Archives des Affaires étrangères. Savoie, l. 6j
xxxiv Introduction.
Malgré l'entente intervenue au sujet de la réception de l'ambassadrice, la cour de Turin souleva des difficultés de détail qui retardèrent jusqu'au i" novembre l'audience si laborieusement préparée. Villars laissa à sa femme le soin de la raconter elle-même au ministre. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire sa lettre :
La marquise de Villars au marquis de Pomponne.
Turin, le i*' novembre 1676.
Je ne pensais pas avoir jamais d'audience, Monsieur, et je ne m'en ennuyais point: c'est assurément le moindre divertissement que j'aie jamais eu. C'est que je n'ai pas de goût et que je ne me sens pas propre pour les représentations publiques. Je souhaite souvent ce jour -là Mme de Saint -Géran, et si elle eût été avec moi, je n'aurais guère été en peine de ma contenance et les regards ne se seraient pas adressés à l'ambassadrice.
Mais pour en revenir à ma réception, l'on ne peut en avoir usé avec plus d'honnêteté et de marques d'estime de la part de Madame Royale. J'eus le lendemain mon audience de cette pauvre Princesse qui aété bien mortifiée. Cela ne parut pas dans ma visite : elle me dit qu'elle savait de quelle manière j'avais agi en cette occasion et l'obligation qu'elle m'en avait : elle me fit donner nn fauteuil, et loin de pleurer comme elle le fit le jour qu'elle le donna à Mme Servien, ne voulant pas qu'il y eut personne là, mon audience fut publique. Elle fut de très bonne humeur et j'y fus longtemps. C'est une très raisonnable personne. Madame Royale est fort charmante de son esprit et de sa personne. Le petit prince est surprenant : je n'ai jamais' rien vu de plus joli.
Si vous souhaitez un compte plus exact de cette
Introduction. xxxv
cour, j'en serai peut-être assez tôt informée : j'aimerais mieux l'être que vous me continuez l'honneur de votre amitié. N'allez pas m'oublier, Monsieur, pour avoir passé les monts et soyez persuadé de l'estime et de la reconnaissance que j'ai ae toutes vos bontés. Permettez -moi d'assurer Mme de Pomponne de mes respects : j'ai chargé M. d'Hacqueville de mes compliments pour Mme de Vins. Je voudrais bien, Monsieur, pouvoir espérer de vous rendre ici quelques services ; au moins m'employerai-je à vous faire chercher de bon vin'.
Le ministre attendait de Mme de Villars des services plus réels. Il comptait sur son esprit, sa bonne grâce, sa conversation enjouée pour dissiper les nuages soulevés par l'étiquette, pour faire la conquête de cette cour qu'il était si nécessaire de gagner à la politique du Roi. Il comptait sans les rancunes de l'amour-propre froissé et sans l'intervention intéressée de ministres favorables à l'Empire. La malheureuse question d'étiquette ne fut jamais complètement vidée et pesa d'un poids très lourd sur les relations du ménage et de la Cour. On prétendit que la concession du fauteuil ne concernait que les audiences publiques, que la duchesse régente était maîtresse, en son particulier, de donner ou de refuser tel. siège qui lui convenait, et qu'au cercle de la Cour l'ambassadrice devait rester debout ou se contenter d'un « siège pliant ». Une nouvelle correspondance s'engagea : Villars demanda des ordres à Pom-