‹ Mémoires de la cour d'Espagne de 1679 a 1681;Chapitre 53 sur 77 · Les manuscrits de l'Arsenal ont : 3 novembre · texte numérisé non relu

Les manuscrits de l'Arsenal ont : 3 novembre

2. D. Juan Claros de Guzman, Fuentes y Lugo, cinquième comte de Saltés et de Talara, grand adelantado des iles Canaries, renonça à sa charge de premier écuyer au mois d'aoîit 1680. Il eut, de 1688 à 169Î, la présidence des Ordres et mourut le 16 juillet de cette dernière année.

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peu de Jours avant le voyage. L'Amirante de Castille, grand écuyer, demeura à Madrid sous prétexte que, faute d'argent, il n'avoit pu faire assez promptement son équipage, et c'est par cette raison, ou par celle d'une paresse naturelle qui l'éloigné de tout ce qui a la moindre apparence de fatigue, qu'il ne sortit point de Madrid jusqu'au retour de la Cour qu'il alla une journée au-devant du Roi et de la Reine.

Pendant le temps que le Roi étoit à Burgos attendant la Reine, qui fut d'environ quinze jours, elle lui envoya demander permission de manger en public, de monter quelquefois à cheval durant son voyage , parce que le marquis d'Astorga et la Camarera major ne crurent pas y devoir consentir sans un ordre exprès du Roi, qui le lui permit volontiers. Peu de jours après, elle lui envoya pour celui de sa naissance une montre de diamants' et une cravate avec un ruban couleur de feu, qu'il mit d'abord en la recevant, et fit donner cinq cents pistoles au gentilhomme qui l'avoit apportée.

Le marquis de Villars, qui s'étoit rendu à Burgos quelques jours après le Roi, eut permission d'aller au-devant de la Reine, et la rencontra le 1 7* jour de novembre à Bribiesca. Dans le peu de conversation qu'il eut avec elle, il

I . Il existe aux archives des Affaires Étrangères un « Inventaire des pierreries et des joailleries que .Marie-Louise, reyne d'Espagne, porte en Espagne » , daté de Saint-Jean de Luz, 31 octobre 1679. (Correspondance d'Espagne, vol. 63, fol. 81.)

trouva son esprit plein d'inquiétude et de défiance, et s'aperçut qu'avec le changement de pays, de gens et de manières, capables d'embarrasser une personne moins jeune qu'elle, les cabales qui l'environnoient et les préventions qu'on lui inspiroit de toutes parts la mettoient dans une agitation qui lui faisoit tout craindre sans savoir sur quoi s'appuyer. Il tâcha de la remettre, en lui faisant voir qu'elle ne devoit pas s'arrêter à toutes les impressions des personnes qui étoient autour d'elle, qui n'agissoient que par des fins particulières, et qu'elle n'avoit point d'autre intérêt à suivre que d'aimer le Roi et de s'en faire aimer et d'entrer dans une parfaite liaison avec la Reine mère; qu'elle latrouveroit dans tous les sentiments d'affection et de tendresse qu'elle auroit pu attendre d'une mère, qu'elle devoit s'attacher uniquement à ce parti, seul capable de lui donner du repos et de la faire véritablement reine.

Il étoit le premier qui lui eût parlé de cette manière et fut longtemps le seul au milieu d'un nombre de personnes, qui, par intérêt ou par entêtement, lui traversoient sans cesse l'esprit par des impressions de défiance et de crainte, ou le lui vouloient remplir de vues chimériques de gouverner et d'être maîtresse de tout. Sitôt qu'il l'eut saluée, il revint à Burgos où il arriva le 18 au soir.

Comme la Reine, qui devoit aller ce jour-là coucher à Qiiintanapalla', étoit assez près

I Hameau de la province et du district judiciaire de Burgos.

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pour venir le lendemain coucher à Burgos, où déjà le prince et la princesse d'Harcourt étoient arrivés, le marquis de Villars voulut savoir ce que le Roi feroit le lendemain et quelle disposition il y avoit pour la réception de la Reine et pour la cérémonie du mariage. Don Jeronimo d'Eguya, secrétaire d'Etat, l'assura qu'elle se feroit à Burgos, où l'on attendoit la Reine le lendemain.

Cependant l'ambassadeur avoit rencontré par le chemin le patriarche des Indes, grand aumônier du Roi, qui alloit au-devant de la Reine; comme ce prélat ne devoit se trouver auprès d'elle que pour une fonction ecclésiastique, le marquis de Villars eut quelques soupçons que don Jeronimo d'Eguya ne lui eût pas répondu juste. Il le vérifia si bien qu'il sut avant la fin du jour que le Roi iroit le lendemain à Quintanapalla pour achever la cérémonie de son mariage; il en avertit le prince d'Harcourt, et tous deux se rendirent à Quintanapalla de bonne heure avant que le Roi y vînt. En y arrivant, ils connurent bien que ce n'avoit pas été sans dessein que don Jeronimo d'Eguya leur avoit voulu cacher le temps et le lieu de la cérémonie du mariage, et qu'il avoit prétendu qu'en les trompant de cette manière ils ne pourroient y assister. Ils y trouvèrent la Camarera major avec les mêmes intentions. Elle leur dit d'abord que le Roi avoit défendu que personne assistât à la cérémonie de son mariage, hors les grands officiers et ceu.x qui y étoient absolument nécessaires, avec le gentilhomme de la cham-

bre qui étoit de jour. Le marquis de Villars lui dit qu'ils avoient ordre du Roi leur maître d'y assister. Elle répondit que le Roi leur maître n'avoit rien à commander en Espagne. Le marquis de Villars lui répliqua que le Roi son maître commandoit à ses ambassadeurs et qu'ils exécuteroient ses ordres partout, à moins qu'on ne les en empêchât de force; que si le roi d'Espagne ne vouloit pas que les ambassadeurs de France assistassent à la cérémonie de son mariage, il pouvoit leur donner par écrit un ordre de ne s'y point trouver.

La duchesse de Terranova s'emporta sur cette réponse et dit beaucoup de choses hors de propos, de sorte que les ambassadeurs s'adressèrent au marquis d'Astorga qui leur dit avec beaucoup de modération que c'étoit en effet l'ordre du Roi; il convint néanmoins de dépêcher un gentilhomme à Sa Majesté pour faire expliquer plus positivement ses ordres. Ce gentilhomme rencontra le Roi en chemin, qui trouva bon que les ambassadeurs assistassent à la cérémonie, et il parut que tout ce procédé étoit une cabale malhonnête de quelques courtisans qui avoient voulu donner ce dégoût aux ambassadeurs et peutêtre les empêcher de voir la pauvreté de leur cérémonie, qui se faisoit dans le plus chétif et misérable village de Castille.

Le Roi arriva sur les onze heures du matin au village composé de neuf ou dix maisons; la Reine s'avança pour le recevoir à l'entrée de son appartement, c'est-à-dire d'une chambre de paysan dont la porte répondoit à l'es-

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calier. Elle parut se jeter à genoux pour lui baiser la main, il l'en empêcha et la releva, mais ils se trouvèrent tous deux bien embarrassés de ne se pouvoir entendre. Le marquis de Villars s'avança. Le Roi lui permit de servir d'interprète, et il leur fit dire de part et d'autre ce qu'ils auroient pu penser de plus honnête.

Pendant ces compliments, le marquis de Villars s'aperçut que dans cette chambre même, préparée pour la cérémonie, les Grands d'Espagne se plaçoient à la droite ; il en avertit le Roi et lui fit dire par le miarquis de Los Balbases quel rang il avoit tenu en pareille occasion à Fontainebleau. Le Roi convint que les ambassadeurs de France l'eussent de même, ainsi ils s'avancèrent vers le Connétable de Castille, qui, comme grand maître d'hôtel, étoit à la tête des Grands, et le marquis de Villars lui dit qu'il occupoit sa place. Il voulut se défendre d'en sortir; la contestation dura un peu, mais avec honnêteté de part et d'autre. Le Connétable voulut aller au Roi pour la faire régler. L'Ambassadeur lui dit que Sa Majesté l'avoit déjà réglée; les Grands quittèrent le poste, et, sans en reprendre d'autres, ils se répandirent confusément derrière le Roi.

La cérémonie étant achevée. Leurs Majestés dînèrent ensemble, et, à deux heures aprèsmidi, montèrent en carrosse pour aller coucher à Burgos. Le lendemain, la Reine alla dîner hors la ville dans un couvent de filles, appelé Las Huelgas', dont elle partit à trois

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