partie du Nouveau- Mfnde
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— Le citoyen a raison. Tout ce qu'il vient de dire est expliqué plus en détail encore dans cet article.
Et il tira de sa poche un journal dont je ne me rappelle pas le titre. Toutcedontje me souviens, c'est que c'était une des feuilles dévouées au Directoire. Il lut tout haut un article effectivement très bien fait et qui plaçait la France, sans doute, beaucoup trop haut, mais aussi qui la sortait de cet état d'abjection, dans lequel on la disait plongée, pour avoir peut-être ensuite plus de mérite à l'en tirer. Une vérité constante, c'est que depuis le mois de floréal les victoires de Zurich, Castricum, Bergen, la capitulation du duc d'York, l'alliance de l'Espagne, la délivrance de la Hollande par le général Brune, la pacification de l'Ouest, tout cela nous avait fait reprendre l'offensive sur tous les points. Et le général Bonaparte, parti de Damiette le 7 messidor, après avoir lu les dépêches venues d'Europe, et parti antérieurement à nos succès, était arrivé à Fréjus dans la conviction de notre ruine totale. Mais le mouvement qui le fit partir d'Egypte pour venir délivrer sa patrie n'en est que plus beau et la reconnaissance de la France doit être la même envers lui.
Le général Junot avait écouté attentivement ce que ma mère e1 Albert lui racontèrent des Àréna.
Me permettez- vous d'en parler au premier consul? demandat-il après les avoir entendus.
— Bien certainement non. s'écria ma mère. Non. mille fois non. Et dans sa vivacité, elle se levait de son canapé et allait prendre
les mains du général en lui répétant:
— Aller répéter cela à Bonaparte ! Y pensez-vous ? Junot sourit et dit :
— Vous avez raison: cela se pouvait il y a quinze jours. Alors c'eût été un avertissement. Maintenant ce serait une délation.
Quelques jours après la découverte de la conspiration Aréna et Ceracchi, Lucien vint nous voir. 11 était fortement préoccupé etne cacha pas que toutes ces tentatives contre la vie de s<m frère lui donnaient une vive inquiétude (i).
— Comment prévenir de tels coups ! disait-il. Jacques Clément,
(i) Depuis un an c'était la troisième fois qu'on tentait uY r. La
première fut sur le chemin île ta Malmaison, la seconde dans les Tuileries même, et Cheracchi la troisième. 11 y eut deux ou trois autres tentatires obscures, plutôt provoquées peut-être que découvertes par la police.
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Ravaill.i- . Damien, Jean Châtel, tous ces hommes-là Ont toujours exécuté leur projet, parce que leur vie n'était d'aucun intérêt dans ce qui pouvait les arrêter. Si Ceracchi eût été seul, comme c'était d'abord son intention, mon frère n'existerait plus. Il a cru, en s'adjoignant un représentant du poignard (1), avoir plusde chances de réussite. Il s'est trompé.
— Mais, observait ma mère, vos réflexions sont effrayantes, car, enfin, comment alors sauver votre frère?
— Lui seul peut-être sa sauvegarde, répondit Lucien. Il est l'homme de la révolution, il doit marcher dans les principes qu'elle a consacrés. Il doit éviter surtout de porter atteinte aux libertés citoyennes. Sa route lui est tracée. Il faut qu'il y marche, ou bien il est perdu et nous perd avec lui. Il n'est pas ici question de chercher à garroter un peuple libre qui sent sa liberté et en même temps toute sa force, ou bien nous verrons les liens des Lilliputiens rompus par Gulliver.
— On ne doit donc, dit-il, aucune pitié à ceux qui veulent l'assassiner, sous le prétexte qu'ils-défendent une liberté illusoire, liberté qu'au contraire le premier consul protège et consolide. Quanta moi, poursuivit-il < j'avoue que je ne dissimule pas mon opinion à cet égard.
— Ni moi, dit Albert; car je tnmve de pareils êtres plus coupables cent loi-, que Ravaillac et Jacques Clément. Ceux-là avaient. pour les excuser de leur parricide, une raison de religion et de fanatisme, tandis que les hommes d'à présent n'ont qu'un intérêt particulier et spécial, Tous sont ainsi, excepté Ceracchi, et celui-là est fou.
— Cela peut être pour les conspirateurs de cette dernière affaire, dit Lucien, mais, mon cher Pormon, ne croyez pas qu'il n*y ait plus en France de ces âmes gardiennes de qos libertés qui sonj toujours là comme des sentinelles avancées pour les défendre si on voulail les détruire. Il y a dans cette poitrine, ajouta-t-il d'une voix émue en frappant fortement sur la sienne, un tueur français et patriote. Mon frère me connaît. Je ne me cache y
Bes yeux — et Junot le sait bien, ainsi que tous ceux qui l'àpprochentide près — je ae cesse de lui rappeler, avec toute l'énergie d'une Ame française et libre, les engagements solennels qu'A a
i il avait déjà nommé ainsi tous eux • j vi i étaient à Saint-Gond.
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contractés avec la nation au lï> brumaire et dont je me suis porté garant.
Se tournant alors, vers Junot, il lui dit :
— Te rappelles-tu la conversation dont tu fus témoin il y quatre jours ? Eh bien ! je parlerai toujours dans ce sens et nulle crainte ne me fera dévier de mon chemin. Si les hommes dont mon frères'est entouré dans le gouvernement veulent consentir à l'aider dans des mesures oppressives pour la patrie, je n'augmenterai pas leur nombre et le jour où j'entendrai sonner la dernière heure de la république j'irai chercher une autre terre p<mr y mourir.
Celle conversation prouve que, dèseette époque, Lucien voulut prévenir la volonté de Napoléon tendant à une centralisation de pouvoir, dont quelques-uns de ses actes pouvaient faire présumer rétablissement. L'entretien dont Junot avait été en effet témoin à la Malmaison avait eu pour objet la discussion de plusieurs choses relatives aux préfets et que Lucien, comme ministre de l'intérieur,'ne voulait pas ordonner, les trouvant trop arbitraires. Résister à Napoléon, c'était s'exposer à un brisement d'existence. Lucien était sou frère à la vérité, mais l'homme était là avant tout. & n ambassade d'Espagne, qui eut lieu quelques semaines après celle conversation, est expliquée pour moi par sa résistance aux rotantes de son frère, surtout par sa constance à rappeler au premier consul les promesses jurées au 19 brumaire. On comparait déjà le consul de l'an IX au consul de l'an VIII, te général Bonaparte de Toulon et d'Italie, fondant' des républiques. Biles de la république française, au géwéral Bonaparte cherchant à centraliser le pouvoir dans sa propre patrie. Lucien avait pu entendre dflexions accompagnées d'un sourire, faites à demi-voix dans le salon <de ma mère, par des gens qui n'ajoutaient pas assez de Feî aux vocations républicaines pour croire que Bouaparte voulait maintenir le système annoncé par lui au 19 brumaire. Plusieurs étaient môme assez sots pour parler de Moncfc, de Gbarles IL Lucien entendait fcoul cela. Il lui revenait de toutes parts desembla&l es paroles et il voulait empêcher non seulement que le mal lut réel, mais qu'il lut même àoupoo&ni ,