‹ Mémoires de la cour d'Espagne de 1679 a 1681;Chapitre 5 sur 77 · I. Villars au Roi, 20 juillet · texte numérisé non relu

I. Villars au Roi, 20 juillet

xxviij Introduction.

promis à la Reine de rétablir la Flandre dans l'état où elle était avant la paix des Pyrénées et cherchait un conflit : une première fois il avait envoyé un corps espagnol se joindre aux troupes du prince d'Orange au siège de Charleroi : Louis XIV avait protesté pour la forme, et s'était contenté des explications insuffisantes de la cour de Madrid : enhardi par cette apparente résignation , Monterey avait perdu toute mesure; enfin, un jour de la fin septembre, il passa la frontière de France avec un détachement armé et vint, sous un prétexte quelconque, brûler des villages français. Le Roi perdit patience : constatant que Vagression venait de l'Espagne, il lui déclara brusquement la guerre. Villars eut l'ordre de signifier cette décision à la régente et de demander ses passeports.

^ Tout était long à la cour de Madrid : c'est le 7 décembre seulement que Villars eut achevé les formalités de la rupture et qu'il quitta la capitale, sous la conduite du comte d'Ayala : il arriva le 22 à la Bidassoa, oij l'attendait le comte de Molina, ambassadeur d'Espagne à Versailles : l'échange des deux ambassadeurs faillit tourner au tragique : les deux suites s'étant prises de querelle, ily eut une échauiïourée : « Un assez ridicule com- « bat^», écrivait Mme de Sévigné à sa fille, « les « maîtres s'exposèrent, on tiroit de tous cotés, « il y a eu quelques valets de tués, » La spirituelle marquise ajoute : « On n'a point fait « de compliment à Mme de Villars, elle a son « mari : elle est contente. »

Introduction. xxix

L'afFection de Mme de Villars était aussi tendre qu'au premier jour: la joie fut grande dans le modeste logis où la vaillante femme attendait, depuis trois ans, le retour de son mari, élevant les enfants, cachant les privations, veillant aux relations si nécessaires à l'avenir de la famille'. Son intimité avec Mme de Sévigné et sa brillante coterie s'était affermie : M. de Pomponne n'était pas moins de ses amis que ne l'avait été M. de Lionne : Mme de Vins était auprès du ministre le plus charmant et le plus affectueux des intermédiaires. Villars trouvait ses affaires en bonnes mains; mais l'actif et intelligent dévouement de sa femme, l'amitié du ministre et la bienveillance du Roi ne suffisaient pas; il fallait un poste disponible : or la guerre en avait singulièrement diminué le nombre. En attendant qu'une occasion favorable se présentât, on faisait des économies, tout en se montrant à la Cour, et en s'efforçant de ne pas se laisser oublier. Le ménage était aidé à cet égard par la réputation croissante d'Hector de Villars. A Séneffe le jeune officier s'était fait remarquer par le grand Condé ; un régiment

I . On peut juger de la gêne de la famille restée à Paris par ce passage d'une lettre de Villars au Roi, du 1 5 février 1672 : « Je n'oserais fatiguer Votre Majesté de l'état « de mes affaires, dans un temps où elle est obligée à des « dépenses si excessives. Je la supplie humblement de se « souvenir que je suis un des plus pauvres gentilshommes « de son royaume, et que pour soutenir le poste où je me « trouve, quelque règle que j'aie mis à ma dépense, il est i( impossible qu'elle ne monte à 10,000 écus de plus que i< Votre Majesté me donne. « (A. E. Espagne, t. 61, f" 68.)

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