‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 3 sur 22 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Comme je ne souhaite point tromper cenx qui se voudront donner la peine de lire cette Relation, je veux bien les avertir qu'ils ne peuvent pas espérer de moi que ce soit sans quelques légères erreurs pour les dates, les temps (2) et que je serai si fidèle à leur rapporter toutes les belles actions qui se sont faites en ce lieu que je n’en obmette un très grand nombre; premièrement parceque la religion de ces personnes pieuses et qualifiées lesquelles ont peuplé cette isle au dépens de leur bourse, n'a jamais pu souffrir que rien de remarquable parût chez les libraires touchant ce qui a été fait ici, si bien que je suis contraint aujourd’hui de laisser dans un profond silence et au milieu des ténèbres ce qui mériteroit d’être exposé au plus beau jour, lorsque je n’en ai pas des témoignages authentiques; en second lieu il y a eu tant d'attaques en ce poste avancé, tant de coups donnés et reçus, les témoins y ont été tant de fois repoussés denis trente-un ans qu’on y est établi, (3) d’ailleurs il y a eu tant de faits considérables pour la piété surtout à l'égard des personnes qui soutenoient cet ouvrage, que j'aurois beat! examiner et feuilleter ls temps et les saisons, je seroïs toujours contraint d'oublier bien des choses dignes de mémoire. En troisième lieu je vous dirai que j'ai si peu de temps à moi, que je ne puis faire autre chose sinon parcourir ce petit jardin de Mars, prenant sans avoir le loisir de m’arrêter tantôt une fleur en un endroit, tantôt en un autre, pour vous former ce bouquet; que si les fleurons qui le composent se trouvent moins artistement accommodés, je ne laïisserai pas de vous le présenter volontiers, parce qu'il vous sera difiicile de l’approcher sans que vous ressentiez la suave

(2) L'ordre iles lemps.

(3) Notre auteur écrit donc de 1672 à 1673. (Note de J. Viger.)

odeur de cet Epoux des Cantiques qui s’est fait suivre dans des pays aussy éloignés par taht de personnes considérables, soit par leurs démarches du corps, soit pat les démarches de l'esprit et de l'affection, soit par les démarches de la bourse dont les largesses ne s’y sont pas fait voir avec peu de profusion et ne contribuent pas peu encore aujourd'huy aux reconnaissances et hommages qui y sont rendus au Créateur de l'univers aux pieds de ces nou /eaux autels surtout par plusieurs personnes qui n'y pourroient pas encore maintenant subsister, où du moins elles y seroient dans la dernière misère sans les douceurs charitables de la France qui les aide de temps en temps à faire leurs pénitences avec moins d’inquiétude en ce grand éloignement dans lequel elles se trouvent de tous leurs amis, après avoir essuyé et couru de périls qu'il se verra dans la suite de cette histoire, à laquelle les choses qui se sont passées depuis l’an 1640 jusqu'à l'an 1641 au départ des vaisseaux de Canadas en France serviront d’un forte belle et riche entrée, ensuite nous marquerons toutes les autres années à la tête des chapitres, comptant notre année historique depuis le départ des vaisseaux du Canada pour la France dansune année jusqu’au départ d’un vaisseau du même lieu pour la France dans l'an suivant: ce que nous faisons de la sorte parceque toutes les nouvelles de ce pays sont contenues chaque année en ce qui se fait ici depuis le départ des navires d’une année à l’autre et en ce qu'on reçoit de France par les vaisseaux qui en viennent; et comme nous puisons dans ces deux sources ce que nous mandons tous les ans à nos amis j'ai cru que l’ordre naturel voulait que je cottasse ainsy mes chapitres pout une plus sure division de cette histoire.

HISTOIRE DU MONTRÉAL

Depuis l’an de Notre Seigneur 1640 jusqu’ à l'an 1641 au départ des vaisseaux de Canadas en France.

La main du Tout-puissant qui se découvre ici tous les jours en ses ouvrages voulut, l'an quarantième de ce siècle, se donner singulièrement à connoître par celui du Montréal dont elle forma les desseins dans l'esprit de plusieurs d’une manière qui faisoit dans le même temps voir en Dieu une bonté très grande pour ce pays, auquel elle voulut lors donner ce poste comme le bouclier et le boulevart de sa défense, une sagesse non pareille pour la réussite de ce qu'elle y voulut entreprendre, n’obmettant rien de ce que la prudence la plus politique eût pu acquérir (1) ; une puissance prodigieuse et surprenante pour l’exécution de cette affaire faisant de merveilleuses choses en sa considération : tous les anciens habitans de la Nouvelle-France savent assez combien il leur a vallu d’avoir ce lieu avancé vers la rive ennemie (2) pour les amuser et retenir dans leurs terribles descentes ; Ils n’ignorent pas que très souvent cette côte (3) a servi de digue aux Iroquois pour arrêter leur furie et impétuosité se dégoutant de passer plus outre, lorsqu'ils se voyoient si vigoureusement reçus dans les attaques qu'ils y faisoient, et la suite de cette histoire fera tellement toucher au doigt combien le Canada lui est

(1) Requérir.

(2) Leurs ennemis.

(3) 1sle. :

obligé de sa conservation, que ceux qui sauront par leurs propres expériences la sincérité et vérité de ce discours, béniront en le lisant mille fois le cie. d’avoir été assez bon pour prendre et concevoir le dess’in d’un ouvrage qui lui est si avantageux : que si la bont de Dieu a paru visiblement eu cette entreprise, sa sagesse st toute puissance n’y ont pas brillé avec moins d'éclat, étant vrai qu'il est impossible de repasser en son esprit toutes les choses qui se firent dans l’année dont nous parlons, sur le sujet de Montréal, sans admirer partout ces deux perfections divines qui concouroient tellement l’une avec l’autre au dessein duquel nous traitons, qu’il paraissoit clairement que cet ouvrage n’appartenoit pont aux hommes mais seulement à la sagesse et au pouvoir infini d'un Dieu meu par sa seule bonté à en agir de la sorte ; mais voyons un peu comme ces deux attributs divins de la sagesse et de la puissance s’assistèrent l’un l’autre afin d’enfanter et de mettre au jour cet ouvrage : La providence de Dieu voulant rendre cette isle assez forte pour être la frontière du pays, et voulant du reste la rendre assez peuplée pour y faire retentir les louanges de son créateur lequel y avait été jusqu'alors inconnu, il falloit qu'elle jettàt les yeux sur plusieurs personnes puissantes et pieuses afin d'en faire une compagnie qui entreprit la chose, par ce que la dépense devant être grande, elle eût été excessive si plusieurs personnes puissantes et de qualité ne se fussent réunies pour cet effet, et l'union n’auroit pas longtemps duré si elle n’avoit été entre des personnes pieuses détachées du siècle et entièrement dans les intérêts de Notre Seigneur, d'autant que cette association se devant faire sans espoir de profit et en ayant encore même aujourd'huy fort peu à espérer d'ici à plusieurs années en ce lieu, elle se seroit bientôt détruite si elle avoit été intéressée, quand elle n’auroit

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