérieux efforts pour contrecarrer son développement en encourageant une sorte de trade-union catholique en faveur d'un groupe de socialistes animés de sentiments religieux. Le Social-Démocrate est en Allemagne une sorte de paria. Bien qu'un tiers des membres du Reichstag appartienne à ce parti, jamais un député social-démocrate n'est appelé au pouvoir et toute la classe dirigeante, tous les professeurs, les instituteurs, ministres du culte — protestants et catholiques — aussi bien que les classes moyennes prospères, tous sont violemment opposés aux doctrines de la Social-Démocratie. Le monde aurait tort de croire que les chefs de ce parti seront appelés à parler pour l'Allemagne : ce serait entretenir une illusion. Si les populations industrielles étaient représentées au Reichstag d'une iaçon équitable, ils pourraient peut-être diriger cette assemblée. Mais — je n'ai cessé de le répéter — le Reichstag ne dispose que de l'opinion publique et l'Allemagne actuelle est gouvernée par des fonctionnaires nommés dans l'ordre hiérarchique. Tous ces fonctionnaires allemands doivent être ajoutés aux classes que j'ai mentionnées. L'Allemagne est le pays qui compte le plus de fonctionnaires. Gomme ceux-ci doivent leur existence au pouvoir, ils sont astreints non seulement à servir le pouvoir, mais à épouser la cause du pouvoir jusqu'à considérer ceux qui lui. sont hostiles comme leurs ennemis personnels. Ils sont donc, eux et leurs amis, les adversaires dos Social-Démocrates.

Tout ceci montre combien, à l'heure actuelle, il cs^

difficile à des hommes à vues raisonnables et libérales, qui refusent d'entrer en lutte contre la religion et la morale, de trouver un refuge au point de vue politique. Le Chancelier, qui est lui-même au fond un libéral ainsi que je l'ai déjà dit, a déclaré que des changements s'imposaient en Allemagne. Il est peut-être permis de penser qu'un grand parti libéral, d'esprit nouveau, sera formé, comme je l'ai encore dit, un parti qui sera composé des Social-Démocrates les plus conservateurs, des débris du parti libéral national et du parti progressiste et de ceux des Conservateurs qui penchentle plus vers le libéralisme. Le point important est maintenant de savoir si le parti catholique ou Centre se dissoudra de lui-même et si ses membres cesseront de briguer l'élection en leur qualité de représentants de l'Eglise catholique. Il est peutêtre hardi de s'attendre à voir le parti du Centre, tel qu'il est constitué en ce moment, se déclarer pour une politique libérale et un gouvernement parlementaire en même temps qu'en faveur d'un remaniement plus équitable des circonscriptions électorales qui envoient des députés au Reichstag ; mais il y a dans ce parti beaucoup d'esprits sages et prévoyants et les chefs du parti, le docteur Spahn et M. Erzberger, sont des hommes intrépides et capables. Depuis quelques années, un mouvement se dessine dans le parti du Centre tendant vers ce but. Beaucoup de députés sont venus à penser qu'il n'y avait pas lieu de continuer à maintenir le parti pour sauvegarder les droits des Catholiques, au point de vue religieux, et l'on a songé à une orientation nouvelle. Les Catholiques se sont montrés, cependant, d'un avis contraire. Mais la question subsiste encore. La dissolution volontaire du Centre comme parti catholique amènerait immédiatement la création d'un véritable parti libéral, auquel tous les Allemands pourraient appartenir sans perdre de leur prestige au point de vue social, sans devenir des ennemis déclarés de la monarchie et sans avoir à se prononcer contre la rclk-ion et la morale.

32 4 LIBÉRAUXET HOilMES RA1S0NSNABLE

Les représentants des Puissances pourront discuter facilement, au sein du Congrès qui se re'unira après la guerre, avec les représentants d'une Allemagne libérale, avec les représentants d'un gouvernement qui, sous sa forme monarchique, sera régi par une Constitution analogue à celle des Etats-Unis ou par un gouvernement parlementaire. Je crois que la tendance des libéraux allemands penche plutôt vers la transition la plus commode : rendre le Chancelier et ses ministres responsables devant le Reichstag et les amener à abandonner leurs fonctions à la suite de tout vote exprimant un manque de confiance. A l'époque de l'Affaire de Saverne, Scheidemann prétendit qu'un vote pareil devait forcément entraîner la démission du Chancelier et c'est celui-ci qui refusa de démissionner, déclarant qu'il n'était responsable que devant l'Empereur. L'établissement d'un pareil gouvernement parlementaire peut s'effectuer par des voies régulières, et si les membres du Reichstag étaient élus par des circonscriptions établies sur un pied équitable, le monde traiterait désormais avec une Allemagne devenue libérale et qui le serait devenue sans avoir donné lieu à des actes de violence contre le régime existant. Il va sans dire que l'inauguration de cette réforme parlementaire doit coïncider avec la suppression du système électoral actuel en Prusse, lequel est imparfait. Cette transformation du régime actuel en un régime doté d'un Ministère responsable peut être accomplie, sous la constitution de l'Empire allemand, par un simple vote du Reichstag — à la majorité — et un vote identique du Bundesrat, où l'on ne compte même pas quatorze voix adverses contre ce projet de changement dans la constitution. Cela veut dire qu'on doit obtenir au préalable le consentement de l'Empereur en sa qualité de roi de Prusse, ainsi que le consentement d'un certain nombre de chefs des Etats allemands.

Théodore Wolff et son beau-père Mosse sont appelés à jouer un rôle important dans cette transformation de l'Allemagne, en supposant, bien entendu, qu'elle se pro-

cluisç jamais. Le Tageblatt, le grand journal dont Mosse est le propriétaire et Wolff le directeur, a été pendant toute la durée de la guerre un flambeau de raison et de patriotisme, et les autres grands journaux suivront cette voie lumineuse. Je vois avec peine Georg Bernhard, le directeur plein de talent de la Vossische Zeitung, un libéral et un juif, porter la livrée des junkers, à son plus vif dégoût, j'en suis certain. Après mon départ d'Allemagne, la Vossische Zeitung se livra contre moi à des accusations les plus ridicules, comme celle qui me reprochait d'avoir délivré des passeports américains à des sujets britanniques. Le journal aurait tout aussi bien pu m'accuser d'avoir envoyé des notes au Ministère des Affaires Étrangères allemand soup des enveloppes cachetées. Bien que je fusse chargé des intérêts britanniques, je ne pouvais vraiment pas délivrer des passeports britanniques à des citoyens britanniques autorisés à quitter l'Allemagne, mais selon la coutume universelle adoptée en pareille circonstance et avec l'autorisation formelle du Ministère des Affaires Étrangères allemand, je remettais à ces sujets britanniques qui retournaient chez eux des passeports américains avec cette mention libellée : « Sujet britannique. » La découverte d'un merle blanc, évidemment. La chute du Chancelier von Bethmann-Hollweg fut le résultat triomphal d'une intrigue de couloir et de la politique àesjunker. Je crois le Chancelier sincèrement libéral et que c'est contre son avis motivé que la guerre sousmarine sans restrictions fut reprise, les garanties données par la Note du Sussex rompues et l'Allemagne impliquée dans une guerre contre l'Amérique. S'il s'était démis de ses fonctions plutôt que de consentir à la reprise de la guerre sous-marine, il serait devenu le point de ralliement de la politique libérale et se serait trouvé plus tard à la tête d'une situation bien autrement plus importante que celle qu'il avait déjà occupée. Mais, moitié par désir de conserver son poste et moitié par un loyalisme mal compris — envers l'Empereur, — il resta au pouvoir en faisant

le sacrifice de ses convictions ; et quand il finit par quitter sun poste, il ne fut pas récompensé par un titre de prince, pas même par celui de comte. 11 lira, dans sa retraite, ces lignes de Schiller si souvent citées en Allemagne : Der Mokr hat seine Schuldigkeit qethan, Der Mohr kanngehen (Le Maure a achevé son travail, le Maure peut s'en aller,. Et dans sa vieillesse, il pourra se rappeler l'exclamation du grand Chancelier d'Henri VIII, dans la pièce de Shakespeare : « 0 Cromwell, Cromwell 1 Si j'avais employé au service de Dieu la moitié du zèle que j'ai mis à servir le Roi, il ne m'aurait pas, dans ma vieillesse, exposé tout nu à la rage de mes ennemis ! »

Mais ce Dieu n'est pas le dieu spécial de- Prussiens, dieu de la guerre avec qui ces derniers semblent croire qu'ils ont contracté une sorte d'accord, mais le Dieu du Christianisme, delà civilisation et du genre humain tout entier. Il eût été plus facile pour l'Allemagne de faire la paix, avec Bethmann-Hollweg à la tète du pouvoir. Le monde entier le connaît etrend hommage à son honnêteté. Helfferich demeura comme Vice-Chancelier et Ministre de l'Intérieur : c'est un esprit puissant et souple, de vues raisonnables et opposé au militarisme, j'en suis sûr. On peut s'asseoir à la table du Conseil avec lui et arriver à des compromis et à des résultats ; cependant son ardent patriotisme et son habileté extrême le rendent un adversaire redoutable.

Kuhlniann est au Ministère des Affaires Etrangères. Beaucoup plus rusé que Zimmermann, il continuera à lutter pour nous amener à nous brouiller avec le Japon et le Mexique, et il ne sera pas pris. Second personnage en importance à l'ambassade allemande à Londres, il fit savoir, au moment de l'ouverture des hostilités, que l'Angleterre entrerait dans la lutte. Au moment où il prit possession de son poste, on répandit partout la nouvelle qu'il était opposé à la politique de la guerre sous-marine sans restrictions, manœuvre habile, faite pour prédisposer le monde en sa faveur et l'appuyer dans les négociations

auxquelles il peut songer. Méfiez-vous de l'astucieux •Kûhlmann !

Amorcer le Chancelier est un sport favori de la vie politique en Allemagne. Le Kaiser n'a pas plutôt nommé un Chancelier que des centaines de petits politiciens, membres duReichstag, directeurs de journaux, reporters, intrigants de toutes sortes, cherchent à l'amènera abandonner son poste. Quand Bethmann-Hollweg lit montre de tendances libérales et se mit à parler en faveur d'un système électoral plus équitable en Prusse, les junkers, les militaristes et les partisans du régime de caste unirent leurs efforts à ceux des intrigants habituels. La chute du Chancelier n'était plus qu'une question de temps : sa tète tomba bientôt dans le panier. Son successeur est un bureaucrate prussien. Cela dit tout.

Il est évident qu'aucun peuple ne permettra jamais que •sa réforme politique lui soit dictée de l'extérieur. La situation des puissances en guerre avec l'Allemagne n'est pas moins celle-ci : il est impossible de faire la paix avec TAllemagne telle qu'elle est constituée actuellement^ parce que cette paix ne serait qu'une trêve, un court répit, et que les autocrates du militarisme allemand ne tarderaient pas à envoyer de nouveau les fils de l'Allemagne à la mort dans les tranchées pour le développement du régime actuel et la gloire personnelle — aussi bien que le profit — de vieux généraux pleins de suffisance, et de princes animés du vain désir de paraître. Le monde civilisé estime qu'une Allemagne devenue libre ne se laissera pas aller à engager une guerre inutilement, à croire à la guerre pour elle-même, pas plus qu'elle ne considérera le métier des armes comme une industrie nationale. C'est au peuple allemand à faire son choix. Notre grand Président a démontré à ce peuple — et il l'a démontré de façon admirable — que ce n'est pas lui que nous combattons, mais bien cette autocratie qui l'a contraint à se livrer à une boucherie déshonorante.

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