CHAPITRE XIX
Le théâtre de la Malmaison. — Le Barbier de SévilLe et les Folies Amoureuses. — Le premier consul impitoyable sur la question des bottes. — Napoléon imprésario. — La méprise d'Isabey. — Cambacérès acteur. — Le second consul chez lui. — « Nous passons au crible ». — Malheureux roi. — Portrait non flatté. — Le palais Egalité. — M. de Souza et sa perruque à la Pitt. — Gourmage bonhomme et gourmage courtisan. — Le fou-rire.
A cette époque le théâtre de la Malmaison était vraiment Lien monté. Plus tard, tout le monde s'en est mêlé. C'était à n'y plus tenir. Le plus habile de la troupe était M. de Bourienne. II jouait les rôles à manteau dans une réelle perfection. Il faisait d'autant plus de plaisir que son talent n'était pas du tout le résultat de l'étude. Il jouait bien, parce qu'il comprenait et sentait son rôle. Grandménil et Caumont, qui alors étaient les deux manteaux de la Comédie-Française, n'auraient pu trouver à censurer dans la manière dont M. de Bourienne jouait le rôle de Bartholo, celui d'Albert, dans les Folios amoureuses, celui de l'avare, d'Harpagème dans le Florentin. Et peut-être bien leur offrit-il quelquefois des nuances fines et délicates à saisir et à copier.
Le premier consul avait lui-même presque organisé notre bépertoire. D'abord, il fut assez circonscrit; on n'osait pas se hasarder dans de grandes pièces, ni entreprendre un rôle au-dessus de ses forces. On jouait les Héritiers, les Étourdis, les Rivaux deux mêmes, Défiance et malice, une foule de petites pièces spirituelles et charmantes, et qui. certes, n'ont pas trouvé leur suite, en bon goût comme, en bon style. Puis on s'enhardit. Le premier consul Lui-même demanda des pièces plus longues, le répertoire s'augmenta tout à coup de cinquante pièces, qu'on uousmit entre
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les mains, en ayant soin de répartir les emplois selon les facultés de chacun.
' La première pièce représentée à la Malmaison avec une sorte de solennité, fut le Barbier de Sévi/le. En disant que cette représentation fut parfaite, je ne hasarde pas un mot que la magie des souvenirs peut me demander. Nous sommes encore beaucoup ayant survécu à cette belle et riante époque et je ne crains pas d'être démentie, en affirmant de nouveau que le Barbier de Séville fut joué à la Malmaison, comme à cette époque il ne pouvait être joué sur aucun théâtre de Paris.
Mlle Hortense de Beauharnais remplissait le rôle de Rosine. M. de Bourrienne celui de Bartholo ; M. Didelot, Figaro ; le général Lauriston, Almaviva; Eugène, Basile et le général Savary éternuait dans le rôle de l'Eveillé.
J'ai dit tout à l'heure que M. de Bourrienne jouait bien ses rôles, parce qu'il les comprenait et les sentait. Il en était de même de Mlle Hortense.
Finesse, gaieté, esprit, sensibilité, tout ce que Beaumarchais a voulu mettre de gracieux dans sa Rosine, Mme Louis l'avait compris. Elle avait deviné la jeune fille andalouse avec toute sa grâce native et sa gentillesse. Elle joignait à son jeu, à cette époque, une figure charmante et une tournure tout à fait remarquable, à la scène surtout, l'une par son extrême fraîcheur et l'autre par son élégance.
M. de Bourrienne fut également parfait dans le rôle de Bartholo et son frère Eugène dans celui de Basile. Le général Lauriston fut très bien dans les différentes situations d' Almaviva. Cependant on trouvait fort à dire dans la scène du soldat et dans celle du bachelier. Il n'était tout à fait bien que lorsque le grand d'Espagne reparaissait sous le manleau du bachelier. M. Didelot fut excellent dans le Figaro.
Et puis, ce qu'il y eut de remarquable et ce qui fait toujours le désespoir des directeurs de théâtre de société, ce fut l'ensemble parfait pendant toute la durée de la pièce. Les rôles étaient bien appris, tout allait bien. Je répète que je n'ai jamais vu représenter le Barbier de Séville de manière à me faire autant de plaisir que j'en ai éprouvé ce soir- là.
Mmc Murât joua quelquefois sur le théâtre de la Malm aison. Elle était bien jolie. Ses bras et ses mains étaient ravissanls, sa poitrine étineelait de blancheur sous le velours noirs d'une jean-
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nette àcœur d'or. Mais il y avaitUn malheureux accentqui était funeste surtout dans les rôles qu'elle choisissait. Né m noins, comme elle était la sœur du premier consul, tout cela passait, taudis que M",e Louis Bonaparte n'eùt-elle été que la fem.mj (i'ua aide de camp de Caide de camp du pr maier c m ml, auraii toujours été applaudie pour l'a perfection de son jeu.
Gela me rappelle une histoire qui m'est arrivée un peu par le fait de M"10 Mural, ou du moins par son pui d'habitu 1 i de la scène.
Il existait une sorte de rivalité entre la Malmaison -l X-iiillv. Lucien jouait fort souvent la tragédie et la comédie avec - 1 aînée, Mm9 Baciocchi. Les Folies amoureuses de Regnard nous donnèrent envie de lutter. O.i monta la pièce. Mne Louis d faire Agathe, moi Lisette, M. deBourrienne Albert, Eugène Eraste et M. Didelot Crispin. De cette minière, la pièce était, je crois, montée de façon à bien marcher. Mais le diable vint à la traverse. Mme Louis, toujours douce et bonne, sur une simple demande, renversa l'ordre du semainier. M"1'' Murât lit Lisette ; je fus chargée du rôle d'Agathe, que je n'aimais pas, qui n'était hulltement dans m !3 attributions, et, pour combler la mesure, Eugène ne put faire le rôle d'Erast". Je ne me rappelle pas pour quel motif. On ne l'apprit que l'avant-veille de la représentation et Junot fut oblig ; d'apprendre le rôle tout entier et de le jouer, n'ayant répété qu'une fois. Mais tout cela n'était rien en comparaison de ce qui devait suivre.
Pour avoir une juste idée de la terreur — c'est le mit — qui devait s'emparer de nous autres comédiens ordinaires de la Malmaison, le jour de nos représentation-, qui était ordinairement un mercredi, c'est que presque toujours le premier consul taisait invijter ce mémo jour quarante personnes à dîner et cent cinquante à venir passer la soirée, et conséquemment nous écouter, nous juger et nous draper sans pitié. Les consuls, les ministres, le corps diplomatique, des conseillers d'Etat, des sénateurs, leurs femmes et tout ce qui composait alors la maison militaire du premier consul formaient notre auditoire. Ce n'était pas mal imposant, comme on voit. Mais le plus terrible épouvantait, c'était le premier consul lui-même. Il était là dans sa Loge, imm ïdiatement à oôté de nous, et ses yeux nous suivaient en accompagnant leur course d'un sourire plus ou moins malin, dont la justesse, au reste, était fort à redouter.
Le jour de la représentation des Folies amoureuses, Dugazon m ?
dit le matin, après nravoir entendu répéter avec Bourrienne, qui faisait Albert admirablement bien :
— Allons ! mon élève, du courage, et vous sauvez l'Etat. A vous deux vous pouvez tout. Le Crispin est bon aussi. Quant au général, son rôle est nul... Allons! mordieu, enlevez-moi cela et vous mériterez de la patrie en déjouant la conspiration !
On sait que dans le rôle d'Agathe les costumes changent cinq à six fois. Comme il faut une grande prestesse dans les évolutions de coulisses, j'avais recommandé à Mme Murât, et Dugazon le lui avait recommandé également, de ne pas entrer en scène, en commençant le troisième acte, sans s'être informée auparavant si j'étais habillée en officier, sous mon domino noir de vieille grand'mère. Le commencement de la pièce n'avait pas mal été, sauf quelques erreurs de mémoire et un peu de froid dans le mouvement. Mais enfin la pièce marchait. Elle ne devait bientôt plus aller que d'un pied.
Soit que Lisette eût mal entendu, soit qu'elle l'eût oublié, elle entra en scène sans s'inquiéter si j'étais prête. La chose méritait pourtant attention. 11 n'y avait qu'une très courte scène entre celle où je prends l'argent d'Albert et celle où je reviens avec un habit d'officier. 11 était donc de toute nécessité que je fusse habillée sous mon grand manteau noir. Je me disposais en conséquence à mettre mes bottes, lorsque j'entends le premier vers de l'acte, et tout aussitôt je me récriai. Mais vraiment je n'étais pas au bout de mes peines ! Il faisait ce jour-là une chaleur étouffante. L'agitation, la crainte, me mettaient dans un état violent. J'étais dans une fournaise. Cela n'avançait pas les affaires, et les bottes ne voulaient pas entrer.
— Mon Dieu, disais-je en joignant les mains, tandis que ma femme de chambre me donnait des secousses à me casser la jambe, mon Dieu, ayez pitié de moi !
Et Dieu, qui ne se mêle pas des gens qui jouent la comédie, faisait, je crois , enfler mon pied et la botte de malheur n'avançait pas d'un pouce. Enfin, j'entendis la réplique précédant la mienne. Je j«'tai la botle à dix pas de moi et passant à la hâte mon domino noir, j'entrai en scène.
Mais ma pauvre tête n'y était plus du tout. Machinalement je disais mon rôle; mais toute mon attention était en ce moment à mes pieds.
— Mon Dieu, dis-jc tout bas àJunot pendant un intervalle de
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couplets, comment faire? Je ne puis pas mettre mes boit»*-.
— Hein?... quoi?... me dit-il.
Il n'avait pas entendu.
— Je ne puis pas mettre mes bottes, dis-je à Bourrienne. Mais comme je parlais très bas et très rapidement, aucun d'eux
ne m'entendait et ils ne savaient à quoi attribuer M raarronnement qui faisait une sorte de murmure de moi à oux.
Enfin je sortis de la scène, je courus à mos bottes je voulus les mettre. Bast ! impossible! Le pied s'était encore enflé, et il aurait autant valu prétendre chausser avec le colosse de Rhodes que de faire entrer ma jambe dans l'une d'elles.
Dans ce moment, Dugazon, qui rôdait dans nos coulisses et que j'avais envoyé chercher, arriva pour <Hre témoin de mon désespoir. 11 vint à moi et m'embrassa :
— Gela va bien. Mais, que diable aviez- vous donc à regarder toujours le bout de vos pieds, tout à l'heure ?
Et comme je n'avais qu'une idée fixe dans ce moment-là, je le regardai d'un air consterné en lui disant :
— Je ne puis pas mettre mes bottes.
— Vous n'avez pas vos bottes î s ecria-t-il en jurant comme un charretier embourbé, vous n'avez pas vos bottes !
Dans le même instant, le valet de chambre de mon i.iari. qui devait m 'apporter un très petit sabre que j'avais fait faire, frappa à la porte de ma loge et, passant un sabre grand comme h; damas de Mahomet, il me dit, dans son jargon allemand, que mon sabre n'était pas prêt, mais qu'il m'apportait le plus petit de ceux du ohénéral, qui; seulement il fallait prendre garde, parce qu'il coupait comme un rasoir.
— Ah! mon Dieu! en voici bien d'une autre! m'écriai-j*».
— Eh ! ne vous inquiétez pas, dit Dugazou en faisant un saut de trois pieds en l'air; tout est bien. Vous avez une redingote, donnez-vous garde de mettre des souliers noirs, gardez vos souliers blancs. Agathe est folle, ce n'est pas un déguisement. Tous ceux qui sont autour d'elle dans la pièce savent qu'un accès de folie vient de la prendre et qu'elle a endossé un habit militaire pane que sa tête n*esi plus à elle. Eh bien ? ses souliers blancs sont, restés. En vérité, mon honneur, cela n'est pas mal.
Il me poussa sur la scène, en nie disant cela, et il lit bien, car mon tour était arrivé, et jamais je n'aurais eu le courage de paraître ainsi en officie* de dragons cl en souliers blancs. Je rae
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donnais bien garde de jeter les yeux sur la loge du premier consul. Si je l'avais vu rire ou froncer le sourcil, j'étais muette. Le résultat de cette belle histoire fut que je jouai cette dernière scène comme une vraie folle. Mais tout entière à mes malheureuses bottes, j'oubliai le sabre turc et son tranchant, et lorsqu'à la iin, Agathe se met à espadonner autour des oreilles d'Albert et finit par se trouver mal, le malheureux damas entra de pointe dans mon soulier blanc et me fit au pied une entaille assez profonde dont je porte encore la marque.
Mais aussi, je le demande, vit-on jamais quelqu'un arriver sur un théâtre en habit de dragons et en souliers blancs ?
Le premier ;consul fut impitoyable, pendant plus de six mois, pour ces malheureux souliers blancs. Je crois qu'il en aurait parlé à propos de la bulle Unigenilus.
Ce fut, je me le rappelle à présent, ce môme jour, que, parlant à table du plaisir qu'on trouvait à jouer la comédie à la campagne, le premier consul dit à Cambacérès, qui semblait encore y être, « que ce n'était sûrement que par ouï-dire, car bien sûrement jamais il n'avait joué la comédie ». Cambacérès prit un air piqué et répondit d'un accent fort plaisant, avec sa figure triste et sévère :
— Et pourquoi, citoyen premier consul, ne me jugez-vous pas assez plaisant pour jouer la comédie ?
— Mais, citoyen Cambacérès, répondit Napoléon, parce qu'en effet vous n'avez pas Fair plaisant du tout.
— Eh bien ! j'ai joué très souvent la comédie, non seulement à Montpellier, mais à Béziers, chez l'une des amies de ma famille, où six mois de l'année le théâtre était en activité, et l'un des rôles dans lesquels j'avais un grand succès était celui de Renaud d'Ast.
— Comment vous chantiez ? s'écria Mme Bonaparte.
Et tout le monde se mit à rire. Mais, sans se mettre en peine de notre hilarité. Cambacérès poursuivit :
— Et comma tous les rôles me convenaient également, j'ai joué également bien le Montauciel du Déserteur.
Pour le coup, on n'y tint pas et Je rire fut universel. Mais ce n'était pas pour en sortir d'abord, que Cambacérès s'engageait dans une route plaisante et, une fois qu'il eut commencé à raconter les histoires de coulissses, les petites noirceurs, les jalousies, les intrigues de sa troupe, il n'y eut pas moyen de l'en faire sortir d'une grande demi-heure; d'autant plus que Napoléon, le coude
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appuyé sur la table, l'écoutait avec une attention qui ne m'étonnait pas, parce que je savais à quel point il portait celle qu'il nous accordait dans les mille événements qui surgissent pendant la répétition d'une pièce, li faut avoir vu le premier consul dans ses fonctions <ï imprésario , pour le connaître sous un aspect tout à fait étranger à ses portraits connu-.
— Le premier consul à la Malmaison, le premier consul àSaint- Cloud, le premier consul aux Tuileries, ni' lisait M. Fox, ce sont trois hommes formant bien toujours ce tout idéal de grand nr admirable. Mais je voudrais savoir peindre, poursuivait-il, pour faire son portrait dans ces trois différents endroits, parce qu<' j'aurais trois visages ressemblant au même homme avec trois physionomies.
Et l'homme d'État avait raison. Je l'avais remarqué avant lui et je fus heureuse que cette nuance forte et sensible se fut la apercevoir à l'homme que j'appréciais 1»- plus en Angleterre, à celle époque. Moi aussi, dans ce temps, j'avais pour notre sauveur cette admiration profonde qui tenait du fanatisme. J'aurais voulu voir le monde à ses pieds, et l'Angleterre me semblait lui prêter hommage dans une aimable parole de M. Fox. Je lui prêtais au reste bien plus de charme qu'elle n'en avait réellement. Quoi qu'il en soit, elle était vraie, et Bonaparte à la Mal maison était admirablement beau d'une immense simplicité.
Ainsi que je l'ai dit plus haut, la troupe était fort bien montre dans l'origine. Un des meilleurs acteurs surtout étail Isabey; peut-être même dirai-je le meilleur, la reine Hortense exceptée. Il cessa de faire aussi souvent partie de notre corps comique plus que dramatique, et la raison en fut obscurément expliqué.'.
Un jour le premier consul descendait de cheval. Traversant la petite galerie qui suit le salon du milieu à la Malmaison, il s'arrêta pour regarder un cahier de gravures qu'on avait déposé sur une table, au bout de la galerie du côté du parc. Ou dit qu'lsabey entra en ce moment, venant du théâtre et par la porte oppos du côté de la cour.
A cette époque, le premier consul était fort mince et portait l'uniforme des guides ou chasseurs à cheval de la garde, cet uniforme chéri, dont la vue seule fait encore aujourd'hui battre le cœur, Eugène Beauharnais, comme on le sait, était alors colonel de ce beau régiment de chasseurs à cheval.
Isabey, qui n'avait pas entendu rentrer le premier consul, voyant
au bout de la galerie un personnage petit, svelte, revêtu de l'uniforme des guides, remarquant les deux épaulettes, prend ce personnage pour Eugène avec lequel il était fort lié et se dispose à lui faire une surprise. Adroit, léger et moelleux dans ses mouvements comme un vrai chat, il avance doucement sans faire même crier le parquet sous ses pas. Puis, prenant son élan, il saute d'un seul bond sur le premier consul et retombe à cheval sur son cou. Napoléon croit que la maison s'écroule, ou que le diable est venu l'étrangler. Il se relève, se dégage avec force de son étrange collier, qu'il jette à son tour sur le carreau et présente aux regards stupéfaits d'Isabey un visage qu'il ne s'attendait certes guère à trouver.
— Que signifie cette plaisanterie? lui dit-il d'un ton sévère.
— Je croyais que c'était Eugène, balbutia le bon jeune homme.
— Et quand c'eût été Eugène, répliqua le premier consul, fallait-il lui briser les épaules?
Et il sortit de la galerie.
Le bruit de cette histoire courut bientôt le monde, quelque soin qu'on prît de la cacher. Le premier consul avait trop le tact des convenances pour ne pas comprendre qu'il était le plaisant de l'aventure et qu'elle devait faire rire tous ceux qui l'apprendraient. Isabey le comprenait de son coté encore bien davantage, et tous deux auraient voulu en garder le silence. Mais soit que l'un, dans le premier moment de sa frayeur, ait été conter la chose à Eugène lui-même, soit que le premier consul ait dit dans son mécontentement quelques mots à Mme Bonaparte, l'affaire fut ébruitée.
Je sais bien que, peu de temps après, on dit que ce n'était pas vrai. En tous cas, si elle fut cause du départ d'Isabey et de son retranchement de notre troupe, je dirai que c'était une injustice et une injustice sans résultat, car bien certainement il faudrait être descendu en droite ligne et sans aucune mésalliance de Timon ou d'Heraclite pour ne pas rire à la pensée d'Isabey escaladant ainsi le premier consul.
J'avais beaucoup d'amitié pour le consul Gambacérès. Je la lui ai conservée lorsqu'il devint archichancelier de l'empire et cette amitié a résisté, à l'absence, à l'éloignement et il l'a retrouvée de même lorsqu'il vint me voir à son retour de Hollande. Mais je ne puis m'empêcher de dire que sa maison avait le pouvoir de frapper d'une sorte de léthargie, provoquée- par un air tout imprégné d'ennui que l'on respirait ausitôt que l'on mettait le pied sur le
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perron de l'hôtel. Il était impossible cependant d'être plus poli, plus prévenant envers toutes les personnes qui allaient chez lui. Cette prévenance dans l'accueil se rencontrait, comme cela se voit toujours, jusque dans le suisse de la porte qui montre un bon visage au nez des chevaux, parce que le maître est poli et gracieux envers ses convives Je dois mieux qu'une autre parler de cette bienveillance générale de la maison du second consul.
Eh bien, malgré cela, c'était l'ennui le plus profond, une sorte de sommeil s'emparait de nos yeux, comme si Ton fût entré dans le palais de Morphée. Au surplus, Cambacérès n'était pas exigeant. A peine le café était-il pris qu'il vous voyait sans peine vous glisser derrière les groupes serrés de juges, de suppléants, de greffiers, d'employés à tous les parquets de la France, qui se seraient crus bien plus dignes d'être pendus que ceux qu'ils jugeaient tous les jours s'ils avaient manqué un samedi ou un mardi de faire leur révérence au second consul.
Que de figures originales ont passé devant mes yeux ! Que de mécomptes j'ai éprouvés! Quelquefois j'entendais annoncer un nom bien fameux dans nos annales révolutionnaires. Je l'examinais. Je trouvais d'abord un cxt -rieur repoussant. J'ai été souvent pendant tout le temps du dîner à côté du munie personnage, et ce temps n'était jamais court chez Cambacérès. Je causais avec ce monsieur, je Fécoutais parler et je demeurais stupéfaite en trouvant une nullité complète dans l'énonciation de la plus simple des choses. Cela me surprit.
— Je dois me tromper, dis-jeà Cambacérès on jour, après avoir exécuté pendant une demi-heure plus de balourdises qu'un homme n'en peut dire.
— Pas du tout, me répondit-il. La réputation de cet homme a été faite par le hasard. Il s'est trouvé à côté de l'occasion et, par une sorte d'instinct, il l'a prise aux cheveux. Mais à présent il n'est plus bon qu'à être greflier dans une justice de paix, ei cependant il a de hautes prétentions, il veut être préfet. Ce moment est un de ceux qui nous donnent le plus de mal, ajouta-t-il. Nous passons nu crible.
— Eh bien, lui dis-je après avoir regardé attentivement cet homme, voilà un ennemi pour le gouvernement consulaire ! Il est sot et il a l'air méchant. C'est un caractère à rancune.
Cambacérès prit son lorgnon — il n'v voyait pas à quatre pa — et se mit à rire après avoir considéré mon monsieur.
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— Vous avez raison, m^ dit-il.
Cet homme a figuré dans la conspiration de George deux ans plus tard.
C'était un homm? remarquable comme jurisconsulte, ainsi que tout le monde sait ; mais ce qui est moins connu, c'est qu'il était d'une rare amabilité. Il contait avec grâce et mettait dans sa narration un tour neuf et gracieux qu'on ne s'attendait guère à trouver dans les phrases sortant d'une bouche de pain d'épices comme la figure à laquelle elle appartenait. Gambacérès était un homme aimable enfin. On a beaucoup parlé de sa conduite pendant la Révolution. Je ne chercherai pas à l'excuser. Je n'aime pas les années sanguinaires auxquelles se rattache son nom. Je hais même tout ce qui peut les rappeler, mais je voudrais, quelque difficile que cela soit, que Cambacérès pût être justifié du reproche que peuvent mériter les hommes de cette époque. Napoléon n'aimait pas non plus 93 et j'ai entendu son opinion à cet égard, relativement à Cambacérès et à son fameux vote. Napoléon l'excusait en disant que la condamnation du roi une fois prononcée, l'intérêt de la France et surtout de Paris, était que la sentence fût exécutée aussitôt. Il était fortement contre la sentence par exemple, et cela bien avant qu'il eût la moindre pensée que sa cause à lui-même serait un jour celle des souverains. Et jamais je ne l'ai entendu prononcer le nom de Louis XVI sans qu'il y joignit l'épithète de malheureux roi ! Il disait seulement, je le répète qu'une fois la chose faite, c'est-à-dire la condamnation prononcée, le salut de la France dépendait de la conclusion de ce terrible drame. Mais il était contre cette même résolution « prise, disait-il, injustement envers un homme qui n'était coupable que du crime des autres ». Je transmets ici son opinion, parce que je pense que sur une matière aussi grave et qui tient d'aussi près à ses destinées, puisqu'elle influe encore sur celles de la France aujourd'hui mjme. après trente-huit an< d'intervalle, elle doit être pour nous d'un intérêt qu'il est difficile de décliner.
Mais tout en respectant beaucoup les opinions générales de Napoléon, parce que son vaste génie m'impose l'admiration et la docilité lorsqu'il s'agit de décider sur des sujets à une portée à laquelle ma faible vue ne peut atteindre, je me réserve le droit d'être moi-même dans des circonstances où mon cœur, mon âme servent de fanal à mon jugement. Ainsi donc il m'est impossible de partager son opinion lorsqu'il parle de la nécessité d'accélérer un évé-
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nement déjà bien malheureux. Je laisse de côté toutes les considérations politiques, je n'en veux voir aucune. Oue des hommes égarés par un fanatisme pur, un amour de la sainte liberté, aient été entraînés, comme Valazé, Vergniaud. fonfrède, à donner leur voix dans le jugement de Louis XVI, ils étaient jeunes, enthousiastes, ils rêvaient une utopie et croyaient \ arriver par un sacrifice, un holocauste dont ils gémissaient en l'offrant. Mais que d'autres, plus sérieux dans l'emploi de la vie, abusent du droit que Dieu leur adonné d'exercer leur pouvoir d'homme pour rendre irréparable la perte d'un infortuné, voilà ce qui me trouve sévère, voilà ce qui me trouble et m'afflige, car il m'est impossible de séparer cette pensée du jugement que je porte sur un homme que j'aime et dans lequel mon uni sans prévention a reconnu de grandes et belles qualités. Pourquoi lesa-t-il ternies par une seule heure de sa vie? On dit qu'il a eu de cruels remords. Oui, je le crois. Je crois que, dans la solitude silencieuse de ses nuits, il devait frémir lorsque trois coups venaient à sonner près de son lit ! Ils lui rappelaient cette veillée sinistre où, s'élançant à la tribune, il asséna le coup sur la tète de la victime en demandant l'exécution du décret de mort dans les vingt-quatre heures.
Sa figure était extraordinairement laide. Elle avait une expression unique dans son genre. Mais ce qui était plus original, c'est-à-dire moins connu — car le mot original ne lui va pas, il donne l'idée d'une chose piquante, et ce n'est pas cela; c'est plutôt une chose habituelle à l'œil — je veux parler de son ensemble général. Cette démarche lente, régulière, cette parole accentuée par cadeni e, quoique méridionale, tout jusqu'au regard mettant trois fois le temps des autres pour arriver au même but, tout allait admirablement avec sa longue ligure dans laquelle se trouvait un long nez, un long menton, et puis cette peau jaune sans nulle appari qu'il y eut circulation d'une matière tant soit peu rouge sous son tissu cellulaire. Il existait ensuite autour de Cambacérès une conformité avec lui-même, dont certainement il esta croire que jamais il ne s'est occupé, mais qui ajc niait d'une manière fantastique à l'effet qu'il produisait. C'était la coupe et la couleur de son habit, la forme de sa perruque, ses manchettes, dans un temps <.ù cela était tellement inusité, ainsi qu'un jabot, qu'il fallut en donner fort au long explication à la jolie M"f de V... le jou elle 1 li ï fut présentée. C'était sa maison, ses salons rempli- de gens qu'on ne rencontrait jamais que là. C'était sa personne elle-
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même, se promenant gravement dans les galeries du Palais-Royal, qui alors était le palais Égalité et, par cette raison, recevait sous ses arcades toutes les personnes joyeuses ou tristes qui voulaient bien y venir. C'était, lui, Cambacérès, le second consul, ayant l'habit brodé, la manchette, la culotte courte, les bas de soie, le soulier ciré au verni anglais, fermé de la boucle d'or, le chef couvert d'une perruque à queue et recouvert d'un chapeau à trois cornes, bien planté, bien établi et narguant de là les titus et les petits chapeaux des incroyables.
Le premier consul avait quelquefois de l'humeur de ce qui lui revenait à l'égard de Cambacérès. Je l'ai vu même une fois en colère en écoutant la traduction d'un passage des journaux anglais. On ridiculisait le second consul et, du second au premier la distance n'étant pas longue, le journaliste ennemi ne l'avait pas regardée comme obstacle. Le premier consul frappa du pied et dit à Joséphine :
— Il faut te mêler de cela, entends-tu? Il n'y a qu'une femme qui puisse dire à un homme qu'il est ridicule. Si je m'en mêle, je lui dirai, moi, qu'il est fou.
Je ne sais si Mmo Bonaparte a réussi à bien dire au consul Cambérès qu'il était ridicule. Mais ce que je sais, c'est que, tout en étant toujours un homme fort distingué par son savoir, sa politesse et ses dîners, il est toujours demeuré ce qui fâchait si fort le premier consul.
Il venait d'arriver à Paris un Portugais nommé don Alexandre de Souza, qui allait en ambassade à Rome ou bien qui en venait. Je ne me rappelle pas bien cette partie de sa position politique. Il me souvient bien mieux de celle dans laquelle je l'ai vu.
M. de Souza dînait un samedi chez le consul Cambacérès, et le général Mortier et Duroc y dînaient ainsi que nous. M. de Souza portait un magnifique habit de drap deSégovie brodé en or dans une perfection que nous ne pouvons atteindre en France. Un jabot de line batiste sortait d'une manière imperceptible par le haut de l'habit, à la mode anglaise et sur sa tête on voyait une perruque faite à la Pitt, pour bien mettre en principe que le Portugal était non seulement le très humble serviteur de l'Angleterre, mais encore qu'il serait bien fâché de ne pas être servilement celui du ministre.
M. de Souza était assis à table à côté de moi et de Mme Jolivet, femme d'un conseiller d'État. L'étranger voyageur, malgré toutes
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les politesses dont il était comblé, ne se livrait pas le moins du monde. Il était phlegmatique par raisonnement dans la maison où il se trouvait. L'ennui qu'il paraissait éprouver sur cette terre républicaine se communiquait autour de lui sans faire néammoins participer à sa nature. J'étoufl'ais des bâillements en répondant à quelques questions assez ridicules et j'étais bien loin de me douter que le dîner se terminerait plus gaiement lorsqu'un incident que Cambacérès n'avait, certes, pas mis sur le menu de son maître d'hôtel, changea la tournure que prenaient les choses. Il était temps, car avec le gourmage bonhomme du second consul, d'un côté, et le gourmage courtisan de M. de Souza de l'autre, c'était pour tourner à la mort.
Le consul Cambacérès avait depuis longtemps mis sa maison sur un pied respectable de représentation. Ses domestiques avaient tous la grande livrée des consuls et les maîtres d'hôtel avaient eu dans le commencement des habits noirs habillés, connue les valets de chambre et les huissiers. .Mais depuis quelque temps Cambacérès avait augmenté de magnificence et ses maître d'hôtel portaient un habit de drap marron avec des boutons guillochés en or. Cette remarque est de rigueur pour l'intelligence de ce qui suit.
11 y avait toujours deux services chez le second consul, et comme chaque service se composait de dix-huit ou vingt entrées ou entremets, on conçoit que le bras du maître d'hôtel passait et repassait bien des fois entre chaque convive pour enlever les plats. Lorsqu'il arrivait à Junot, à Duroc ou bien au général Mortier, par exemple, il passait entre eux et non par-de-sus. Mais M. de Souza était tellement petit, qu'on ne pensait seulement pas qu'il se trouvât là. Le premier serviceful enlevé >ans événement mais 1 entremet fut plus orageux. En passant au-dessus du l'orti: -. \ officier de bouche rase d'un peu trop près la tête de l'être. l'un des boutons guillochés du parement de son habit, qui se trouvait défait, accroche la perruque de L'ambassadeur dans le toupet à la Pitt et, ramenant le couvre-chef, avec un gros n qu'il avait été chercher, le maître d'hôtel laisse M. de Souxa comme un enfant de choeur de cinquante ans.
11 est Impossible de rendre le changement subit de la physionomie de cette petite figure sèche et morose, devinant tout à coup eft'arée, anxieuse et. par conséquent, tout à fait bouffonne, le coup de théâtre fut rapide, mais il eut un effet complet. Cependant tout
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le monde se serait encore assez décemment comporté, si M. de Souza s'était levé de table pour aller remettre tranquillement son gazon dans la pièce voisine ; mais au lieu de suivre sa perruque dans son ascension, il se mit à regarder où elle pouvait être et ce qu'elle était devenue; pour y parvenir il regardait en l'air, et, s il faut dire la vérité, la perruque avait été comme tirée par un hameçon; personne n'avait vu comment elle avait ainsi changé de place et ce ne fut qu'après avoir fait quelques pas que le maitre d'hôtel lui-même s'aperçut de son larcin involontaire. Pendant le court espace de temps employé par M. de Souza à chercher en l'air du côté du lustre, comme si la perruque avait pris son vol, les yeux de trente personnes qui n'avaient aucune raison pour être bienveillants, s'attachèrent sur cette figure effarouchée et finirent par lui donner un embarras qui acheva de le rendre burlesque. Il voulait être digne dans son infortune et crut imposer probablement beaucoup, en disant au maitre d'hôtel qui venait en toute hâte s'excuser.
— Monsieur, voulez-vous me rendre ma perruque!
Et il se mit en devoir de la replacer. Mais le trouble où il était, quoiqu'il fit le brave, l'empêcha de bien juger de la place qu'il fallait donner à la huppe à la Pitt, et voilà la perruque remise à la grâce de Dieu et pour mon éternelle joie tout à fait de travers, de manière que la huppe se trouvait juste à l'oreille droite. J'avais évité de regarder mon mari et surtout le général Mortier, j'étais sûre d'éclater. Mais enfin, il fallait ou mourir ou rire, c'était un vrai supplice. 11 parait que ce besoin dominait tous les convives, car aussitôt que l'éclat que je contenais à grand'peine fit enfin explosion, un rire fou, inextinguible, partit de tous les coins de la table. Mais celui qui était au-dessus de tous les autres fut le général Mortier. Enfin cela vint au point qu'il fut obligé de se lever de table. Junot le suivit et j'avoue que ce ne fut qu'avec le secours de toute ma raison que je pus modérer cette joie folle produite par la vue extraordinaire de M. de Souza. Enfin sa voisine, Mmo Jolivet, avec cette autre figure que nous lui avons tous connue et qui n'avait nul besoin de n'avoir pas de perruque pour être extraordinaire, lui dit avec une expression encore plus maussade que de coutume, parce qu'elle avait de l'humeur de l'incivilité de son voisin qui ne lui avait pas adressé une seule parole depuis qu'il l'avait conduite à table :
— Monsieur, votre perruque est de travers.
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Et tout en lui disant cela d'un ton bourru, pour L'obliger elle porta la main à la tète du petit homme, qui fi) un bond qui faillit me jeter à, terre.
Toute cette petite scène est longue à de'crire et tout s'est passé en deux minutes. Pendant ce temps-là le second consul, dont la vue était presque celle d'un quinze-vingts, n'avait pas pu juger de la bouffonnerie de la chose. Il se contentait de lorgner très attentivement. Seulement, lorsqu'il sut ce que c'était, il fit des excuses >ans nombre àM. de Souza, que j'entendais souffler de colère comme un requin, tout en s'inclinant pour répondre que ce n'était rien. Mais la malheureuse perruque était toujours de tra malgré les soins officieux de M"19 Jolivet, et les révérences de M. de Souza n'en étaient que plus bouffonnes. Mais c'était surtout son sérieux qui augmentait le comique et diminuait la dignité «lu caractère d'étranger que nous aurions respectée s'il a va il seulement voulu rire un moment avec nous. Il ne nous plaît pae d'être narguét, mais faire foin de notre gaieté, oh! nous ne le pardonnons pas, c'est un crime !
Puisque j'ai parlé du général Mortier, il faut que j'achève de tracer un portrait ami. Le général Edouard Mortier, à l'époque où je l'ai connu, en 1800, avait l'âge de tous les officiers généraux de l'armée. Cet âge, à peu d'années près, était le même pour tous, et cela est tout simple, parce que la même époque vit partir de leurs foyers et entrer au service les jeunes gens qu'embrasaient l'amour de la patrie et le désir de la défendre.
Il logeait dans un grand hôtel, rue des Capucines, avec sa femme, sa belle-sœur et toute une jeune famille intéressante. Il y avait dans la même maison Mme César Berthier dont le mari était sous les ordres du général Mortier.
Le général César Derlier, frère du ministre de la guerre, pouvait être un fort bon militaire, un bon sabreur, je ne nie mêle pas de ces jugements-là. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il avait une fort gentille et fort aimable femme qu'il rendait malheureuse avec si peu de mystère, que j'en parle ici tout aus>i naturellement que lui-même en parlait devant moi, qu'il connaissait à peine. M""' César Beftier ('tait sieur de Mme Léopold Bertier.
Les deux frères étaient différents dans leurs manière-. Léopold avait plus d'aménité dans le langage et plus d'intention de plaire que César. Il ne parait pas cependant qu'il ait eu beaucoup de pouvoir sur le cour de M"u> Léopold, car elle divorça avec lui pour
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épouser le général Lasalle, le plus amusant comme le plus brave des hussards mauvais sujets. Léopold avait de l'esprit, César en avait peu et la bredouillerie, la brusquerie de sa parole altéraient encore ce qu'il en avait.
La réputation militaire du général Mortier n'a nullement besoin de ma plume pour que son lustre soit dans toute sa pureté. L'estime que j'ai pour lui me fut d'abord inspirée par mon mari. Junot portait une haute considération au général Mortier. Il tenait en grande estime et son caractère civil et ses talents militaires. Sa probité et son honneur s'alliaient avec ses autres qualités. Quelquefois Junot qui était rétif au frein et ne savait obéir qu'à un seul homme, se trouvait en discussion avec son chef. Cela le désolait. Souvent, je le voyais repentant après avoir écrit une lettre et, avec la noble franchise de s.on caractère, la désavouer le moment d'après. Eh bien, j'ai été constamment témoin delà bienveillance de caractère du général Mortier. Quoique jeune, il l'était moins que Junot et cette légère différence l'autorisait seulement à lui faire en riant quelques remontrances fraternelles et à lui épargner auprès du premier consul quelques désagréments provoqués par sa tète chaude et grandement accrédité par des hommes comme Bourrienne, Fouché et quelques autres, qui, parleur position près du premier consul, arrivaient directement à son oreille pour nuire à tous ceux qu'il aimait. Le général Mortier pouvait beaucoup par sa place et jamais il n'a été nuisible à qui que ce tut.