VI
gard, jeté furtivement en arrière, brillait d'un doux éclat quand il rencontrait un autre regard. Au bouquet de fleurs d'oranger attaché à sa ceinture et au voile blanc qui couvrait son front, on reconnaissait dans cette jeune fille une fiancée désormais liée par un serment solennel à un homme bien aimé. Derrière ces deux personnages, marchaient, fraternellement appuyés l'un sur l'autre, deux jeunes gens pleins de vigueur et de cette beauté mâle et franche dont l'aspect frapp esi souvent les regards parmi les habitans des montagnes. L'un d'eux portait à sa boutonnière un bouquet orné de longs rubans blancs : celui-là était l'heureux époux, l'autre était le frère de la charmante jeune fille. Venaient ensuite quelques autres jeunes gens en habits de fête, des vieillards et des femmes appartenant sans doute aux deux familles.
La vue de la joie qui brillait sur toutes ces physionomies resserra encore davantage le cœur de Rodolphe.
—Vois, dit-il àLeonora,voici des paysans
dont l'esprit n'a jamais été exalté par d'orgueilleuses espérances , dont la conscience n'est point chargée de crimes ; vois comme ils
sont heureux! Oh! ce bonheur rend ma
misère plus lourde encore.
En ce moment , la noce passa devant le chemin que suivait Rodolphe, et, en apercevant le proscrit, le vieillard se découvrit pour le saluer, la mariée Gt une révérence , et les jeunes gens s'approchèrent d'un air respectueux de Rodolphe.
— Soyez le bienvenu, monseigneur, ainsi que la noble comtesse, dit le marié; votre intendant nous avait dit que vous n'arriveriez
que demain Mais est-ce bien à monsieur
le comte de Platten que j'ai l'honneur de parler? ajouta-t-il en hésitant tout à coup.
— Non , mon ami, je ne suis pas le comte ; je suis un étranger fixé depuis peu dans la montagne.
— N'importe, s'écria alors le vieillard en revenant sur ses pas , soyez le bienvenu parmi nous. Si vous ne dédaignez pas la table d'un honnête cultivateur, et que vous