B MÉMOIRES
premiers connoissent de tout ce qui regarde les préparatifs et l'expédition des flottes et galions. Les appellations de ce tribunal vont au conseil des Indes à Madrid.
C'est de cette Maison de Contractation que dépend la direction et que sortent les ordres pour tout ce qui va aux Indes et pour tout ce qui en vient. On en fait un registre qu'on envoie avec les galions, qui, à leur retour, en apportent un autre de ce qui vient des Indes, afin que des deux côtés on connoisse ce qui passe de marchandises d'Europe aux Indes, et ce qui vient des Indes en Espagne, tant en argent qu'en marchandises, et qu'on en puisse exiger les droits.
Cette précaution est devenue presque inutile par le peu de fidélité de ceux qui en sont chargés, dont le roi d'Espagne est si mal servi que les marchands fraudent publiquement les droits à l'embarquement, et souvent, au retour, il ne paroît sur le registre pas plus du quart de ce qui vient d'argent sur les galions : ainsi le Roi, qui n'a sur cet argent qu'un droit de cinquième, au lieu d'avoir ce cinquième en entier, n'a que le cinquième du quart.
Les vice-royautés des Indes et toutes les grandes charges se donnent sur la nonciation que le conseil des Indes de Madrid en fait au Roi, et toutes les affaires de justice viennent par appellation à ce tribunal. La vice-royauté du Pérou et celle du Mexico ou la Nouvelle Espagne se donnent pour cinq ans, comme toutes les autres charges, hors les dignités ecclésiastiques, qui sont à vie.
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Dans les lieux considérables où il n'y a point de vice-roi, les présidents de V Audience, c'est-à-dire du tribunal de justice, sont aussi gouverneurs, et quand un vice-roi meurt durant le temps de son emploi, le Président, qui réside au siège de la vice-royauté, prend le commandement jusqu'à ce qu'il vienne un autre vice-roi. L'on a vu quelquefois l'archevêque occuper la place du vice-roi mort. Comme le Roi donne les vice-royautés, il donne aussi les principaux gouvernements, mais les moins considérables sont à là disposition des vice-rois.
Tous ces emplois, chacun dans son espèce, sont fort lucratifs. Il y a des gouverneurs qui au bout de leurs cinq ans emportent depuis cent mille écus jusqu'à trois cents, et les vicerois depuis un million d'écus jusqu'à deux.
Le Roi dispose encore de certaines commanderies ou pensions établies sur les villages des Indiens. Il y en a depuis deux mille écus jusqu'à six;^ mais tous les ans, pour instruire les Indiens à la foi, on envoie des religieux en mission qui en tirent de si grands avantages que Ton en a vu rapporter de leurs missions jusqu'à quinze ou vingt mille écus.
Les îles Philippines, voisines de la Chine, dépendent encore du Conseil des Indes de Madrid. Il se fait à ces îles tous les ans pour un million de commerce en marchandises du pays, que les particuliers envoient et dont ils reçoivent les retours en soie de la Chine. Ces îles ne donnent aucun revenu au roi d'Espagne et lui coûtent tous les ans plus de deux
cent mille écus pour l'entretien des officiers et du peu de soldats qui gardent le pays.
Les Espagnols ne se sont établis aux Indes qu'autant qu'il leur est nécessaire pour en tirer de l'argent, et, soit faute de peuple, ou pour tenir ce grand pays dans une dépendance inévitable de l'Espagne, ils l'ont laissé dépourvu de toutes les choses que demande la nécessité ou la commodité de la vie. Il faut tous les ans les faire venir d'Espagne, qui, par ce moyen, en tire tout l'argent dont 1 abondance a mis parmi les habitants des Indes le luxe à un si haut point, qu'ils ont besoin de toutes les superfluités de l'Europe et les achètent cher. .
Le retour de ces marchandises donneroit de grands trésors au roi d'Espagne, s'il tiroit ses droits entiers ou s'il avoit intérêt dans le commerce même; mais tous les effets sont à des marchands étrangers, qui trafiquent sous le nom des Espagnols. Ainsi la plus grande partie de tant de millions qui arrivent à Cadix par des galions et par la flotte, appartiennent aux Génois, aux Flamands, aux Anglois,aux François, aux Hollandois et à plusieurs autres dont les vaisseaux attendent dans la baie de Cadix Je retour de ces galions, pour partager entre eux la plus grande partie de l'argent dont ils sont chargés, et c'est en cet endroit que l'argent qui n'est point enregistré passe directement des galions aux vaisseaux étrangers, sans payer, hors quelques légères sommes, à ceux qui leur aident à frauder le Roi.
Ce que l'on appelle galions, est une flotte
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composée de plusieurs navires marchands espagnols qui ont permission de porter des marchandises aux Indes. Le Roi les fait accompagner d'un certain nombre de vaisseaux de guerre appelés en espagnol galeones, qui ne doivent porter que ce qui est nécessaire à des vaisseaux destinés pour combattre, mais ils sont si extraordinairement chargés de marchandises qu'ils seroient difficilement en état de se défendre.
Quand la saison est venue de faire partir les galions, le Consulat de commerce de Séville, c'est-à-dire un prieur et deux conseillers, envoient au Conseil des Indes à Madrid un mémoire du nombre et du port des vaisseaux marchands qui doivent faire le voyage. Le conseil, sur ce mémoire, fait expédier les permissions qui coûtent depuis trois mille écus jusqu'à six, selon la grandeur des navires.
Il y a deux embarquements de galions, les uns pour Terre Ferme, c'est-à-dire, pour Portobello, où arrive tout l'argent du Pérou, et c'est proprement ce qu'on appelle les gallons. Les autres vont à la Nouvelle Espagne, et c'est ce qu'on appelle la flotte K
Les premiers, partant de Cadix ou de Saint- Lucar, vont en quarante ou cinquante jours à Carthagène des Indes, y demeurent quinze jours, et, de là, vont en cinq ou six à Porto-
I. « Par antonomase, nous entendons par flota celle qu'on envoie à la Nouvelle Espagne, pour la distinguer de celle qui va du côté du Pérou, que nous appelons les galeones. » [Diccionario de la R. Academia Espanola, éd. de '732-)
bello, qui est un petit botirg malsain par sa situation et marécageux par la chaleur du climat. Il est sur la côte de l'Amérique, à l'endroit où elle se resserre en un isthme, large seulement de dix-huit lieues, de l'autre côté duquel est la ville de Panama, où viennent par mer tous les négociants du Pérou, dont la principale marchandise est de l'argent en barres ou en piastres, qu'ils font voiturer par terre, de Panama à Portobello, sitôt que les galions y sont arrivés. Là, s'ouvre la plus grande foire du monde, où, dans l'espace de quarante ou cinquante jours, il se vend pour dix-huit ou vingt millions d'écus de marchandises d'Europe qui se payent en argent comptant.
La foire finie , les galions retournent à Carthagène , où il se fait encore quelque commerce de marchandises du pays, et de ce qu'on apporte du nouveau royaume de Sainte- Foy et de la Mariquite. Au bout de vingt jours, on remet à la voile pour La Havana, où l'on arrive d'ordinaire en vingt-cinq jours. L'on prend des rafraîchissements et des provisions pour le retour à Cadix, dont la navigation est d'ordinaire de soixante jours.
Le voyage de la flotte pour la Nouvelle Espagne commence, comme celui des galions, en sortant de Cadix ou de Saint-Lucar, hors qu'en celui-ci, les vaisseaux marchands ne sont accompagnés que de deux galions du Roi , au lieu qu'à celui de Pérou, il y en a huit ou neuf. Cette flotte va d'abord rafraîchir à Port-Rico, de là, elle va en quarante
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jours à la Vera-Cruz débarquer ses marchandises, que l'on porte par terre à Mexico, éloigné de quatre-vingts lieues de la côte, et lorsque la vente en est faite, la flotte repart de la Vera-Cruz pour revenir à la Havana en vingt-cinq jours, observant de ne point passer ce passage que dans le mois d'avril ou de septembre que le vent du nord y est moins violent. A la Havana, l'on fait ses provisions pour retourner en Espagne.
Le voyage de cette flotte à la Nouvelle Espagne est de douze ou quatorze mois, compris les séjours. Celui du Pérou est de huit ou neuf mois, quand on ne les fait point retarder d'une année à l'autre.
Le Roi donne encore des permissions à quelques particuliers pour aller séparément aux côtes de Caracas, de Saint-Domingo, de Honduras et de Buenos-Ayres. Ils paient les droits et sont enregistrés à la Maison de Contractation comme les autres.
L'argent qui vient des Indes pour le Roi ne peut être embarqué que sur un vaisseau du Roi, c'est-à-dire dans un galion. L'argent des particuliers vient sur le vaisseau qui lui plait. Dans chaque galion il y a un officier, appelé maître de pLita, qui donne au Roi, pour cet emploi, quatre ou cinq mille écus chaque voyage, il est chargé de l'argent du Roi dans chaque galion et tire un pour cent du droit de sa charge. Dans les vaisseaux marchands le capitaine est chargé de la garde de l'argent! Toute la dépense nécessaire pour mettre les galions en état de faire voyage se tire sur ce
qui est enregistré, tant d'aller que de venir, soit en argent ou marchandises, c'est ce qui s'appelle droit d\iverie. La dépense monte à peu près à huit cent mille écus pour les galions, et moins pour la flotte de la Nouvelle Espagne , parce que le Roi n'y envoie que deux galions.
L'emploi de général et ceux de capitaine sur les galions ne sont point fixes. Ils changent chaque voyage, et il y a tel général qui pour un voyage amènera au Roi soixante ou quatre-vingt mille écus dont on lui assigne le payement aux Indes avec de grands intérêts. Les capitaines font de même à proportion.
Parmi les galions qui vont au Pérou, celui qu'on appelle la Patache de la Marguerite se sépare des deux autres à la hauteur du golfe appelé Las Yeguas, pour aller à l'île de la Marguerite' recevoir le droit du cinquième, qui revient au Roi des perles qui se pèchent, et de là revient joindre les autres galions à Carthagène.
Au Pérou et dans le reste des Indes Occidentales, le Roi a le cinquième de l'or et de l'argent et des émeraudes qui se tirent des mines. Celles de Potosi et des environs sont les plus abondantes, et on en a découvert depuis peu à quatre-vingts lieues de Lima qui produisent beaucoup.
L'argent que l'on tire des mines de Potosi va d'abord au port d'Arica, éloigné de quarante lieues. De là on l'embarque pour Callao