I. Louis XIV à villars, 18 août
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tère et le traitement d'un ambassadeur. La mission qui lui était confiée était des plus ingrates : il devait non seulement empêcher à tout prix l'alliance de l'Espagne et de la Hollande , mais même s'efforcer, à l'exemple de l'Angleterre, d'attirer l'Espagne dans l'alliance française. Villars ne pouvait réussir : l'Espagne était entraînée non seulement par un ressentiment bien légitime, mais par le sentiment de ses intérêts : le sort de ses possessions belges et bourguignonnes était lié à celui des Pays-Bas hollandais , et il ne pouvait lui convenir de laisser écraser en détail ses alliés naturels. Tout ce que Villars pouvait espérer, c'était de retarder l'intervention de l'Espagne assez longtemps pour que Louis XIV pût porter à la Hollande des coups décisifs. Il y parvint à force d'habileté et de modération. Il débuta par l'intimidation : après divers entretiens inutiles avec les ministres, il déclara à la Reine, le 23 décembre, que le Roi était décidé à châtier les Hollandais de leur insolente attitude à son égard, et qu'il considérerait comme un casas belli toute assistance directe ou indirecte qui leur serait donnée. Au moment même où, d'accord avec l'ambassadeur d'Angleterre, il tenait ce langage comminatoire, un traité se signait à la Haye entre la Reine et les États généraux : informé de cette grave détermination, Villars comprit qu'une nouvelle menace entraînerait la rupture immédiate ; il changea d'attitude, et essaya d'amener la Reine à refuser sa ratification : il avait des alliés dans le ministère;
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La Fuente, Peneranda penchaient pour la neutralité; mais la majorité des conseillers de la couronne était dominée par la défiance que lui inspirait Louis XIV. On essaya d'un moyen terme : la Reine proposa sa médiation : les Hollandais l'auraient acceptée; sentant la gravité de l'orage qui les menaçait, ils faisaient à l'Angleterre les offres les plus humiliantes et auraient, par l'entremise de l'Espagne, subi de Louis XIV des conditions assez dures; mais le Roi voulait une satisfaction militaire et n'était pas homme à laisser échapper les glorieuses journées qu'il se préparait de longue main : la médiation fut écartée, tout en évitant la rupture, et Louis XIV put, sans embarras du côté de l'Espagne, faire sa brillante campagne de 1672.
Pendant qu'il cueillait des lauriers sur les bords du Rhin et de la Meuse, son ambassadeur à Madrid dévorait les affronts, déjouait par sa patience et son habileté les efforts tentés pour le mettre dans son tort. Nos mœurs policées et nos habitudes courtoises ne peuvent nous donner une idée des incidents qui troublaient à chaque iustant le repos d'un ambassadeur et menaçaient même sa vie, sans créer l'état de guerre. Rixes entre la foule et les domestiques de l'ambassadeur, vexations contre les commerçants français, dénis de justice, arrestations de courriers, violences arbitraires se succédaient à chaque instant : la correspondance est remplie du récit de ces incidents.
Le 1 6 octobre, un navire de commerce français, mouillé en rade de Cadix, a une difficulté
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avec la douane : le duc de Veraguas, qui commande la station, le fait couler à coups de canon et fait tirer sur les officiers, qui se sauvent à la nage. Villars sait traîner en longueur l'instruction de l'affaire et le Roi l'y , aide. Quelques jours après cette sauvage agression, cent cinquante matelots français pris et dépouillés par les Hollandais sont abandonnés à la Corogne et exposés aux violences des habitants : Villars les rapatrie à ses frais. « Je suis résolu à souffrir tous les mau-, vais procédés avec le plus de modération possible, écrit-il au Roi, jusqu'à ce que j'aie reçu les ordres de Votre Majesté. »
Le Roi, sensible à cette prudence, atténuait, par des attentions personnelles, la souffrance que ses instructions infligeaient à la dignité de son envoyé. Au commencement de 1673, il lui envoie son fils aîné, sous prétexte de complimenter la Reine sur la guérison du roi d'Espagne au sortir d'une grave maladie. « Combien je prends part à votre joie de voir M. votre fils «, écrivait M. de Pomponne ' à Villars : il est tel qu'elle ne peut être plus légitime. » Hector de Villars avait alors dix-neuf ans ; sorti de page depuis quelques mois, il avait fait ses premières armes en Hollande, sous les yeux du Roi, avec une rare bravoure. Le voyage d'Espagne était une faveur très recherchée : elle valait des présents fort appréciés du jeune officier : il s'en montra digne par sa conduite
I . Il avait succédé à Lionne, au] ministère des Affaires étrangères, en septembre 1671.
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au siège de Maëstricht. C'est là qu'il s'attira cette flatteuse remarque de Louis XIV : « Il semble dès que l'on tire en quelque endroit, que ce petit garçon sorte de terre pour s'y trouver. » Peu après, le Roi donna une abbaye à Félix de Villars, âgé de dix-huit ans, et entré dans les ordres'.
Cependant la situation devenait intenable à Madrid : les succès de Louis XIV en Hollande exaspéraient les Espagnols, leur mauvaise humeur se traduisait en mauvais procédés. Après la prise de Maëstricht, trois des domestiques de Villars furent, sous un vain prétexte, arrêtés, mis aux fers, puis relâchés sans explication : la réparation de cet outrage se faisait attendre : « Si elle n'est telle qu'on la doit à « un ambassadeur de Votre Majesté », écrivait Villars au Roi, « je prendrai la liberté de me « la faire moi-même. » Et à Pomponne le même jour : « Je crois qu'un ambassadeur du Roi « peut, sans scrupule, faire donner cent coups « de bâton sur un fait comme cela, et ma « modération sera beaucoup louée en ce pays « où l'on est plus chaud et plus violent. » Malgré ces menaces, Villars, retenu par ses instructions, hésitait à se faire justice luimême. Son voisin et collègue du Portugal était moins endurant et avait la conscience moins « tendre » . Il avait à sa solde trente laquais bien armés, qui, à chaque insulte reçue par l'ambassadeur ou sa famille, battaient le pavé et tuaient au hasard dans la
I. Archives des Affaires étrangères. Espagne, t. 6i, f» 199. 28 aoijt 1672.
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rue un nombre d'Espagnols proportionné à l'insulte. Quelquefois même ils prenaient spontanément le parti de Villars : « Si mes gens ont « eu quelque rencontre avec des inconnus, ils « font la mêm.e chose et me rendent compte, « ou à mes gens, qu'ils ont tué deux ou trois « Espagnols pour l'amour de moi ' . » A la suite d'une de ces algarades l'ambassade de Portugal fut l'objet d'un siège en règle : la fusillade dura huit heures entre la foule et la valetaille. Il y eut des morts des deux côtés; le feu prit aux écuries de l'ambassade, menaçant de gagner un couvent voisin de Capucins : les moines sortirent en procession avec le Saint Sacrement, et leur intervention pacifique mit seule fin au combat.
Cette scène violente se passait en septembre 1673 : on commençait alors à se rassurer à Madrid sur l'issue de la campagne de Hollande : les foudroyants succès du début ne se continuaient pas ; les victoires navales de Ruyter avaient refroidi les Anglais, les inondations d'Orange avaient arrêté Condé : les conférences de Cologne avaient échoué, l'électeur de Brandebourg, l'empereur Léopold écoutaient les propositions de la régence espagnole : la coalition se nouait : il n'y avait plus de ménagements à garder : les mauvais procédés croissaient avec les illusions de la Cour et de la ville. Parmi les plus ardents à multiplier les provocations était le comte de Monterey : il poussait ouvertement à la guerre : il avait