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mais qu’elle eut seulement de ses nouvelles, par lesquelles il lui mandoit qu’il espéroit de revenir l’an suivant avec plus de 100 hommes, qu’il avoit vu adroitement la bonne fondatrice sans faire semblant de rien, qu'il lui avoit fait connoitre l’état des choses, qu'il y avoit sujet d'en espérer encore beaucoup, qu'elle ne manquât pas de lui écrire sans lui donner à connoïtre quelle elle étoit (1). Cette lettre consola beaucoup Melle. Mance dans ce pénible retardement de notre très cher gouverneur, car par elle on voyoit tout se disposer pour son retour l’an suivant, ce qui lui étoit fort incertain auparavant, d'autant que M.de Maison-neufve lui avoit dit et à M. Desmusseaux auquel il avoit laissé ses ordres en tous évenements : “ Je tâcherai d'amener 200 hommes, ils nous seroient bien nécessaires pour défendre ce lieu ; que si je n’en ai pas du moins cent, je ne reviendrai point et il faudra tout abandonner, car aussi bien la place ne seroit pas tenable.” Melle. Mance ayant eu ces nouvelles et ayant donné ordre aux affaires de France vint promptement au Montreal, afin de lui faire part de ce qu’elle avoit appris et Le soulager dans cette fâcheuse année qu'il fallait encore passer en l'absence de son cher gouverneur.
(1) lisible.
Note. Les registres de la Paroisse constatent que les Sauvages tuèrent Antoine Roos le 26 mai 1652, A. David, le 16 septembreet Etienne Thibault, le 14 octobre même année. (Note de J. V.)
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HISTOIRE DU MONTREAL
De lautonne 165? jusqu'à l'automne de 1653, au départ des vaisseiux du Cinadas,
Le 14 octobre de cette année il se fit ici une très belle action de la manière que je vais dire. On sut par l’aboiement des chiens qu’il y avoit des ennemis en embuscades du côté qu'ils regardoient. M. le Major qui étoit toujours sur pied en toutes les occasions, eut l'honneur d’avoir cette découverte à faire. Il y alla avec 24 hommes et marcha droit vers le lieu où il étoit question, mais pour y aller avec prudence il détacha le sieur de la Lalochetière, Bastom (1) et un autre dont je ne sais pas le nom, trois braves soldats qui marchoïent devant à la portée du fusil, il donna ordre à ces trois détachés de n'’aller que jusqu’à un certain lieu qu’il désigna. Lalochetière emporté par son courage passa un peu plus outre pour découvrir par dessus un arbre qui étoit devant lui si les ennemis n'étoient point dans un ‘fond qui y étoit, en regardant par d°ssus cet arbre, les Iroquois qui étoient cachés au pied firent d’abord leurs huées, le tirèrent et le mirent à mort, mais non pas si soudain qu’il ne fit payer sa vie à celui qui le tua, d'autant qu'il lui rendit la pareille de son coup de fusil, —les deux autres décou-
(1) L'éditeur de M. Belmont écrit Postom et Lagachetière (seroit-ce pour Lagochetière ou Lagauchetière ce nom descendu jusqu'à nous ?). Il dit aussi que ce dernier fut tué, cependant son nom n'est pas porté aux registres de la Paroisse, On n'y trouve que celui de Etienne Thibault. {Note de J. V.)
M. Faillon, dans son histoire de la Colonie Française en Canada, met Baston ou Basloin, et Etienne Thibault dit la Lalochetière.
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vreurs voulant se retirer eurent une salve qui fut furieuse dont Dieu les garantit. Le Major mit d’abord ses gens en état, on tint ferme quelque temps, mais il auroit expérimenté un moins heureux combat ayant affaire à tant d’ennemis sans que M. Prud’homme ancien habitant d'ici l’appela d’une chétive maisonnette où il étoit, lui criant de se retirer bien vite d'autant qu’on l’environnoit, il n’eut pas plustôt oui la parole et tourné la tête qu'il vit les Iroquois quasi tout autour de la maisonnette et de lui, ce qui lui fit commander à ses gens de forcer ces barbares et d'entrer dedans à quelque prix que ce fut, ce qui fut dit fut vigoureusement exécuté : incontinent qu'on fut dedans on fit des meurtrières et chacun commença à faire grand feu, hormis un lâche qui saisi de frayeur, se coucha tout plat sans que les menaces ni les coups le pussent faire lever ; il fallut donc laisser ce mort tout en vie qu’il étoit et songer à se bien battre, car les Iroquois joignoient la maison de toutes parts et tiroient si rudement que les balles passoient en travers de cette chétive maisonnette qui étoit si peu solide qu'après l'avoir percée elle perça un de nos plus beaux soldats qui est nommé Lavwiolette et le mit hors de combat, ce qui nous fit une grande perte pour cette occasion, d'autant que cet homme a toujours paru ici pour un des plus intrépides et vigoureux, ce qui a fait qu’on lui a donné plusieurs fois des commandements dont il s’est fort bien acquitté :—Enfin, nonobstant ce malheur, il ne fallut pas laisser de se battre et de faire de son mieux, ce qui nous réussit très bien et se passa de la sorte. Nos meurtrières étant faites et ayant moyen de répondre aux ennemis nous commençames à avoir notre tour et dans les premières décharges nous en jettâimes une belle quantité par terre, ce qui les embarrassa fort surtout à cause que ne voulant pas abandonner leurs
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morts ils ne savoient aussi comment les enlever, d’autant que chacun qui en approchoit ne manquoit pas à le payer de quelques coups de fusil : ce tintamarre dura tant que nous eûmes de la poudre, mais les munitions manquant cela inquiéta fort notre major qui en témoigna quelque chose au sieur Baston qu’il savoit bon coureur ; comme il avoit beaucoup de courage c’en fut assez pour le faire s'offrir d’en aller chercher, alors M. Closse tout joyeux, le mit en état de partir avec tous les témoignages d'amitié possible ; après on lui ouvrit la porteet on favorisa sa sortie par les redoublemens des décharges ordinaires en ces occasions, enfin malgré eux il arriva au château d’où il revint bien amonitionné avec 8 ou 10 hommes, qui étoit tout ce qu’on pouvoit lui fournir, conduisant à couvert deux petites pièces de campagne chargées à cartouches, à la faveur d’un rideau (1) qui passe depuis le château jusque vis-à-vis la maison attaquée ; quand il fut plus proche qu'il pouvoit aller à couvert, tout d’un coup il parut sur le rideau avec ses deux canons qu’il tira sur les Iroquois ; M. Closse qui l’attendoit sortit tout aussitôt avec son monde pour favoriser son entrée, dont le régal fut un redoublement de coups de fusil afin de faire connoître aux Iroquois si cette poudre nouvelle valoit bien la précédente, mais comme ils virent que l’on en étoit moins chiche qu'avant l’arrivée de Baston, ils jugèrent qu'ils falloit mieux se retirer que d’user plus amplement de nos libéralités ; il est vraique comme ils étoient au pied de la maison, cette retraite étoit un peu difficile, aussi en s’enfuyant reçurent-ils bien des coups. On ne sait pas au vrai le nombre de leurs morts, quoiqu’ils en aient beaucoup perdu en cette
(1) Terme de guerre ; petite élévation de terre qui a quelque étendue en longueur et derrière laquelle ont peut se cacher.
occasion, parcequ'ils les emportèrent quasi tous et qu'ils n'ont pas accoutumé de se vanter des gens qu'ils ont ainsi perdus. Il est vrai qu'ils n’ont pas pu s’en taire absolument et que exagérant les pertes des leurs ils les ont exprimées en ces termes ; ‘“ nous sommes tous morts.” Quant aux estropiés ils en ont compté le nom-: bre aux François, leur avouant qu’ils en avoient 37 des leurs parfaitement estropiés (1) ; au reste c’est une chose admirable que ces gens-là aient tant de force à porter, car encore qu'ils ne soient pas bien forts en autre chose ils ne laissent pas pourtant que de porter aussi pesant qu'un mulet, ils s’enfuient avec un mort ou un blessé comme s'ils n’avoient quasi rien, c’est pourquoi il ne faut pas s'étonner après les combats s’il se trouvent peu de personnes, puisqu'ils ont une si grande envie de les emporter. Pour ce qui regarde ce qui nous arriva dans cette occasion, je n’y remarque rien de funeste sinon la mort du brave Lalochetière et la grande blessure du pauvre Laviolette, mais il est bien à propos sur ce sujet que je dise un mot de M. Closse qui a été reconnu de tous pour un homme tout de cœur et généreux comme un lion, il étoit soigneux à faire faire l'exercice de la guerre, étoit l'ami des braves soldats et l'ennemi juré des poltrons. Tous ceux qui l'ont bien connu le regrettent et avouent qu’on a perdu en lui une des plus belles fleurs de ce jardin : que si on avoit eu le soin d'écrire tontes les belles actions qui se sont faites autrefois en ce lieu tous les ans, nous lui ferions plusieurs éloges, d’autant qu'il étoit partout, et partout il faisoit des merveilles, mais la négligence alors d'écrire m'oblige à les
(1) M. de Belmont dit au sujet de ce combat du 14 octobre 1652 : « M. ‘ Closse fut investi par 200 Iroquois..…… Les Iroquois perdirent 20 hommes ‘et plus de 50 estropiés de bras et de jambes.” (Note de J. V
laisser dans le tombeau (1), aussi bien que celles de plusieurs autres dont les faits héroïques entrepris pour Dieu et sa gloire seront tirés un jour du sépulchre par un bras moins foible que le mien et une main plus puissante que celle avec laquelle je travaille à cette histoire : on ne sauroit exprimer les secours de cet excellent major, c’est pourquoi il nous faut passer outre, pour dire que dans la suite de cette année on eut plusieurs autres attaques mais que les ennemis n’y eurent pas de grands succès, on se secouroit avec une telle vigueur qu'aussitôt qu'un coup de fusil s’entendoit en quelque lieu, aussitôt l’on y venoit à toute jambe, on couroit ici aux coups comme à un bon repas ; encore qu'ailleurs on fut moins friand de ces morceaux de quoi on eut une plaisante marque au printemps, d'autant que M. le Gouver. neur ayant envoyé une barque au Montreal, il avertit le commandant de n’approcher pas du château s’il n’y voyoit des marques qu’il y avoit encore des François ; que s’il n’en voyoit pas qu’il s’en revint, crainte que les Iroquois ayant pris le lieu ils fussent en embuscades pour les y attendre : ce qui fut dit fut fidèlement exécuté, la barque vint proche du Montreal : il est vrai qu’on ne pouvoit pas bien distinguer du château à cause des brumes ; là ayant mouillé l’ancre, nos Montrealistes qui la regardoient disputoient fortement, les uns disant que c'étoit une barque, les autres le contraire, la barque ayant resté pendant toute cette dispute enfin elle se lassa d'attendre et croyant, fermement qu'il n’y avoit plus personne à cause qu’elle ne voyoit ni n’entendoit rien, elle résolut de lever l'ancre et de partir pour retourner vers Kebec assurant qu’il n’y avoit pius de François au
(?) M. Closse n’est pas encore mort, mais il sera tué le 6 février 1662. (Note de J. V.)
Mont-royal : or la barque étant partie et le temps étant devenu serein nos françois qui jusqu'alors avoient dit qu’il n’y avoient point eu de barque dirent aux autres, —hé bien, y avoit-il une barque ? Ceux qui avoient tenu l'affirmation dirent que cela avoit bien la mine d'une barque, qu’il falloit que ce fut un fantôme ou bien quelque diablerie, ainsi se résolut la question jusqu'aux premières nouvelles de Quebecq, qui apprirent au Montreal que ce n’étoit point un prestige mais bien une véritable barque, ce qui fit un peu rire et ce qui doit aussi apprendre à un chacun qu’on estimoit ici le monde dans un tel danger d’être taillé en pièces, en ces tempslà, que toutes les fois qu’on y venoit on y étoit dans de grandes appréhensions que cela ne fut déjà fait, c’est pourquoi on n’en osoit approcher sans beaucoup de circonspection, crainte d'y rencontrer des Iroquois au lieu des compatriotes que l’on y venoit chercher ; même communément il falloit aller aux barques pour les avertir de ce qui se passoit et leur donner avis de l’état des choses, autrement on eut été en danger que sans oser approcher elles ne s’en fussent allées aussi bien que celle-là. Mais parlons d'autre chose et disons que Melle. Mance toute désireuse du retour de M. de Maison. neufve descendit à Quebecq de bonne heure cette année là, ce qui fut un coup de providence, d'autant que n'ayant pas de chaloupe pour descendre elle eut été enlevée par les Iroquois infailliblement si elle y eut été plus tard, d'autant que ces anthropophages ennemis du genre humain se resouvinrent de la réussite qu'ils avoient eue l'an dernier aux Trois-Rivières y vinrent bientôt après qu’elle fut passée rechercher ce qui avoit échappé à leur cruauté, blocquant ce lieu des Trois- Rivières avec 600 hommes ; elle auroit donné dans ce blocus et auroit été prise au passage si elle avoit tardé,
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mais heureusement elle étoit à Kebec, ou elle apprit par feu M. Duherison (1), qui étoit dans le premier navire, que M, de Maison-neufve venoit avec plus de cent hommes, ce qui lui donna une joie non pareille et même à tout le public qui étoit fort abattu de crainte ; tout le monde dans Quebec et par les côtes commença à offrir ses vœux à Dieu pour son heureuse arrivée, on le nommoit déjà le libérateur du pays, cette heureuse nouvelle venue, Melle. Mance supplia M. le gouverneur de vouloir bien donner au plustôt cet agréable avis au Montreal, il ne lui put refuser une si juste demande et pour cela il dépêcha une chaloupe, mais Dieu qui ne la vouloit pas perdre lui envoya un vent contraire qui l'empêcha d'aller jusqu’au blocus des Trois-Rivières dont on n’avoit aucune nouvelle à Kebec et dont on n’avoit rien sçu, sans qu'il fut découvert par les plus lestes du pays qu’en ce même temps coururent après le Père Poncest (2) (sic) pour le délivrer d’entre les mains des Iroquois, Or ces messieurs revenant de cette course dont il est parlé dans les relations du temps ils trouvèrent la chaloupe laquelle montoit au Montreal qu’ils avertirent de descendre au plustôt à cause de l’armée iroquoise qu'ils avoient vue devant les Trois-Rivières, ensuite de quoi ils vinrent à Quebec ou ils mirent tout le monde dans une grande consternation lorsqu'ils apprirent le péril ou étoit les Trois-Rivières, ce qui faisoit redoubler les vœux pour l'arrivée &e M. de Maison-neufve, afin d'aller dégager ces pauvres assiégés, mais si Dieu ne voulut pas lui ac-
(1) Du Herisson ; plus tard (en 1665) Juge Royal aux Trois-Rivières (Note de J. V.)
Michel Le Neut, escuyer, Sr. du Hérisson.
(2) Le Père Jésuite Jos. Ant. Poncet, j'ai son autographe. Les Iroquois se saisirent de lui vers Sillery, le 21 août 1653 ; il ne revint à Quebec que le 4 novembre amené par M. Boucher. (Note de J. V.)
corder cet honneur, il voulut se servir en ceci du Mont-
real par une voie différente : ce qui arriva de la sorte ; Il y avoit lors plusieurs Hurons au Montreal qui y faisoient la guerre aux Iroquois, à l'abri de ce fort, entr’autres il y avoit le plus brave de tous, nommé Anontaha, qui avoit fait voir un courage extraordinaire dans une action dont nous parlerons ci-après : Or ces Hurons dans leur découverte apperçurent un jour la piste des
ennemis lesquels venoient tâcher de faire quelque mé-
chant coup en ce lieu ; d’abord qu'ils eurent eu cette connoissance ils en vinrent donner avis et incontinent les Fransois et les Hurons formèrent deux partis du côté d'ou venoit l'ennemi, qui se trouva enfermé entre les deux, ou il leur fallut combattre en champ clos, il est vrai que les Iroquois vendirent bien leur vie et leur liberté parceque encore qu'ils fussent peu c’étoit les plus braves de leur nation et que de plus ils étoient favorisés d’un grand embarras de bois, mais enfin en ayant été tué la meilleure partie le reste fut contraint de. se rendre à la foree hormis quelques uns qui se sauvèrent :
or tous les captifs ayant été amenés au Château, ils.
dirent qu'ils avoient une grosse armée qui ravageoit tout le pays d'en bas et y mettoit tout en combustion ; M. Des Musseaux (1) qui commandoit, sachant ces choses et que ses prisonniers étoient des considérables, il se conseilla (2) avec les mieux sensés de ce qu’il y avoit à faire : Le sentiment commun fut que M. Lemoine persuaderoit à Anontaha de s’en aller parlementer avec les Iroquois et de sauver le pays s’il pouvoit nommément les Trois-Rivières qu’on apprenoit être en grand danger ;
(1) Neveu de M. Mason-neufve.— Non. Ilétoit neveu de M. Louis D’Ailleboût, voir p. 47 (Note de J. V.) 2) Concerla.
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à cette proposition ce brave sauvage se résolut d'exposer sa vie pour le bien du pays, il descendit dans un canot lestement équippé et entra dans les Trois-Rivières ; après qu'il y fut il cria aux Iroquois de s'approcher et de l’entendre ; ensuite leur ayant donné le loisir de venir assez près pour l’ouir il leur dit fortement : “Ne vous avisez pas de faire de mal aux François, je viens du Montreal, nous y avons pris tels et tels vos capitaines qui y étoient allés comme vous savez, ils sont maintenant à notre discrétion, si vous voulez leur sauver la vie il faut faire la paix.” Ces barbares ayant nommé leurs capitaines et sachant qu'ils étoient pris, d’abord ils s’approchèrent et dirent que ‘“ volontiers ils feroient la paix pourvu qu'on leur rendit leurs gens,” ce qui rejouit beaucoup les pauvres assiégés, mais à la vérité leur joie pensa tout d'un coup être changée en tristesse, car les Hurons qui étoient restés au Montreal avec les prisonniers Iroquois, pensèrent être pris eux et leurs captifs tout à la fois, d'autant que sottement ils les voulurent amener aux Trois-Rivières sans attendre aucune escorte de chaloupe ; de bonne fortune les Iroquois ne songèrent alors qu’à la paix et furent surpris ; que s'ils ne l’eussent été et qu'ils eussent attrapé ces étourdis, les affaires eussent été en pire état que jamais, mais enfin les Iroquois traitoient à main et à demain ils ne songoient qu’à se remplir des............françoises sans plus songer à la guerre pour le présent ; au plus vite on envoya des Trois-Rivières à Kebec, afin d’avertir de ce grand changement, et les Hurons qui étoient remplis d’orgueil pour ces réussites y portèrent promptement les bonnes nouvelles, enfin il se fit une paix fourée à quoi nos ennemis acquiescèrent seulement pour avoir leurs gens et avoir lieu ensuite de nous surprendre, nous connaissions bien leur fourberie, mais comme ils étoient les plus forts nous
recevions leurs lois et en passions par là où ils vouloient : La foiblesse de ce temps là faisoit jetter de grands soupirs après l’arrivée de M. de Maiïson-neufve avec son secours, mais enfin il ne venoit point, ce qui aflligeoit tout le monde à un tel point que la saison s’avançant sans qu'ils parut,afin d'obtenir cette grande assistance que tous attendoient par sa venue, on exposa le Très-Saint Sacrement pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que enfin le ciel importuné par ces prières publiques voulut exaucer les vœux de ces peuples, ce qui fut le 27, Tbre, auquel jour on chanta à l'Église le Te Deum pour action de grâce de son arrivée (1). Monsieur de Maison-neufve ayant rendu ses devoirs au Souverain de Lumières, il alla rendre ses respects à M. de Loson auquel il raconta les disgrâces de son voyage, entre autres que son retardement avoit été causé par une voie d’eau qui les avoit obligés de relacher trois semaines après leur départ ; Ensuite de cette première visite il alla voir les RR. PP. Jésuites et autres maisons religieuses, ensuite de quoi il se vint renfermer avec Melle. Mance pour lui dire en particulier ce qui s’étoit passé de plus secret dans tout son voyage, entre autre ce qui concernoit cette sainte dame inconnue, ce qu’il commença de la sorte : ‘“ Comme vous m'aviez confié le nom de cette sainte dame, me voyant en France fort embarrassé par le pressant désir ou j'étois de secourir ce pays dans l'extrémité où les Iroquois l'ont réduit, j'avois bien envie de lui parler et lui faire connoître les choses sans faire semblant de rien, car comme vous m’aviez dit que de la manifester c’étoit tout perdre, je ne l’eusse pas voulu faire, mais aussi
(1) Son retour de France à Québec en 1653, quoique certain, n'est pas mentionné au Journal MS. des Jésuites. La Sœur Bourgeois le fixe au 22 Sept. (Note de J. V.)
comme je me souvenois que vous m’aviez dit beaucoup de fois que si vous l’eussiez pu entretenir là-dessus, à cœur ouvert, que cette âme généreuse y auroit apporté du remède, cela me donnoit envie de la voir: Or étant dans ces souhaits Dieu m'en fit naître une belle occasion par le moyen d’une de mes sœurs qui avoit procès contre elle, ce que sachant je m'offris de lui donner la main pour aller chez elle et comme je savois qu’elle n’ignoroit pas mon nom à cause du gouvernement de Montreal, je me fis nommer à la porte, afin que cela lui renouvelât la mémoire, elle eut lieu de m'interroger et moi de l’entretenir : Dieu donna bénédiction à ma ruse, car l'ayant saluée et ma sœur lui ayant parlé de ses affaires, elle s'enquit de moi si j'étois le Gouverneur du Montreal qu'on disoit être dans la Nouvelle France, je lui répondis que oui, et que j'en étois venu depuis peu ; qui est, me ditelle en ce pays, dites-le nous s’il vous plait et nous apprenez des nouvelles de ce pays-là, comme on y fait, comme on y vit, quelles sont les personnes qui y sont, carje suis curieuse de savoir tout ce qui se passe dans les pays étrangers ; Madame, lui dis-je, je suis venu chercher du secours pour tâcher de délivrer ce pays des dernières calamités ou les guerres des Iroquois l'ont réduit, je suis venu tenter si je pourrois trouver le moyen de le tirer de misère ; l’aveuglement est grand parmi ces sauvages qui y sont, mais néanmoins on ne laisse pas d’en gagner quelques uns : au reste ce pays est grand et le Montreal est une isle fort avancée dans les terrestrès propre pour en être la frontière, ça nous sera une chose bien fâcheuse s’il nous faut abandonner des contrées aussi étendues sans qu'il y reste personne pour annoncer les louanges de celui qui en est le Créateur, au reste cette terre est un lieu de bénédiction pour ceux qui y viennent, car cette solitude
jointe aux périls de la mort ou la guerre nous met à tout
moment fait que les plus grands pécheurs et pécheresses y vivent avec édification et exemple, cependant s’il faut que tout cela s’abandonne, je ne sais pas ce qu'il deviendra : ce qui me fait plus de peine est une bonne fille qu'on appelle Melle. Mance, car si je n’amène un puissant secours je ne puis me résoudre à retourner, d'autant que cela seroit inutile, et si je ne m'en retourne pas je ne sais ce qu’elle deviendra ; De plus je ne sais ce que deviendra une certaine fondation qu’une bonne Dame qu'on ne connoit pas, a faite en ce pays-là pour un hopital dont elle a fait cette bonne demoiselle administratrice, car enfin si je ne les vas pas secourir, il faut que tout quitte et échoue.” À ces mots elle me dit : ‘“ Comment s'appelle cette Dame ?” ‘“ Hélas, lui répondis-je, elle a défendu à Melle. Mance de la nommer, elle n’'oseroit l’avoir fait: au reste cette demoiselle dit que sa dame est si généreuse dans ses charités qu’on auroit lieu d’en tout espérer, si elle pouvoit avoir l'honneur de lui parler, mais qu'étant si éloignée il n’y avoit pas moyen de lui parler, qu'’autrefois elle avoit auprès d'elle un bon religieux qui eut bien négocié cette affaire, et lui eut bien fait connoître le tout, mais que Maintenant lui étant mort elle ne peut lui parler ni lui faire parler, pas même lui écrire, parceque cette dame lui a défendu de mettre son nom pour l'adresse de ses lettres, que quand ce Religieux vivoit il connoiïssoit ce mistère, elle lui envoyoit ses lettres parceque lui qui avoit tout moyenné et savoit le tout les portoit ; maintenant qu'il n’y avoit plus rien à faire, que si elle avoit seulement mis son nom pour servir d'adresse sur une lettre, elle assure qu’elle tomberoit dans sa disgrâce,qu'’elle aime mieux laisser le tout à la seule providence, que de fâcher une personne à qui elle est tant obligée elle et toute la Compagnie du Montreal : Voilà, madame, lui dis-je, l’état où sont les choses, même
on est si pressé de secours que la demoiselle voyant que tous les desseins de la fondatrice sont prêts à être mis au néant, elle m’a donné un pouvoir de prendre 22,000 livres de fondation qui sont dans Paris pour 100 arpents de terre que la Compagnie lui donne, me disant, prenez cet argent il vaut mieux qu'une partie de la fondation périsse que le total, servez-vous de cet argent pour lever du monde afin de garantir tout le pays en sauvant le Montreal : Je ne crains point dit-elle, d'engager ma conscience, je sais ..-elle, l'esprit de ma bonne dame, si elle savoit les angoisses où nous sommes elle ne se contenteroit pas de cela. Voilà l'offre qu'a fait cette demoiselle. J'avois de la peine à accepter, mais enfin en ayant été pressé vivement par elle qui m’assuroit toujours qu'elle pouvoit hardiment interprêter la volonté de sa bonne dame en cette rencontre, j'ai fait un concordat avec elle pour ces 100 arpents de terre en faveur des 22000 livres, qu’elle a espéré pouvoir beaucoup aider à garantir le pays qui est l’unique vue de ce concordat; car la terre à ce prix-là seroit un peu bien cher : Voilà, Madame, la situation où nous sommes.” —"‘ Je voudrois bien, me répondit cette bonne dame, que vous me revinssiez voir pour nous entretenir de ces choses.” —" Volontiers, Madame, lui dis-je. Depuis, je l’ai vue plusieurs fois, même elle prenoit plaisir de me faire entrer dans son cabinet pour m'entretenir à loisir de toutes les particularités, mais jamais elle n’a voulu se découvrir à moi, il est vrai que notre négociation n’a pas laissé de réussir, d'autant qu'elle a donné 20,000 livres à M. De la Mognon, (1) lui disant qu’une personne de qualité faisoit présent à la Compagnie du Montreal de cette somme, pour lui aider
(1) C'est vraisemblablement le Président Guillaume de Lamoignon, qin était alors Maitre des Requêtes au Parlement de Paris.
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1 à lever du monde pour secourir leurisle sous la conduite 1 de M. de Maison-neufve : elle fit ce qu’elle put pour que M. de la Mognon crut que cela venoit d’ailleurs, mais |: enfin nous savons assez la main d’où procédoit ce bien- |: 1 fait: Voy :, dit après cela M. de Maison-neufve à Melle. } 4 Mance, une belle ratification de vos 22,000 livres ; O illustre et charitable fondatrice, Dieu la bénisse à jamais, | voilà ce que j'avois à dire à son sujet: Mais parlons | maintenant d’une bonne fille que j'amene, nommée Marguerite Bourgeois (1) dont la vertu est un trésor qui se- LU ra un puissant secours au Montreal, au reste cette fille |, 15 est encore un fruit de notre Champagne qui semble voul: 080 loir donner à ce lieu plus que toutes les autres réunies en- | semble : Cette fille est une personne de bon sens, de bon | | esprit, qui ayant passé jusqu’à 18 ou 20 ans sans vouloir approcher de la Congrégation de Troye, crainte de pas- | ser pour bigotte, quelque sollicitation que l’on lui en fit, | Dieu lui ayant donné ensuite une forte pensée de voir | comme on y faisoit, elle y remarqua si bien la solide ti vertu que l’on y pratiquoit qu’elle s'y enrolla d’une telle a bonne manière qu’y marchant à grands pas elle fut bientôt élevée à la préfecture, où on l’a continuée 12 ou 15 à ans, à cause du grand avancement que l’on avoit vu sous sa conduite, encore qu’une telle continuation ne se
ut ” soit jamais faite aux autres; Enfin, cette bonne fille ne
KE ne se contentant pas de demeurer comme elle étoit, et voulant être religieuse, elle souhaita d’être carmélite et son père se résolut de faire tous ses efforts pour la doter afin de lui donner ce contentement, parcequ’il ne lui ï pouvoit rien refuser. Mais en ce temps une des congré- “el ganistes qui alors avoit une forte pensée pour le Canada vint la trouver et lui dit fortement qu'il ne falloit pas
(1) Elle signait ‘ Marguerite Bourgeoys.”
qu'elle fut religieuse mais qu'il falloit aller toutes deux servir Dieu en la Nouvelle-France, —La-dessus elle la tourna tant de tous cotés qu’à la fin elle l’obligea d’en parler à la supérieure de leur congrégation, qui étañt une bonne religieuse laquelle avoit soin de toutes ses congréganistes externes dont Marguerite Bourgeois vulgairement nommée la sœur Marguerite étoit Prefette, Or Dieu permit que cette supérieure fut la propre sœur de M. de Maison-neufve auquel elle dit tout ce qui se passoit dans l'esprit de sa Préfette : M. de Maison-neufve ne l’eut pas plustôt sçu qu'il désira de la connoître, et il ne l’eut pas plustôt connue qu’il souhaita de ne pas perdre un si illustre trésor, or il fit tout ce qu’il put pour la conserver. Enfin elle résolut de passer et de venir cette présente année avec tout ce monde que M. de Maison-neufve amenoit (1) où elle n’a pas reçu de médiocres reines, car y ayant eu quantité de malades elle les a tous servis en qualité d’infirmière avec un soin indicible, non seulement sur la mer mais encore ? Québec: Melle.
” Mance ayant appris qu'elle étoit cette fille commença à
la caresser et je dis beaucoup, en quoi elle avoit bien raison ce qui se manifesta assez par les grands services qu'elle a rendus depuis à Dieu au Montreal, surtout dans les instructions qu’elle a faites aux personnes de son sexe à quoi elle a travaillé depuis et incessamment et avec tant de profit que plusieurs autres bonnes filles se sont rangées auprès d'elle afin de la seconder, avec lesquelles depuis plusieurs années elle a fait ici un corps de communauté, laquelle a été depuis peu autorisée par Lettres Patentes du Roi ; Ce que j'admire ici dedans est que ces filles étant sans biens soient si désintéressées
(1) La vie de la Sr. Bourgeoys (Montréal 1808) dit qu’elle arriva à Québec avec M. de Maison-neufve, le 22 sept., et à Montréal le 16 nov. 1653. (Note de J. V.)
qu'elles veuillent instruire gratis, et font beaucoup d'autres choses de cet! manière et que néanmoins par la bénédiction que Dieu verse sur le travail de leurs mains elles aient, sans avoir été à charge à personne, plusieurs maisons et terres en valeur dans l’Isle du Montreal, et que cette bonne sœur en divers lieux vienne de faire, comme elle a fait, un voyage de France de deux ans dans lequel, sans ami, ni argent, elle a subsisté, obtenu ses expéditions de la Cour et être revenue avec 12 ou 13 filles dont il y en avoit bien peu qui eussent de quoi payer leur passage. Tout cela est admirable et fait voir la main de Dieu, mais laissons-là cette bonne fille, puisqu'aussi bien ce que nous disons de ce dernier voyage ou elle a apporté ses patentes ne fait que de s’accomplir et n'appartient point à l’année dont nous traitons (1). Disons plustôt que tout le monde que M. de Maison-neufve amena, cette année, étoient de bons et de braves gens, dont la pluspart a péri pour le soutien et défense du pays; M. de St. André eut l'honneur de lever ce monde sous M. de Maison-neufve, dans les provinces d'Anjou, du Menne, de Poitou, de Bretagne qu'il avoit été désigné pour cet effet. Ce qui nous reste aujourd'hui de ces gens-là sont de fort bons habitants dont le nom sera, j'espère, mentionné dans le Livre de Vie pour la récompense de leurs bonnes actions : Si la manière d'écrire l’histoire me permettoit de les nommer tous, je les nommerois joieusement, parce qu'il y en a bien peu qui n'aient mérité leur place dans cette Relation, mais puis-
(1) Le voyage de la Sr. Bourgeoys en France, dont parle ici M. Dollier, est de 1670. Elle partit du Canada dans l'automne afin d'aller solliciter du Roi des Lettres Patentes pour son établissement de la Congrégation N. D. à Montréal. Elle les obtint au mois de mai 1671, revint à Québec, le 13 août 1672, fit enrégistrer ses Léttres Patentes le 17 oct., au Conseil Supérieur et partit sur le champ pour Montréal. (Note de J. V.)
que le discours historique n’accorde pas cette liberté, ils m'’excuseront si je ne le fais pas, aussi bien cela ne leur produiroit qu’un peu de fumée qui pourroit obscurcir la juste récompense qu’ils en attendent de celui pour qui ils ont travaillé. Enfin M. de Maison-neufve ayant raconté toutes choses à Melle. Mance et ayant laissé quelques jours ses soldats raffraichir, demanda deux barques pour les monter au Montreal dont celle de Melle. Mance monta le première. Mais il y eut bien d’autres diffcultés à faire marcher les soldats, d'autant qu’on ne vouloit pas les laisser sans que M. de Maison-neufve dit absolument qu'il les vouloit avoir et qu'ils avoient trop coûté à la Compagnie du Montreal pour en laisser aucun après lui; ayant un poste aussi dangereux que celui qu'il avoit à défendre, ce qu'il y avoit de fâcheux en ceci étoit qu’on lui devoit fournir des barques et on ne lui en vouloit point donner : À la fin il en trouva et après avoir envoyé tout son monde, il les suivit ne voulant aller que le dernier de tous pour ne laisser personne après soi.
1ère Note. M. Dollier, comme on voit, ne donne pas le nombre de soldats qu'amena M. de Maisonneuve, en 1653; mais M. de Belmont dit qu'il était de 105, et la Sœur Bourgeoys le fait monter jusqu'à 108. (J. V,)
2ème Note. Le 20 juin 1653, Michel Noila fut tué par les Iroquois, Reg. de la Par. (J. V.)
HISTOIRE DU MONTREAL
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De l'automne 1653 jusqu'à l'automne 1654, que les vaisseaux partirent du Canadas.
Aussitôt que les troupes de l’an précédent furent arrivées, in commença de travailler à faire l'Eglise de l’'Hopital :t accroitre ses bâtiments, on réussit si bien à l’un et à l'autre que tout se fit avec diligence, parce que M. de Maison-neufve n’avoit amené que de bons hommes pleins de cœur et d'adresse à faire ce que son cœur commandoit : La nécessité de ces travaux n’empêcha pas M. de Maison-neufve de donner permission à ces gens-là de se marier, à quoi donna un bon et heureux exemple le sieur Gervaise, (1) lequel aujourd’hui a une famille fort nombreuse qui a le privilége de marier avec le bas âge la vieillesse des mœurs ; c’est une famille de condition et de bonne odeur à tout le pays où la richesse de la vertu prévaut celle des biens de ce monde : Les bâtiments, la culture des terres et les mariages n’empêchoient pas qu'on ne se tint en ce lieu si bien, sur ses gardes, que les ennemis avoient bien de la peine à nous y insulter (2). Nous commençames dès lors à leur imprimer une certaine frayeur qui leur empêchoit de s’'avancer si
(1) Il ne faut pas inférer de ce fait, que le mariage de Gervais fut le 1er qui se fit à Montréal entre Européens ; il y en avait déjà 10 de faits avant l’arrivée des troupes de 1653. Il n’y en eut point en 1653, mais il s’en fit 14 en 1654. Le premier des ces mariages eut lieu le 3 nov. 1647 entre Mathurin Le Mounier et Françoise Faffart. Le 1er. enfant né d'Européens fut Barbe Le Mounier, qui naquit le 24 Nov. 1648. (J. V.)
(2) Pourtant Yves Batar mourut le 11 octobre 1654, de blessures reçues. la veille des Iroquois. (J. V.)
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avant dans nos desseins qu'ils faisoient autrefois, ce qui donna la liberté à Melle. Mance de se retirer au petit printemps à l'hopital qu’elle avoit été obligée de quitter depuis quelques années et dont depuis elle n’a pas été contrainte de sortir pour la crainte des ennemis, qui l’y ont laissée jusqu’à présent en paix ; afin de bénir Dieu qui lui a donné l'inspiration de contribuer comme elle a fait au secours de l’an dernier ou en sacrifiant une partie elle avoit aidé à sauver le total non-seulement du Montreal, mais aussi de l’hopital et de tout le pays ensemble, qui sait la désolation où il étoit lorsque ce secours arriva par M. de Maison-neufve, ce qui est à remarquer ici dedans est que si elle acheta trop cher la terre en faveur de laquelle elles donna les 22,000 livres afin de faire venir ce secours, il est vrai que ni M. de Maison-neufve, ni Messieurs du Montreal n’en ont point profité, qu’il n'y a eu que le public, et que Melle. Mance qui a agi avec autant de prudence que le marchand dans le danger (qui) jette prudemment une partie de ses denrées pour sauver le reste : ce que on peut dire avec vérité c’est qu'il a plus coûté à Messieurs du Montreal qu’à personne en cette affaire, et que, partant, au lieu d’avoir nui ils ot profité aux pauvres et à tous généralement.
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