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Hortense Mancini, nièce du cardinal Mazarin, née vers

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à celle de Savoie qu'elle quitta peu après pour passer en Flandre. Elle y fut arrêtée d'abord, mais ensuite elle s'embarqua pour venir en Espagne et demeura à Madrid avec assez de liberté dans les commencements; depuis, elle fut obligée d'entrer dans un couvent à condition que, si elle en sortoit, le Roi la remettroit entre les mains de son mari. Elle ne se souvint point assez de cette loi, et la curiosité de voir l'entrée de la Reine la fit sortir du couvent' pour aller chez la marquise de Los Balbases, sœur de son mari-. Le marquis de Los Balbases la garda quelque temps, jusqu'à ce qu'il eut un ordre du Roi pour la conduire à un couvent à la campagne à quatre lieues de Madrid ^ Cependant le connétable Colonna, qui, depuis quelques années, étoit vice-roi d'Aragon, vint à la cour d'Espagne avec ses enfants. Il fit revenir d'abord sa femme dans un couvent de Madrid et peu après elle vint demeurer chez lui, c'est-à-dire dans la même maison, sans aucun commerce ensemble. Elle fut quelque temps en cet état avec la liberté de faire des visites, elle alloit même chez la Reine; mais comme le Connétable parla d'aller

164}, mariée le i*'' mars 166 1 à Armand-Charles de la Porte, duc de la Meilleraye, qui devint duc de Mazarin par le testament du Cardinal, morte en Angleterre le 2 juillet 1699.

1. « La connétable Colonna est sortie du couvent de Saint-Dominique et va demeurer avec la marquise de Los Balbases, sœur du connétable Colonna, son mari. » (Gazette; nouvelles de Madrid du 23 janvier 1680.)

2. Ana Colonna, sœur du Connétable, mariée en 165 3 au marquis de Los Balbases.

3. Cela eut lieu dans les premiers jours de février 1680. (Gazette; nouvelles de Madrid du 7 février 1680.)

en Italie et de l'emmener avec lui, la crainte des suites de ce retour lui fit souhaiter de demeurer à Madrid dans un couvent, ainsi qu'elle le témoigna quand elle reçut ordre du Roi de s'expliquer sur ce sujet. Pour régler les prétentions opposées du mari et de la femme, on fit une junte du Confesseur du Roi, de l'Inquisiteur général et de don Melchior Navarra qui décidèrent qu'on la mettroit prisonnière dans le château de Ségovie. Le marquis de Los Balbases avoit tenté l'année précédente d'avoir un ordre pour l'y conduire, mais le Connétable de Castille et l'Amirante s'y étoient opposés, et alors le premier ministre n'y prenoit pas intérêt comme en cette dernière occasion.

Dans l'appréhension de ce jugement, la Connétable avoit fait demander la protection de la Reine, qui tira parole du duc de Médina Celi qu'on n'exécuteroit rien contre elle tant que la Cour seroit à l'Escurial. Cependant, huit jours après qu'elle y fut, un conseiller du Conseil royal , accompagné d'officiers de justice et soutenu du connétable Colonna et du marquis de Los Balbases, avec nombre de gens armés, vint à onze heures du soir rompre la porte de l'appartement de la Connétable, et, après de grandes violences, l'emmenèrent prisonnière pendant la nuit au château de Ségovie'.

Il parut extraordinaire qu'on traitât ainsi

1 . « La connétable Colonna a été conduite à l'alcazar de Ségovie, par ordre du Roi, sur ce qu'elle n'a pas voulu suivre le Connétable son mari. » (Gazette; nouvelles de Madrid du 31 octobre 1680.)

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une femme de qualité qu'on n'accusoit d'aucun crime, qui étoit dans la maison de son mari et qui ne demandoit que d'être enfermée dans un couvent pour le reste de sa vie. Après la parole qu'on avoit donnée à la Reine, il étoit étrange d'employer le nom et l'autorité du Roi pour maltraiter une femme et satisfaire l'animosité particulière de Los Balbases, car on étoit persuadé que lui seul avoit engagé le Connétable à cette violence, qui depuis longtemps laissoit sa femme en repos et auroit apparemment consenti qu'elle demeurât à Madrid dans un couvent comme auparavant; c'étoit Los Balbases qui avoit sollicité contre elle les ordres du Roi, c'est-à-dire du premier ministre, dont la fille en même temps alloit épouser le fils aîné du Connétable'. Rien ne paroissoit plus mal assemblé que le mariage de ce fils et le traitement qu'on faisoit à la mère, qui, par ses grands biens, avoit sauvé la ruine de la maison et dont les alliances relevoient ses enfants par la proximité de plusieurs grands princes.

Le bruit de cette affaire particulière finit bientôt par celui que fit à la cour d'Espagne la nouvelle, venue de Flandre, que six vaisseaux de l'électeur de Brandebourg avoient enlevé à la vue d'Ostende un grand vaisseau du roi d'Espagne prêt à faire voile pour Cadix chargé de la valeur de plus de trois cent mille

I . Filippo Colonna, prince de Palliano, fils aîné de Lorenzo Onufrio et grand connétable de Naples après son père, épousa, en 168 1, D' Lorenza de La Carda, fille de Medinaceli.

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écus en marchandises'. On se souvint d'abord de la manière dont l'envoyé de Brandebourg étoit sorti de Madrid ; on jugea bien que cette représaille en étoit une suite, et qu'après tant d'instances inutiles l'Électeur n'avoit point trouvé d'autres voies, pour être payé, que de se faire à lui-même la justice qu'on lui avoit refusée à Madrid avec des circonstances si offensantes. Il étoit difficile de ne pas convenir de la justice de son ressentiment, surtout après la manière dont il s'étoit sacrifié pour la maison d'Autriche dans la dernière guerre.

Cet exemple réveilla les appréhensions, que l'on avoit eues depuis un temps, du voyage du comte d'Estrées^ aux Indes occidentales, avec quelques vaisseaux. On publia d'abord qu'il avoit pillé Portobello, mais on sut peu après que cette hostilité avoit été faite par des aventuriers de diverses nations conduits par un capitaine anglois ; ainsi cette terreur se réduisit à craindre quelque descente dans l'île de Santo Domingo ou dans cel!«s de la Marguerite.

Cette imagination se joignit à une nouvelle véritable de l'entrée des Portugais dans la rivière de la Flata, où ils avoient occupé l'île

1. « On fut fort allarmé la semaine passée par six vaisseaux de guerre de l'Electeur de Brandebourg, qui ayant enveloppé à nostre rade, en plein midi, un des vaisseaux du roi d'Espagne, nommé le Charles Second, basti depuis peu, l'emmenèrent sans qu'il fût possible de le secourir. » (Gazette; nouvelles d'Ostende du 27 septembre it>8o.)

2. Jean, comte d'Estrées, né à Soleure (Suisse) le 3 novembre 1624, vice-amiral du Ponant en 1669, maréchal de France en 168 1, mort le 19 mai 1707.

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de Saint Gabriel, à la vue de Buenos- Ayres'. Ils se trouvoient en état de s'y maintenir par la proximité de leurs côtes du Brésil et par la disposition de la rivière même, qui, se rétrécissant en cet endroit, est plus facile à commander et donne plus les moyens d'en troubler la navigation et le commerce. On sut d'ailleurs que l'escadre des vaisseaux de Brandebourg devoit passer aux Indes. Toutes ces idées jointes ensemble paroissoient donner de l'inquiétude à la cour d'Espagne, mais on ne voyoit point qu'elle se donnât de mouvement pour en prévenir les suites.

Elle étoit demeurée dans son repos ordinaire sur les démêlés de la frontière de Biscaye, depuis les premières agitations que lui avoit causées la marche de quelques régiments françois à Bayonne ; on avoit seulement envoyé de Madrid un commissaire qui étoit depuis plusieurs mois sur les lieux sans rien terminer. L'entrée de la rivière de Bidassoa étoit toujours fermée par des brigantins françois, qui empêchoient les habitants de Fontarabia de continuer leurs violences, et même de sortir pour la pêche, jusqu'à ce que les prétentions fussent réglées entre les deux frontières ; et pendant que les Espagnols demeuroient sans vouloir rien finir, il arriva que les brigantins, ayant paru se retirer, revinrent incontinent et enlevèrent des barques

I. Des nouvelles de Lisbonne du 21 septembre 1680 annoncent le débarquement de quatre cents hommes dans les îles Saint-Gabriel et les mesures prises par D. Joseph Garro, gouverneur de Buenos-Aires, pour secourir ces îles. (Gazette.)

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biscayennes, qui s'étoient mises à la pêche, dont ils menèrent plusieurs prisonniers à Bayonne.

On en fit à Madrid un grand sujet de plaintes, mais le Roi fit dire aux ministres d'Espagne que, pour retirer leurs prisonniers et délivrer la rivière de ces brigantins, il falloit déterminer actuellement les difficultés qui avoient causé les désordres précédents ouconvenir qu'en attendant le règlement, on suivroit par provision celui qu'avoient fait les commissaires de France après la paix de 1660.

Deux jours après le départ du Roi pour l'Escurial , c'est-à-dire le 9 octobre, tout Madrid fut effrayé par un tremblement de terre qui l'ébranla sur les sept heures du matin à diverses reprises, sans néanmoins rien renverser ', mais à la même heure ce tremblement se fit sentir à plus de cent lieues de pays, à Séville, à Cordoue, à Jaën, et en d'autres endroits où les églises et les maisons furent endommagées. Le plus grand désordre fut à Malaga où plus de douze cents maisons furent renversées, le reste ébranlées et rendues inhabitables, grand nombre de personnes

I. Un extraordinaire de la C^ze«e, du 20 novembre 1680, rend compte de ce tremblement de terre. Madame de Villars en parle aussi dans une de ses lettres datée du 10 octobre : « Permettez-moi, Madame, de vous parler avant toutes choses d'une petite bagatelle qui arriva hier à sept heures du matin. Ce n'est qu'un violent tremblement de terre qui dura la longueur d'un Miserere. M. de Villars dans son lit et moi dans le mien les sentîmes remuer. Il se leva », etc. (Lettres de madame de Villars, p. 147-)

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blessées ou accablées, plusieurs villages des environs entièrement ruinés '.

Ce malheur avoit été précédé de grands débordements d'eau, qui, durant plus d'un mois, avoient ravagé plusieurs villes de l'Espagne, désolées d'ailleurs par la peste. Depuis deux ans, ces fléaux, joints d'ailleurs à la pauvreté et au désordre du gouvernement et des affaires, remplissoient l'Espagne d'idées funestes pour le présent et de nouvelles terreurs de maux à venir.

Pendant le voyage de l'Escurial, on commença à croire dans le monde qu'il y avoit quelque mésintelligence entre la Reine mère et le premier ministre ; mais, depuis que la Cour fut de retour à Madrid, on ne douta plus de leur désunion, lorsque l'on vit durant plusieurs mois que le duc de Médina Celi n'avoit été qu'une fois chez elle. Comme on ne voyoit point de cause apparente de cet éloignement, on fit divers jugements. Quelquesuns crurent que la Reine mère, suivie d'un nombre de personnes considérables de sa dépendance, exigeoit pour eux presque toutes les grâces et les emplois, et que le premier ministre, ne la trouvant ni nécessaire ni à craindre auprès du Roi, ne s'étoit point embarrassé de se brouiller avec elle, pour se tirer de la contrainte où le mettoient ses demandes continuelles.

D'autres pensoient au contraire que c'étoit

1 . Une relation du tremblement de terre qui se fit sentir à Malaga le 9 octobre 1680 est citée dans Gallardo, Ensayo de una biblioteca espahola, t. I, col. 918.

la Reine mère qui avoit rompu avec lui, mal satisfaite de ce que, depuis qu'il étoit premier ministre, elle ne pouvoit être payée de ses revenus ni rien faire pour personne, pendant que toutes les grâces et les bienfaits du Roi se partageoient entre les parents et les domestiques de ce ministre.

Ceux qui croyoient pénétrer davantage étoient persuadés que le duc de Médina Celi suivoit entièrement les vues et les impressions de don Jerônimo d'Eguya ; mais d'autres remarquoient que cet homme, depuis qu'il étoit devenu secrétaire d'État, avoit sous divers ministres si souvent changé de parti et avoit même quelquefois balancé à l'égard du duc de Médina Celi, avant et depuis son ministère. Ils croyoient qu'il étoit de l'intérêt de ce duc de mettre un autre secrétaire d'État en sa place, et lorsqu'à l'Escurial le Roi menaça un jour Eguya, que, s'il n'étoit plus ponctuel à venir travailler avec lui aux heures marquées, il dépêcheroit avec Vibanco ', secrétaire de sa chambre, qui étoit en quelque faveur auprès de Sa Majesté, on crut d'abord que ce contretemps auroit des suites et qu'il avoit été ménagé par le premier ministre. Mais par un mystère assez difficile à démêler, le duc de Médina Celi, à ce qu'on prétend, raccommoda Eguya avec le Roi, et ce fut le commencement d'une nouvelle liaison entre le premier ministre et le secrétaire d'État,

I . D. Sébastian de Vibanco, chevalier de Saint-Jacques et valet de chambre du Roi, rempHssait alors la charge de Secretario de la secretaria de càmara de la estampilla.

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par laquelle ce dernier se trouva dans la suite avoir en effet tout le pouvoir dont l'autre n'avoit que le nom et les apparences.

Dans cette situation, Eguya comprenant que l'union des reines et du duc de Médina Celi ne lui laisseroit point le pouvoir entier qu'il lui convenoit d'avoir sur l'esprit de ce ministre, il chercha à lui faire entendre que la correspondance avec la Reine mère, qui d'elle-même lui étoit entièrement inutile, lui seroit toujours à charge par ce grand nombre de personnes attachées à elle, pour lesquelles elle exigeoit sans cesse de lui quelque chose ; qu'en s'éloignant d'elle, il éviteroit cet embarras ; qu'il n'y avoit rien à craindre, que c'étoit une personne foible et sans ressentiment, qu'on pourroit entièrement ruiner dans l'espritdu Roi le peu de confiance qui lui restoit pour elle; qu'ainsi le Roi lui tomberoit tout entier entre les mains ; qu'autrement il ne pouvoit s'assurer d'être le maître ni des résolutions, ni des grâces, ni des moindres mouvements du Roi, toujours exposé aux impressions que sa mère lui donneroit, ou par elle-même, ou pour l'intérêt des siens. Par ces idées qu'Eguya donnoit au premier ministre de ne dépendre de personne, il se le rendit en effet tellement dépendant que l'on peut dire que tout ce qui se fit dans la suite fut l'ouvrage d'Eguya, revêtu du nom et de l'autorité du duc de Médina Celi.

On vit alors donner des pensions au duc d'Albe, comblé d'ailleurs de charges et de bienfaits du Roi sans l'avoir jamais servi, et

au duc de Villa Hermosa, qui revenoit chargé des dépouilles de Flandre et des plaintes des peuples qu'il avoit ruinés. Le marquis de Astorga, qui depuis peu d'années avoit épuisé le royaume de Naples, et qu'à son retour de cette vice-royauté l'on avoit fait grand maître de la maison de la Reine, avoit encore eu depuis la charge de capitaine général de l'artillerie d'Espagne. Tous ces gens ne pouvoient avoir d'autre mérite que de s'être fait remarquer dans tous les partis opposés à la Reine mère, et pendant que les domestiques de la maison du Roi désertoient faute de subsistance, on vit le premier ministre donner de grosses pensions à ses petits domestiques et aux femmes de chambre de la duchesse, sa femme, sur le bolsillo ' et sur les fonds réservés pour la maison du Roi.

Cette conduite parut indigne au public et fut sensible à tous ceux qui avoient conservé de l'attachement pour la Reine mère, mais toute la Cour s'éleva contre le mariage que fit alors le duc de Médina Celi de don Agustin de Guzman avec la fille unique du duc de Montalto^.Elle n'avoit alors que quinze ans, elle étoit bien faite et la plus riche héritière d'Espagne par les biens de son père et par les

1. La cassette particulière, dont la dépense annuelle se montait à 750,000 ducats. (Alonso Nuiiez de Castro, Solo Madrid es corte,éd. de 1675, p. 219.)

2. D. Agustin de Guzman, qui fut marquis de La Algava et d'Ardales après la mort de son frère D. Pedro -Andrés, tué à Oran le 9 mars 1681, épousa en novembre 1680 D" Catalina, fille unique de D. Fernando de Moncada d'Aragon, huitième duc de Montalto et de Bivona conseiller d'État en

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successions qui la regardoient du comte d'Oropesa et du marquis de Los Vêlez". Don Agustin étoit un arrière-cadet de La maison de Guzman, qui n'avoit de bien ni de mérite que d'être allié au duc de Médina Celi et de s'être depuis un temps attaché à faire la cour à la duchesse. Ce fut le fondement d'un mariage si inégal dans lequel le duc de Montalto fut généralement blâmé d'avoir sacrifié sa fille, et le premier ministre n'y eut point d'autre avantage que de faire voir sa dépendance pour les volontés de sa femme, pendant qu'il s'attiroit le chagrin du public et l'aversion des deux familles d'Oropesa et de Los Vêlez, que l'alliance et l'amitié lui avoient tenues fort unies jusqu'alors.

Le comte d'Oropesa avoit de la probité et autant de mérite qu'on en peut attendre d'un homme encore jeune, qui a de l'esprit, sans avoir eu d'emploi. On assure qu'à la mort de don Juan, il étoit l'homme de la Cour le

1691, président du conseil des Indes en 1693 et du conseil d'Aragon en 1695, mort le 11 novembre 17 13. — D. Agustin de Guzman mourut le 1$ octobre 1681.

I. Montalto avait épousé, en 1667, D» Maria-Teresa Fajardo, sœur et héritière du sixième marquis de Los Vêlez. Quant à Oropesa, sa parenté avec Montalto tenait à ceci : D. Pedro Fajardo, cinquième marquis de Los Velez, père du sixième marquis et de la femme de Montalto, avait épousé D* Maria-Engracia de Toledo, sœur de D. Eduardo-Fernando, septième comte d'Oropesa. Le huitième comte d'Oropesa était donc cousin germain du sixième marquis de Los Velez et, par alliance, de Montalto; il était oncle à la mode de Bretagne de la fille unique de celui-ci, et comme il n'eut d'enfants qu'en 1685, cette nièce était, en 1680, son héritière présomptive.

plus agréable au Roi, le plus en état de prétendre au poste de favori, s'il n'avoit mieux aimé l'employer à y faire entrer le duc de Médina Celi, comme son meilleur ami, qui de cette manière lui devoit la plus grande partie de son élévation. Cependant le duc fit le mariage de sa nièce et de son héritière sans sa participation, il le cacha même à la marquise de Los Vêlez, grand'mère de la fille, et le fit subitement célébrer, sans attendre le consentement du marquis de Los Vêlez, viceroi de Naples, son beau-frère.

Ce fut à peu près dans ce temps qu'il parut de l'inquiétude et même du mouvement parmi quelques personnes considérables de la Cour contre le premier ministre. Son incapacité et la dépendance qu'on lui voyoit en tout pour don Jerônimo d'Eguya , également haï et mésestimé de tout le monde, le désordre des affaires qui se ruinoient tous les jours visiblement entre leurs mains, la misère publique sans soulagement étoient des prétextes suffisants pour se plaindre ou pour souhaiter à l'État un meilleur gouvernement.

L'Amirante de Castille, le comte de Monterey, le duc de Veraguas, le duc de Pastrana, don Gaspar' et don Joseph de Silva, ses deux frères, le prince d'Astillano et le marquis de

I. D. Gaspar-Melchor-Baltasar de Silva, frère du duc de Pastrana, né le ii janvier 1653, fut huitième comte de Galve après la mort de son oncle D. Diego-Francisco en 1686, et vice-roi du Mexique de 1688 à 1697. Il mourut à bord du vaisseau qui le ramenait en Espagne, le 1 1 mars

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Mancera furent les principaux qui parurent s'intéresser au bien public et souhaiter plus fortement le rétablissement des choses, ou en changeant tout à fait le ministère, ou en y ajoutant une junte de gouvernement capable de le rectifier. Il y eut entre eux sur ce sujet des entretiens secrets et des conférences où il se fit beaucoup de propositions. Chacun d'eux, sous les apparence-s du bien public, alloit à ses fins particulières, et quoiqu'ils eussent un intérêt commun dans le changement qu'ils envisageoient, leur conduite étoit aussi diffé-. rente que les raisons qui les engageoient chacun à le souhaiter en particulier.

L' Amirauté, toujours pauvre dans de grands biens par le dérèglement de sa conduite, quoique sans avoir jamais servi dans aucun emploi du gouvernement, se vit placé au Conseil d'État et grand écuyer du Roi ; cependant il souhaitoit de voir un ministre qui lui fût plus utile. Il se souvenoit de celui de Valenzuela, sous lequel il avoit pillé impunément, et cherchoit à voir entrer en la place du duc de Médina Celi quelque autre ministre qui pût lui avoir obligation d'avoir agi pour l'y faire monter. Dans cette envie, il jetoit les yeux sur le comte d'Oropesa qu'il croyoit mal satisfait du premier ministre, jugeant que ce lui seroit peut-être une vengeance agréable que de prétendre à le déposséder et qu'il pourroit y réussir plus facilement qu'un autre, par la considération que le Roi lui avoit toujours conservée : ce fut sur cette vue que l'Amirante fonda son projet, pour lequel il

n'avoit point de mesures solides qui pussent le flatter d'aucune espérance de succès.

Le comte de Monterey avoit des raisons de mécontentement beaucoup plus fondées. Il se voyoit le seul gouverneur de Flandre exclu du Conseil d'État, pendant que le duc de Villa Hermosa venoit y prendre place qui avoit été sous lui en Flandre plusieurs années et n'en avoit eu le gouvernement que lorsque lui l'avoit quitté. Il voyoit don Jerônimo d'Eguya, son ennemi particulier, maître absolu des affaires qui l'avoit tellement perdu dans l'esprit du Roi que la Reine lui parlant un jour en faveur du comte, il répondit qu'il étoit bien heureux qu'on ne lui eût pas fait perdre la tête. Il partageoit encore le mauvais traitement du marquis de Liche, son frère, que l'on faisoit demeurer par force ambassadeur à Rome où il ruinoit ses affaires et sa santé. Sa femme ' s' étoit depuis peu jetée aux pieds du Roi pour demander qu'il pût seulement revenir à quelques-unes de ses terres sans approcher la Cour; presque tout le Conseil d'État avoit opiné en sa faveur, mais on ne laissa pas de lui envoyer un nouvel ordre de demeurer à Rome et l'on prit soin de renouveler dans l'esprit du Roi les impressions

I. Liche se maria premièrement avec D^ Antonia-Maria de la Cerda, fille de D. Juan-Luis de la Cerda, sixième duc de Medinaceli, « la plus belle femme d'Espagne », au dire de Bertaut (Journal du voyage d'Espagne, Paris, 1669, p. 288), et qui mourut le 16 janvier 1670. En 167 1, Liche épousa D" Teresa Enriquez de Cabrera, fille de l'Almirante D. Gaspar.

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qu'on lui avoit données depuis longtemps, qui le lui faisoient regarder comme le plus dangereux homme de son État.

Le comte de Monterey avoit de l'esprit, de l'ambition, et, quoiqu'il n'eût que quarante ans, il s'étoit trouvé chargé de plus grandes affaires qu'aucun Espagnol de son rang. Vigilant, actif, aimant la gloire, agréable et engageant dans ses manières et capable de former un parti dans une Cour où il eiàt trouvé des gens de quelque solidité et de quelque confiance, il souhaitoit de voir dans le ministère un changement qui lui donnât moyen d'entrer dans le Conseil d'État et de s'avancer par son mérite aux grands postes qu'il voyoit remplir à tant de personnes qui n'en avoient point. Mais comme il savoit qu'il étoit devenu suspect et que même depuis un temps il étoit suivi par des espions partout où il alloit, il se ménageoit plus que 'personne et vivoit fort retiré. Il y avoit peu qu'il s'étoit raccommodé avec le premier ministre, s'étoit expliqué avec lui sur ses intérêts et lui avoit fait entendre combien il lui étoit sensible de se voir privé de l'entrée du Conseil d'État pendant qu'on la donnoit au duc de Villa Hermosa. Le premier ministre lui avoit répondu honnêtement, suivant sa coutume, et lui avoit donné des espérances dont il paroissoit content; il alloit souvent lui faire sa cour et sembloit n'avoir rien à craindre d'un homme avec lequel il étoit tous les jours en commerce.

Le duc de Pastrana, son beau-frère, n'avoit pas sujet comme lui de se plaindre de la

Cour mais l'espérance de trouver ses avantages' dans un changement et le moyen de s'élever aux charges où il n'avoit encore pu parvenir, l'engagea parmi les mécontents; don Gaspard et don Joseph de Silva, ses frères le suivirent dans cet engagement. Le dernier étoit gendre du marquis de Mancera ' et fort près du Roi par sa charge de premier écuyer. Cependant ces trois frères fondaient leurs intrigues sur don Sébastian Vibanco, secrétaire de la chambre, auquel ils s'étoient ouverts comme à un homme sûr, quoiqu'en effet il fut entièrement au duc de Medina

Celi. , , . j „

Le duc de Veraguas, de la maison de Portugal, jeune et capable d'emploi, ne trouvoit point de justice à la Cour, après la manière sans exemple dont on l'avoit dépouille de la vice-royauté de Valence. Il s'en plaignoit hautement et présentoit des mémoriaux pour demander des juges, suivant l'usage de la cour d'Espagne, et qu'on lui fit son procès, s'il l'avoit mérité, sinon qu'on le rétablit dans un poste où il n'avoit fait d'autre faute que de bien servir le Roi. U trouvoit toutes choses tellement contraires à sa prétention que, se voyant sans espérance de ce côté-là, il entra en liaison avec les mécontents pour chercher un meilleur traitement dans le gouvernement nouveau dont ils se flattoient.

, D. José de Silva avait épousé en 1675 D» Maria-Luisa de Toledo, fille unique du marquis de Mancera qui fut créée en 1672, marquise de Melgar de Fernamental.

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Parmi ceux qui avoient de l'attachement pour la Reine mère, le marquis de Mancera, son grand m.aître d'hôtel, étoit un des plus considérables, homme d'un âge et d'une expérience à pouvoir avec justice entrer dans le ministère. Il souhaitoit ce changement comme les autres, et surtout qu'on établît une junte de gouvernement, dans laquelle il espéroit entrer; mais, pour arriver à ses fins, il tenoit une conduite couverte, qui ne le commettoit point, et, sans paroître lui-même en rien, il faisoit agir le marquis de Grana, son beau-frère ', ambassadeur d'Allemagne, qui pouvoit faire des pas sûrs sous les apparences du bien public.

Ce marquis avoit un véritable intérêt à voir établir un meilleur gouvernement|Jqui tirât l'Espagne de son accablement et la mît en état de soutenir les intérêts de la maison d'Autriche; autrement, il lui étoitjinutile de prendre des mesures et de faire des partis pour l'Empereur avec les Espagnols, incapables par l'état présent de leurs affaires de fournir au moindre engagement : que s'il avoit pu faire réussir une junte de gouvernement, dans lequel le marquis de Mancera fût entré, il satisfaisoit l'ambition de son beaufrère et en même temps il se mettoit en état, par un ministre habile et tout à lui, de se

I . Mancera avait épousé en 1 6 5 5 Eléonore-Marie de Carretto, fille de François de Carretto, marquis de Grana, ambassadeur de l'Empereur en Espagne, mort à Madrid . le 9 novembre 1 6 5 1 , et sœur d'Othon-Henri, marquis de Grana, dont il est ici parlé. Cette Eléonore mourut au Mexique le 22 avril 1674.

rendre maître des résolutions et d'établir des moyens solides pour les exécuter.

Comme le marquis de Grana pouvoit dans cette vue se couvrir de l'intérêt de l'État, il agit ouvertement avec le premier ministre pour tâcher à l'y faire entrer, et, lui représentant l'extrémité où étoient réduites les affaires d'Espagne et la ruine inévitable qu'on en devoit craindre, si l'on n'y remédioit promptement, il chercha à lui en insinuer les moyens et surtout à lui faire comprendre son intérêt propre, et, pour son soulagement, qu'il n'étoit pas possible qu'il pût lui seul satisfaire au travail immense de remédier à tous les maux d'un État accablé dans toutes ses parties; qu'on avoit vu, dans des temps moins pressants et moins malheureux, don Louis de Haro et d'autres grands ministres se faire soulager par des juntes qui, dans leur dépendance et sous leurs ordres, entroient dans le détail des affaires, en facilitoient les résolutions et en avançoient l'exécution avec cette diligence qui est l'âme des grands desseins; que dans une monarchie si étendue que celle d'Espagne et si déréglée, depuis tant de temps il ne pouvoit agir seul en tout et qu'il étoit au-dessus de la condition humaine qu'en cette situation l'on pût ni tout voir ni tout faire par soi-même, sans se servir des lumières et du secours des ministres habiles qu'il pouvoit choisir également capables pour le conseil et pour l'exécution.

Le duc de Médina Celi se seroit peut-être laissé persuader à un discours si spécieux et

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aux raisons d'un génie aussi supérieur au sien que l'étoit celui du marquis de Grana, mais il dépendoit d'un homme qui l'empêchoit de rien écouter. Don Jerônimo d'Eguya lui faisoit voir que dans l'établissement d'une junte il perdoit toute son autorité, qu'il ne seroit plus maître ni de la résolution des affaires ni de la disposition des grâces; que la junte, destinée en apparence pour le soulager, n'auroit en effet d'autre application que de partager son pouvoir, et qu'ainsi revêtu seulement du vain titre de premier ministre, il demeureroit toujours responsable du succès des affaires dont il ne décideroit point, inutile d'ailleurs pour lui et pour les siens et sans faire ni bien ni mal à personne. Ces considérations l'emportèrent dans l'esprit du duc, et toutes les raisons du marquis de Grana et la ruine évidente des affaires ne purent l'obliger à souffrir l'établissement qu'on lui proposoit.

D'autre côté, les mécontents étoient dans de grands mouvements, dans lesquels il se trouvoit beaucoup plus de souhaits et d'envie de réussir que de vues certaines et de moyens d'y arriver. Il n'y avoit point entre eux de véritable confiance, point de liaisons solides; gens la plupart sans suite dans leurs desseins sans autre ambition que de la vanité, sans fidélité dans leurs engagements, et sans moyens de rien entreprendre.

L'Amirante, qui s'étoit engagé assez légèrement, vit bientôt que le succès n'étoit pas aussi facile ni aussi prompt qu'il se l'étoit imaginé pour l'établissement d'un nouveau

ministère. Il craignoit même de ne point entrer dans la junte si l'on en faisoit une, mais peut-être que le marquis de Liche, son gendre, pourroit venir y prendre sa place, l'homme du monde qu'il redoutoit et haïssoit le plus. Il quitta le parti avec la même facilité qu'il y étoit entré, et, pour se mettre à couvert des suites, on prétend qu'il alla tout découvrir au Roi et au premier ministre.

Cette dénonciation fut suivie de près de l'exil du comte de Monterey , qui se croyoit alors bien raccommodé avec le premier ministre. Il le voyoit souvent et sembloit n'en avoir rien à craindre; cependant le 14° de janvier au soir, le Président de Castille lui ayant mandé qu'ils se pussent voir au Palais, parce que les présidents de Castille ne visitent personne, le comte de Monterey, qui avoit à le solliciter sur quelques affaires de justice, alla le voir et fut surpris d'apprendre de lui qu'il avoit reçu ordre du Roi, par un billet de don Jerônimo d'Eguya, de lui déclarer qu'il eût à sortir de la Cour et de se retirer à quelqu'une de ses terres. Le Comte témoigna qu'il étoit prêt à obéir, mais qu'étant Grand d'Espagne, il ne pouvoit le faire que sur un ordre signé du Roi même. Il se retira ensuite chez lui et fit tenir son équipage prêt pour partir. Le lendemain il reçut l'ordre signé du Roi. On lui donna trois jours pour se disposer à son voyage, après lesquels il s'en alla à Salamanca. Le monde fut surpris de cette disgrâce', la

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