‹ Mémoires de la cour d'Espagne de 1679 a 1681;Chapitre 70 sur 77 · La Guayra, port du Venezuela · texte numérisé non relu

La Guayra, port du Venezuela

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gouverneur des Pays-Bas, et, sur ce qu'elles n'eurent point d'effet, il commanda des troupes pour le 1" de mars qui dévoient entrer en Flandre et faire justice de cette infraction. La crainte de leur marche fit faire aux Espagnols ce que la raison et l'équité n'avoient pu obtenir d'eux, et ils abandonnèrent cette entreprise. ,

Vers le i y de mars de cette année, ils recurent une nouvelle désagréable du côte d'Afrique, d'où ils surent par la voie de Carthagène que le marquis d'Algava', gouverneur d'Oran, étant sorti de sa place avec cent • cinquante chevaux et trois cents hommes de pied pour charger quelques Mores qui étoient venus faire des prisonniers dans les villages des environs, avoit donné imprudemment dans une embuscade où il avoit été tué et presque tous ses gens pris et taillés en pièces. On avoit nommé quelque temps auparavant, pour lui succéder, le comte de Cifuentes% qui sortoit du gouvernement de Malaga; mais, sur quelques prétentions qu'il eut d'être rembourse de certaines dépenses qu'il avoit faites pour le service du Roi dans ce gouvernement, il fut révoqué de celui d'Oran auquel il étoit destiné,

1 D Pedro-Andrés de Guzman, cinquième marquis de La Aleava et d'Ardales, comte de Teba, tué par les Mores le q mars 1 68 1. En 1677, il était premier écuyer du Roi et fut destitué par don Juan, qui le nomma gouverneur d Oran.

2 D Pedro -Feliz- José de Silva, douzième comte de Cifuentes, grand alfercz de Castille, général de la cote da royaume de Grenade en 1676, vice-roi de Valence en 1G83, mort en avril 1697.

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et le comte de La Monclova ' nommé pour y aller en sa place, et, sur la nouvelle de la mort du marquis d'Algava, on le fit partir pour s'y rendre incessamment.

La cour d'Espagne, accoutumée à mépriser les maux éloignés, se consola facilement de cette perte, mais en même temps elle tomba dans un grand embarras par les nouvelles de Portugal, qu'apportèrent coup sur coup différents courriers de l'abbé Masserati-, envoyé d'Espagne à Lisbonne. Il mandoit que les Portugais venoient d'avoir avis, par un vaisseau, que le 6* d'août de l'année précédente, le gouverneur de Buenos-Ayres, ayant joint à sa garnison un grand nombre d'Indiens ramassés, avoit surpris le fort commencé depuis peu par les Portugais dans l'île de Saint-Gabriel, située à sept lieues de Buenos-Ayres, dans la rivière de La Plata; qu'il avoit taillé en pièces trois cents hommes qui le gardoient, emmené prisonnier le gouverneur et ce qu'il y avoit d'habitants ; que, sur cette nouvelle, le Prince Régent avoit fait marcher quatre cents chevaux avec les quatre vieux régiments d'infanterie de Lisbonne et commandé les milices du royaume;

1 , D. Gaspar Portocarrero de La Vega, deuxième comte de La Monclova, fut, après son gouvernement d'Oran, général de l'escadre de l'Océan et membre du Conseil de guerre. Il mourut à Madrid en mai 1693.

2. Cet abbé Macerati, dont le nom est aussi écrit Massarati ou Mazarati, mourut à Lisbonne en juin 1681, après sept années de résidence à la cour de Portugal, et fut remplacé comme chargé d'affaires à Lisbonne par D. José de Haro, du Conseil des Indes et fiscal du tribunal des alcaldes de casa y corte.

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que ces troupes avoient leur rendez-vous à Elvas et qu'on travailloit à des magasins pourleur subsistance, qu'enfin tout se disposoit à une rupture, ajoutant, par son dernier courrier, que le prince de Portugal lui avoit refusé l'audience.

Pendant que les Portugais sembloient prendre si brusquement le parti de la guerre, ils ne donnoient à leur envoyé à Madrid aucun ordre sur une conjoncture si importante, comme s'ils eussent voulu surprendre les Espagnols dans leur pays, de la même manière que ceux-ci les avoient surpris dans les Indes. Les ministres de Madrid, étonnés d'un mouvement si prompt, cherchèrent d'abord à l'arrêter, en faisant agir l'envoyé d'Angleterre auprès de celui de Portugal et lui dire que le roi de la Grande-Bretagne ayant été le médiateur de la paix entre l'Espagne et les Portug^ois', ces derniers ne pouvoient la rompre par aucune voie de fait que de son aveu, qu'autrement, de garant de la paix et d'allié qu'il étoit, il deviendroit leur ennemi, lui faisant considérer encore que, par l'alliance faite depuis peu entre l'Espagne et l'Angleterre, le Roi, son maître, étoit engagé à se déclarer contre tous les ennemis de l'Espagne.

L'envoyé de Portugal répondit à celui d Angleterre en des termes qui durent lui faire connoître combien il étoit sorti de son caractère, en lui tenant le discours de son chef et

I Le traité de paix entre l'Espagne et le Portugal, signé à Lisbonne le 13 février 1668, eut pour médiateur le roi d'Angleterre Charles H.

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sans un ordre exprès du roi d'Angleterre, dont il paroissoit en cette rencontre moins l'agent que celui des Espagnols. Il ajouta à cette réponse une protestation par écrit contre la prétention de l'envoyé d'Angleterre, déclarant qu'il ne pouvoit par aucun droit empêcher celui qu'avoit le prince, son maître, d'agir par les armes contre les Espagnols, qui les premiers avoient rompu la paix.

Jusqu'alors il étoit dans l'incertitude du parti qu'on prenoit sur cette affaire en Portugal, d'où il n'avoit point eu encore de nouvelles. Il en reçut, peu de jours après, avec ordre de demander aux Espagnols une satisfaction entière dans le terme de quinze jours, au bout desquels, s'ils ne la donnoient, on la chercheroit par les armes. Pour cette satisfaction, le Portugal demandoit que le roi d'Espagne fit châtier le gouverneur de Buenos- Ayres, qu'on remit en liberté celui du fort de Saint-Gabriel, qu'on rendît les prisonniers, le canon, les munitions prises dans le fort, où tout seroit rapporté ; que, s'il avoit été démoli, l'on en rendît la place et, en cas que les prisonniers eussent été envoyés en Espagne, on reçût la nouvelle garnison que le Portugal y enverroit et que, des ordres que le roi d'Espagne enverroit pour cette satisfaction, il en donnât un double, afin que le prince de Portugal le pût envoyer ainsi qu'il jugeroit à propos.

Les délibérations du Conseil de Madrid furent grandes durant trois jours sur une demande si pressante. Elles se terminèrent

enfin à donner un écrit en forme de manifeste contenant tout ce qui s'étoit passé depuis un an entre les deux couronnes touchant l'île de Saint-Gabriel et toutes les preuves que l'envoyé d'Espagne avoit données à Lisbonne, pour justifier qu'elle appartient incontestablement aux Espagnols par la division faite entre eux et les Portugais, en vertu de la bulle du pape Alexandre VI ', et par cent quatre-vingtsix ans de possession qui l'avoient suivie. Ils y énonçoient ensuite la déclaration et la menace de l'envoyé de Portugal, si l'on ne satisfaisoit pas son maître dans vingt jours, et finissoient par la réponse du roi d'Espagne, qui ne consistoit qu'à assurer que Sa Majesté Catholique avoit un extrême désir de conserver la paix et la bonne correspondance des deux couronnes, qu'il l'avoit toujours entretenue avec soin et qu'il continueroit avec la même application à la maintenir.

Ce papier fut envoyé aux ministres des princes étrangers qui étoient à Madrid, avertissant ceux du nord qu'ils pourroient l'envoyer à leurs maîtres par un exprès qu'on dépêcheroit pour joindre l'ordinaire de Flandre. Peu d'heures après, l'on envoya chez les ministres reprendre ce papier pour y corriger quelques choses, et le lendemain on le leur rendit avec cette différence qu'on y avoit sup-

I . La bulle ou plutôt les bulles du j mai et du 4 mai 1495 qui établissaient le mode de répartition du nouveau monde entre les Espagnols et les Portugais. Voy. 0. Peschel, Die Theihing der Erde unter Papst Akxander VI und Julius II, Leipzig, 1871.

primé la menace de guerre de l'envoyé de Portugal, et Ton y ajoutoit que le roi d Espagne enverroit incessamment à Lisbonne un ambassadeur pour traiter raccommodement de ce démêlé. La résolution paraissoit plus honnête et, pour en couvrir la foiblesse, on voulut, quelques jours après, ajouter encore au papier qu'elle avoit été prise à l'instance qu'en avoit fait le Nonce de la part du Pape; mais le Nonce déclara qu'il n'en étoit rien et qu'il ne pouvoit avoir eu d'ordre de Rome sur une affaire qui n'avoit paru que depuis quelques jours.

Le duc de Giovinazzo fut nomme pour cette ambassade et n'eut que deux jours pour se disposer à partir. Sitôt qu'il fut arrivé à Lisbonne', il eut audience du Prince Régent, qui lui donna pour commissaires le duc de Cadaval* et le marquis de Fronteyra^ Il leur parla d'abord comme un homme 'qui ne vient que pour faire des plaintes et demander satis-

1 Le 6 avril 1681, d'après la Gazette (nouvelles de Lisvellesdu 14 avril 1681): le 9, d'après Villars (Aff. etr., Corr. d'Espagne, vol. LXVI, fol. 74 v"). .

2 D. Nuno Alvares Pereira de Mello, premier duc de Cadaval, quatrième marquis de Ferreira, cinquième comte de Tentugal, né le 4 novembre 1638, conseiller d'Etat et de guerre des rois Alphonse VI, Pierre II et Jean V, président de Desembargo do Paço, grand maiire d'hôtel des reines Marie-Françoise, Marie-Sophie et Marie-Anne d'Autriche, ambassadeur extraordinaire en Savoie, en 1682, pour le mariage de l'infante Isabelle, mort le 29 janvier 1727.

3. D. Joâo Mascarenhas, premier marquis de Fronteira, deuxième comte da Torre, conseiller d'État en 1679, grand prieur do Crato dans l'ordre de Saint-Jean, mort le 16 septembre 168 1.

faction, mais on ne lui répondit qu'en demandant de nouveau celle que l'envoyé de Portugal avoit déjà prétendue à Madrid. Après quelques jours de négociations inutiles, il fut obligé de l'accorder. Pour en avoir la ratification, il envoya un courrier à Madrid. On s'y plaignit de lui comme d'un homme qui avoit trahi l'honneur et les intérêts de l'État en concluant un accommodement honteux, au delà de ses instructions et de ses pouvoirs Pendant ces plaintes en l'air, qu'on donnoit seulement à une vaine réputation. Ton ne différa pas un moment à lui envoyer la ratification, et personne ne douta qu'il n'eût emporté de Madrid les ordres et les pouvoirs sur lesquels il avoit conclu si promptement une affaire qu'on ratifioit si volontiers'.

Ainsi, on vit l'Espagne, qui venoit de déclarer par toute l'Europe que l'île de Saint- Gabriel lui appartenoit, la rendre un mois après aux Portugais qui l'avoient prise et faire toutes les satisfactions, comme si euxmêmes eussent été les usurpateurs, et toute 1 Europe, attentive à un démêlé où la rup-

I. Le traité fut signé à Lisbonne le 7 mai 168 1, ratifié par le Prince Régent le ij juin et par le roi d'Espagne le 25 mai de la même année. En vertu de l'article 13 de ce traite,^des commissaires espagnols et portugais furent nommés en août 168 1 pour délimiter les territoires disputes Ils ne purent pas s'entendre. (Voy. a. de Abreu, Coleccwn de los tratados depaz, etc., t. XI, p. 437 et 456.) Les Portugais publièrent de leur cote une Noticia e iustificaçam do titulo e boa t ce corn que se obrou a nova colonia do Sacramento etc Lisbonne, 1681. Voy. Bibl. nat. Fonds port., Ms n" 2< fol. 321. ' "

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ture paroissoit inévitable, fut surprise de le voir finir en un instant d'une manière si peu attendue.

Il y eut alors en Espagne quelques changements dans les gouvernements; celui de Malaga et le commandement' de la côte de Grenade, que quittoit le comte de Cifuentes, fut donné au comte de Palma ', neveu du cardinal Porto Carrero, et le comte de Fuensalida, laissant la vice-royauté de Navarre au grand prieur de Castille, passa à celle de Galice, et le duc de Hijar fut nommé vice-roi d'.\ragon, après le connétable Colonna, qui depuis quelque temps était à Madrid occupé de deux grandes affaires : celle du mariage de son fils aîné avec la fille du duc de Médina Celi, et celle de réduire sa femme à un état fi.xe qui pût les mettre tous deux en repos.

Elle étoit depuis quelques mois prisonnière au château de Ségovie, où la solitude, les incommodités du lieu, l'indigne traitement de ceux qui la gardoient pouvoient la jeter dans des résolutions extrêmes. Il sembloitque la Reine fût engagée de la retirer de cet état où on Tavoit mise contre la parole donnée à Sa Majesté. Elle chargea son confesseur d'agir auprès du connétable Colonna pour obtenir de lui que sa femme pût sortir de prison pour aller

I . D. Luis-Antonio-Tomas Portocarrero, neveu du cardinal, cinquième comte de Palma et septième marquis de Montesdaros, né le 7 mars 1649, gouverneur de la côte de Grenade en 1681, vice-roi de Galice en 1692, vice-roi de Catalogne en 1701, conseiller d'État en 1702, mort à Burgos en 172J.

en Italie ou demeurer à Madrid dans un couvent. Sa négociation dura quelque temps, par le chagrin qui se trouvoit entre les deux parties et l'éloignement de leurs intentions; mais, enfin, la Connétable ne trouvant point d'autres moyens de sortir de la prison, elle convint de demeurer à Madrid pour entrer dans le couvent de la Conception de l'ordre de Saint- Jérome*, et d'y prendre l'habit de novice en arrivant, le Connétable s'obligeant, de son côté, à se lier par des vœux à l'ordre de Malte. Elle prit l'habit et en même temps la résolution de ne faire jamais profession, quoique le Connétable eût fait venir de Rome une dispense qui lui permettoit de le faire avant la fin de l'année de son noviciat; mais la voyant dans des sentiments entièrement opposés, i! termina le mariage de son fils aîné avec la fille du premier ministre, et trois jours après il partit pour l'Italie, emmenant ses enfants avec sa belle-fille et laissant sa femme dans le couvent, incertaine de sa condition, misérablement logée, avec peu de moyens pour vivre pour une femme de sa qualité et dans un état digne de compassion, s'il n'avoit pas été le fruit de la méchante conduite qu'elle avoit fait paroître à tout le monde depuis plusieurs années.

I . Le couvent appelé» la Concepdon Gerônima, fondé en 1 501 par la savante Beatriz Galindo, dite la Latine, première dame d'honneur d'Isabelle la Catholique. — La Connétable arriva à Madrid, de Ségovie où elle était prisonnière, le 15 février 1681 [Gazette; nouvelles de Madrid du 2? février 1681 ; cf. Lettres de madame de Villars, p. 16$).

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Le marquis de Villars avoit quelque temps auparavant reçu permission du Roi de finir son ambassade et d'en avertir les ministres de Madrid, avec ordre néanmoins d'y attendre le successeur qu'on lui nommeroit. Il y avoit près d'un an qu'il sollicitoit son congé. Les excessives dépenses auxquelles la chertéde Madrid l'engageoit lui en avoit fourni une raison évidente ; c'étoit celle dont il s'étoit servi pour presser le Roi de lui permettre de se retirer, et, dès l'année précédente, il lui avoit demandé permission d'envoyer en France la marquise, sa femme, pour vivre à quelqu'une de ses terres et diminuer ainsi sa dépense. Il cachoit une autre raison qui n'étoit pas moins pressante que celle-là : c'étoit l'esprit et la conduite de la Reine que lui ni l'ambassadrice ne pouvoient redresser et dont les suites auroient pu néanmoins retomber sur eux comme les seules personnes dont elle devoit suivre les conseils; mais elle ne les écoutoit point et, par un génie assez extraordinaire, elle ne laissoit pas,pourse disculper, de leur attribuer le retour de ses fautes, soit à Madrid ou même à la cour de France. Ils ne pouvoient en éviter les suites dangereuses qu'en se retirant. Le Roi n'y avoit point consenti d'abord; mais, depuis, le marquis de la Fuente, ambassadeur d'Espagne, ayant insinué que celui de France à Madrid et l'ambassadrice sa femme étoient entrés dans des intrigues qui avoient troublé la maison royale, et ayant fait ccnnoître que le roi d'Espagne souhaitoit leur rappel, le Roi, instruit du véritable sujet de cette plainte qui ne venoit

que des intérêts particuliers de quelques ministres entièrement opposés à ceux de la maison royale, ne laissa pas de rappeler le marquis de Villars, en lui marquant qu'il étoit satisfait de sa conduite. Il demeura encore plusieurs mois à Madrid, attendant qu'on lui donnât un successeur, et cependant l'ambassadrice revint en France'.

Durant l'automne précédent, le Roi avoit souhaité d'aller à Aranjuez; il ne l'avoit pu, faute d'argent, mais au commencement d'avril 1681, il y passa cinq semaines avec la Reine, suivant l'étiquette, c'est-à-dire suivant une coutume établie depuis Philippe II et passée en une espèce de loi qui règle tous les pas du roi d' Espagne le long de l'année, les chapelles, les processions, les chasses, les promenades, les changements d'habits et d'appartements et mille choses de moindre conséquence, à plus forte raison les voyages et le séjour qu'on y doit faire. Les plus grands de ces voyages sont celui de l'Escurial , au mois d'octobre, et celui d'Aranjuez, au mois d'avril, chacun de sept lieues. Lorsque Leurs Majestés allèrent au dernier, on vit, durant le chemin, des seigneurs de la cour déguisés en valets, le visage à demi couvert d'un bonnet à l'angloise, suivre les carrosses des filles d'honneur de la Reine pour galantiser leurs maîtresses qui étoient de ce nombre.

I . La marquise de Villars partit dans la seconde quinzaine de mai 168 1 ; son mari demeura à Madrid jusqu'à l'arrivée de son successeur le comte de La Vauguyon et quitta la cour d'Espagne au commencement de janvier 1682.

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Le Roi, depuis quelque temps, avoit défendu plusieurs fois, particulièrement aux gens mariés, ce qu'on appelle à Madrid los galanteos de paUcio\ c'est-à-dire l'attachement pour les filles du Palais, sans prétention de les épouser; mais, malgré cette défense, l'on voyoit des premiers seigneurs de la cour, mariés, âgés et quelques-uns grands-pères, ruiner leurs maisons par ces amours bizarres, qui leur attiroient tout ce que la jalousie de leurs femmes et la division domestique pouvoient avoir de plus fâcheux.

Cette galanterie du Palais semble moins un plaisir qu'une maladie répandue parmi les courtisans. Le commerce en est fort imaginaire. Il consiste à s'aller montrer dans une place devant le Palais, et là, dedans un carrosse, parler par signes à une maîtresse qui répond de même d'une fenêtre fort haute. Les moments les plus heureux se trouvent dans quelques jours de cérémonies publiques, où l'on peut aborder sa dame et lui parler devant tout le monde. Il a toujours été permis de servir ainsi les filles d'honneur de la Reine que l'on recherchoit en mariage; mais, dans le règne présent, les filles de la Reine ont des galants mariés, en reçoivent des présents d'habits et des pierreries, des régals continuels, des plats qu'ils leur font servir, et quelques-unes ont été jusqu'à prendre des sommes considérables de ces amants. Au voyage d'Aranjuez, les ducs de Montalto et de Médina

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